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Composition(s) urbaine(s)

Urban Composition(s)

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Publié le jeudi 21 juillet 2011 par Karim Hammou

Résumé

Le comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS) organise son cent trente-septième congrès annuel du 23 au 28 avril 2012 à l’université de Tours François-Rabelais, site des Tanneurs, sur le thème : « Composition(s) urbaine(s) ». Trait d’union entre chercheurs, universitaires, institutionnels et membres bénévoles des sociétés savantes, cette manifestation scientifique pluridisciplinaire est organisée cette année sous la présidence de la section « Sciences géographiques et environnement ».

Annonce

Le programme complet est consultable sur le site cths.fr à la page http://www.cths.fr/co/index.php

Axes thématiques

I. Les moments de la composition urbaine

A. Au Moyen Âge
B. Penser la composition urbaine depuis le XVIIIe
C. Composition urbaine et ordre public du XVIe au XIXe siècles

II. Formes et échelles

III. Les acteurs de la composition urbaine

A. Ordonnateurs et techniciens
B. Citadins et usagers
C. Recompositions sociales

IV. Composition urbaine et réseaux

A. Les réseaux
B. Les transports
C. Les ports

V. Nature(s) et composition urbaine

A. La nature et les sites des villes
B. Nature en ville et biodiversité
C. Les risques naturels urbains

VI. La représentation des villes et de leurs compositions

VII. Les dimensions sensibles de la composition urbaine

Colloque 1 : « La protection sociale dans l’espace urbain : lieux, usagers, métiers »

Différents lieux de présences
Profil des usagers
Métiers de la protection sociale

Colloque 2 : « Archéologie urbaine »

De la fouille urbaine à l’archéologie de la ville
De la topographie historique aux dynamiques de transformation de l’espace urbain
Chrono-chorématique urbaine
Villes et systèmes de villes
Quels enjeux pour l’archéologie urbaine

Colloque 3 : « Quelles formes spatiales pour le développement urbain durable ? »

Colloque 4 : « Construire la ville – approvisionnement en matériaux lithiques et organisation des grands chantiers urbains de l’Antiquité aux Temps modernes » 

La thématique urbaine de ce congrès aborde sous un angle nouveau celle des congrès précédents qui ont choisi la ville comme objet. Cette thématique rencontre évidemment les préoccupations des géographes contemporains qui étudient, dans une large majorité d’entre eux, le fait urbain décliné dans les espaces, les territoires et les cultures. Elle est largement ouverte aux recherches de l’histoire urbaine, dans toutes ses périodes, elle doit aussi rencontrer des orientations de recherche en ethnologie.

Dans la notion de composition urbaine est mise en avant l’analyse de la forme ou des formes urbaines qui se déploient dans l’espace, espace réel et/ou représenté sur le plan ou la carte. Les formes contribuent à la cohérence, à la visibilité et à l’identification de l’objet urbain, leur absence ou leur effacement peuvent faire douter de l’urbanité. Certains logos promotionnels du marketing urbain s’appuient sur ces formes pour diffuser et valoriser l’image de la ville. De l’informe pré-urbain à l’utopie formellement idéale, l’éventail est large des cas, des modalités voire des styles. La généalogie des formes est riche : formes conçues avant d’être réalisées, formes partiellement ou complètement réalisées, formes à l’épreuve du temps voire de la nature, des dé-formations. Les séismes détruisent les formes : les reconstructions, comme en Sicile orientale après 1693, sont de magnifiques exemples de résurrection par la forme ; aujourd’hui à Port-au-Prince, l’attente d’une forme n’est pas seulement une question financière ou technique, il s’agit aussi de celle d’un État, acteur, metteur en forme de sa capitale.

L’expression de « composition urbaine » est relativement récente (années 1960-1970). Elle dérive de celle de composition architecturale qui apparaît au XVIIIe siècle, elle-même issue de celle de composition en peinture. Les débuts pratiques de la composition urbaine doivent beaucoup à l’art des jardins « à la française ». Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la composition urbaine obéit à des règles géométriques strictes, dont la principale est la symétrie.

