AccueilLa notion d’américanité dans les séries télévisées américaines

La notion d’américanité dans les séries télévisées américaines

Americanity in contemporary American TV series

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Publié le mardi 06 septembre 2011 par Claire Ducournau

Résumé

Partant du principe que les séries TV participent, en tant qu’art, à la formation de l’identité américaine, notre réflexion aura pour objet d’analyser le rapport complexe que les productions sérielles entretiennent avec la notion d’américanité, autrement dit ce qui est relatif à la culture et à l’identité américaines. L’ouvrage universitaire visé comprendra une sélection d’articles mettant en avant des chercheurs dans différentes disciplines (anglais, lettres, cinéma, philosophie, sociologie…), aussi bien doctorants qu’enseignants, et s’adressera en priorité aux étudiants de premier ou second cycle universitaire de même qu’à tout amateur éclairé de séries télévisées américaines. Les articles pourront être en anglais ou en français.

Annonce

Argumentaire

Pour étayer notre réflexion sur la notion d'américanité dans les séries télévisées, plusieurs pistes pourront être privilégiées :

Idéologie(s) américaine(s)

Comment les séries contribuent-elles à façonner l’identité américaine ? Quel message délivre chaque série ? Pour répondre à ces questions, il paraît pertinent de s’intéresser à l’idéologie des séries. En effet, ces dernières demeurent des œuvres globalement formatées par l’écriture de plus en plus politique de scénaristes engagés. En résulte une identité floue et contradictoire. Si quelques séries font l’apologie des valeurs américaines traditionnelles avec passéisme et nostalgie, d’autres, au contraire, n’hésitent pas à questionner ces mêmes valeurs de manière virulente, égratignant au passage l’héritage identitaire. Démontrant l’échec des institutions étasuniennes, The Wire est devenue le révélateur d’une Amérique dysfonctionnelle, à l’instar de The Shield, brûlot montrant les mesures excessives prises pour contrer la violence urbaine dans certains quartiers malfamés. Dans le registre de la comédie, on pourra également aborder des sitcoms telles que The Office et Parks and Recreations, qui suivent le quotidien de petites villes réelles ou imaginaires, en commentant aussi bien le traitement visuel adopté, celui du mockumentary, que la vision singulière et inattendue que ces productions donnent de la vie dans les entreprises américaines. Ces séries refusent, à différents degrés, de perpétuer les mythes fondateurs d’une Amérique pastorale qui apparaît aujourd’hui comme dépassée, et subvertissent les stéréotypes et les clichés pour mieux faire affleurer une identité plus obscure tapie sous le voile opaque d’une dénégation collective. Mais des cas plus ambigus existent. En effet, que penser de Desperate Housewives, cette satire cynique des banlieues huppées américaines qui vire à la morale bien-pensante à chaque fin d’épisode ?
Il sera donc intéressant de voir comment résoudre ces conflits de représentations et comment appréhender l’Amérique d’aujourd’hui à travers ces figurations opposées. Car aucune série ne propose une représentation impartiale et définitive, c’est bien dans l’équilibre de la diversité, et en allant au-delà des stéréotypes, que l’on peut parvenir à se faire une idée assez juste de l’Amérique contemporaine.

Mémoire et historiographie

La notion de mémoire est également primordiale pour envisager la notion d’américanité. Car l’identité d’une nation ne se construit pas seulement au présent mais elle est aussi et surtout le résultat de toute une histoire collective et partagée. Force est de constater que ces dernières années ont été marquées par le retour des séries dites « historiques » qui choisissent de revenir sur un pan de l’histoire. Dans notre réflexion il semblera pertinent de privilégier les productions qui envisagent de redécouvrir l’histoire américaine. Ainsi, l’on pourra s’attarder sur des œuvres comme Band of Brothers et The Pacific, diptyque signé par le duo Hanks/Spielberg qui revisite la Seconde Guerre mondiale et ses conséquences avec un véritable souci d’authenticité. L’on pourra également considérer des miniséries plus récentes comme The Kennedys qui propose un éclairage sans fard du Président Kennedy à travers différents moments importants de son mandat tragiquement avorté en 1963. Ainsi, la question du traitement de ce passé collectif pourra être posée. Peut-on par exemple s’engager dans une approche historiographique des années Kennedy en étant un scénariste foncièrement républicain ? La question s’est posée pour The Kennedys.
D’autre part, la mémoire collective ne s’exprime pas uniquement via les séries « historiques » portant sur l’Amérique. Dans d’autres séries, on retrouve ainsi des références claires à l’histoire américaine, de même qu’une volonté de mettre en avant certaines périodes sombres qui peuvent encore trouver écho dans la société actuelle. Dans le genre science-fictionnel, Battlestar Galactica a proposé pendant quatre saisons une réécriture synthétique de l’histoire américaine. Dans le genre dramatique, Mad Men nous offre depuis 2007 une représentation brûlante du monde de la publicité dans l’Amérique des années 60 où commencent à s’éveiller des élans contestataires. Enfin, la série policière Cold Case choisit de s’attarder sur des périodes troubles de l’histoire des Etats-Unis avec pour objectif de réconcilier la nation avec les points sombres de son passé.

