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Louis Blanc, le bicentenaire

Louis Blanc, the bicentenary

Un socialiste en république ou un républicain au service du socialisme ?

A socialist of the republic or a republican at the service of socialism?

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Publié le lundi 03 octobre 2011 par Claire Ducournau

Résumé

Dans le cadre des célébrations nationales, et dans l'enceinte de l'Assemblée Nationale, cette journée consacrée à Louis Blanc sera l'occasion d'interroger sa pensée. Son oeuvre d'historien, d'homme politique et de théoricien économique sera au centre des discussions.

Annonce

Présentation

Louis BLANC est auteur et acteur politique. Principalement connu pour son plan d’organisation du travail, son projet doctrinal est en réalité bien plus étendu. Exilé en Angleterre dès août 1848 (jusqu’en 1870) il a toujours prôné le principe associatif et le suffrage universel aussi bien au niveau de la commune que dans le travail. Alors, même si il est un fervent défenseur du droit au travail (s’accompagnant d’un droit du travail), il est aussi pour un régime d’Assemblée caractérisé par une décentralisation administrative. Dans son esprit, il est fondamental de transposer le contrat social à l’économie de façon à mettre un terme à l’état de nature des relations industrielles et aussi afin de donner à la démocratie sa véritable dimension.

La journée du 9 décembre 2011 est alors ouverte à toutes personnes, chercheurs ou non, hommes politiques, qui questionnent le quotidien au regard de l'expérience historique.

Envisageons alors précisément le projet de Louis Blanc; la critique du système qu’il propose à l’analyse; les solutions envisagées et le but républicain commun.

Texte de l’appel à communication

Louis BLANC est auteur et acteur politique. Principalement connu pour son plan d’organisation du travail, son projet juridique est en réalité bien plus étendu . Exilé en Angleterre, avec de nombreux républicains dès août 1848  (jusqu’en 1870), il a toujours prôné – dans son œuvre, dans ses discours politiques à l’Assemblée- le principe associatif et le suffrage universel aussi bien au niveau de la commune ou de l’Assemblée que dans le travail.

Le vote est alors le moyen d’expression permettant de mandater des personnes pour servir les intérêts des individus à différentes échelles d’associations (travail, commune, Etat). Le citoyen travailleur devient souverain dans ses deux univers de vie. Sa vision démocratique de l’Etat est alors corrélative à son organisation du travail.

Cette idée marque l’avènement, dans le projet, de la démocratie politique entendue comme la participation collective à la chose publique et de la démocratie économique, entendue comme la participation des travailleurs à leurs entreprises associatives . Ces délégués choisis ont pour mission de gérer les affaires courantes de la cité ou de l’industrie pour le compte des individus qui, occupés quotidiennement par leur travail et leur famille, ne peuvent intervenir directement et en permanence. Or, ceci ne peut prendre forme qu’en République entendue comme la gestion démocratique de la chose (res) publique (publica).

Dans son esprit, il est fondamental de transposer le contrat social à l’économie de façon à mettre un terme aux conséquences désastreuses de l’état de nature des relations industrielles. D’ailleurs, ce n’est que dans ce contexte que la démocratie pourra réellement exister car le suffrage universel sera dégagé de toutes les dépendances que cette violence induit sur le comportement électoral. 

On peut alors comprendre l’ensemble de son propos comme la justification des termes qu’il souhaite voir apparaître dans ce nouveau contrat social économique. Quelles en sont les clauses ?

Louis Blanc critique les conséquences de la concurrence anarchique et de l’économie de marché. Dans son esprit, la lutte des entrepreneurs entre eux, ainsi que celle des employés entre eux ne peut aboutir qu’au despotisme, c’est-à-dire à la victoire d’un seul (un monopole financier) profitant injustement du travail des autres. Face au constat d’une France de plus en plus pauvre Louis Blanc s’alarme. Les conséquences du libéralisme économique sont pour lui, de toute évidence, désastreuses. Les faubourgs des grandes villes regorgent d’une main d’œuvre vagabonde, l’oligarchie financière est omnipotente, et à défaut de voir s’organiser le travail c’est la criminalité qui s’organise.

Il propose alors dès 1839 dans son œuvre - L’Organisation du travail - d’entreprendre nationalement un plan de réformes simples passant dès l’origine par la mise en place d’Associations industrielles, agricoles et littéraires.

