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Villes et urbanisation dans la péninsule arabique contemporaine

Cities and Urban Developments in the Contemporary Arabian Peninsula

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Publié le mardi 27 septembre 2011 par Claire Ducournau

Résumé

« Villes et urbanisation dans la péninsule Arabique contemporaine »: appel à contributions pour un numéro spécial de Chroniques arabiques (ex - Chroniques yéménites) (http://cy.revues.org/), coordonné par Claire Beaugrand (IFPO), Amélie Le Renard (CNRS), et Roman Stadnicki (CEDEJ). Ce numéro spécial des Chroniques arabiques (ex Chroniques yéménites) vise à saisir les villes de la péninsule arabique, particulièrement sous-étudiées, dans leur complexité, à partir d’études de cas fondées sur des enquêtes de terrain. Il mettra en lumière les processus d’urbanisation et les politiques urbaines, les pratiques sociales et les reconfigurations territoriales qu’elles dessinent. Les propositions d’articles pourront relever de la géographie, de l’urbanisme, de la sociologie, de la science politique, de l’anthropologie, de l’histoire contemporaine et éventuellement d’autres disciplines appartenant aux sciences humaines et sociales.

Annonce

Villes et urbanisation dans la péninsule Arabique contemporaine

Chroniques Arabiques (ex-Chroniques Yéménites), numéro spécial

http://cy.revues.org/

Coordinateurs

  • Claire Beaugrand, PhD in International Relations (London School of Economics), post-doctorante CNRS, IFPO-Beyrouth
  • Amélie Le Renard, docteure en science politique (CERI-IEP Paris), chargée de recherches au CNRS
  • Roman Stadnicki, docteur en géographie (Université de Tours), chercheur au CEDEJ (MAEE/CNRS), Le Caire

Argumentaire

Les villes de la péninsule Arabique ont été particulièrement sous-étudiées. En dehors des cités yéménites et de quelques villes côtières dans le reste de la région, la plupart de ces agglomérations n’ont réellement émergé qu’à la suite du premier choc pétrolier. Dans l’ensemble, leur organisation, caractérisée par des extensions illimitées nécessitant l’usage permanent de l’automobile, s’apparente plus à celle du continent nord-américain qu’elle ne satisfait l’image orientaliste de la ville « arabe » ou « islamique ».

En outre, à défaut d’être fondés sur des enquêtes approfondies, les rares écrits portant sur les villes de la péninsule Arabique présentent généralement une vision simpliste des dynamiques politiques, économiques et sociales qui les façonnent. Bien souvent, cette littérature reste prisonnière de dichotomies réductrices, comme les oppositions entre « tradition » et « modernité », « richesse décomplexée » et « extrême précarité ». Certaines lectures suggèrent ainsi que les modèles urbanistiques importés et l’absence de socle historique visible empêcheraient l’émergence de toute appropriation de l’espace par les habitants, et a fortiori le développement de toute culture urbaine. Pourtant, les grandes manifestations des ouvriers sur le chantier de Burj Khalifa à Dubaï en 2008, ou celles qui ont eu lieu plus récemment sur la place de la Perle à Manama (Bahreïn) ainsi que sur les ronds-points de Sohar (Oman) en 2011, ont révélé aux yeux du grand public que certains espaces de ces villes pouvaient devenir des sites d’action collective et de protestation et ainsi être investis d’une forte charge symbolique.

Ce dossier vise à saisir les villes de la péninsule Arabique dans leur complexité, à partir d’études de cas fondées sur des enquêtes de terrain. Il mettra en lumière les processus d’urbanisation et les politiques urbaines, les pratiques sociales et les reconfigurations territoriales qu’elles dessinent. Les contributions pourront concerner les différents acteurs qui font la ville et l’expérimentent, institutions publiques et privées, habitantes et habitants de différentes nationalités, professions et niveaux de revenu.

L’approche se veut pluridisciplinaire : les propositions d’articles pourront relever de la géographie, de l’urbanisme, de la sociologie, de la science politique, de l’anthropologie, de l’histoire contemporaine et éventuellement d’autres disciplines appartenant aux sciences humaines et sociales.

