AccueilComment former et être formateur de travailleurs sociaux au XXIe siècle ?

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Publié le vendredi 30 septembre 2011 par Claire Ducournau

Résumé

Les cahiers de la Praf pour son second numéro propose un appel à contribution portant sur la formation professionnelle : Comment former et être formateur de travailleurs sociaux au XXIe siècle ? En effet, l’heure est à une réélaboration du processus de formation ; les nouvelles notions : d’alternance intégrative, de sites qualifiants, de compétences, entre autres, interrogent les modalités de co-construction entre les établissements de formation et les sites qualifiants, les mouvements nécessaires pour, non seulement, aller de la théorie à la pratique, mais également de la pratique à la théorie. Quels seront, dans ces contextes, le statut, les rôles et la fonction du formateur en travail social en ce XXIe siècle naissant ? Comment s’exercera, très concrètement, ce métier, s’il s’agit bien d’un métier ?

Annonce

APPEL À CONTRIBUTION

Les Cahiers de la PRAF n°2

FORMER
Comment former et être formateur de travailleurs sociaux au XXIe siècle ?

Argumentaire

Bien avant la professionnalisation des assistantes sociales[1], bien avant les premières écoles d’éducateurs[2], bien avant les divers instituts de formation au travail social « globalisé », des tentatives, un peu empiriques, de formation ont existé, colorées par les valeurs du moment (charité chrétienne, philanthropies, paternalisme industriel, humanisme naissant, écologie libertaire, entre autres…). Parmi ces multiples expérimentations, une première école d’éducateurs naquit, en 1838, au sein de la colonie pénitentiaire de Mettray : « l’école des contremaîtres[3] » ! L’idée était simple : faire vivre aux futurs professionnels la discipline qu’ils devraient, par la suite, appliquer aux usagers. Le programme théorique était minimaliste. La formation s’offrait comme une reproduction par l’exemplarité. Le formateur campait, avant tout, un éducateur aguerri.

Immédiatement après mai 68, arrivent les premiers diplômes du travail social[4] et, pour les mettre en œuvre, les premières écoles. On y retrouve des logiques empruntées à l’éducation populaire, aux divers mouvements de jeunesse (dont le scoutisme), mais aussi aux valeurs précédemment évoquées. Pierre Ricco et Bernard Montaclair[5] dirigent, une des premières écoles, celle de la Haute-Folie à Caen-Hérouville. Pour eux, déjà, en matière de pédagogie, l'ingénierie ne saurait remplacer l'ingéniosité. De fait, avec la naissance des métiers du travail social se pose, alors, la question de la professionnalisation : des formations, initiales et continues, pour les travailleurs sociaux. Oui, mais lesquelles ? Comment former des adultes qui auront à accompagner des personnes en difficulté ?

Assez rapidement, avec des inflexions dues aux différentes obédiences, quelques invariants vont imprégner le système de formation des travailleurs sociaux : la pédagogie de l’alternance (pratiquer), les mises en situation (éprouver), l’analyse des pratiques professionnelles (réfléchir), l’apprentissage des connaissances (conceptualiser). Les sciences humaines et sociales investiront, de manière conséquente, ce champ en friches. De grands noms de la médecine, de la psychiatrie, de la théologie, de la psychanalyse, de la sociologie, de la philosophie – entre  autres disciplines – enseigneront dans les premiers établissements de formation. Les formateurs assurent fréquemment une partie des enseignements mais ils sont surtout les « fils rouges » du dispositif de formation.

Aujourd’hui, l’acquisition et l’appropriation des compétences (nouveaux référentiels), la préparation aux certifications, occupent une place croissante. Le sens même de la formation reste interrogé jusque dans les bien connues déclinaisons : former, formater, transformer, conformer, performer, déformer, réformer… Quant aux rôles du formateur, entre conseiller pédagogique et maître d’initiation, ils peuvent alors se lire à travers bien des mythes de Pygmalion à Frankenstein, en passant par Prométhée, Hermès, etc.  Le formateur enseigne-t-il, instruit-il, initie-t-il, ou concoure-t-il à d’autres choses encore ?

