AccueilLa biodiversité « aménage-t-elle » les territoires ?

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Publié le vendredi 09 septembre 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

La revue Développement durable et territoire lance un appel à texte pour un prochain dossier sur la question de la biodiversité et s’intéresse aux façons dont le concept de biodiversité est mobilisé par et/ou pour l’aménagement du territoire. Deux axes majeurs sont privilégiés : l'identification des modes de mobilisation de la biodiversité dans les politiques et le droit, et l'analyse de la mise en œuvre de ce concept par les outils de l’aménagement du territoire. Les propositions – sous la forme d'une page de résumé – sont attendues pour le 1er novembre.

Annonce

Coordinateurs pressentis :

  • Magalie FRANCHOMME, Laboratoire Territoires, villes, environnement et société, UFR de Géographie et Aménagement, Université Lille 1,
  • Marie BONNIN, IRD-UMR 195 Lemar, Faculté des sciences juridiques économiques et sociales, Université Ibn Zohr, Agadir, Maroc,
  • Christelle HINNEWINKEL, Laboratoire Territoires, villes, environnement et société, UFR de Géographie et Aménagement, Université Lille 1.

Argumentaire

Formé il y a moins de 30 ans, le mot « biodiversité »[1] s’est rapidement diffusé et s’est récemment substitué aux termes plus usuels que sont la nature, les espaces naturels ou encore l’écologie. Ainsi que l’ont souligné Pascal Marty, Franck-Dominique Vivien, Jacques Lepart et Raphaël Larrère, dans leur ouvrage « Les biodiversités : objets, théories, pratiques »[2], le mot « biodiversité » dépasse désormais largement le champ de l’écologie auquel il fait référence et est mobilisé dans de nombreux débats, que ce soit sur la qualité de la vie, l’urbanisme, l’aménagement, le développement durable. Ce concept scientifique se transcrit aujourd’hui dans les projets de territoire. Ce transfert de l’écologie à l’aménagement du territoire s’accompagne d’une interprétation qui met en valeur de nouvelles priorités avec la prise en compte croissante du rôle d’une biodiversité ordinaire et fonctionnelle fournissant des services aux activités et sociétés humaines et non plus la stricte préservation d’une biodiversité remarquable. Les médias et les politiques se sont aussi emparés de ce concept comme le démontre la désignation, par les Nations Unies, de 2010 : « année internationale de la biodiversité » ou encore les Grenelles de l’environnement, dont la trame verte et bleue (TVB) en est l’un des instruments les plus médiatiques.

Ce dossier thématique s’intéresse aux façons dont le concept de biodiversité est mobilisé par et/ou pour l’aménagement du territoire. Inspirée par les travaux sur la domestication de la nature[3], l’idée d’une nature hybride, hors des sanctuaires et réserves, se propage[4] et annonce un changement de paradigme dans le domaine de la gestion de la nature. Parallèlement, les travaux de recherche en écologie du paysage[5] apportent une contribution essentielle à la connaissance et à la mise en valeur de la biodiversité des espaces du quotidien. Le concept de corridor écologique, cher à l’écologie du paysage, a donné naissance à l’idée de trame verte et bleue. Tant au niveau régional (comme par exemple le tracé de la trame verte et bleue dans le Schéma régional d’orientation du Nord-Pas de Calais en 2007) que national (Loi Grenelle en 2010) ou européen (Stratégie paneuropéenne en 1995) des projets de création de trames vertes et bleues se dessinent à toutes les échelles pour préserver la biodiversité ordinaire, celle des jardins, des bords de routes, des berges, des parcelles agricoles, des parcs urbains et des friches. On retrouve dans de nombreux pays du Nord comme du Sud cette démarche qui vise à allier biodiversité et aménagement du territoire.

La préservation de la biodiversité concernant des espaces de plus en plus vastes et imbriqués avec des zones habitées, urbaines ou industrielles et même des zones maritimes, les modes de gouvernance de la biodiversité sont amenés à évoluer. Ainsi, Marie Bonnin[6] souligne l’importance des mécanismes de coopération et de participation du public en partie en raison de l’étendue de la superficie des espaces concernés. La protection des fonctions écologiques de la nature dite ordinaire nécessite l’engagement des acteurs privés et des institutions[7][8] souligne la variété des formes d’engagement des acteurs. Il semblerait aussi que « plus les sites sont porteurs d'enjeux écologiques, économiques et sociaux importants, plus le travail d'élaboration collective sur les moyens de gestion - en particulier dans les procédures informelles - s'avère substantiel et novateur »[9]. mais l’appropriation de l’enjeu de la conservation de la biodiversité et les formes d’engagement peuvent être très variées. En étudiant les rapports entre prescription et délibération lors de la mise en place d’un autre outil de préservation de la biodiversité qui entend prendre en compte aussi les réalités culturelles, économiques et sociales, la directive Habitats, Agnès Fortier

La biodiversité étant un concept de plus en plus mobilisé dans le domaine de l’aménagement du territoire, il nous semble opportun de consacrer un dossier à la question des modalités de son utilisation aux différentes échelles décisionnelles. Plus particulièrement nous attendons des articles traitant du sens donné au concept de biodiversité dans le domaine de l’aménagement du territoire. Deux axes majeurs sont privilégiés : identification des modes de mobilisation de la biodiversité dans les politiques et le droit, et analyse de la mise en œuvre de ce concept par les outils de l’aménagement du territoire.

