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La littératie dans les études québécoises

Globe, revue internationale d'études québécoises

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Publié le mercredi 31 août 2011 par Karim Hammou

Résumé

Avec ce numéro, la revue Globe prend acte d’une mutation terminologique et conceptuelle et se donne pour objectif d’interroger les incidences épistémologiques, au regard des travaux québécois de recherches théoriques et appliquées, dans les disciplines des sciences du langage et des sciences sociales et éducatives concernées par les questions de lecture et d’écriture. Des chercheurs internationaux seront invités à réagir aux articles sélectionnés, pour créer un dialogue, différé mais présenté conjointement.

Annonce

Les tenants de la littératie assignent à l’équivalence alphabétisation/littératie un geste réducteur, alors que l’usage courant dans les organismes fait persister une coïncidence terminologique sinon conceptuelle entre les deux formes. Les discours – voire les politiques et programmes de financement – véhiculent encore l’image du « fléau social », critiquée par Bernard Lahire (L’invention de l’« illettrisme », 1999) à propos de l’illettrisme : un mal à combattre. 

Les chercheurs anglo-saxons ont toutefois ouvert le concept de litteracy au-delà des frontières langagières, en articulant les activités de lecture-écriture à des buts et contextes spécifiques (Scribner, Cole, 1981). De plus, le projet de dépassement d’une « Literacy view of literacy » (Barton, 2007), vision littéraire de la littératie, se concrétise par une approche sociale de la littératie (Masny, 2001), « the social practices view of literacy » (Papen, 2005), laquelle s’affranchit d’une conception strictement cognitive et comportementale (« the skills view of literacy », selon Papen, 2005). Socialement envisagée, la littératie s’élabore à l’aulne de pratiques diversifiées, à décrire et à comprendre, en relation avec les contextes socioculturels qui les circonscrivent. Dans ce sens, des rapports à l’écrit, à la langue, des pratiques contextualisées, des motivations et des repères variables semblent prendre le pas sur l’idée d’une alphabétisation strictement cognitive ou fonctionnelle, qui ne constitue plus le cœur des problématiques. Dans ces conditions, l’idée même des frontières entre lecture-écriture et l’ensemble des activités culturelles (dans le sens de pratiques sociales culturellement marquées) est-elle encore viable? Peut-on réellement définir les limites actionnelles et sociales des pratiques de littératie? 

Au Québec, la conception socialisante de la littératie est-elle, le cas échéant, un effet de la réception de Hoggart (The uses of litteracy, 1957, La culture du pauvre, 1970), qui critique « les images intellectuelles ou petites bourgeoises du divertissement populaire »? Si l’heure n’est plus à la dénonciation de l’ethnocentrisme de classe, il reste à questionner les formes d’intervention dans le domaine de la littératie. Les programmes d’intervention présupposent-ils un modèle (réel ou imaginaire), sinon dominant, au moins efficace, qu’il faudrait répandre, tout comme l’indiquent leurs critiques sociologisantes? Peut-on circonscrire ce modèle, d’un point de vue théorique et conceptuel? Peut-on y échapper? Cette conception serait-elle uniformisante? Se préoccupe-t-elle des dimensions culturelles des pratiques, de leurs logiques internes, endogènes, de leurs raisons sociales et de leurs variabilités? 

Dans une dynamique toujours plus contextualisante, la littératie englobe les communications multimodales et permet peut-être d’entrevoir des relations de type statutaire plutôt qu’économique entre l’individu, ses pratiques, ses compétences et la société. Alors que Goody cherchait à identifier les incidences cognitives et sociales de cette « technologie de l’intellect » que constitue l’écriture dans les sociétés occidentales, la littératie, dans une perspective sociétale, sert désormais un objectif citoyen, car la recherche et le traitement de l’information sont de plus en plus considérés comme déterminant le pouvoir d’action des usagers/citoyens. Les objectifs idéationnels de la littératie littéraire et fonctionnels de l’alphabétisation laissent-ils ainsi place à une conception citoyenne des activités de lecture-écriture, pour faire des choix en connaissance de cause plutôt qu’agir conformément à un projet économique global? Prendre (sa) part à la société, contribuer à un projet social dont on est acteur plutôt qu’outil? Cette littératie, selon une entrée sociale, culturelle et plurielle, restitue-t-elle l’intelligence critique des acteurs, en même temps qu’elle vise leur participation? 

