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Sable, déserts et techniques

Sand, deserts and techniques

Journée d'étude de la revue Techniques et Culture

Techniques et Culture journal study day

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Publié le mercredi 21 septembre 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Les dunes de sable font incontestablement partie de l’imaginaire occidental associé aux déserts et plus particulièrement au Sahara, lequel continue d’exercer une fascination pérenne. Les cités aux prises avec l’ensablement, la légendaire Tombouctou, le dessin des arêtes dunaires, les caravanes de sel, l’éternel Homme Bleu, etc. autant d’images d’Épinal où le sable est omniprésent.

Annonce

Journée d'étude de la revue Techniques&Culture : Déserts, sable et techniques, journée d’étude de la revue Techniques & Culture

Vendredi 14 octobre 2011

Présentation

Les dunes de sable font incontestablement partie de l’imaginaire occidental associé aux déserts et plus particulièrement au Sahara, lequel continue d’exercer une fascination pérenne. Les cités aux prises avec l’ensablement, la légendaire Tombouctou, le dessin des arêtes dunaires, les caravanes de sel, l’éternel Homme Bleu, etc. autant d’images d’Epinal où le sable est omniprésent.

Si les sciences sociales se sont beaucoup intéressées à ces représentations exogènes foisonnantes et à leur genèse (mémoires d’explorateurs, puis d’orientalistes, récits de militaires et d’administrateurs coloniaux, plus récemment catalogues de « tourisme de désert» et interviews de touristes), et ont montré que ces imaginaires faisaient du sable une matière omniprésente alors qu’elle ne représente par exemple que 20% des paysages sahariens, au final, peu de travaux se sont penchés sur la place occupée par le sable chez les habitants des différents déserts du Monde (de l’Amérique, Vallée de la Mort et désert d’Atacama, à l’Australie, désert de Simpson, sans oublier l’Asie, déserts de Karakoum et de Gobi).

En effet, les perceptions et représentations endogènes de cette matière sont quasiment absentes des travaux de recherche en sciences humaines. Que fait-on de cette matière, comment la vit-on et l’intègre-t-on par exemple dans les pratiques motrices les plus routinières mais aussi à l’occasion des temps forts de la vie collective ? Comment apprend-on à réagir à son omniprésence, voire parfois à son caractère envahissant? L’ambition de ce projet est d’interroger la façon dont ces sociétés conçoivent et élaborent cette interface entre le sable et le corps, en abordant les savoirs produits, acquis et en modification permanente, mais aussi les attitudes et les usages.

Nous proposons donc de centrer le débat autour des perceptions symboliques et pragmatiques de cette matière présente dans le quotidien des populations concernées, qui se manifestent dans des séries d'attributs et de qualités prêtés au sable: dur/mou, blanc/noir, sec/humide, stérile/fertile, propre/sale, confortable/inconfortable. De même, une attention particulière sera portée aux savoirs et savoir-faire produits localement sur le sable en relation avec les types de connaissances botaniques, zoologiques, géographiques (orientation, toponymie), hydrauliques, agraires,ou thérapeutiques. Il s’agira aussi d’analyser le rôle du sable dans la transmission de ces savoirs et dans les apprentissages sous-jacents (spécialisés ou généralistes): quelle est la place accordée au sable dans les postures d’apprentissage professionnel ou dans l’enseignement ; en quoi le sable suscite, dans ces sociétés du désert des modes spécifiques de transmission des connaissances techniques, religieuses ou autres ? C'est bien cette diversité des appréhensions endogènes de la matière sable que ce projet entend questionner et mettre au jour.

Le sable n’est pas seulement matière à représentations et à connaissances, il est aussi matière à techniques ainsi que le soulignent les multiples façons d’intégrer le sable aux techniques du corps comme les ablutions, la prière, les jeux, les pratiques motrices quotidiennes, qu’elles soient conduites dans le cadre domestique ou hors de celui-ci, les modes de gestion des substances corporelles (excreta), qui constituent autant de pratiques où le corps intègre ladite matière. L’utilisation du sable dans les procès techniques les plus divers, allant des soins du corps (malade ou sain), à la conservation ou à la cuisson des aliments, en passant par la fabrication d’objets, l'art, les constructions, retiendra l’attention des différents contributeurs. On questionnera également le rôle conféré au sable dans les rituels qui marquent les différents âges de la vie, de la naissance au deuil en passant par le mariage, tout comme il intervient dans ses liens au sacré (sacrifice sanglant, cuisson prophylactique, etc.). C’est aussi à l’examen attentif des manifestations sensorielles sous-jacentes qu’il convient d’être attentif. Le sable engendre des comportements corporels spécifiques : on fait avec ou contre mais on doit adapter ses manières d’être. Le sable engendre une sensibilité toute particulière des corps, renvoyant à une ethnographie des corps sensibles. Ces manifestations de soi ont été négligées par un regard plus global lequel a évincé les pratiques, or, ces pragmatismes engendrés et déterminés par le sable sont autant de manières d’être au monde que développent les sociétés.