Composer la ville, c’est se donner des règles qui produisent l’espace urbain, construisent celui-ci avec des unités distinctes, disposées de façon concertée et qui participent à la configuration de l’ensemble. Un exemple est celui des « tracés régulateurs ». Mais l’élaboration et la mise en œuvre d’un corps de règles pour bâtir les villes sont bien antérieures à leur première formulation théorique par L.B. Alberti dans L’art de bâtir (1485) qui inaugura une lignée de traités de ce type. Le régime urbain régulé, partiellement ou totalement, est repérable et analysable dans le monde occidental au sens large depuis l’Antiquité.

Dès lors cette notion de composition urbaine a une valeur heuristique : elle permet d’aborder la question des régularités urbaines et des modes de gestion de la planification bien avant que ne soient codifiés explicitement des principes d’urbanisme. En analysant de manière plus pragmatique les espaces urbains contemporains ou anciens, en évaluant la contribution de l’ancien au contemporain, on identifie les phases, étapes et modalités diverses de la « fabrique » de la ville, composition(s) en devenir.

Aborder la fabrique de la ville en termes de composition urbaine est une manière de rendre compte des évolutions récentes de l’histoire des villes dans la longue durée, plus attentive désormais aux stratégies des acteurs qui, en situation, trament le sens des lieux. C’est en composant, par des transactions, avec ces modes divers – et parfois concurrents ou conflictuels – d’appropriation sociale de l’espace urbain que les pouvoirs urbains – depuis les communes du XIIe siècle jusqu’aux municipalités du XXe siècle – impriment leurs marques sur la ville. Autrement dit, celle-ci apparaît moins désormais comme un lieu décidé que comme un lieu négocié.

Pour P. Pinon (Composition urbaine 1 et 2, 1992 et 1994), il y a composition urbaine quand l’organisation de l’espace joue à la fois sur le tracé des voies, le découpage des parcelles (ou une autre unité de division de l’espace) – les infrastructures –, et l’implantation du bâti et des espaces libres – les superstructures, et quand l’aménagement de l’espace se conçoit et se réalise dans un temps long. En retenant et en adaptant cet ensemble de critères de la composition, on peut, dans une perspective historique et typologique, relire les espaces urbains depuis l’Antiquité.

Sous le nom d’« art urbain », la composition urbaine classique n’en domine pas moins jusque dans les années 1930-1940. C’est l’urbanisme « à la française » de H. Prost, L. Jaussely, etc. Relèvent de ce moment les compositions urbaines par certains aspects magistrales qui se réalisent dans les territoires coloniaux qui sont une sorte de front pionnier pour les innovations urbaines, qui composent ou non avec les héritages indigènes, oscillant entre style du vainqueur et celui du protecteur.

À partir de la Reconstruction commence à s’imposer une tout autre conception où l’urbanisme dissocie le tracé des rues de l’implantation des bâtiments (une sorte de « plan libre » par similarité avec l’architecture « moderne »). Parallèlement le parcellaire disparaît comme instrument d’organisation de l’espace (le remembrement est le préalable de l’urbanisme), alors que la parcelle articule l’échelle des rues et celle des maisons. Dans l’urbanisme « moderne » également, les éléments de la ville deviennent fragmentés par un abus d’une conception analytique, monofonctionnelle (habiter, travailler, circuler, etc.). Les édifices et les espaces sont juxtaposés, ne sont plus liés par des tracés communs. La composition urbaine, au sens traditionnel, n’a plus d’usage. Elle est éventuellement remplacée, dans les meilleurs cas, par l’art du plan de masse (années 1960-1970), une abstraction dérivée de l’art contemporain (Kandinsky, Klee, Mondrian surtout).

La critique des Grands Ensembles a fait comprendre ce que l’urbanisme avait perdu en oubliant le parcellaire, en dissociant les éléments constitutifs des tissus urbains (voirie, bâti, espaces libres). On avait alors tout simplement oublié que la composition urbaine avait la capacité de faire cohabiter des formes ayant des fonctions différentes.

