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Travail et organisations dans les secteurs public et privé : différences et convergences

Work and organisation in the public and private sectors: differences and convergences

Appel à article pour la Nouvelle Revue du Travail n°2

Call for articles for the Nouvelle Revue du Travail issue 2

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Publié le lundi 05 septembre 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Dans un contexte de recul de l'État dans le capital des entreprises, la firme privée dans ces multiples déclinaisons (taille, secteur, culture, etc.) semble être devenue le parangon de l'ensemble des organisations productives, y compris des administrations publiques. En même temps, si le secteur privé tend de plus en plus à se substituer au secteur public, les missions de ce dernier ne se voient-elles pas dès lors reportées dans le premier ? Ce faisant, n'assisterions-nous pas à un curieux chassé-croisé, entre d'un côté, des agents de l'Etat devant se convertir à des logiques de rentabilité et de concurrence, et de l'autre, des salariés du privé dont on attend désormais qu'ils soient les garants de l'intérêt collectif et sociétal ?

Annonce

Argumentaire

Les transformations du capitalisme français au cours des trois dernières décennies se sont traduites, entre autres, par des privatisations qui ont fait basculer dans le secteur privé des activités entières (assurance, banque, énergie, transport, télécommunication, etc.) : appartenant dorénavant à des groupes privés, les entreprises de ces secteurs sont soumises à leurs objectifs tout en étant de plus en plus exposées à la concurrence nationale et internationale. Par ailleurs, contraintes à faire preuve de compétitivité, les administrations et les dernières entreprises publiques ont vu progressivement se transformer leurs objectifs et évoluer leurs modes de gestion et d'organisation du travail. Sous prétexte d'accroître l'efficacité économique de ces institutions, leurs agents et salariés sont désormais confrontés à des logiques empruntant largement au secteur privé. Partant de là, on peut se demander si les caractéristiques et missions originelles du service public (solidarité, gratuité, accès au plus grand nombre, qualité du service, proximité, etc.) ne sont pas remises en question par l'importation inédite de pratiques commerciales, gestionnaires et managériales (y compris sous couvert de démarches telles que la promotion des droits des usagers).

À l'inverse, et parallèlement à ce processus de privatisation des organisations, on assiste à l'appropriation par les entreprises privées de logiques et de finalités qui étaient à l'origine l'apanage du secteur public. En va-t-il ainsi de la Responsabilité Sociale de l'Entreprise qui tente de concilier activité économique et attentes de la société, performance dans le travail et préoccupations éthiques ou encore croissance et mesures écologiques. Plus encore, le secteur privé s’est emparé du champ du social (les services à la personne par exemple) et des services au public (distribution et traitement de l’eau, ramassage et traitement des déchets, transport des personnes, etc.). Comment la logique de profitabilité s’accommode-t-elle des exigences inhérentes aux principes de service public ?

Dans ce contexte de recul de l'Etat dans le capital des entreprises, la firme privée dans ces multiples déclinaisons (taille, secteur, culture, etc.) semble être devenue le parangon de l'ensemble des organisations productives, y compris des administrations publiques. En même temps, si le secteur privé tend de plus en plus à se substituer au secteur public, les missions de ce dernier ne se voient-elles pas dès lors reportées dans le premier ? Ce faisant, n'assisterions-nous pas à un curieux chassé-croisé, entre d'un côté, des agents de l'Etat devant se convertir à des logiques de rentabilité et de concurrence, et de l'autre, des salariés du privé dont on attend désormais qu'ils soient les garants de l'intérêt collectif et sociétal ?
C’est de ce chassé-croisé que les auteurs traiteront, à partir d’expériences issues des deux secteurs en question, ou bien de l’un ou de l’autre de ces secteurs, mais en s’attachant dans tous les cas à analyser et à caractériser les effets réciproques, tant au niveau du travail qu’au niveau de l’évolution des offres de biens et de services (et son effet sur le travail lui-même).