Axe 1 - Modes de mobilisation de la biodiversité dans les politiques et le droit.

L’interprétation du concept de biodiversité par le domaine de l’aménagement du territoire s’accompagne de simplifications ou au contraire d’ajouts prenant en compte des considérations sociales. La diversité génétique figure-t-elle dans les politiques d’aménagement du territoire et le droit ? La biodiversité y est-elle considérée comme étant aussi une aménité ? Les articles répondants à cet axe devront chercher à identifier le cadre conceptuel mobilisé par les politiques et le droit. En France, qu’est-ce que la biodiversité à l’heure des Grenelles ? Dans d’autres pays, comment est associée l’idée de planification à celle de biodiversité ? De quelle manière le droit aborde-t-il la question de la biodiversité ? Quel est le statut de la biodiversité dans le droit positif ?

Axe 2 – Mise en œuvre du concept de biodiversité par les outils de l’aménagement du territoire.

Pour affiner l’appréhension du sens de la biodiversité dans le domaine de l’aménagement du territoire, nous espérons recevoir des articles analysant des mesures concrètes de préservation de la biodiversité pour mettre en évidence les objectifs fixés, les outils créés et les limites de leur mise en œuvre. Quels sont les outils techniques et institutionnels existants ou en réflexion pour la préserver ? Quels services écosystémiques rendus à la société sont favorisés par ces mesures ? Comment est renforcée la connaissance de la biodiversité ordinaire encore trop souvent mal connue ? Quelles sont les différentes formes d’engagement des acteurs concernés par la mise en œuvre de ces mesures ? Comment s’organise le réseau de ces acteurs ? La mise en place de mesures de préservation de la biodiversité est-elle source de conflits ou de controverses ? Les contributions à cet axe devront analyser les atouts et les limites des outils d’aménagement du territoire mis en place pour préserver la biodiversité.

Démarche et calendrier proposés :

1. Envoi d’une proposition sous forme de résumé d’une page pour le 1er novembre.

2. Réponse de la revue Développement Durable & Territoires à cette proposition pour le 1er décembre 2011.

Les propositions (résumés et textes complets) sont à adresser par courrier électronique aux coordinateurs du dossier :

Notes

[1] Le terme « biodiversité » est inventé en 1985, lors de la préparation du « National Forum on Biological Diversity » et mis en avant depuis la convention de Rio en 1992.

[2] Marty P., Vivien F-D., Lepart J., Larrère R. (Coord.), 2005, Les biodiversités – objets, théories, pratiques, Paris, CNRS Editions, 261 p.

[3] Descola Ph., 1986, La nature domestiquée. Symbolisme et praxis dans l’écologie des Achuar, Paris, Ed. de la Maison de Sciences de l’Homme, 450 p.

[4] Mougenot C., 2003, Prendre soin de la nature ordinaire, Paris, Editions de la Maison des Sciences de l’Homme, 235 p.

[5] Forman R.T.T., Godron M., 1986, Landscape ecology, New York, John Wiley and Sons, 619 p. Burel F., Baudry J., 1999, Ecologie du paysage. Concepts, méthodes et applications, Paris, Editions Tec & Doc, 359 p.

[6]Bonnin M., 2006, Les corridors, vecteurs d’un aménagement durable de l’espace favorable à la protection des espèces, Natures Sciences Sociétés 14, pp. S67-S69.

[7] Ibid., p. 68.

[8] Fortier A., 2007, Quand la concentration produit de l’évitement. La mise en œuvre de Natura 2000 en région Nord-Pas de Calais, Développement durable et territoires, 15 p. http://developpementdurable.revues.org

[9] Deverre C., Fortier A., Alphandéry P., Lefebvre C., 2007, Les « scènes locales » de la biodiversité : la construction du réseau Natura 2000, en France, INRA Sciences Sociales N° 4, 4 p.

Dates

  • mardi 01 novembre 2011

Contacts

  • Magalie Franchomme
    courriel : magalie [dot] franchomme [at] univ-lille1 [dot] fr
  • Marie Bonnin
    courriel : marie [dot] bonnin [at] ird [dot] fr
  • Christelle Hinnewinkel
    courriel : christelle [dot] hinnewinkel [at] univ-lille1 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Magalie Franchomme
    courriel : magalie [dot] franchomme [at] univ-lille1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La biodiversité « aménage-t-elle » les territoires ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 09 septembre 2011, http://calenda.org/205206