Actualité de la composition urbaine au XXIe siècle : le régime de la composition contemporaine n’est plus celui du prince, ou rarement du seul président, il faut négocier avec les intéressés élus, habitants, pratiquants… Ainsi le quartier des Halles à Paris a connu plusieurs régimes de composition dans les quatre dernières décennies, mais des exemples équivalents existent dans toutes les régions, pour s’en tenir à la France métropolitaine.

Au milieu des années 1990, les déclarations de Françoise Choay sur « la mort de la ville et le règne de l’urbain » lancent le débat sur la fin de la ville dense, bien délimitée, formant un tout aisément définissable, homogène. Cette figure fait désormais partie de l’histoire et on la retrouve à l’état de reliquat dans les villes européennes, noyée dans une marée urbaine. Se développe alors une série d’appellations pour tenter de mettre un mot sur les nouvelles formes urbaines résultant des dynamiques de métropolisation et de mondialisation. « Ville fragmentée », « en miettes », « en archipel », « multipolaire » mettent l’accent sur la perte d’unicité de la ville : autrement dit il n’y a plus de centre unificateur, plus de système organisé par une logique concentrique centre/périphérie. C’est la fin de la ville organique, produit de l’industrialisation, construite à partir de l’usine et de son centre : on parle de la ville post-moderne pour mieux cerner la nature du changement. Dans cette ville post-moderne, le centre éclate et ne commande plus le territoire, la périphérie est dilatée au point de perdre tout contact avec le centre. De nouvelles centralités se structurent en périphéries ; Y. Chalas et G. Dubois-Taine proposent d’analyser « la ville émergente » permettant l’existence d’une ville à la carte pour les populations inscrites dans la mobilité. D’autres mettent l’accent sur la fragmentation sociale qui peut accompagner le processus de fragmentation spatiale analysé (Marie-Christine Jaillet).

Comment alors gérer ces ensembles urbains ? Faut-il recoudre les fragments ? Ou considérer l’organisation en archipels comme les nouvelles bases d’une entité multiforme ? Les réponses ne peuvent être envisagées sans un regard sur la situation économique et sociale des espaces considérés. Dans un double contexte de reconsidération du foncier et de ses coûts mais aussi de renforcement des préoccupations environnementales, l’extension des villes est aujourd’hui principalement pensée dans une dynamique de renouvellement urbain. Après avoir favorisé des politiques d’étalement urbain, il s’agit de refaire la ville sur la ville, de recomposer l’existant selon de nouvelles logiques économiques.

L. Théry parle d’une époque caractérisée par une nouvelle modernité de la ville compacte : la densité urbaine, après avoir porté des valeurs négatives, est aujourd’hui associée à la qualité urbaine. Amsterdam constitue en la matière un modèle (J. Lévy), démontrant que la densité n’est pas synonyme de verticalité et peut permettre de « faire avec ce qui existe », de s’inscrire dans l’histoire des lieux.

La requalification des grands ensembles ou encore le traitement des friches industrielles, militaires, ferroviaires… constituent un point d’appui important à cette dynamique qui permet de lutter contre les phénomènes de dévalorisation et de marginalisation affectant certains territoires. Difficile de maîtriser les processus de gentrification qui vont parfois accompagner ces dynamiques de requalification.

La pratique du renouvellement urbain oblige non seulement à reconsidérer la question patrimoniale mais touche aussi à la manière de concevoir, à travers le projet urbain, la relation avec la ville héritée (M. Roncayolo). La ville s’est de tout temps recomposée, à des échelles multiples, dans des contextes distincts laissant apparaître des cycles. La manière de faire la ville entre en 2010 dans un nouveau cycle : après l’urbanisme libéral, place à l’urbanisme d’après crise (A. Bourdin) qui devrait permettre de donner une réalité au principe de développement durable.

Les thèmes qui suivent nous paraissent susceptibles d’être déclinés dans les différentes périodes et compétences disciplinaires.