À titre indicatif et de façon non-exhaustive, les questions qui surgissent peuvent s’énoncer ainsi :

  • Comment s’opèrent la production et la diffusion des valeurs managériales incarnant la modernisation, en particulier celle du secteur public (ou celle des entreprises semi-publiques) ? Quels sont les contenus (et les perceptions) de ces modèles managériaux ? Quel est le rôle des grands cabinets de conseil dans leur émergence et leur déploiement ? À partir de quelle rationalisation se sont-ils développés ? Comment se mettent en place ces nouveaux modèles de gestion ? L’efficacité, la productivité sur lesquelles s’appuie ce modèle managérial et gestionnaire sont-elles réelles ou seulement imaginaires ? Comment mesure-t-on ou prétend-t-on mesurer la performance de ces modèles ?
  • Quels sont les impacts de ces modèles managériaux sur le travail (des exécutants et des managers) ? Quelle est la place des procédures et des certifications ? Comment se régulent les tensions entre performance individuelle et performance collective, entre performance individuelle et coopération ? Que sont les collectifs de travail ?
  • Quels sont les modalités et les outils d’évaluation des personnels (individuels et/ou collectifs, comparaison public/privé) ? Quelle est la place du quantitatif dans l’évaluation et avec quelles procédures ?
  • Comment intégrer les nouvelles injonctions sociétales (RSE, par exemple) dans un modèle fondé sur l’individualisation ? Quels rapports entre la montée de la RSE et le déclin des systèmes de relations professionnelles ("crise" des syndicats, affaiblissement du système conventionnel dans le cadre de la mondialisation, etc. ?
  • Que devient la délégation de service public (au secteur privé) à l'heure de la financiarisation de l'économie, du nouveau management public et de la RGPP ? Comment les grands groupes s'en saisissent-ils aujourd'hui, comment la gèrent-ils en France et comment exportent-ils leurs savoir-faire ?
  • Comment le secteur privé s’empare-t-il du champ du social (avec par exemple le service à la personne) ? Avec quelle efficacité et quelles modalités de fonctionnement ? Quels sont les effets de cette concurrence sur les autres acteurs (non lucratifs) du champ ?
  • Quel rôle jouent les institutions européennes dans la constitution et la diffusion des nouveaux modes d’organisation et de gestion des services publics (ouverture à la concurrence, subventions...) ?
  • Etc.

Propositions d'articles

Les articles sont à adresser à la revue à l’adresse suivante : nrtravail@gmail.com

 avant le 15 novembre 2011

Comité de Rédaction 

François Aballéa (Université de Rouen), Norbert Alter (Université Paris IX), Bénédicte Atten (SNCF), Sophie Bernard (Université Paris IX), Paul Bouffartigue (CNRS-Université de Méditerranée), Sébastien Chauvin (Amsterdam), Valérie Cohen (Université Lille 1), Olivier Cousin (Université Bordeaux II), Marnix Dressen (Université Lille 1), Jean-Pierre Durand (Université d’Evry), Gaëtan Flocco (Université d’Evry), Sabine Fortino (Université Paris X), Ginette Francequin (CNAM), Vincent de Gaulejac (Université Paris VII), Fabienne Hanique (Université Paris VII), Lionel Jacquot (Université de Nancy), Jacqueline Laufer (HEC), Danièle Linhart (CNRS-Université Paris X), Pierre Maillot (Ecole Louis Lumière), Salvatore Maugeri (Université d’Orléans), Jean-Luc Metzger (France Télécom), François Sarfati (Université Paris XII), Joyce Sebag (Université d’Evry), Guillaume Tiffon.

Dates

  • mardi 15 novembre 2011

Mots-clés

  • Nouvelle Revue du Travail, NRT, travail, organisation, secteur public, secteur privé, privatisation, gestion, management, entreprise, administration

Contacts

  • Nicolas de Lavergne
    courriel : transatlantic [dot] dh [at] msh-paris [dot] fr

Source de l'information

  • Nicolas de Lavergne
    courriel : transatlantic [dot] dh [at] msh-paris [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Travail et organisations dans les secteurs public et privé : différences et convergences », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 05 septembre 2011, http://calenda.org/205173