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[S’]Approprier la ville. Du patrimoine urbain aux paysages culturels

Taking ownership of the city: “Becoming together” from urban heritage to cultural landscape

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Publié le jeudi 29 septembre 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Une ville peut-elle encore être plus scandinave, plus française, plus espagnole? Ou plus montréalaise, plus londonienne, plus parisienne ? Ce colloque international, [S’]Approprier la ville. Du patrimoine urbain aux paysages culturels, invite à discuter des instruments de la planification urbaine, des outils de la patrimonialisation et des autres moyens mis en œuvre afin de, par delà les faiseurs d’image, penser comment s’aménage le vivre et le devenir-ensemble dans un milieu de vie suffisamment intégrateur et représentatif pour susciter l’attachement et l’appropriation de ses citoyens d’aujourd’hui et de demain. Il s’agit, en d’autres mots, de réfléchir de concert au devenir-ensemble et à l’avenir du génie du lieu. On invite les chercheurs, les décideurs et les praticiens à soumettre une proposition de communication avant le 20 octobre 2011 à : colloqueville@uqam.ca.

Annonce

**English follows**

Argumentaire

Au milieu des années 1980, une série de grandes conférences internationales organisées par la Direction Environnement d’Hydro-Québec et par la Faculté d’aménagement de l’Université de Montréal proposait de faire le point sur les enjeux de la renaissance des centres-villes au crépuscule du XXe siècle. Par le truchement d’analyses des politiques et de la création en milieu urbain, Aménager l’urbain, de Montréal à San Francisco examinait le design de l’espace public à l’aune d’une passion citoyenne inédite, le « vivre en ville ». Après avoir été expurgée à divers degrés par les praticiens du Urban Renewal, voilà en effet que la ville conviait à une urbanité nouvelle, tissée de patrimoine et d’identité locale, d’échelle humaine, de vie de quartier, d’itinéraires confluents, de convivialité et de proximité : les luttes sociales des années 1960 lui avaient légué la solidarité, la typomorphologie et l’urbanisme contextuel lui procurait ses instruments de planification et ses discours.

Une trentaine d’années plus tard, comment s’exprime pareille praxéologie de l’identité urbaine? C’est en transparence de cette question que [S’]Approprier la ville propose de faire écho à Aménager l’urbain, dans la foulée de la série Aménager l’imaginaire urbain qui rassemble six conférences tenues en l’honneur de Jean-Claude Marsan à l’automne 2011 et à l’hiver 2012. La thématique du colloque met d’emblée en tension deux dénotations de l’urbanité : « approprier », c’est-à-dire aménager convenablement ou rendre apte à une finalité précise, et « s’approprier », c’est-à-dire attribuer quelque chose à soi-même, s’en emparer et la faire sienne, parfois même de manière indue ou perçue comme telle.

La postmodernité a en effet animé la ville : des cadres de vie auparavant inertes sont devenus des paysages construits signifiants en lesquels tout un chacun pouvait se reconnaître et, pourvu d’un horizon historique partagé, se projeter dans l’avenir. La mobilité croissante des populations altère toutefois considérablement cette scénographie urbaine du vivre-ensemble, alors même que se rétrécissent les contextes de référence des collectivités, qui se distancient de plus en plus des identités nationales de jadis pour surtout appartenir au « petit monde qui nous entoure ». Ainsi, dans un univers de plus en plus mondialisé, l’imaginaire des territoires nationaux tend à s’éclipser à la faveur des villes, plus particulièrement des grandes villes, protagonistes nouvelles du théâtre planétaire; simultanément, vue de l’intérieur, la métropolisation transforme radicalement la capacité de sens du paysage construit, qui tout en devenant seul miroir des aspirations identitaires doit encaisser la multiplication et l’écartèlement des usages, des savoir-faire et des archétypes individuels et sociaux. Melting pot ou creuset, l’espace urbain se mute en un champ de négociation permanente, entre la significativité intérieure et l’image de marque, entre les représentations des uns et des autres. Quels atours peuvent habiller la ville métropolisée et pluriculturelle, quelle logique peut y ordonner le chaos des patrimoines et des figurations? Comment cette ville peut-elle n’appartenir à personne et appartenir à la multitude en même temps?

