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Les conflits de valeurs dans le, au ou à propos du travail

Conflicts of value at work

Dossier thématique du troisième numéro de la Nouvelle Revue du Travail

Nouvelle Revue du Travail issue 3

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Publié le mardi 06 septembre 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

À l’évidence, les exemples de conflits de valeurs autour du travail fourmillent. L’objet d’étude est donc complexe et les sources d’opposition multiples, tant dans le champ économique et sociétal, que politique ou encore académique. Il nous paraît donc utile que la NRT revienne sur cette thématique et sur les questions qu’elle soulève. Les contributions se concentreront sur la dimension conflictuelle de ce rapport aux valeurs ayant trait au travail, entendu dans une acception large : quelles sont les causes de ces conflits de valeurs ? Comment se manifestent-ils ? De tels conflits peuvent-ils être également temporairement désamorcés et neutralisés, voire disparaître ? Les auteurs s’attacheront à définir ce qu’ils entendent par valeur(s) quand on parle de travail.

Annonce

Argumentaire

La notion de valeur envisagée du point de vue des activités de travail souffre certainement de son caractère polysémique, multidimensionnel, politique et éminemment conflictuel. Rapprocher travail et valeur suscite immédiatement une multitude de questions. Le travail peut en premier lieu être considéré comme une valeur en soi, une composante structurelle d’une société, une valeur phare de l’identité d’un groupe social, comme des individus qui le composent.

Ainsi, un candidat aux élections présidentielles s’est érigé il y a peu comme le promoteur de la « valeur travail », avec son slogan « « travailler plus pour gagner plus ». Ce faisant, il a déclenché l’ire de ceux qui sont convaincus qu’il faut « travailler moins pour vivre mieux », défendant une autre conception de ce qui constitue le lien social, une autre vision de l’urgence sociétale. Une telle opposition autour de la valeur travail, à l’heure du chômage de masse et de l’innovation technologique tous azimuts, a pu laisser penser à certains analystes qu’on pouvait parler d’une disparition du travail en tant que « valeur centrale » de la société, déclenchant alors une vaste controverse. Des travaux récents ont finalement montré que les salariés continuaient à accorder, du moins en France, une valeur importante à leur travail, en exprimant toujours un certain nombre d’attentes identitaire à son égard. Il est probable cependant que de nombreux groupes sociaux se sont progressivement détachés de la valeur travail et entendent trouver ailleurs les raisons de leur propre mise en valeur…

Mais le travail n’est pas à envisager seulement comme une valeur intrinsèque et une pièce centrale de la construction identitaire individuelle ou collective. Il est aussi et tout autant le lieu où les individus et les groupes professionnels investissent, construisent et défendent des valeurs exprimant leur conception du monde, leur rapport à autrui, dans et hors la sphère de l’entreprise. Autrement dit, le travail est le lieu d’une intense élaboration axiologique touchant aux finalités mêmes du travail comme à la façon dont celui-ci doit être accompli. On pourrait aller jusqu’à dire que travailler c’est produire des biens ou des services, mais c’est aussi et indissociablement inventer, propager, défendre, imposer des valeurs – qui plus est, avec ou sans l’intention explicite d’être du nombre des « promoteurs de valeurs ». De fait, la production axiologique s’inscrit dans un continuum qui va d’une production impensée, spontanée, à une production consciente d’elle-même, revendicative, militante. L’activité axiologique se fait alors éthique (système cohérent de principes moraux assumés), déontologique (proclamation officielle de valeur et normes qu’un groupe social entend respecter dans son fonctionnement).

Les entreprises, en particulier les plus grandes, sont devenues coutumières de ces grandes déclamations autour des valeurs de leur organisation. Les « chartes éthiques » fleurissent partout à travers les firmes, laissant souvent perplexes ceux qui se donnent la peine d’y réfléchir. L’exemple récent de la RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) à laquelle aucune grande société ne déroge aujourd’hui et qui prétend concilier profit et durabilité n’est pas le moins intéressant. Sans doute parce que cette prétention des entreprises met en évidence le fait que la question des valeurs engagées dans le travail déborde de loin le travail et ceux qui l’encadrent et l’accomplissent. En effet, le travail et les entreprises peuvent être l’objet de conflits de valeur avec des groupes ou collectifs situés en dehors de la sphère professionnelle : associations, groupes de défense, syndicats, etc., une multitude d’acteurs situés en dehors du périmètre des activités professionnelles peut venir contester les valeurs défendues explicitement ou implicitement par le développement économique.