Axes

Processus d’urbanisation : transferts et inventions

Ce premier axe analysera l’urbanisation de la péninsule Arabique dans ses différentes dimensions. De nombreuses dynamiques restent à éclairer, telles que les migrations et leurs rôles dans la structuration des espaces urbains, les transferts de modèles à l’échelle de la région ou au-delà, les phénomènes de mimétisme ou de compétition entre les différents pays/capitales/villes, les tentatives d’invention de patrimoine urbain dans les villes les plus récentes, les velléités de modernisation – de « dubaïsation » ? – des villes les moins bien inscrites dans la mondialisation.

L’étude des territoires émergents (villes nouvelles, nouveaux quartiers des affaires, programmes immobiliers récents, centres commerciaux, etc.) devrait par ailleurs permettre de comprendre comment se recomposent les rapports centre/périphérie dans ces villes aujourd’hui, ainsi que les différents réseaux qui les animent.

Enfin, après avoir longtemps polarisé l’essentiel des développements, les capitales de la région semblent aujourd’hui relayées par des villes secondaires (Djedda en Arabie Saoudite, Sharjah aux Émirats Arabes Unis, Sohar en Oman, Al-Mukallâ au Yémen, etc.) en proie à une poussée urbaine généralisée. Quelles sont-elles précisément et en quoi les formes urbaines qu’elles contiennent s’inscrivent-elles dans la continuité des processus d’urbanisation régionaux ou, au contraire, en rupture avec ces derniers ?

Acteurs publics et privés du développement urbain

Cet axe portera sur les stratégies des acteurs publics et privés sur la scène urbaine. On assiste, depuis quelques années, à la cessation de pans entiers des villes à de grands investisseurs économiques. Comment s’opère concrètement cette « marchandisation » des espaces urbains ? En parallèle, les institutions publiques organisent de vastes opérations de rénovation urbaine, à l’image de la destruction en cours de toute la partie populaire du centre-ville de Doha au Qatar. Elles financent de vastes équipements comme le métro de Dubaï, inauguré en 2009, et construisent de gigantesques villes nouvelles en Arabie Saoudite. Les contributions pourront analyser les enjeux de ces initiatives, mais aussi la négligence vis-à-vis d’autres quartiers ou espaces urbains, comme dans certaines villes moyennes de l’Est-Saoudien boudées par les investissements, dans les portions délaissées des périphéries de Koweït-city et des « villages » chiites au Nord de la conurbation bahreïnie, ou encore la faible réactivité face aux inondations récurrentes à Djedda et les déficiences du transport en commun dans de nombreuses villes de la région.

Quels sont les rapports entre acteurs publics et privés dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques urbaines ? Cette dichotomie est-elle pertinente pour les monarchies où les membres de la famille royale jouent souvent un rôle important dans le secteur privé ? Quels sont les objectifs politiques poursuivis par les différents acteurs à travers l’investissement massif dans certains secteurs ? Dans quelles mesures les initiatives les plus marquantes sont-elles destinées à projeter une certaine image des villes du Golfe sur la scène mondiale comme instrument de politique étrangère ?

Cet axe pourra enfin montrer comment les institutions publiques réagissent aux initiatives spontanées des habitants, qu’il s’agisse de la production de l’habitat dit informel et, plus largement, de l’ensemble des modes d’appropriation de l’espace aux marges du droit dans des pays où la législation est particulièrement restrictive.

Sociabilités et hiérarchies sociales en questions

La plupart des grandes villes de la péninsule Arabique sont structurées, dans une certaine mesure, par la hiérarchie entre nationaux et immigrés. Cependant, les modalités concrètes par lesquelles cette hiérarchie est construite et s’articule avec d’autres types de hiérarchies (genre, classe, etc.) ont été peu étudiées. Ainsi, dans la plupart des contextes, une proportion importante des nationaux sont pauvres et certains « autochtones » sont exclus de la nationalité alors que des entrepreneurs et cadres supérieurs étrangers s’y enrichissent considérablement. En outre, malgré la volonté politique de circonscrire l’immigration à une immigration de travail, de nombreux habitants adultes des villes du Golfe sont nés dans ces villes et s’y identifient (sans pouvoir obtenir la nationalité).