Au delà du vivre-ensemble logé dans l’immédiateté du temps présent, ces questions qui interpellent le devenir-ensemble à partir de l’urbanité sont éloquemment illustrées par les mutations de la notion pour décrire la ville comme une suite cohérente d’unités formelles engendrée par l’histoire, la notion était pourtant parfaitement adaptée aux chocs culturels qui caractérisent les terroirs urbains stratifiés, faits des particularités agglomérées des différents groupes qui ont investi un lieu spécifique au fil du temps. Ainsi le patrimoine urbain a-t-il légué à nos villes contemporaines une large part des instruments qui balisent encore l’aménagement et ont cristallisé cette projection du vivre et du devenir-ensemble dans un éventail restrictif de normes techniques. Ainsi limitées ses possibilités de s’adapter, par exemple à des mosaïques culturelles en quête de représentations nouvelles, le patrimoine urbain a peu à peu fait place à des locutions révélatrices : celle de « paysages culturels », dont le premier terme intègre une quantité de matières, en sus de la pierre des villes classiques, puis celle de « patrimoine culturel », dont le second terme proclame la diversité et les éventuels contrastes des patrimoines urbains en cause, porteurs d’autant d’appartenances que la ville peut rassembler, et mitige l’expression de l’objet approprié au profit de la négociation de plusieurs représentations dans le paysage urbain. Mais sitôt nommé, le patrimoine culturel nous ramène surtout à une fragmentation infinie des patrimoines urbains; dans l’idée ou dans la forme de la ville que l’on construit, le patrimoine des uns reste différent du patrimoine des autres et la somme, aussi importante soit-elle, forme de moins en moins un tout. Sous l’angle du sens que l’on attribue collectivement à notre environnement et de la façon dont notre construit reflète ce que nous voulons être, la question, qui interpelle aussi la ville durable, restitue la quête qu’entretenait Melvin Charney : comment, par exemple s’exprime ou peut s’exprimer la montréalité (montrealness) de Montréal aujourd'hui?

Face au devenir-ensemble et à l’aménagement physique et imaginaire des villes, la notion et les politiques du patrimoine urbain trahissent aussi les problématiques identitaires de la métropolisation lorsque, comme c’est maintenant souvent le cas, on oppose aux villes dites patrimoniales des villes réputées créatives. Par delà la compréhension positiviste qui assimile le patrimoine à la stricte conservation d’un passé objectif, cet antagonisme revient en effet à préférer la table rase à la continuité et le génie du moment au génie du lieu. Si le patrimoine a toujours été et reste un projet, non un fait, c’est, plutôt que la compétence d’édifier dénoncée jadis par Choay, la compétence de représenter que les villes de demain mettent en jeu. La tension actuelle entre patrimoine et création ou entre ville patrimoniale et ville créative ressemble fort à un aveu d’échec devant l’impossibilité de composer avec ce qui peut représenter, dans le temps long, les diverses et mouvantes communautés dans la ville. En effet, sans prétendre que la patrimonialisation recèle la moindre solution à la négociation d’identités démultipliées, on peut se demander comment une ville peut, « dans le concert de la mondialisation » comme on l’appelle, poursuivre ou trouver une spécificité réelle dès lors que l’ex nihilo apparaît comme un moindre mal. Pour reprendre la métaphore de la montréalité : si les dernières décennies du XXe siècle pouvaient interroger la fabrique de Montréal pour savoir qui nous sommes, comment peut-on aujourd’hui aller au-delà de ce qui est, sans pourtant l’ignorer, pour faire mieux?

Une ville peut-elle encore être plus scandinave, plus française, plus espagnole? Ou plus montréalaise, plus londonienne, plus parisienne? [S’]Approprier la ville invite à discuter des instruments de la planification urbaine, des outils de la patrimonialisation et des autres moyens mis en œuvre afin de, par delà les faiseurs d’image, penser comment s’aménage le vivre et le devenir-ensemble dans un milieu de vie suffisamment intégrateur et représentatif pour susciter l’attachement et l’appropriation de ses citoyens d’aujourd’hui et de demain. Il s’agit, en d’autres mots, de réfléchir de concert au devenir ensemble et à l’avenir du génie du lieu.

De la ville festive à la ville citoyenne, en passant par l’éco-cité, le colloque propose d’analyser des villes qui ont œuvré à la construction d’identités et de fiertés urbaines et engendré (ou non) une certaine unanimité interne (parmi les résidants) ou externe (sur la scène mondiale) par l’entremise des figures construites ou imaginaires qu’elles ont mises de l’avant. On privilégie quatre axes de discussion, soit les Projets d’identités urbaines, De la représentation culturelle des métropoles, Impacts pragmatiques du patrimoine culturel dans les villes et Soi(s) et autre(s) dans les villes petites ou moyennes.