Pour lui, il ne s’agit aucunement d’interdire le fonctionnement concurrentiel de l’industrie ou de l’agriculture mais plutôt de permettre aux citoyens de faire un choix de vie libre en fonction de leurs convictions idéologiques : soit l’organisation concurrentielle (individuelle), soit l’organisation associative (fraternelle), soit le service public (commun). Pour Louis Blanc ce choix symbolise la Liberté. Il est fondamental et c’est à l’Etat de le garantir en toute neutralité . En ce sens, l’action de l’Etat dans le travail se résumerait à trois obligations  :

  • L’obligation de faire, de manière autonome, des règles pour organiser son action publique.
  • L’obligation de contrôler et de valider ou non , par un vote à l’Assemblée, les statuts des entreprises littéraires, industrielles et agricoles associatives rédigés par les associés. Une seule condition pour pouvoir bénéficier d’un partenariat avec l’Etat  est prévue : le respect de la liberté, de l’égalité et de la fraternité dans le travail.
  • L’obligation de ne rien faire vis-à-vis de ceux qui choisissent le principe de l’individualisme concurrentiel.

Il ajoute sur ce point : « je n’ai jamais entendu faire l’Etat producteur et le charger d’une besogne impossible. Qu’il devienne le commanditaire et le législateur des associations, je ne lui demande que cela. »  

Ainsi, chacun pouvant vivre dans l’univers économique qui correspond le mieux à son idéologie, la plus grande place possible serait faite non seulement à la Liberté mais également au Bonheur.

Lorsque la Révolution de février 1848 enflamme les rues de Paris, et en raison du retentissement exceptionnel de son ouvrage, c’est naturellement qu’il en devient le chef de fil. Or, si comme il le souhaite dès la campagne des banquets, le suffrage universel voit bien le jour, l’organisation associative du travail, pour sa part, est mal menée. En effet, en raison du prestige populaire de Louis Blanc la réaction s’organise pour contrer son influence. Au gouvernement provisoire l’opposition est de plus en plus nette. Dans les journaux la calomnie fait rage. Les associations fraternelles, mises en place sans budget par la Commission du Luxembourg sous la présidence de Louis Blanc, vont être abattues. Dans ce cadre, la contestation ne pouvait être que grandissante.

En juin 1848, la fermeture des ateliers nationaux organisés à grands frais contre le Luxembourg , contre les ateliers sociaux, fait descendre dans la rue une foule de travailleurs plus pauvres qu’en février. C’est alors dans le sang, avec le général Cavaignac, qu’un retour à l’ordre est effectué. Dans ce contexte, Louis Blanc est contraint de partir en Angleterre d’où il développe sa vision démocratique de l’Etat.

Sur la question de l’Etat démocratique il propose que le suffrage universel s’exprime annuellement pour trouver des mandataires responsables et révocables au service du peuple souverain. L’idée de l’Etat-serviteur est centrale. Elle contraste de la vision de l’Etat-maître développée par Pierre Leroux ou de l’Etat-anarchique de Proudhon. Pour Louis Blanc, les élus, régulièrement comparés à des commis, ont pour unique mission d’améliorer le quotidien des Français dans le sens du mandat qu’ils ont individuellement reçu du peuple. Toutefois, ce n’est pas sans crainte que Louis Blanc propose un régime d’Assemblée, les souvenirs de la Terreur sont dans tous les esprits. C’est pourquoi il propose une série de contre-pouvoirs. En effet, ce régime d’Assemblée s’équilibre par une autonomie administrative des communes, des droits fondamentaux, des mandats semi-impératifs, une absence de président de la République élu au suffrage universel, et dans l’idéal, par une responsabilité pénale de l’élu.

Dans son esprit les choses ne peuvent s’organiser autrement à long terme. La défiance entre gouvernés et gouvernants se trouve ainsi mise à mal au profit d’une communauté d’intérêts. La démocratie véritable conduit à ce que l’intérêt des gouvernés soit également celui des gouvernants. C’est l’union des classes. 

De retour d’Angleterre en 1870 il cherche à mettre en œuvre son programme. Il ne change pas sa perception des choses malgré 22 ans d’absence de la vie politique française. Sur ce programme, il est élu aux élections de février 1871 premier représentant de la Seine avec plus de voix que Victor Hugo ou Gambetta. Incompris par la jeune garde républicaine il n’a pourtant de cesse de militer à l’Assemblée et dans des réunions publiques partout en France, pour l’association, pour une nationalisation de la banque, pour un régime d’Assemblée dont la composition est réellement proportionnelle. Dans son esprit l’Assemblée doit être le résumé vivant de la nation d’où un mode de scrutin spécifique (le système de Hare). Par ailleurs, et avant de mourir en 1882, il développe de nouvelles idées - qui feront la gloire future de la IIIe République - sur l’éducation nationale laïque gratuite et obligatoire, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le divorce ou la grève.