On comprend ainsi que les conflits de valeurs dans ou au travail, comme à propos du travail sont innombrables. Dans le monde de l’entreprise, les valeurs entourant le travail recouvrent aussi bien ce qu’apporte une activité aux salariés, les profits symboliques qu’ils en tirent, que leur éthique et leur conception du travail « bien fait ». Celles-ci télescopent souvent les valeurs portées par les directions d’entreprises et les pratiques qu’elles mettent en œuvre à l’aide des dispositifs managériaux les plus élaborés, ancrés dans le lexique unilatéral de l’efficience, de la performance, du résultat. Tout un pan de la recherche sociologique s’est attaché autrefois à souligner la multiplicité des « mondes sociaux » d’entreprise, indiquant par là qu’aucune firme n’est un système parfaitement intégré, mais plutôt un agrégat d’éléments plus ou moins individualisés traversé de forces contradictoires. On peut évoquer aussi les valeurs de solidarité et de citoyenneté du secteur public qui s’opposent avec celles de la concurrence et de la performance du secteur privé.

La valeur travail peut aussi être rattachée à l’entrepreneuriat localisé et à l’investissement dans la production, source d’un développement social considéré comme plus équitable, que l’on oppose aux stratégies essentiellement financières de création de valeur pour l’actionnaire des nouvelles sociétés globalisées, sans jamais vraiment savoir si ces valeurs et finalités attribuées au travail sont réellement contradictoires ou bien convergentes. Dans une perspective plus sociétale, et pour ne pas dire de classes, il va de soi que toutes les professions et catégories de travailleurs ne possèdent pas les mêmes valeurs et les mêmes représentations du monde, ce qui ne va pas sans compliquer les rapports de travail aussi bien entre les groupes professionnels qu’entre les différents échelons de la hiérarchie entrepreneuriale.

A l’évidence, les exemples de conflits de valeurs autour du travail fourmillent. L’objet d’étude est donc complexe et les sources d’opposition multiples, tant dans le champ économique et sociétal, que politique ou encore académique. Il nous paraît donc utile que la NRT revienne sur cette thématique et sur les questions qu’elle soulève.

Les contributions se concentreront sur la dimension conflictuelle de ce rapport aux valeurs ayant trait au travail, entendu dans une acception large : quelles sont les causes de ces conflits de valeurs ? Comment se manifestent-ils ? De tels conflits peuvent-ils être également temporairement désamorcés et neutralisés, voire disparaître ? Les auteurs s’attacheront à définir ce qu’ils entendent par valeur(s) quand on parle de travail. Ils devront aider les lecteurs à comprendre les différents niveaux de mise en œuvre des valeurs dans, au ou à propos du travail. Les analyses ancrées dans le terrain veilleront à favoriser les montées en généralité, afin de nourrir le débat théorique. A l’inverse, les contributions plus théoriques s’attacheront à illustrer au mieux la manière dont les conflits de valeurs s’expriment chez les acteurs et les champs étudiés.

Modalités de soumission

Les articles sont à adresser à la revue à l’adresse suivante : nrtravail@gmail.com

avant le 15 novembre 2011

Les articles sont soumis, anonymisés, à deux évaluateurs extérieurs.

Comité de rédaction : http://nrt.hypotheses.org/comite-de-redaction

Dates

  • mardi 15 novembre 2011

Mots-clés

  • Nouvelle Revue du Travail, NRT, travail, valeur, valeurs, conflits de valeurs, identité

Contacts

  • Nicolas de Lavergne
    courriel : transatlantic [dot] dh [at] msh-paris [dot] fr

Source de l'information

  • Nicolas de Lavergne
    courriel : transatlantic [dot] dh [at] msh-paris [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les conflits de valeurs dans le, au ou à propos du travail », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 06 septembre 2011, http://calenda.org/205174