Modalités de participation

Les personnes intéressées sont invitées à transmettre le titre envisagé et un bref résumé (1/2 page à 1 page) de leur communication, ainsi qu’une notice biographique et une liste de leurs publications pertinentes ou réalisation récentes, à : colloqueville@uqam.ca

au plus tard le 20 octobre 2011

Toutes les propositions seront évaluées par le comité scientifique du colloque.

Tous les présentateurs dont les propositions seront retenues recevront une sélection de textes de Jean-Claude Marsan, en sus de l’argumentaire détaillé du colloque, afin d’instiller une éventuelle base commune de discussion lors de l’événement.

English version

In the mid-1980s, a series of major international symposiums organized by Hydro-Québec’s environmental branch and Université de Montréal’s Faculty of Urban Design set out to take stock of the challenges of downtown renewal at the close of the 20th century. By analyzing policies and creativity in urban environments, Aménager l’urbain, de Montréal à San Francisco [Developing/furnishing the city: from Montreal to San Francisco] looked at designing public space in light of a new urban trend, the “liveable city.” Urban identity having to various degrees been expunged by the practitioners of Urban Renewal, city dwellers were now being invited to create a new urban identity on a more human scale, concocted out of local heritage and identity and encompassing neighbourhood life, convergent itineraries, conviviality, and proximity: the social struggles of the 60s had left alegacy of solidarity, while typomorphology and contextual urbanism were there to supply the planning instruments and discourse.

Thirty years later, how do we express this praxeology of urban identity? This is the question that underlies [S’]Approprier la ville’s attempt to echo Aménager l’urbain in the wake of the series of six lectures Aménager l’imaginaire urbain in honour of Jean-Claude Marsan in the fall and winter of 2011–2012. The theme of this symposium purposefully emphasizes the tensions underlying two denotations of urbanity: approprier, i.e., to design or make suitable for a specific purpose; and s’approprier, i.e., to appropriate something for one’s self, to take ownership of, sometimes even inappropriately or in a manner perceived as such.

Postmodernity has brought new life to the city: formerly inert living spaces have become meaningful built landscapes in which all individuals can recognize themselves and, using this shared historical horizon, project themselves into the future. At the same time, the ever-increasing mobility of populations is significantly altering this urban scenography of “living together,” even as community frames of reference have shrunk, creating an evergreater distance from the national identities of the past and a greater appurtenance to the “small world that surrounds us.” In an increasingly globalized world, the national imaginary is yielding to an urban imaginary, one largely shaped by big cities, the new protagonists in the planetary theatre. Concurrently, seen from within, metropolitanization radically transforms the built landscape’s ability to carry meaning, which, as the sole mirror of identity-related aspirations, must deal with the multiplication and fragmentation of usages, abilities, and individual and social archetypes. The “melting pot” of urban space is transmuted into a field of permanent negotiation between inner meaning and corporate-style branding, between competing representations. How can we clothe the metropolitanized and pluricultural city? What logic might bring order to the chaos of heritage with its many figurative incarnations? How can the city belong to no one and to the multitude at the same time?

Beyond “living together” in the immediacy of the present, these questions, which interrogate the idea of “becoming together” via shared urban allegiance, are eloquently illustrated in mutations to the notion and policies of urban heritage. Born in the early 20th century, this way of looking at the city as a coherent series of formal units engendered by history was nonetheless ideally suited to describing the cultural shocks that characterize stratified urban territories as agglomerates of specific features bequeathed by the various groups who have occupied them over the years. Urban heritage thus furnished our contemporary cities with many of the instruments that continue to mark planning approaches and that have given shape to the projection of “living together” and “becoming together” within a restrictive range of technical norms. Limited as a result in its options for adapting to such realities as cultural mosaics in search of new representations, the notions of urban heritage and urban patrimony have made room for such pregnant expressions as cultural landscapes, in which the noun introduces a quantity of material that complements the brick and mortar of classic cities, or cultural patrimony, in which the adjective proclaims the diversity and possible contrasts between the urban patrimonies in question, carrying as they do all the allegiances the city can possibly encompass, tempering the expression of the negotiated object in favour of the negotiation of multiple representations within the urban landscape. Yet no sooner is it named then cultural patrimony leads us into an infinite fragmentation of urban patrimonies; in the idea or the form of the city that we construct, one person’s patrimony differs from another’s, so that their sum, however large, is less and less able to add up to a whole. In light of the meaning that we collectively attribute to our environment and the way this construct of ours reflects what we want to be, the question—which also applies to the sustainable city—leads us back to the quest that preoccupied Melvin Charney: how do we or can we express the Montrealness of Montreal today?

