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L’historien de l'art, savant et politique

The art historian, scholar and politician

Le rôle des historiens de l’art dans les politiques culturelles françaises et italiennes

The role of art historians in French and Italian cultural policy

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Publié le mardi 05 juillet 2011 par Marie Pellen

Résumé

Max Weber a montré la difficulté de rendre compatibles l’éthique de la responsabilité respectée par le savant et l’éthique de la conviction qui anime l’homme politique. La recherche de la vérité par une attitude rationnelle semble en effet s’opposer à la mobilisation de tous les moyens possibles pour atteindre des fins en adéquation avec une idéologie. Weber admet toutefois la porosité et la complémentarité de ces postures en écrivant que « l’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité ne sont pas contradictoires mais elles se complètent l’une l’autre et constituent ensemble l’homme authentique, c’est-à-dire un homme qui peut prétendre à « "la vocation politique" ». Pour autant, le savant qui s’engage en politique peut-il jamais prétendre être cet « homme authentique » ? L’avènement de la démocratie et de la rationalité gouvernementale a placé cette question au centre du débat public. Il n’est pas aujourd’hui d’action politique qui puisse s’affranchir de démontrer sa cohérence rationnelle. De même, le recours aux experts est-il devenu l’un des modes ordinaires de toute gouvernance. Mais à quelles conditions pour le savant ? Au prix de quels renoncements ? Comment se déplace la ligne invisible déterminant qu’il défère à l’éthique de la conviction ou à l’éthique de la responsabilité ?

Annonce

Colloque à l’academie de France à Rome et à l’accademia nazionale dei lincei placé sous le haut parrainage du president de la republique italienne

vendredi 16 et samedi 17 mars 2012

Max Weber a montré la difficulté de rendre compatibles l’éthique de la responsabilité respectée par le savant et l’éthique de la conviction qui anime l’homme politique. La recherche de la vérité par une attitude rationnelle semble en effet s’opposer à la mobilisation de tous les moyens possibles pour atteindre des fins en adéquation avec une idéologie. Weber admet toutefois la porosité et la complémentarité de ces postures en écrivant que « l’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité ne sont pas contradictoires mais elles se complètent l’une l’autre et constituent ensemble l’homme authentique, c’est-à-dire un homme qui peut prétendre à « "la vocation politique" ». Pour autant, le savant qui s’engage en politique peut-il jamais prétendre être cet « homme authentique » ? L’avènement de la démocratie et de la rationalité gouvernementale a placé cette question au centre du débat public. Il n’est pas aujourd’hui d’action politique qui puisse s’affranchir de démontrer sa cohérence rationnelle. De même, le recours aux experts est-il devenu l’un des modes ordinaires de toute gouvernance. Mais à quelles conditions pour le savant ? Au prix de quels renoncements ? Comment se déplace la ligne invisible déterminant qu’il défère à l’éthique de la conviction ou à l’éthique de la responsabilité ?

La célébration rapprochée des centenaires d’André Chastel (2012) et de Giulio Carlo Argan (2009) met en lumière la figure du savant-politique œuvrant dans le champ de l’histoire de l’art. L’un et l’autre ne sont-ils pas délibérément sortis de la sphère universitaire pour peser sur la politique culturelle de leur temps et, notamment, sur la préservation du patrimoine artistique ? Si Argan s’est résolument engagé dans le combat politique, épousant les détours et les contradictions de l’histoire italienne – proche du pouvoir avant la guerre puis communiste après jusqu’à devenir maire de Rome et sénateur –, Chastel a préféré agir en gagnant l’influence des gouvernants. Au cœur de leur combat, chacun a considéré l’accès au savoir sur l’art comme essentiel à la formation de la conscience critique de tout citoyen.

Incarnant l’un des idéaux-types wébériens, ces deux personnalités justifient une réflexion plus ample sur l’influence politique des savants dans l’action culturelle de l’Etat en France et en Italie. Dans ce cadre élargi, ils pourront voisiner avec des personnalités comme Malraux, Spadolini, Picon, Zeri, Ragghianti, etc. L’évocation de ces intellectuels-acteurs permettra de distinguer des types particuliers d’engagement incarnant chacun l’équilibre théorisé par Max Weber entre l’éthique du savant et celle du politique. Sur le fond, il s’agira notamment d’interroger l’utilité d’une politique culturelle valorisant la connaissance de l’art par le plus grand nombre. Nous tâcherons de comprendre comment ce savoir peut contribuer à édifier l’opinion publique éclairée qui fonde toute démocratie.

