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Genre et voix

Voice and gender

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Publié le jeudi 21 juillet 2011 par Karim Hammou

Résumé

Le développement récent des travaux de sciences sociales sur le corps a permis de renouveler et d’enrichir les réflexions sur les dimensions incorporées des rapports de pouvoir. Mais ces travaux ont souvent laissé de côté la voix, composante relativement invisible de la dimension corporelle du genre. Omniprésente, la voix joue pourtant un rôle considérable dans la naturalisation et l’incorporation du genre (par exemple dans l’association entre autorité et masculinité ou entre féminité et douceur), et par là, dans la reproduction des inégalités. Afin de croiser les perspectives disciplinaires et les terrains sur un objet encore peu étudié, cette journée d'étude a pour but d’explorer les dimensions genrées de la voix à partir de terrains empiriques aussi variés que possible.

Annonce

Journée d’études « Genre et voix »

Samedi 26 novembre 2011, Paris

Avec le soutien du Centre Maurice Halbwachs et de l’Institut Émilie du Châtelet

Organisatrices :

  • Béatrice de Gasquet (CMH-ETT, EHESS)
  • Reguina Hatzipetrou-Andronikou (CMH-PRO, EHESS)

Comité scientifique :

  • Marie Buscatto (IDHE, Paris 1-CNRS)
  • Catherine Marry (CMH-PRO, CNRS)
  • Laurence Tain (MODYS, Lyon 2)

« Le contrôle du volume de la voix est imposé fortement, et plus tôt, chez les filles. Cette longue restriction rend la prise de parole publique (de meeting, de travail, d’assemblée de quelques nature que ce soit) difficile à la majorité des femmes dont la voix habituée de longue date à la fois à un faible volume sonore en public et à un débit précipité, ne porte pas, et n’est souvent pas entendue. De même, dans les espaces publics extérieurs, la voix des femmes ne devient forte et ne s’impose qu’en situation d’urgence ou de danger. À l’inverse de celle des hommes, elle n’est pas aisément, ni constamment, présente. » (Colette Guillaumin, « Le corps construit », in Sexe, race et pratique du pouvoir. L’idée de nature,  Côté femmes, p. 134)

Sous l’impulsion notamment des études sur le genre et la sexualité, le développement récent des travaux de sciences sociales sur le corps a permis de renouveler et d’enrichir les réflexions sur les dimensions incorporées des rapports de pouvoir. Mais ces travaux ont souvent laissé de côté la voix, composante relativement invisible de la dimension corporelle du genre. Omniprésente, la voix joue pourtant un rôle considérable dans la naturalisation et l’incorporation du genre (par exemple dans l’association entre autorité et masculinité ou entre féminité et douceur), et par là, comme le suggérait Colette Guillaumin, dans la reproduction des inégalités.

Du côté des études de linguistique, qui ont contribué de manière importante aux études de genre en analysant les structures genrées du langage, la voix, dans sa dimension physique, incarnée (volume, fréquence, hauteur, intonation, accent, débit, timbre), est également un champ d’analyse relativement périphérique, de surcroît peu connu des non-linguistes.

Afin de croiser les perspectives disciplinaires et les terrains sur un objet encore peu étudié, cette journée a pour but d’explorer les dimensions genrées de la voix à partir de terrains empiriques aussi variés que possible. L’objectif est ainsi de croiser des travaux sur des « professionnels de la voix » (métiers artistiques, orthophonie…) et des travaux sur des contextes où la voix n’est pas un élément aussi immédiatement central. Les situations où la voix fait l’objet de normes qui ont des conséquences sur les rapports de genre sont en effet nombreuses : « autorité » des enseignant-e-s, des cadres ou des responsables politiques et religieux, télémarketing, qualités vocales et oratoires des avocat-e-s, des journalistes à la radio ou à la télévision, force de conviction dans les métiers commerciaux, articulation entre voix et care dans les métiers du social et de la santé, surveillance de la voix dans les centres d’appels, chant ou psalmodie dans un cadre rituel ou artistique, processus de transition des personnes trans, incarnation d’une divinité de sexe opposé dans les cultes de possession, etc.

Les communications devront s’efforcer de distinguer l’analyse de la voix de celle du langage en général. Elles pourront notamment :

  • Décrire et interroger la manière dont les normes concernant la voix sont genrées et varient suivant les contextes culturels, historiques et sociaux.