Minorités : identité et culture

L’américanité se fonde sur une diversité identitaire et culturelle. L’étude des minorités se pose donc comme essentielle et constitutive de cette notion. On pourra ainsi aborder, dans un premier temps, la question des minorités ethniques et sexuelles. Quelle représentation nous en donnent les productions sérielles de ces dernières années ? Dans les années 1980, The Cosby Show inaugurait une nouvelle tradition de “black sitcoms” qui rencontra un remarquable succès et contribua à faire évoluer de manière patente la représentation des Afroaméricains à la télévision tant en termes de visibilité qu’en termes de caractérisation. Pour autant, est-il possible d’affirmer trente ans plus tard que les séries se sont libérées de tout préjugé racial? D’autre part, alors que les immigrations latino et asiatique ont modifié – et continuent à modifier - la composition culturelle de la société américaine, on pourra s’interroger sur la place accordée à ces nouvelles populations dans l’espace télévisuel. Des séries comme Ugly Betty ou Modern Family ont permis de donner une plus grande visibilité aux problèmes des communautés latinos, notamment en matière d’intégration. Néanmoins, on peut s’interroger à nouveau sur la représentation de celles-ci qui s’opère encore le plus souvent par le biais de la caricature et du cliché.
Si le traitement télévisuel des minorités raciales demeure un enjeu important à l’heure actuelle, le traitement des minorités sexuelles n’en est pas moins problématique. Après des avancées significatives dans les années 1990 et au début des années 2000 avec la mise en avant de personnages plus réalistes, les représentations actuelles tendent vers un retour excessif au cliché. L’exemple de Kurt dans Glee n’en est qu’une parfaite illustration. On peut également envisager une réflexion sur la représentation transsexuelle, notamment dans la série pour adolescents Degrassi. Que dire également de la place des femmes et de leur représentation dans la fiction sérielle contemporaine ?
La question culturelle sera également à privilégier car s’il existe indubitablement une culture américaine de masse, il existe également une multitude de contre-cultures et de subcultures non-négligeables. Le rôle de la télévision, longtemps réduit à celui de vecteur de la mass culture, semble à présent se déplacer vers les cultures minoritaires et leur offrir une place grandissante. C’est ainsi que les nerds, ou geeks, ces férus d’informatique et de science-fiction, sont devenus en quelques années la cible privilégiée des créateurs de séries. Emblématique de cette tendance, la sitcom The Big Bang Theory se focalise sur ce microcosme et en décrypte les us et coutumes de manière drolatique, de même que ses rapports avec le monde « extérieur » et la culture dominante incarnée par le personnage de Penny. Loin de se limiter à ce seul exemple, on pourra également aborder la culture de classes en marge de la mouvance dominante à travers les familles white trash souvent dysfonctionnelles comme l’illustrent Malcolm in the Middle, My name is Earl ou plus récemment Raising Hope.

Modalités de soumission

Les propositions de communications (un résumé de 300 mots incorporant un plan indicatif et une notice biographique de 100 mots, en français ou en anglais) sont à envoyer à seriestv.american@gmail.com,

avant le 31 décembre 2011.

Coordinateurs :

  • Noam Keim – Université Paris 7 
  • Alexis Pichard – Université Paris 7

Dates

  • samedi 31 décembre 2011

Mots-clés

  • séries tv, américanité, dexter, 24, damages, the west wing, télévision, média, identité, idéologie

Contacts

  • Alexis Pichard
    courriel : alexispichard [at] orange [dot] fr

Source de l'information

  • Alexis Pichard
    courriel : alexispichard [at] orange [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La notion d’américanité dans les séries télévisées américaines », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 06 septembre 2011, http://calenda.org/205189