Les communications seront réparties en quatre volets :

I. La figure du savant-politique historien de l’art : des différents degrés d’engagement

Il s’agira ici de planter le décor en proposant une réflexion théorique ressortissant à la philosophie et à la science politique. Dans la lignée du livre de Weber, Le savant et le politique, on tentera d’identifier les logiques qui sont à l’œuvre dans ces deux dispositions vis-à-vis du monde et de l’action ; ce qui les rassemble et ce qui les distingue absolument. On identifiera ainsi le sens profond que revêt la démarche consistant, pour un intellectuel engagé, à tenter de les faire se rejoindre malgré tout. Différents idéaux-types pourront être définis à partir de traditions ordinairement identifiées comme telles : le philosophe-roi théorisé par Platon dans La République ; le conseiller du Prince dont Machiavel offrit l’archétype ; l’intellectuel engagé dans une logique de contre-pouvoir notamment incarné par Sartre ; enfin, l’intellectuel « reclus », ne s’occupant guère des affaires publiques mais dont le prestige ou les thèses auraient pu être mis au service d’une politique, comme Rousseau ou Nietzsche.

II. Grands intellectuels de la politique culturelle

Le choix des personnalités étudiées sera limité à celles qui ont développé une œuvre d’historien ou de critique d’art, et qui ont pesé sur les politiques culturelles et éducatives, en France et en Italie. Argan, Chastel, Malraux, Spadolini, Picon, Zeri, Ragghianti, pourront constituer une première galerie de portraits éclairants. Il sera intéressant de comprendre comment chacun d’eux incarne un idéal-type du savant-politique ; comment il fait le départ entre l’éthique de l’action et celle de la recherche ; et comment il est possible de le situer dans une constellation que l’on pourra organiser en graphique, en situant l’œuvre intellectuelle en abscisse et l’action politique en ordonnée. Au-delà des itinéraires personnels, il s’agira de faire apparaître les spécificités françaises et italiennes relativement à l’organisation du débat public.

III. Orientations des politiques culturelles françaises et italiennes. Entre une culture fondée sur la connaissance et la valorisation du « choc esthétique »

Se distinguant d’une communauté scientifique peu préoccupée par la diffusion de ses travaux vers le grand public, Argan et Chastel ont considéré l’accès de tous au savoir sur l’art comme l’une des clés du combat démocratique. A leurs yeux, les politiques en faveur de la préservation du patrimoine artistique ne pouvaient se développer que si elles s’articulaient à un attachement manifesté par la population. Or, l’avènement d’une opinion favorable au soutien public de l’art, vivant et patrimonial, est forcément lié au volontarisme éducatif. Les orientations françaises et italiennes se sont nettement distinguées sur ce point. Malraux a ainsi fondé son ministère sur l’exaltation du contact direct avec les œuvres, c’est-à-dire, la culture moins vécue comme une « connaissance », théorique, érudite, que comme une « expérience » directe et physique avec les œuvres. Dès lors, il se préoccupait peu d’une éducation artistique dont il laissait le soin à l’école même si, là aussi, était privilégiée la pratique, musicale et plastique, au détriment du savoir sur l’art. Il faut attendre 2008 pour que l’histoire des arts fasse son entrée dans la scolarité obligatoire. En Italie, au contraire, un enseignement obligatoire d’histoire de l’art est conçu dès 1923. Quant à la politique culturelle, il faut attendre les années 1970 pour que soit créé un ministère des Biens culturels dont l’action est limitée au patrimoine. Cette implication en faveur d’une démocratisation de l’accès au savoir sur l’art, ouvre un champ de réflexion particulièrement éclairant pour ce qui regarde l’évolution historique de la politique culturelle. Elle permet d’observer comment la diffusion du savoir peut devenir un objectif politique en soi, réalisant ainsi concrètement le passage de l’éthique savante vers celle de l’action.

IV. Perspectives : devenir de la connaissance dans la culture contemporaine

A quel rôle l’histoire de l’art peut-elle prétendre aujourd’hui ? Quelle peut être la responsabilité politique des savants dans la diffusion des connaissances sur l’art ? Comment établir un dialogue entre le monde savant et une sphère politique dont les rythmes, les exigences et les objectifs semblent toujours plus éloignés ? Comment restituer un espace propre au temps long, au silence, à la contemplation, à la gratuité relative de l’engagement scientifique ? Enfin, comment susciter l’émergence de nouveaux savants-politiques capables d’agir en médiateur entre des mondes divergents ? Autant de questions qui pourront donner un horizon à des travaux historiques quoique largement soucieux de prospective.

organisation

Parrainages

  • Avec le soutien de la Présidence de la République italienne
  • du Haut Conseil de l’éducation artistique et culturelle.