Ces changements conduisent-ils à la renégociation des modes de hiérarchisation et de ségrégation entre nationaux et étrangers ? Comment les habitantes et habitants de différents statuts et niveaux de revenu expérimentent-ils ces villes ? Quelles sont leurs pratiques en termes de mobilité et de sociabilité ? Inventent-ils des formes de cosmopolitisme et d’espaces publics au sein de certains quartiers ? Comment s’approprient-ils les dispositifs reconstitués ou « muséifiés » (« médinas ») et autres modèles importés (shopping malls, concept city, îles-musées, cultural villages, etc.) ? Les souks et les mosquées constituent-ils encore des marqueurs territoriaux et des accès privilégiés à la citadinité ?

Calendrier

Réception des propositions de contribution comprenant un titre, un résumé d’une page et 5 mots-clés :

31 décembre 2011

  • fin janvier 2011 : avis du comité de rédaction
  • 30 septembre 2012 : réception des articles en version intégrale
  • décembre 2012 : avis du comité de rédaction
  • 30 mars 2013 : réception des articles en version finale après intégration des remarques du comité de lecture
  • Septembre 2013 : parution du numéro

Cities and Urban Developments in the Arabian Peninsula
Arabian Chronicles (former Yemeni Chronicles), special issue
http://cy.revues.org/

Editors

  • Claire Beaugrand, PhD in International Relations (LSE), Post-doctoral Researcher, CNRS-IFPO
  • Amélie Le Renard, PhD in Political Science (CERI-IEP Paris), Research Fellow, CNRS
  • Roman Stadnicki, PhD in Geography (University of Tours), Researcher at CEDEJ (Cairo)

Key words

Cities – urbanisation –Arabian Peninsula – public and private actors – city dwellers – urban societies– segregation – sociability.

Rationale

Cities in the Arabian Peninsula are undeniably under-researched. Apart from the Yemeni medieval towns and a few other coastal urban centres, most of the Arabian cities were built and developed in the wake of the first oil crisis of 1973. With residential areas and new quarters sprawling endlessly and placing the car at the heart of urban life, the Arabian cities are closer to those of North America than to the Orientalist cliché of the 'Arab' or 'Islamic' towns.

The few works published on the theme are rarely based on in-depth fieldwork and usually offer a rather simplistic view of the social, political and economic dynamics that give the cities their current shape. More often than not, the existing literature is framed within oversimplifying dichotomies, such as the ill-defined 'tradition' vs. 'modernity' or 'shameless wealth' vs. 'extreme destitution'. Some interpretations go as far as to suggest that the absence of historic urban cores combined with the import of foreign models of urbanisation prevents town-dwellers of the region from taking ownership of the urban environment, hindering the emergence of a specific urban culture. Yet the workers' demonstration at Burj Khalifa's building site in Dubai in 2008 as well as the recent demonstrations on the Pearl Square (Bahrain) or Sohar roundabout (Oman) showed the exact opposite: some urban areas could be the locus of collective action, thereby gaining strong symbolic significance.

The proposed special issue is aimed at gathering contributions that are based on detailed fieldwork investigation and can therefore show the complexity underpinning the organization of Arabian cities. It seeks to shed light on the urbanisation processes and urban policies and planning, social practices and territorial reconfigurations. We would welcome contributions investigating the role of the different actors shaping and experiencing the 'city' in the Arabian Peninsula, whether public or private institutions and decision makers on the one hand, or town dwellers of various nationalities, professional and social backgrounds on the other hand.

This special issue clearly lies at the junction between several academic disciplines, including geography, urban studies, sociology, political science, anthropology, history and possibly others. Article proposals can belong to any one (or more) of these disciplines.

Main Themes

Urbanisation Processes : transfers and inventions

The focus will be here the different dimensions of the urbanisation process in the Arabian Peninsula. Several urbanisation dynamics deserve more academic attention. These include the role of migration and migrants in the shaping of urban areas, the transfer of urbanisation models within the region or beyond it, the questions of imitation and competition between countries/capital cities/towns, the ex nihilo creation of urban heritages in comparatively recent cities, the attempts by less globalised cities to catch up by drastic modernisation –or "Dubai-sation".

Studying the emergence of new urban areas such as new business districts, real estate projects, shopping centres, will also shed a new light on the ways in which the centre/periphery relation and its underlying networks are currently being renegotiated in the Arabian cities.