Conjuguée au pluriel, la littératie se décline dans tous les domaines de la vie ; elle est « littératie familiale, scolaire, communautaire » (Dionne & Berger, 2007, Masny, 2008) et circonscrit les conditions de réussite des apprentissages premiers, pour l’avenir. Elle est aussi « littératie financière », « littératie en santé », « littératie universitaire » (Blaser et Erpelding-Dupuis, 2010), « littératie des droits en santé et services sociaux » (Clerc et al., 2009) et s’attache à définir les conditions d’exercice favorables aux individus. Dans cette mouvance conceptuelle, les littéracies plurielles dévoilent leurs aspects ; elles sont non seulement « multiples », mais « émergentes » ou encore (trans)générationnelles ; instables, elles fluctuent au gré des besoins, des conditions matérielles et socio-affectives d’exercice, comme des expériences dont elles se nourrissent. Les études qui se consacrent aux littératies ont-elles alors en commun d’analyser leurs conditions d’exercice plutôt que d’évaluer les compétences linguistiques et cognitives des acteurs (comme dans le cadre des grandes enquêtes internationales et des approches en alphabétisation fonctionnelle)? Et quels enseignements en tire-t-on? Ont-elles en commun de promouvoir l’amélioration des conditions d’exercice de la littératie autant que les savoir-faire des apprenants, usagers, citoyens? Quelles seraient alors les modalités de développement de ces conditions d’exercice? 

Si la mutation terminologique n’est pas sans effets épistémologiques, on interrogera également les incidences méthodologiques dans les recherches contemporaines : dans quelle mesure les arrière-plans théoriques auront-ils influencé les méthodes des recherches québécoises? Quelles avenues sont privilégiées dans les travaux actuels, qu’ils relèvent de recherche fondamentale ou de recherche-action? L’élasticité du concept (Walhen, 2004) aura-t-elle marqué les études québécoises d’une conception plus socioculturelle, ethnographique, sociocognitive de la littératie? Comment la dimension citoyenne apparaît-elle dans ces travaux? Quelles méthodes permettent de circonscrire aujourd’hui les dimensions connexes aux savoirs et savoir-faire linguistiques? Quels résultats? Quelles perspectives interdisciplinaires se dégagent des orientations dessinées par les travaux récents? 

Dirigé par Karine Collette (Université de Sherbrooke), ce numéro thématique accueillera des articles d’une longueur de 20 à 25 pages double interligne (pour un maximum de 8 000 mots notes comprises). Accompagnés d’un résumé 300 mots, avec traduction anglaise, les textes seront acheminés à Globe. Revue internationale d’études québécoises par voie électronique (revueglobe@uqam.ca)

avant le 1er avril 2012.

Les articles seront soumis au processus habituel d’évaluation scientifique par les pairs.

Les auteurs sont priés de suivre le protocole de rédaction disponible sur le site : http://www.revueglobe.uqam.ca

Catégories

Lieux

  • Succursale Centre-ville Montréal (Département d'histoire Université de Montréal, Qué.)
    Montréal, Canada

Dates

  • dimanche 01 avril 2012

Mots-clés

  • appel de textes, littératie, études québécoises

Contacts

  • Marie Fortin
    courriel : contact [at] revueglobe [dot] ca

Source de l'information

  • Marie Fortin
    courriel : contact [at] revueglobe [dot] ca

Pour citer cette annonce

« La littératie dans les études québécoises », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 31 août 2011, http://calenda.org/205100