Comité scientifique

  • Président du CTHS : Claude Mordant, président de la section « Préhistoire et protohistoire », professeur émérite de protohistoire européenne à l’université de Bourgogne, membre de l'UMR ARTeHIS
  • Président scientifique du congrès : Jean-Louis Tissier, président de la section « Sciences géographiques et environnement », professeur de géographie humaine à l'université Paris I - Panthéon Sorbonne
  • Président du comité local : Jean-Luc Porhel, conservateur en chef du patrimoine, directeur des archives, de la documentation et du patrimoine de la ville de Tours
  • Membres du bureau :
  • Didier Bouillon, professeur à l'École nationale supérieure du paysage de Versailles, président de la section « Anthropologie sociale, ethnologie et langues régionales »
  • Bruno DELMAS, professeur à l’École nationale des chartes, président de la section « Histoire contemporaine et du temps présent »
  • Jean DUMA, professeur émérite d'histoire moderne à l'université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, président de la section « Histoire du monde moderne, de la Révolution française et des révolutions »
  • Simone MAZAURIC, professeur émérite de l'université de Nancy II en histoire des sciences, président de la section « Sciences, histoire des sciences et des techniques et archéologie industrielle »
  • Dominique POULOT, professeur à l'université Paris 1-Sorbonne président de la section « Archéologie et histoire de l'art des civilisations médiévales et modernes »

Proposer une communication

Les intervenants proposeront au maximum deux communications, se rapportant à des thèmes différents.

Les langues autres que le français sont acceptées pour les communications, à condition que le résumé soit accompagné de sa traduction en français.

Le résumé, de 1000 signes (espaces comprises) au maximum, devra refléter la structure du projet d'exposé et contenir dans le corps du texte les mots-clés nécessaires et les références utilisées.

Pour les communications en pré et proto histoire : un résumé en anglais est obligatoire (de 1000 signes maximum).

La commission de sélection des communications, composée des membres du comité d'organisation du congrès, des rédacteurs du programme d'appel à communication, des organisateurs de colloques, des présidents de chaque section ou de leur représentant, des membres du comité de publication et des membres du bureau du CTHS, peut écarter toute proposition ne lui paraissant pas convenir au congrès, sans avoir à motiver sa décision. L'auteur en sera informé par courrier postal et par mail.

Les communications acceptées seront affichées dès janvier 2012 sur le site cths.fr, à la page : http://cths.fr/co/communications.php?id=-1&cl=au

Pendant le congrès

Le temps de parole est fixé à 20 minutes pour l'exposé, suivies de 10 minutes de questions et de discussions.

Les salles sont équipées de rétroprojecteur et vidéoprojecteur. L'intervenant peut venir avec un ordinateur portable ou apporter ses fichiers sur une clé USB ou un CD.

La publication des actes de congrès

L'acceptation d'une communication de constitue pas un engagement de publication.

La commission de sélection des publications des actes n'examine que les textes qui ont été effectivement présentés lors du congrès, sauf cas de force majeure.

La date de remise des articles proposés est fixée au 15 juin 2012.

Le CTHS se réserve le droit de demander aux auteurs de corriger ou d'abréger leur texte, voir d'en refuser la publication.

Les actes du Congrès national des sociétés historiques et scientifiques sont publiés principalement en ligne, sous forme électronique. Ils sont disponibles à la vente, sur le site du cths.

À titre d'exemple, voir le 134e congrès à Bordeaux en 2009 Célèbres ou obscurs, Hommes et femmes dans leurs territoires et leur histoire : http://cths.fr/ed/liste.php?sc=ed&dispo=1&titre=&auteur=&congres=bordeaux&annee=&isbn=&sodis=&collection=0®ion=0&domaine=0&periode=0&ordre_tri=1&page=1&x=0&y=0

http://cths.fr/ed/liste.php?sc=ed&dispo=1&titre=&auteur=&congres=bordeaux&annee=&isbn=&sodis=&collection=0®ion=0&domaine=0&periode=0&ordre_tri=1&page=1&x=0&y=0

Cette forme d'édition permet une diffusion internationale ; tout lecteur potentiel aura accès à votre texte par une simple recherche (par votre nom, vos mots-clés, l'année, le titre, etc.).