Avec les conventions collectives, les accords de branche, le métier de formateur s’organise rapidement autour de quelques fonctions : le face à face pédagogique (appelé aussi charges directes), l’organisation pédagogique (préparations, réunions, coordinations fréquemment nommées charges indirectes), la recherche (moins importante en volume horaire mais posée comme indispensable pour les élaborations pédagogiques). C’est sur ce système – aujourd’hui quasiment obsolète – que se sont construits, historiquement, les dialogues et les acquis sociaux dans chaque établissement de formation.

Les politiques sociales, au travers de l’action sociale, vont aussi participer de l’évolution du dispositif d’abord à l’échelon national (les différents ajustements préfigurant les réformes) puis européen et international (le processus de Bologne qui amène les réformes LMD). Les logiques vont singulièrement se modifier avec, comme à chaque (r)évolution, les modes et les discours dominants, parfois la novlangue[6].

Aujourd’hui, à l’heure des organisations – et sans doute d’une réorganisation de l’appareil de formation[7] – il y a de grandes disparités d’un formateur à l’autre, d’une filière de formation à l’autre, d’un établissement de formation à l’autre, d’une région à l’autre… Même si l’on sent poindre quelques tendances (l’ingénierie de formation), la rationalisation des coûts (le recours plus important aux vacataires), la dimension de la recherche se maintient bon an mal an, le face à face pédagogique n’a pas totalement disparu. Dans ce contexte, certains n’hésitent pas à « revoir la formation des professionnels de l’enseignement en travail social : [prônant] la création d’un professorat en travail social accompagné de la reconnaissance de compétences théoriques et/ou professionnelles effectives. [Car le] terme de “formateur” est difficilement traduisible en d’autres langues et représente un ensemble disparate de compétences qui ne met absolument pas en valeur les connaissances/compétences mobilisables. Dans le cadre d’une comparaison européenne et au-delà, la plupart des “formateurs” en travail social déclinent une spécialisation correspondant à un champ lisible d’expertise, d’expérience et/ou de connaissances universitaires. Toutes ces modifications vont dans le sens d’une plus grande professionnalisation de l’enseignement/formation en travail social, qui doit être associé à une dynamique de recherche dont les prémisses sont aujourd’hui confortées avec la mise en place des pôles ressources en matière de formation et de recherche[8] ». Le Conseil Supérieur du Travail Social, de son côté, insiste sur un point important : la nécessité d’ « une démarche d’élaboration d’un référentiel professionnel du formateur […] De plus, le ministère indique vouloir examiner la possibilité pour les formateurs permanents qui souhaitent s’investir dans la recherche d’accéder aux formations doctorales[9] ». Du coup, notamment dans le cadre des négociations sur la Convention collective de 1966, la plupart des organisations syndicales appelle à la reconnaissance y compris financière des diplômes, titres et certification (de la revalorisation du professionnel titulaire d’une formation de formateur-terrain, à celle d’un formateur titulaire d’un diplôme universitaire, a fortiori d’un doctorat).

L’heure est à une réélaboration du processus de formation ; les nouvelles notions : d’alternance intégrative, de sites  qualifiants, de compétences, entre autres, interrogent les modalités de co-construction entre les établissements de formation et les sites qualifiants, les mouvements nécessaires pour, non seulement, aller de la théorie à la pratique, mais également de la pratique à la théorie.

Quels seront, dans ces contextes, le statut, les rôles et la fonction du formateur en travail social en ce XXIe siècle naissant ? Comment s’exercera, très concrètement, ce métier, s’il s’agit bien d’un métier ? Quel distinguo ou quelle tension entre la fonction de formation et son éventuelle professionnalisation ? C’est ce que se propose d’explorer ce numéro 2 des Cahiers de la PRAF. Tout particulièrement pour une telle thématique, seront appréciées des contributions – qui puissent permettre un état des lieux, des analyses, des prospectives – multidimensionnelles : historique (le rappel historique dans cet appel étant bien sûr très succinct), philosophique, pédagogique, sociologique, politique,… S’il pourrait être intéressant dans le cadre de ce numéro d’accueillir des contributions issues d’autres champs que celui du travail social, seront également appréciés le regard et les travaux d’autres pays. L’ensemble pourrait permettre d’éclairer non seulement les problématiques exposées plus haut mais également celles, plus larges, touchant à l’ensemble de l’univers de la formation et de l’éducation[10].