Comité organisateur

  • Eric de Chassey (Académie de France à Rome),
  • Louis Godart (Présidence de la République),
  • Annick Lemoine, (Académie de France à Rome),
  • Jean-Miguel Pire (INHA/EPHE)

Direction scientifique

  • Annick Lemoine, (Académie de France à Rome),
  • Jean-Miguel Pire (INHA/EPHE)

Comité scientifique 

  • David Alcaud (Fédération interuniversitaire pour la recherche comparative en sciences sociales - ICCR),
  • Laurence Bertrand Dorléac (Sciences Po),
  • Eric de Chassey (Académie de France à Rome),
  • Jean-François Chauvard (Ecole Française de Rome),
  • Marisa Dalai (Università La Sapienza),
  • Claudio Gamba (Università La Sapienza),
  • Louis Godart (Présidence de la République),
  • Marc Lazar (Sciences Po),
  • Annick Lemoine (Académie de France à Rome),
  • Michella Di Macco (Università La Sapienza),
  • Gilles Pécout (ENS Ulm),
  • Antonio Pinelli (Università di Pisa),
  • Jean-Miguel Pire (INHA/EPHE),
  • Dominique Poulot (Université Paris I),
  • Philippe Sénéchal (INHA).

Contacts :

Merci d’adresser votre projet de communication (titre et résumé de 10 à 15 lignes)

 avant le 30 septembre 2011 à jonathan.bayol@ens.fr

Intervenants ayant confirmé leur participation

I. La figure du savant-politique historien de l’art : des différents degrés d’engagement

Laurence Bertrand-Dorléac : [Sur Tocqueville et les arts en démocratie].

Laurent Fleury : « Les qualités du savant-politique »

Vincent Dubois : « Le rôle de Pierre Bourdieu dans l’expertise sur les inégalités d’accès à la culture développée à partir du début des années 1960 ».

Marco Gervasoni : « Dibattito pubblico e istituzioni  politiche : un confronto tra la Francia della Ve Repubblica e l'Italia. »

Enzo Di Nuoscio : « L'arte come forma di conoscenza ».

II. Grands intellectuels de la politique culturelle

Perrine Simon-Nahum : « André Malraux : les points d’articulation de l’œuvre esthétique et de l’engagement intellectuel. »

Laurent Fleury : « Malraux/Spadolini : portraits croisés ».

Frédéric Attal : « Le parcours intellectuel et politique d’Argan ».

Anna Ottani Cavina : « Federico Zeri : Coscienza e tutela del patrimonio italiano ».

Emanuele Pellegrini : [sur Carlo Ludovico Ragghianti]

Agnes Callu : [sur Gaetan Picon]

III. Orientations des politiques culturelles françaises et italiennes.

Entre une culture fondée sur la connaissance et la valorisation du « choc esthétique »

Fabienne Brugère : « Les politiques culturelles française et italienne : une esthétique du sublime contre une esthétique du goût ? »

Françoise Benhamou : « La comparaison des politiques et de l’économie patrimoniales françaises et italiennes ».

Laurent Martin : « Vie et œuvre d’Augustin Girard, archétype du savant-politique à la française, dans le cadre du Service des études et recherches du Ministère de la Culture français et de la réflexion internationale sur les politiques culturelles. »

Isabelle Balsamo : [Sur l’action de Chastel en faveur du patrimoine].

IV. Perspectives : devenir de la connaissance dans la culture contemporaine

Olivier Laügt : « De l’expertise scientifique à l’expertise citoyenne »

Titre de la communication non encore communiqué

Thierry Chopin

Gilles Pécout

Jean-François Sirinelli

David Alcaud

Pascal Dubourg-Glatigny

Lieux

  • Villa Médicis et Accademia dei Lincei
    Rome, Italie

Dates

  • vendredi 30 septembre 2011

Mots-clés

  • savant, politique, savant-politique, historien de l'art, france, italie, connaissance, Weber, Max, histoire de l'art, Chastel, Argan, Malraux, culture, Zeri, Picon, Ragghianti, Spadolini

Contacts

  • Annick Lemoine, chargée de mission pour l’histoire de l’art à la Villa Médicis (annick.lemoine@villamedici.it) Jean-Miguel Pire, ~
    courriel : jonathan [dot] bayol [at] ens [dot] fr

Source de l'information

  • Jonathan Bayol
    courriel : jonathan [dot] bayol [at] ens [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L’historien de l'art, savant et politique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 05 juillet 2011, http://calenda.org/204917