Le délai d'édition et de mise en ligne est en général de deux ans. Les volumes sont en effet préparés, remis aux normes et maquettés pour leur publication électronique. Ils sont répertoriés dans le catalogue des publications du CTHS, le copyright et le droit moral sur le texte restant la propriété de l'auteur.

Les auteurs s'engagent formellement à présenter un texte original et inédit.

Il est impératif d'observer les Instructions aux auteurs (qui figurent à la page : http://cths.fr/co/instructions.php) et sont disponibles sur simple demande à

congres@cths.fr

110 rue de Grenelle

75357 PARIS cedex 07

01 55 95 89 64 

DATE LIMITE D'INSCRIPTION DES INTERVENANTS ET DE RÉCEPTION DES PROPOSITIONS DE COMMUNICATION : 14 novembre 2011

Vous pouvez :

soit vous inscrire en ligne (paiement par carte bancaire sécurisé) à la page : http://cths.fr/co/inscriptions.php

soit télécharger une fiche d’inscription ou utiliser celle de la brochure du programme d’appel

et l’envoyer par courrier postal au

CTHS - 137e congrès, 110 rue de Grenelle 75357 Paris cedex 07

accompagnée d’un chèque du montant des frais d'inscription (à l’ordre de : ASCSHS - Association de soutien aux congrès des sociétés historiques et scientifiques), et du résumé (1000 signes) de votre proposition, en indiquant sa place dans les thèmes, sous-thèmes et colloques du congrès.

Frais d’inscription

  • Intervenant : 30 €
  • Co-intervenant : 20 €
  • Auditeur : 70 €
  • Membres de l’Association des amis du CTHS et des sociétés savantes : 30 €
  • Accompagnateur (2 au maximum pour une personne) : 40 €
  • Étudiants non salariés (joindre une photocopie de la carte d’étudiant) et chômeurs : gratuit
  • Membres des sociétés savantes de la région Centre : gratuit

DATE LIMITE D'INSCRIPTION DES AUDITEURS : 27 avril 2012

En cas d'annulation de la part du congressiste, les frais d'inscription seront remboursés sur appel téléphonique au 01 55 95 89 64 ou message électronique à congres@cths.fr jusqu'à 15 jours avant le congrès. 

Résumé :

La thématique urbaine de ce congrès aborde sous un angle nouveau celle des congrès précédents qui ont choisi la ville comme objet. Cette thématique rencontre évidemment les préoccupations des géographes contemporains qui étudient, dans une large majorité d’entre eux, le fait urbain décliné dans les espaces, les territoires et les cultures. Elle est largement ouverte aux recherches de l’histoire urbaine, dans toutes ses périodes, elle doit aussi rencontrer des orientations de recherche en ethnologie.

Dans la notion de composition urbaine est mise en avant l’analyse de la forme ou des formes urbaines qui se déploient dans l’espace, espace réel et/ou représenté sur le plan ou la carte. Les formes contribuent à la cohérence, à la visibilité et à l’identification de l’objet urbain, leur absence ou leur effacement peuvent faire douter de l’urbanité. Certains logos promotionnels du marketing urbain s’appuient sur ces formes pour diffuser et valoriser l’image de la ville. De l’informe pré-urbain à l’utopie formellement idéale, l’éventail est large des cas, des modalités voire des styles. La généalogie des formes est riche : formes conçues avant d’être réalisées, formes partiellement ou complètement réalisées, formes à l’épreuve du temps voire de la nature, des dé-formations. Les séismes détruisent les formes : les reconstructions, comme en Sicile orientale après 1693, sont de magnifiques exemples de résurrection par la forme ; aujourd’hui à Port-au-Prince, l’attente d’une forme n’est pas seulement une question financière ou technique, il s’agit aussi de celle d’un État, acteur, metteur en forme de sa capitale.