Tout autant, il convient de se protéger de cette matière volatile, capable de s’immiscer dans les moindres replis de la peau, les moindres plis du vêtement, les moindres recoins de l’espace d’habitation. Les contributeurs pourront ainsi réfléchir à l’ensemble des artefacts et des matières qui permettent d’éviter le contact direct entre le corps et le sable : on pourra notamment questionner le rôle extrêmement important et comparable du vêtement et de l’architecture dans la protection par enveloppement du corps et de la cellule familiale. Une réflexion pourra par exemple être menée sur la distinction entre drapé et cousu dans le vêtement des habitants du désert, entre souple et rigide, transportable et fixe dans leurs architectures. Ainsi, c’est la matière qui suggère, ici encore des manières de faire et d’être dans la confrontation à cet élément naturel. Les domaines artistiques seront aussi interrogés (gravures au jet de sable, sandpaintings navajos, dessins éphémères), le sable devenant matière et support mémoriel (cartes cognitives aborigènes).

Le sable sera également abordé comme marque (empreinte) de la vie sociale dans le désert et comme témoignage d’un passage (personne, famille, groupe, cheptel), les traces laissées suggérant des informations précises à l’observateur. L’empreinte matérialise de fait le contact du corps avec le sable. Pourront ainsi être abordés tout à la fois la richesse de cette science des traces dans ces sociétés du désert, par les connaissances extrêmement précises qui permettent d’identifier l’empreinte d’une personne (familière ou étrangère) ou d’un animal (sauvage ou domestique) et de partir à sa recherche. La notion de trace renvoie, dans ces sociétés, au thème de l’identité mais aussi à celui de la mémoire gardée de la vie, du temps qui passe et des espaces habités ou traversés.

En ce sens le sable souligne son ambiguïté : s’il est empreinte de soi dans une perspective ontologique d’un être au monde particulier, il est aussi un moyen de souligner des paradoxes face à des modes de vie en confrontation avec la « modernité ». Dans le langage quotidien il est à la fois une manière de stigmatiser l’autre, dans les hiérarchies locales (« tu viens de derrière la dune ! » assignant l’autre à son statut de nomade) et une manière de redonner du sens à des existences complexes qui se heurtent à l’urbanisation massive du désert.

Ces différentes dimensions des interactions entre sable, corps et sociétés seront abordées dans une double perspective, à la fois celle d’un comparatisme raisonné (diversité et unité des sociétés du désert) et dynamique, prenant en compte les mutations récentes connues par ces sociétés (désertification, sédentarisation, urbanisation), transformations ayant bien évidemment des effets directs sur les représentations et les usages sociaux de cette matière. En d’autres termes, comment décentrer l’analyse d’une attraction extérieure pour le désert vers une analyse détaillée des manières de vivre et d’être dans un environnement spécifique. Ce projet se veut une opportunité de dialogue interdisciplinaire autour d’un même objet de réflexion, avec une attention particulière accordée aux représentations, aux discours et aux pratiques des habitants du/des déserts.

Programme

Université Paris Descartes, Bât. Principal. Salle Leduc, 45 rue des Saints-Pères Paris 6e

9h00 Frédéric Joulian, EHESS, Introduction

09h15 Sébastien Boulay & Marie-Luce Gélard, Université Paris Descartes, présentation du Thema

10h00 Robert Vernet, IMRS, Le sable, l’homme préhistorique et l’archéologue dans le Sahara

10h30-11h00 Pause café

11h00 Dominique Casajus, CNRS, Mathématiques de sable

11h30 Jean-Pierre Rossie, Musée du Jouet (Moirans-en-Montagne), Le sable dans les jeux et les jouets des enfants sahariens

12h00 Pause Déjeuner

14h00 Sylvie Poirier, Université Laval (Canada), Les cueilleurs du désert. Traces, bâtons à fouir et mangarri chez les Kukatja (désert occidental australien)

14h30 Chloé Gardin, EHESS, Pastoralisme peul et désertification au Sénégal

15h00-15h30 Pause

15h30 Baptiste Buob, CNRS, Le "statut" du sable : outil, instrument, objet et/ou support de l'action ?

16h00 Anie Montigny, MNHN, Déserts arabes et les pistes vers l’ailleurs

Lieux

  • 45 rue des St Pères (Université Paris Descartes, Salle Leduc)
    Paris, France

Dates

  • vendredi 14 octobre 2011

Fichiers attachés

Mots-clés

  • Sable, Sahara, culture matérielle, technique, corps

Contacts

  • Marie-Luce Gélard
    courriel : mlgelard [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Marie-Luce Gélard
    courriel : mlgelard [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Sable, déserts et techniques », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 21 septembre 2011, http://calenda.org/205321