In the face of “becoming together” and the physical and imaginary development of cities, notions and policies of urban heritage also betray the identity problematic of metropolitanization when, as is now often the case, so-called heritage cities are opposed to so-called creative cities. Beyond the positivist understanding that equates heritage with the strict conservation of an objective past, this antagonism in reality betrays a preference for the tabula rasa over continuity, and for the priority of Zeitgeist over genius loci. If patrimony as understood in the French tradition has always remained a project rather than a fact, it is not the capacity to build formerly denounced by Choay, but the capacity to represent, that is at stake in tomorrow’s cities. The current tension between heritage and creativity, or between the heritage city and the creative one, looks a lot like an admission of failure before the impossibility of dealing with what the diverse and shifting communities of the city might represent in the long term. Thus, without supposing that heritagization, or patrimonialization, constitutes any kind of solution to the task of negotiating the multiplicity of identity, we can ask how a city might, amidst the so-called “chorus of globalization,” pursue or find a real specificity, in light of which its creation ex nihilo might seem the lesser evil. To return to that metaphor of Montrealness: if the last decades of the 20th century have made it possible for us to examine the construct of Montreal to find out who we are, how today can we go beyond that—without however ignoring it—and do better?

Is it still possible for a city to be more Scandinavian, French, or Spanish? Can it be more Montrealesque? Londonian? Parisian? [S’]Approprier la ville is an invitation to talk about how urban planning instruments, heritagization tools and other means might help us to go beyond the image makers and consider how to design for “living together” and “becoming together” in an environment sufficiently inclusive and representative to allow today’s and tomorrow’s citizens to appropriate it and make it their own. It is, in other words, an opportunity to collectively consider this “becoming together” and the future of the genius loci.

From the festive city to the citizen city and ecocity, this symposium will analyze cities that have purposefully set out to construct urban identities and build urban pride, and that have engendered (or failed to engender) a certain internal (among residents) or external (on the world stage) consensus by foregrounding built or imagined figures. Discussions will focus on four main themes: projects in urban identity, cultural representation of major cities, pragmatic impacts of cultural patrimony in cities, and self (selves) and other(s) in small and medium-sized cities.

Submissions

Those interested are invited to submit their proposed title and a brief summary (1/2 to 1 page) of their paper, along with a biographical notice and a list of their recent publications or related achiements to : colloqueville@uqam.ca

October 20th 2011 at the latest

All proposals will be assessed by the scientific committee.

All presenters whose proposals are accepted will receive a selection of texts by Jean-Claude Marsan, as well as a detailed preparatory document in order to establish a common base for discussion at the event.

Comité scientifique / Scientific Committee

  • Lucie K. Morisset, présidente du comité ; professeure, Département d’études urbaines et touristiques, École des sciences de la gestion, Université du Québec à Montréal
  • Christina Cameron, professeure et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine bâti, École d’architecture, Université de Montréal
  • Martin Drouin, professeur, Département d’études urbaines et touristiques, Université du Québec à Montréal
  • Annick Germain, professeure, Centre Urbanisation Culture Société, Institut national de la recherche scientifique (INRS)
  • Guy Mercier, professeur et directeur du Département de géographie, Université Laval
  • Luc Noppen, professeur, Département d’études urbaines et touristiques et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain–ESG, Université du Québec à Montréal

Lieux

  • Montréal, Canada

Dates

  • jeudi 20 octobre 2011

Mots-clés

  • Devenir-ensemble, aménagement, image, patrimoine, identité, études urbaines, typomorphologie, urbanisme contextuel, planification, Jean-Claude Marsan, appropriation, paysage

Contacts

  • Lucie K. Morisset
    courriel : colloqueville [at] uqam [dot] ca

Source de l'information

  • Lucie K. Morisset
    courriel : colloqueville [at] uqam [dot] ca

Pour citer cette annonce

« [S’]Approprier la ville. Du patrimoine urbain aux paysages culturels », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 29 septembre 2011, http://calenda.org/205380