Quels mécanismes socialisateurs contribuent à construire la voix comme genrée ? Comment la construction sociale de la voix fait-elle intervenir de manière croisée des rapports de genre, de classe, de race et de sexualité ? Comment les individu-e-s jouent-ils et elles de ces normes vocales, pour affirmer, subvertir ou transgresser leur identité de genre dans différents contextes ?

  • Analyser la socialisation vocale et la manière dont la voix contribue à naturaliser les différences entre les sexes

Dans quels contextes constate-t-on des attentes clairement différentes suivant le genre concernant l’accent, le débit, le volume de la voix ? Ces normes genrées concernant la voix sont-elles explicites ou implicites ? Comment s’articulent-elles avec la construction du corps genré (vêtements, posture…) ? Comment les individu-e-s gèrent-elles et ils les tensions et contradictions possibles entre ces différentes normes vocales auxquelles elles/ils sont confronté-e-s (famille, école, travail, sociabilités amicales…) ? Comment un « habitus clivé » peut-il se traduire dans la voix ? Quels types de jeux avec les normes sont-ils possibles ? Certaines situations les autorisent-elles plus que d’autres ?

  • S’intéresser aux interactions entre genre, voix et pouvoir.

Voix et pouvoir sont dans de nombreux contextes associés. La voix peut ainsi être utilisée pour stigmatiser certains groupes (ex. femmes noires américaines accusées de parler trop fort), et les stéréotypes sur la voix, en croisant racisme et sexisme, jouent un rôle puissant dans la naturalisation et la reproduction des rapports de domination.

La voix est aussi dans de nombreuses situations un « instrument » qui donne accès à certaines rétributions (autorité, prestige, séduction). L’argument de la voix non adéquate (trop aiguë, trop sensuelle…) a ainsi pu être utilisé dans certains contextes pour interdire, limiter ou critiquer l’accès de groupes dominés à certaines positions (par exemple à la radio). Comment les individu-e-s contournent-elles ou ils ces interdictions, limitations ou critiques en utilisant des stratégies vocales associées ou non à d’autres stratégies de contournement.

Comment les usages sociaux de la voix contribuent-t-ils à reproduire, ou au contraire transformer, les rapports de pouvoir entre femmes et hommes ? On prêtera une attention particulière aux interactions entre transgressions et/ou subversions du genre et de la voix.

  • S’interroger sur les catégories de description de la voix, proposer des outils et méthodes d’analyse de la voix dans les sciences sociales.
La difficulté que peuvent rencontrer les chercheur-e-s en sciences sociales non spécialistes de linguistique ou d’ethnomusicologie est de savoir avec quels outils « observer » et décrire la voix. La voix fait en effet sur de nombreux terrains l’objet de discours et de catégorisations internes (voix trop « efféminées », trop ou pas assez « autoritaires », etc.) qui peuvent parfois sembler difficiles à objectiver. La confrontation des catégories « expertes » pour décrire la voix et des catégories « profanes » peut en soi faire l’objet d’analyses. Il est ainsi probable que les dysfonctionnements de la voix ne sont pas décrits de la même manière par les orthophonistes et leurs patient-e-s, de même que la performance vocale d’un chanteur en concert ne sera pas décrite de la même manière par un-e musicien-ne et par un-e non musicien-ne.   Cette journée d’étude est interdisciplinaire, ouverte notamment aux propositions de sociologues, anthropologues, ethnomusicologues, politistes et historien-ne-s.  

Les propositions de communications (titre, résumé, nom de l’auteur-e, affiliation institutionnelle, adresse mail), d’une longueur de 600 mots maximum

devront parvenir avant le 30 août 2011

à l’adresse genreetvoix2011@gmail.com. Elles devront préciser  la méthodologie et le matériau empirique utilisés.

Les résultats de la sélection seront communiqués aux auteur-e-s avant le 15 septembre.

Lieux

  • 48 bd Jourdan (ENS, Grande salle)
    Paris, France

Dates

  • mardi 30 août 2011

Mots-clés

  • genre, voix, socialisation, professions, politique, santé

Contacts

  • Béatrice de Gasquet et Réguina Hatzipétrou-Andronikou ~
    courriel : genreetvoix [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Béatrice de Gasquet ; Reguina Hatzipetrou-Andronikou
    courriel : genreetvoix2011 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Genre et voix », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 21 juillet 2011, http://calenda.org/205007