L’expression de « composition urbaine » est relativement récente (années 1960-1970). Elle dérive de celle de composition architecturale qui apparaît au XVIIIe siècle, elle-même issue de celle de composition en peinture. Les débuts pratiques de la composition urbaine doivent beaucoup à l’art des jardins « à la française ». Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la composition urbaine obéit à des règles géométriques strictes, dont la principale est la symétrie.

Composer la ville, c’est se donner des règles qui produisent l’espace urbain, construisent celui-ci avec des unités distinctes, disposées de façon concertée et qui participent à la configuration de l’ensemble. Un exemple est celui des « tracés régulateurs ». Mais l’élaboration et la mise en œuvre d’un corps de règles pour bâtir les villes sont bien antérieures à leur première formulation théorique par L.B. Alberti dans L’art de bâtir (1485) qui inaugura une lignée de traités de ce type. Le régime urbain régulé, partiellement ou totalement, est repérable et analysable dans le monde occidental au sens large depuis l’Antiquité.

Dès lors cette notion de composition urbaine a une valeur heuristique : elle permet d’aborder la question des régularités urbaines et des modes de gestion de la planification bien avant que ne soient codifiés explicitement des principes d’urbanisme. En analysant de manière plus pragmatique les espaces urbains contemporains ou anciens, en évaluant la contribution de l’ancien au contemporain, on identifie les phases, étapes et modalités diverses de la « fabrique » de la ville, composition(s) en devenir.

Aborder la fabrique de la ville en termes de composition urbaine est une manière de rendre compte des évolutions récentes de l’histoire des villes dans la longue durée, plus attentive désormais aux stratégies des acteurs qui, en situation, trament le sens des lieux. C’est en composant, par des transactions, avec ces modes divers -et parfois concurrents ou conflictuels- d’appropriation sociale de l’espace urbain que les pouvoirs urbains — depuis les communes du XIIe siècle jusqu’aux municipalités du XXe siècle — impriment leurs marques sur la ville. Autrement dit, celle-ci apparaît moins désormais comme un lieu décidé que comme un lieu négocié.

Pour P. Pinon (Composition urbaine 1 et 2, 1992 et 1994), il y a composition urbaine quand l’organisation de l’espace joue à la fois sur le tracé des voies, le découpage des parcelles (ou une autre unité de division de l’espace) - les infrastructures -, et l’implantation du bâti et des espaces libres - les superstructures, et quand l’aménagement de l’espace se conçoit et se réalise dans un temps long. En retenant et en adaptant cet ensemble de critères de la composition, on peut, dans une perspective historique et typologique, relire les espaces urbains depuis l’Antiquité.

Sous le nom d’« art urbain », la composition urbaine classique n’en domine pas moins jusque dans les années 1930-1940. C’est l’urbanisme « à la française » de H. Prost, L. Jaussely, etc. Relèvent de ce moment les compositions urbaines par certains aspects magistrales qui se réalisent dans les territoires coloniaux qui sont une sorte de front pionnier pour les innovations urbaines, qui composent ou non avec les héritages indigènes, oscillant entre style du vainqueur et celui du protecteur.

À partir de la Reconstruction commence à s’imposer une tout autre conception où l’urbanisme dissocie le tracé des rues de l’implantation des bâtiments (une sorte de « plan libre » par similarité avec l’architecture « moderne »). Parallèlement le parcellaire disparaît comme instrument d’organisation de l’espace (le remembrement est le préalable de l’urbanisme), alors que la parcelle articule l’échelle des rues et celle des maisons. Dans l’urbanisme « moderne » également, les éléments de la ville deviennent fragmentés par un abus d’une conception analytique, monofonctionnelle (habiter, travailler, circuler, etc.). Les édifices et les espaces sont juxtaposés, ne sont plus liés par des tracés communs. La composition urbaine, au sens traditionnel, n’a plus d’usage. Elle est éventuellement remplacée, dans les meilleurs cas, par l’art du plan de masse (années 1960-1970), une abstraction dérivée de l’art contemporain (Kandinsky, Klee, Mondrian surtout).