Finally, while capital cities have long been the main focus of the town-planners' attention, regional centres, such Jeddah in Saudi Arabia, Sharjah in the UAE, Sohar in Oman or Al-Mukallâ in Yemen experience in turn a big 'urban push' and drastic developments. What are the main features of these latest developments of peripheral centres: are they to be seen as integrated with parallel process of urbanisation or, on the contrary, disconnected from them?

Public and Private Actors of Urban Development

This theme will investigate the strategies of public and private actors involved in the planning and managing of cities.
For several years now large surfaces within or adjacent to urban centres have been granted to big investment firms. How should we understand this turning of urban spaces into commodities? At the public level, various institutions orchestrate vast projects of urban rehabilitation; a case in point is the popular 'city-centre' of Doha, which is currently being bulldozed. They also finance equipment projects, such as the Dubai underground railway, opened in 2009, and built gigantic 'new cities' in Saudi Arabia. Paper proposals analysing these private/public initiatives would be welcome.
Equally welcome would be papers seeking to understand the lack of public attention to and investment in certain districts or urban spaces, such as neglected middle-size towns in the Eastern part of Saudi Arabia, some suburbs of Kuwait City and the so-called Shiite 'villages' within the Bahraini conurbation, as well as the absence of public policies to remedy the problem of repeated floods in Jeddah or the inadequacy of public transportation in the region.
What is the role of private and public actors in developing and implementing urban policies? What are the relationships between the two? How relevant is the distinction between private and public actors in monarchies where members of royal families more often than not play an important role in real estate developments led by the private sector? What kind of political objectives lay behind massive investments in particular sectors? How does the projection of a certain image of ultra-modern and globalised Gulf cities worldwide help to serve foreign policy objectives?

Lastly, this theme seeks to include contributions that would analyse the ways in which public institutions react to spontaneous initiatives coming from town-dwellers themselves. These can take the form of informal housing or any of the other, usually semi-legal means, by which people take ownership of the areas.

Questioning the Existing Sociability and Social Hierarchy

Most of the large cities of the Arabian Peninsula are organised along the divide between nationals and expatriates. Yet the concrete ways by which this hierarchical divide is constructed and articulated to other types of social hierarchies, whether gender or class, deserve more academic attention. In most of these countries, a significant proportion of the nationals are poor, and some people with local roots are excluded from the nationality, while expatriate entrepreneurs and white-collars have amassed considerable private fortunes. Moreover, despite the proclaimed political objective to accept only short-term labour migrants, a new generation of young adults, who were born in the Gulf cities, have a strong sense of belonging that is not officially acknowledged.

To which extent do these long-term changes affect and call into question the existing urban hierarchies and segregation between nationals and foreigners? How differently do the inhabitants of varying status and economic backgrounds develop urban experiences? How different are the social practices in terms of mobility and sociability? Can a certain form of cosmopolitanism or shared public spaces be invented within particular quarters? How do city-dwellers make own recomposed or museum-like structures (such as the 'new medinas' or new 'old markets') or other imported urban structures (shopping malls, concept city, museum-island, cultural villages, etc.)? Do souks and mosques still represent spatial landmarks and privileged places of urban sociability?

Time Frame

Deadline for the submission of proposals (including a title, one-page abstract and five keywords):

Dec. 31th 2011

  • Januar 2011: decision of the editorial board
  • Sept. 30th 2012: submission of articles
  • Dec. 2012: decision of the editorial board
  • March 30th 2013: re-submission of revised articles
  • September 2013: publishing of the special issue

Dates

  • samedi 31 décembre 2011

Mots-clés

  • villes, urbanisation, péninsule arabique, acteurs publics et privés, habitant(e)s, sociétés urbaines, ségrégations, sociabilités, citadinité

Contacts

  • Claire Beaugrand
    courriel : c [dot] b [dot] beaugrand [at] gmail [dot] com
  • Amélie Le Renard
    courriel : amelie [dot] lerenard [at] sciences-po [dot] org
  • roman stadnicki
    courriel : roman [dot] stadnicki [at] cedej-eg [dot] org

Source de l'information

  • roman stadnicki
    courriel : roman [dot] stadnicki [at] cedej-eg [dot] org

Pour citer cette annonce

« Villes et urbanisation dans la péninsule arabique contemporaine », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 27 septembre 2011, http://calenda.org/205360