Enfin, en propos liminaire de cette journée d’étude, nous retiendrons symboliquement cet extrait d’un des 61 discours tenus à l’Assemblée par le député Louis Blanc. Le 28 mars 1881, il prend la parole dans les débats concernant la durée des heures de travail dans les usines et les manufactures. Il réaffirme ici, à l’aube de sa mort - et à défaut de voir son véritable projet aboutir - la nécessaire réglementation du partage de la valeur produite qui « doit appartenir au capital sous forme de profits » ou  « au travail sous forme de salaire » car le travail n’est pas une marchandise comme les autres.

« L’ouvrier vend son travail, soit. Mais n’y a-t-il donc rien dans cette vente qui la distingue de celle d’une table ou d’un joujou ? Ce que l’ouvrier vend, quand il dispose de son travail, c’est tout son temps, c’est tout l’ensemble de ses facultés, c’est sa vie, c’est son être. Est-ce donc un marché ordinaire que celui-là ? Entre l’homme qui met en vente une table et l’homme qui désire l’acheter, il n’existe aucun concours d’efforts. S’ils ne s’accordent pas, il n’y a pas de raison pour que l’un ou l’autre se plaigne. Le premier attendra qu’un nouvel acheteur se présente ; le second cherchera ailleurs l’objet désiré, ou s’en passera. Mais dans les relations entre le patron et l’ouvrier il entre un élément de permanence, une nécessité de concours et une idée de justice qui donnent à ces relations un caractère absolument distinctif.

Il faut qu’ils s’unissent, s’associent, pour produire, et lorsqu’ils se divisent sur la question de savoir quelle portion de la valeur produite doit appartenir au capital sous forme de profits, au travail sous forme de salaire, il y a là un genre de conflit qui, par son importance, sa généralité et son rapport avec la prospérité publique, intéresse la société entière, réclame son attention et sollicite sa vigilance. »

La pensée de Louis Blanc est continue et régulière. Les moyens utilisés dans son projet sont pacifiques, l’objectif - vivre ensemble fraternellement - pour être ambitieux, n’en est pas moins souhaitable. D’ailleurs, précisons également que dans sa pensée, les individus auraient beaucoup plus à gagner, « égoïstement », en se solidarisant, en s’associant, qu’en se faisant concurrence. En somme, dans le système qu’il propose, l’individu ne puise plus dans la concurrence les sources du progrès mais dans l’association, organisation qu’il considère comme moins conflictuelle, plus stable économiquement donc moins sujette à une faillite ou à un chômage et, en conséquence, plus enrichissante au niveau macroéconomique . De plus, au niveau microéconomique, un intérêt individuel purement financier s’ajoute au gain social global en raison de la participation proportionnelle de tous les travailleurs aux résultats économiques de l’entreprise.

Dès lors, et suivant l’argumentation de son ami John Stuart Mill, pourquoi ne pas laisser ces concepts s’exprimer librement, ne serait-ce que pour en prouver, par la pratique, leurs éventuelles inefficacités ?

A cela, Louis Blanc acquiesce en précisant que : « La formule des ateliers sociaux présentée par le Luxembourg a évidemment pour elle la justice ; n’ayant pas encore été mise à l’essai nationalement, elle n’a pas contre elle l’expérience ; elle reste donc à l’ordre du jour de la République ! » .

Dans le cadre de cette journée, nous prendrons le temps de parcourir plus en détails les différentes étapes, idées, actions, propositions, analyses économiques ou historiques, et également l’impact de Louis Blanc réel ou supposé, dans son époque et son écho jusqu’à aujourd’hui.

Maurice Agulhon dans son article intitulé, « un centenaire oublié » , précise en terminant : « Les deux (ou trois) messages légués par Louis Blanc, messges complémentaires bien plutôt qu’opposés ou alternatifs, pourraient peut-être assez bien définir, entre les préventions maintenues d’une certaine droite, et l’ouvriérisme exclusif d’une certaine extrême Gauche, la voie étroite de la République moderne. »

Profitons alors de ce bicentenaire pour tenter de percevoir ces deux ou trois messages.

Modalités de candidature et de sélection

Ecrire à : journeelouisblanc@gmail.com et envoyer (en une page maximum) les principaux thèmes de votre communication, avant le

15 novembre 2011.

Contacts

Lieux

  • 101, rue de l'Université (Assemblée Nationale, Rez-de-chaussée, Salon Mars I)
    Paris, France

Dates

  • mardi 15 novembre 2011

Mots-clés

  • socialisme, liberté, travail, république, démocratie, citoyenneté, unité

Contacts

  • Benoît Charruaud
    courriel : journeelouisblanc [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Benoît Charruaud
    courriel : journeelouisblanc [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Louis Blanc, le bicentenaire », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 03 octobre 2011, http://calenda.org/205358