AccueilObserver, normaliser et réformer la société du premier XIXe siècle

Observer, normaliser et réformer la société du premier XIXe siècle

Joseph-Marie de Gérando (1772-1842) au carrefour des savoirs et des expériences

*  *  *

Publié le lundi 18 juillet 2011 par Karim Hammou

Résumé

Joseph-Marie de Gérando (1772-1842) occupe une position à la fois cruciale et méconnue : anthropologue, administrateur, juriste, philanthrope, sa figure se retrouve dans de nombreux travaux consacrés à l’histoire des savoirs, de l’action publique ou de la régulation sociale dans le premier XIXe siècle. Hormis une biographie publiée en 1942, aucune scientifique ne s'est directement intéressée à lui. Cette rencontre scientifique interrogera en quoi la trajectoire de Gérando participe à la construction d’une science « sociale », entre science « morale » ou science « de gouvernement » d’où le titre donné à cette rencontre : « Observer, normaliser et réformer la société du premier XIXe siècle ».

Annonce

Université de Lille III (UMR 8529-IRHIS) – Université Paris I (Ea 127/IHRF) – ANR Mosare (UMR LARHRA et Triangle)

Observer, normaliser et réformer la société du premier XIXe siècle

Joseph-Marie de Gérando (1772-1842) au carrefour des savoirs et des expériences

Colloque organisé les 31 mai & 1er juin 2012 à Lille

Comité d’organisation :

Jean-Luc Chappey (Université Paris I Ea 127/IHRF-Ums 622), Carole Christen (Université Lille III/ UMR 8529- IRHIS), Igor Moullier (ENS Lyon - LARHRA)

Comité scientifique :

Sylvie Aprile, Philippe Boutry, Catherine Denys, Dominique Kalifa, Hervé Leuwers, Dominique Margairaz, Yannick Marec, Paul-André Rosental, Pierre Serna, François Vatin

Argumentaire

Joseph-Marie de Gérando (1772-1842) occupe une position à la fois cruciale et méconnue : anthropologue, administrateur, juriste, philanthrope, sa figure se retrouve dans de nombreux travaux consacrés à l’histoire des savoirs, de l’action publique ou de la régulation sociale dans le premier XIXe siècle. Pourtant, à l’exception d’une biographie publiée en… 1942 par Georges Berlia, aucune étude ni rencontre scientifique ne s’est directement intéressée à lui. Face à ce constat, il nous a semblé nécessaire d’organiser cette rencontre scientifique qui ne se risquera pas vouloir « unifier » ou retrouver une « unité » à la trajectoire complexe de Gérando, mais plutôt à s’interroger sur la manière dont ce multi-positionnement est emblématique des recompositions que connaissent les champs du savoir et de l’action publique et sociale. Nous voudrions plus précisément interroger en quoi la trajectoire de Gérando participe à la construction d’une science « sociale », entre science « morale » ou science « de gouvernement », d’où le titre donné à cette rencontre : « Observer, normaliser et réformer la société du premier XIXe siècle ».

Cette rencontre s’articulera autour de trois axes qui doivent permettre d’orienter les réflexions, mais ne constituent pas une grille de lecture fixée d’avance. Il s’agit au contraire, autant que possible, de croiser les fils qui tissent la trajectoire de J.M. de Gérando, et de faire dialoguer histoire des savoirs, sociologie historique de l’action publique, histoire des normes et des régulations sociales, en s’inspirant de l’œuvre et de l’action de celui qui fut peut-être le dernier des encyclopédistes, et en tout cas l’explorateur des nouvelles voies d’alliance entre sciences, État et action sociale.

1/ Gérando dans l’histoire sociale des intellectuels.

Dans un moment de profonde réorganisation institutionnelle et sociale des milieux administratifs et intellectuels, de mutations des lieux de sociabilité et de pouvoir et de construction de nouveaux partages de compétences et normalisation des pratiques, Gérando apparaît comme un acteur singulier, difficilement classable dans un lieu, un domaine ou une spécialité spécifique. Les catégories d’interprétation utilisées traditionnellement par les différents spécialistes (« héritier des lumières », « encyclopédistes », « spiritualiste »…) réduisent la complexité d’une trajectoire dont la cohérence semble poser problème. Gérando apparaît comme un « homme pluriel » du fait de ses appartenances, de ses réseaux (des Idéologues aux catholiques en passant par les « libéraux ») et de domaines d’action : de la Société pour l’encouragement de l’Industrie nationale à la Société pour l’Instruction élémentaire, de la philanthropie à l’étude des langues, de l’administration au monde la presse, du Conseil d’Etat à l’Académie des sciences morales et politiques, Gérando semble pourtant incontournable pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire politique, sociale ou culturelle de la première moitié du XIXe siècle. Alors que les différentes recherches menées sur les institutions administratives ou intellectuelles mettent l’accent sur les processus de spécialisation ou de professionnalisation, comment considérer la position occupée par Gérando ? Cette polymorphie/multi-appartenance est-elle contrainte ou choisie ? Comment situer Gérando dans l’ordre des savoirs ? Il ne s’agit pas ici de tenter de retrouver une unité (illusoire) à cette trajectoire complexe, mais de s’interroger sur les effets et les enjeux de cette position particulière et sur les effets des « appartenances multiples » (L. Boltanski) dans le contexte du premier 19e siècle qui semble – à l’inverse – caractérisé par des dynamiques profondes de spécialisation et de professionnalisation (R. Fox, M. Crosland). « Savant », « administrateur éclairé », « réformateurs », « expert »… On sera particulièrement sensible aux possibilités de comparaison, d'une part avec d'autres figures intellectuelles engagées dans le champ de la réforme sociale (socialistes utopiques, etc.), et d'autre part avec d'autres pays européens.