La critique des Grands Ensembles a fait comprendre ce que l’urbanisme avait perdu en oubliant le parcellaire, en dissociant les éléments constitutifs des tissus urbains (voirie, bâti, espaces libres). On avait alors tout simplement oublié que la composition urbaine avait la capacité de faire cohabiter des formes ayant des fonctions différentes.

Actualité de la composition urbaine au XXIe siècle : le régime de la composition contemporaine n’est plus celui du prince, ou rarement du seul président, il faut négocier avec les intéressés élus, habitants, pratiquants… Ainsi le quartier des Halles à Paris a connu plusieurs régimes de composition dans les quatre dernières décennies, mais des exemples équivalents existent dans toutes les régions, pour s’en tenir à la France métropolitaine.

Au milieu des années 1990, les déclarations de Françoise Choay sur « la mort de la ville et le règne de l’urbain » lancent le débat sur la fin de la ville dense, bien délimitée, formant un tout aisément définissable, homogène. Cette figure fait désormais partie de l’histoire et on la retrouve à l’état de reliquat dans les villes européennes, noyée dans une marée urbaine. Se développe alors une série d’appellations pour tenter de mettre un mot sur les nouvelles formes urbaines résultant des dynamiques de métropolisation et de mondialisation. « Ville fragmentée », « en miettes », « en archipel », « multipolaire » mettent l’accent sur la perte d’unicité de la ville : autrement dit il n’y a plus de centre unificateur, plus de système organisé par une logique concentrique centre/périphérie. C’est la fin de la ville organique, produit de l’industrialisation, construite à partir de l’usine et de son centre : on parle de la ville post-moderne pour mieux cerner la nature du changement. Dans cette ville post-moderne, le centre éclate et ne commande plus le territoire, la périphérie est dilatée au point de perdre tout contact avec le centre. De nouvelles centralités se structurent en périphéries ; Y. Chalas et G. Dubois-Taine proposent d’analyser « la ville émergente » permettant l’existence d’une ville à la carte pour les populations inscrites dans la mobilité. D’autres mettent l’accent sur la fragmentation sociale qui peut accompagner le processus de fragmentation spatiale analysé (Marie-Christine Jaillet).

Comment alors gérer ces ensembles urbains ? Faut-il recoudre les fragments ? Ou considérer l’organisation en archipels comme les nouvelles bases d’une entité multiforme ? Les réponses ne peuvent être envisagées sans un regard sur la situation économique et sociale des espaces considérés. Dans un double contexte de reconsidération du foncier et de ses coûts mais aussi de renforcement des préoccupations environnementales, l’extension des villes est aujourd’hui principalement pensée dans une dynamique de renouvellement urbain. Après avoir favorisé des politiques d’étalement urbain, il s’agit de refaire la ville sur la ville, de recomposer l’existant selon de nouvelles logiques économiques.

L. Théry parle d’une époque caractérisée par une nouvelle modernité de la ville compacte : la densité urbaine, après avoir porté des valeurs négatives, est aujourd’hui associée à la qualité urbaine. Amsterdam constitue en la matière un modèle (J. Lévy), démontrant que la densité n’est pas synonyme de verticalité et peut permettre de « faire avec ce qui existe », de s’inscrire dans l’histoire des lieux.

La requalification des grands ensembles ou encore le traitement des friches industrielles, militaires, ferroviaires… constituent un point d’appui important à cette dynamique qui permet de lutter contre les phénomènes de dévalorisation et de marginalisation affectant certains territoires. Difficile de maîtriser les processus de gentrification qui vont parfois accompagner ces dynamiques de requalification.

La pratique du renouvellement urbain oblige non seulement à reconsidérer la question patrimoniale mais touche aussi à la manière de concevoir, à travers le projet urbain, la relation avec la ville héritée (M. Roncayolo). La ville s’est de tout temps recomposée, à des échelles multiples, dans des contextes distincts laissant apparaître des cycles. La manière de faire la ville entre en 2010 dans un nouveau cycle : après l’urbanisme libéral, place à l’urbanisme d’après crise (A. Bourdin) qui devrait permettre de donner une réalité au principe de développement durable.