Modalités de soumission et de sélection

Vos propositions sont à adresser à la rédaction des Cahiers de la Praf (s.dambra@issm.asso.fr) ou à Thierry Goguel d’Allondans, coordinateur de ce dossier (thierry.goguel@ifcaad.fr) pour le:

1er décembre 2011.

Nota Bene : Le premier numéro de la revue sera publié en ligne à l’automne 2011. En dehors de ces articles, la revue publie également des « Notes de lecture » et une rubrique « Varia » ouverte à des articles qui ne répondent pas au présent appel à contribution. Pour plus d’informations rendez vous sur le site internet de la Plate-forme Recherche Action sociale et Formation (Praf) : www.praf-alsace.org

Le comité de rédaction composé de formateurs, universitaires et travailleurs sociaux, se fixe pour objectifs la préparation des numéros (détermination des thématiques, publication des appels à contribution, mise en ligne, etc.), l’attribution des articles aux experts du comité de lecture, l’évaluation des travaux ne rentrant pas dans la partie thématique (recensions, entretien).  Le comité désigne pour chaque numéro, un ou deux coordinateurs responsables du dossier thématique.

Pour assurer la qualité des articles publiés, la revue s’en remet à un comité de lecture composé d’universitaires, de travailleurs sociaux et de formateurs en travail social. Ce comité a pour fonction et mandat, l’expertise et la sélection des articles thématiques.

L’expertise s’effectue en binôme. Un article est publiable à condition qu’il reçoive deux avis favorables. Les lecteurs peuvent proposer à l’auteur des modifications, et réserver de ce fait leur avis.

[1] Qui deviendront, avec les réformes, dès 2004, les assistants de service social (Ass).

[2] Qui deviendront « spécialisés » dès la création de leur diplôme en 1967 (Es).

[3] Ça ne s’invente pas !

[4] D’autres diplômes existaient, mais ceux-ci vont préfigurer le paysage d’aujourd’hui.

[5] Bernard MONTACLAIR, Pierre RICCO, Former des éducateurs. Une pédagogie citoyenne : l’école de la Haute-Folie, Toulouse, Érès, coll. « L’éducation spécialisée au quotidien », 1999.

[6] « La novlangue (Newspeak en anglais) est la langue officielle d’Océania, inventée par George Orwell pour son roman 1984 (publié en 1949). C'est une simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l’expression des idées subversives et à éviter toute formulation de critique (et même la seule « idée » de critique) de l’État. » Wikipédia.

[7] Cf. Les Hautes Écoles Professionnelles en Action Sociale (Hepas) qui, à leur manière, réinterrogent aussi la pertinence de l’appellation même de formateur.

[8] Gérard MOUSSU, « Formations en travail social : pour un véritable aggiornamento », dans : Actualités Sociales Hebdomadaires, n°2703, 1er avril 2011.

[9] Isabelle SARAZIN, « Le CSTS approuve les orientations fixées pour les formations sociales, dans : Actualités Sociales Hebdomadaires, n°2703, 1er avril 2011.

[10] Nous ne prétendrons pas lister, ici, l’ensemble des thématiques possibles, tant elles peuvent être nombreuses et appeler des horizons disciplinaires variés. Nous invitons, ainsi des praticiens du travail social, des étudiants, et bien entendu des formateurs et universitaires à se saisir librement de ces différents questionnements. 

Dates

  • jeudi 01 décembre 2011

Mots-clés

  • formation, travail social, action sociale, former

Contacts

  • Sébastien Dambra
    courriel : s [dot] dambra [at] issm [dot] asso [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Sébastien Dambra
    courriel : s [dot] dambra [at] issm [dot] asso [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Comment former et être formateur de travailleurs sociaux au XXIe siècle ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 30 septembre 2011, http://calenda.org/205263