2) La construction des savoirs sur la société (une science du « social ») ?

De l’ethnologie (Considération sur les diverses méthodes à suivre dans l’observation des peuples sauvages, 1800) à la philanthropie érigée en science morale qui augure par ses méthodes la sociologie le playsienne (Le Visiteur du pauvre, 1824 / De la bienfaisance publique, 1839 / Des Progrès de l'industrie, considérés dans leurs rapports avec la moralité de la classe ouvrière, 1841) en passant par la pédagogie (De l’Éducation des sourds-muets de naissance, 1827 / Cours normal des instituteurs primaires, ou Directions relatives à l’éducation physique, morale et intellectuelle dans les écoles primaires, 1832), la philosophie (Histoire comparée des systèmes de philosophie, relativement aux principes des connaissances humaines, 1804 / Histoire de la philosophie moderne, à partir de la renaissance des lettres jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, 1847) et encore le droit administratif (Institutes du droit administratif français, ou Éléments du code administratif, réunis et mis en ordre, 6 vol. , 1829-1836), Gérando occupe, aux côtés d’autres théoriciens (Saint-Simon, Fourier…) une place essentielle dans la production des savoirs sur la société et sur les rapports sociaux. S’interrogeant en particulier sur les processus de « civilisation » et les rapports entre les diverses catégories sociales, il s’interroge – à la croisée de « terrains » différents (les « sauvages », les pauvres, les sourds et muets…), sur les « marges » de la société, cherchant en particulier à soigner, éduquer ou lutter contre l’indigence matérielle et éducative (C. Duprat, G. Procacci). Ses observations, ses enquêtes collectives et ses collectes de données chiffrées comparatives semblent témoigner d’une vaste ambition : dépasser une approche sectorielle pour concourir à une science générale des faits sociaux, une science du social qui se voudrait normative et prescriptive. À qui s’adresse cette prescription ? Au législateur, à l’opinion ou, plus spécifiquement aux classes populaires ? Quelle est l’originalité de cette science du social que Gérando voulait, avec d’autres contemporains, ériger ? Est-elle parvenue aux synthèses prescriptives qu’elle recherchait ? Ainsi, les travaux de Gérando sur la société conduisent à s’interroger, d’une part, sur l’émergence de la question sociale et aux solutions envisagées par les observateurs sociaux pour la résoudre et, d’autre part, sur la naissance d’une science sociale dans le premier dix-neuvième siècle.

3/ De la réforme au gouvernement de la société ?

Du perfectionnement de soi au gouvernement de la société, l’œuvre de J.M. de Gérando recèle une forte dimension normative, nourrie par son expérience directe des structures de gouvernement sous l’Empire, par sa participation à de nombreux organismes consultatifs, sociétés savantes, charitables, etc. Il est donc plus qu’un intellectuel réformateur, un praticien de la réforme. Il est emblématique de la démarche de mobilisation des savoirs pour la réforme, dont l’étude est au cœur du programme ANR Mosare (Mobilisation des savoirs pour la réforme).

Théoricien du droit administratif et de l’action de l’État, il se veut aussi avec le Visiteur du pauvre organisateur de l’action privée. Comment se joue l’articulation entre État et société civile dans les textes de Gérando ? La dimension moralisatrice et chrétienne est-elle uniforme ? Est-il l’apôtre d’un retrait de l’État au profit d’un réinvestissement de la société civile dans l’action sociale ? On s’interrogera à travers l’étude de la dimension normative de l’œuvre de Gérando sur les mutations de la gouvernementalité dans la société française du premier dix-neuvième siècle, en abordant notamment l’originalité de Gérando par rapport aux autres courants intellectuels et politiques européens : libéralisme social à l’anglaise, Polizeistaat prussien, socialismes utopiques, philanthropie, catholicisme social.

On privilégiera les propositions qui ne porteront pas seulement sur un aspect singulier de la trajectoire biographique de Gérando et tenteront au contraire de croiser les différents champs de savoirs et d’expériences permettant de mesurer sa place particulière dans l’élaboration des dispositifs de connaissances et de réformes de la société du premier du XIXe siècle.

Calendrier :

Soumission des propositions (1 page maximum) à envoyer à Jean-Luc Chappey (jlchappey@gmail.com), Carole Christen (carole.christen@univ-lille3.fr), Igor Moullier (igor.moullier@ens-lyon.fr) :

1er octobre 2011.

Avis du comité scientifique : 15 novembre 2011.

Tenue du colloque : 31 mai- 1er juin 2011. 

Catégories

Lieux

  • Université de Lille 3
    Villeneuve-d'Ascq, France

Dates

  • samedi 01 octobre 2011

Mots-clés

  • baron de Gérando, connaissances, réformes, société, premier XIXe siècle, science du social

Contacts

  • Jean-Luc Chappey
    courriel : Jean-Luc [dot] Chappey [at] univ-paris1 [dot] fr
  • Carole Christen
    courriel : carole [dot] christen [at] univ-lille3 [dot] fr
  • Igo Moullier
    courriel : igor [dot] moullier [at] ens-lyon [dot] fr

Source de l'information

  • Carole Christen
    courriel : carole [dot] christen [at] univ-lille3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Observer, normaliser et réformer la société du premier XIXe siècle », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 18 juillet 2011, http://calenda.org/204976