Les thèmes qui suivent nous paraissent susceptibles d’être déclinés dans les différentes périodes et compétences disciplinaires.

I. Les moments : l’histoire des villes s’inscrit dans un temps long. Les moments de composition(s) alternent avec des moments de stabilisation, voire de décomposition. Cette question de la temporalité peut être abordée selon des perspectives différentes, monographique, régionale, comparatiste (moment Haussman/Cerda), coloniale et post-coloniale, post Guerre mondiale.

II. Les formes et les échelles : l’analyse des morphologies urbaines est un axe prioritaire, transversal par rapport au thème du congrès. La morphologie urbaine comprend le jeu des pleins et des vides, la disposition de la trame viaire, les places, le choix des axes, les effets de symétrie ou de contraste, la hiérarchie des lieux, le devenir des formes.

La composition se définit à plusieurs échelles, des parties locales (îlot, quartier) à celle de la ville et de l’agglomération, voire de la mégalopolis. Métrique des différentes pratiques de la ville, de celle du piéton à celle de l’automobile des rocades et des voies dites express.

III. Les acteurs : la composition de la ville implique l’intervention d’acteurs dont les pouvoirs et les compétences sont divers et inégaux : les politiques, les techniciens, les agents économiques. Ces acteurs sont des individus mais aussi des groupes. Les citadins eux-mêmes constituent des agents qui peuvent faire valoir leur point de vue dans la composition et surtout dans la recomposition de la ville. L’intervention des acteurs se réalise aujourd’hui dans un régime d’interactions plus ou moins ouvert et dans une durée variable.

IV. Les réseaux : les réseaux et notamment les réseaux techniques sont parties prenantes, mêmes s’ils sont souvent invisibles car souterrains ou immatériels. L’histoire des techniques a impliqué la composition urbaine par des effets de diffusion ou de polarisation. Ils ont une action sans doute ambivalente de structuration et/ou de dé-structuration.

V. La nature et la composition urbaine : site initial et composition, devenir de ce site initial, contraintes et potentiel, réaffectation des espaces naturels, le fleuve, l’estuaire, le lac et leurs rives, berges et abords dans la recomposition. Fonction et place de la végétation dans la composition : squares, jardins, parcs, alignements et coulées vertes. Nature privée, nature publique.

VI. Les représentations de la composition urbaine : iconographie, plans, cartes, dessins de projets et /ou de réalisations, « portraits de ville », photographies, voire filmographie ou vidéographie, redécouverte naïve ou savante de la composition par le biais des accès à Google Earth ou à Géoportail.

VII. Les dimensions sensibles de la composition urbaine : perception(s) de la composition, préférences, choix, places des jardins et parcs, de la monumentalité, les manifestations des liens d’attachement à la composition du quartier, à l’agglomération : « Je ne cherche pas ici à faire le portrait d’une ville. Je voudrais seulement savoir comment elle m’a formé » J. Gracq, La forme d’une ville, 1985.

Pour conclure, on peut faire observer que s’agissant de l’histoire des formes urbaines, les sociétés savantes ont un acquis local très important, que ce thème qui a une dimension à la fois patrimoniale et vécue devrait les impliquer. On ajoutera que ces questions des fondations, de transformations leur sont familières depuis plus d’un siècle. Elles peuvent et doivent être revisitées aux lumières des connaissances et des techniques nouvelles. 

Lieux

  • 3 rue des Tanneurs (Université de Tours François-Rabelais)
    Tours, France

Dates

  • lundi 14 novembre 2011

Fichiers attachés

Mots-clés

  • congrès,urbain, histoire, géographie, ville

Contacts

  • Francine FOURMAUX
    courriel : congres [at] cths [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Francine FOURMAUX
    courriel : congres [at] cths [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Composition(s) urbaine(s) », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 21 juillet 2011, http://calenda.org/205006