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Écritures en migration(s)

Histoires d'écrits, histoires d'exils

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Publié le lundi 10 octobre 2011 par Claire Ducournau

Résumé

Appel à communication pour le colloque « Écritures en migration(s) - Histoires d'écrits, histoires d'exils ». Le colloque aura lieu les 11 et 12 mai 2012, sur le site de l'Université Paris 8 à Saint-Denis. La thématique générale du colloque s'inscrit dans une perspective transdisciplinaire correspondant à la fois aux problématiques de l'écrit et à celles de la migration. Cette transversalité disciplinaire permettra d'accueillir des travaux en sciences de l'éducation, histoire, géographie, sociologie, anthropologie de l'écriture, sociolinguistique ou sciences politiques, etc. La date limite de réception des propositions de communication (en 3.000 signes) est le 20 novembre 2011. Celles-ci doivent être envoyées à l'adresse suivante : collokecrituresenmigrations@gmail.com

Annonce

Appel à communication pour le colloque « Écritures en migration(s) - Histoires d'écrits, histoires d'exils »

Le colloque aura lieu les 11 et 12 mai 2012, sur le site de l'Université Paris 8 à Saint-Denis.

La thématique générale du colloque s'inscrit dans une perspective transdisciplinaire correspondant à la fois aux problématiques de l'écrit et à celles de la migration. Cette transversalité disciplinaire permettra d'accueillir des travaux en sciences de l'éducation, histoire, géographie, sociologie, anthropologie de l'écriture, sociolinguistique ou sciences politiques, etc.

La date limite de réception des propositions de communication (en 3.000 signes) est repoussée au

20 novembre 2011

à l'adresse suivante : collokecrituresenmigrations@gmail.com

Argumentaire

Ce colloque envisage l'écriture comme une forme symbolique de rapports aux savoirs et aux savoir-faire dans un espace-temps défini. Pour autant les écrits de littérature appartiendront aux objets interrogés au même titre que d'autres afin de répondre à la question centrale :

Quelles peuvent être les spécificités des écritures en contexte migratoire et en quels en sont les résonances pour la personne ?

En effet, la migration oblige/ incite au questionnement existentiel, tout comme elle génère des situations et des contextes nouveaux pour l'individu. Que faire, qui être dans un autre lieu, dans une autre "possibilité de soi-même" (Kaufmann 2004 ; Ricoeur 1990) ? Cette manière d'être au monde, par un déplacement géographique, désiré ou subi, somme l'individu d'opérer à une remise en forme de certaines de ses pratiques, de son identité, voire des clés de lecture auquel il doit recourir. Si la migration «  n'est pas un état mais un processus, de même qu'être un ou une immigré-e n'est qu'une caractéristique souvent passagère qui indique un déplacement d'une région à une autre ou d'un état à un autre (...) Tout immigré est aussi un émigré dont on ne saurait ignorer l'histoire passée et présente. » Quiminal (2004), il devient essentiel de prendre en compte la dimension biographique de cette expérience.

Dans ce contexte particulier, poser la question des écritures revient à associer étroitement « actes d'écritures » (Fraenkel 2007), écrits ou textes, et trajectoires personnelles. Quels liens entretiennent-elles (ou pas) avec les langues maternelles ? Quels usages et réceptions de l'écrit introduisent-elles, quelles cultures écrites ? Accompagnent-elles des processus sociaux intégratifs, distinctifs, ou les deux à la fois, dans quelles sphères d'activités, et au sein de quels literacy regimes (Blommaert 2008) particuliers ?

L'histoire de la personne migrante passe souvent par un intérêt primordial à une multitude de documents administratifs liés à la nationalité, la résidence, l’emploi, la formation, etc. qui sont à même d'influer sur son parcours. Les écritures, qu'elles soient manuscrites, tapuscristes ou numériques, deviennent parfois de véritables enjeux de pouvoir (au sein des familles comme des organisations), et participent en tout cas à une construction identitaire ou mémorielle régulièrement interrogée, interprétée, revisitée par ego et par les agents et les structures chargées de traiter ces écrits.

La migration est ce qui bouleverse, ce qui vient en rupture, mais cette rupture s'inscrit dans la durée et l'exil est souvent lié au sentiment d'extraterritorialité ( Steiner 2002, Agier 2011) bien souvent illusoire. « L'exil intérieur dont on parcourra ici le domaine sensible est l'expérience d'un déplacement qui répète indéfiniment la question de la place de l'individu dans un lieu, un monde, un contexte à un moment donné (...)» (Agier 2011, p. 22). Elle ne peut se réduire à l'instant, au moment précis du déplacement, elle est mouvements incessants entre un ici et un là-bas (Koller 2006) omniprésent, sans cesse réactivé par la pensée, la mémoire et par des traces multiformes, notamment écrites. Le migrant est celui qui ne cesse de voyager, du moins par l'esprit, mais il entretient aussi très souvent des liens matérialisés avec le pays d'origine qui réactualisent sa double appartenance. Un pan économique de la rente migratoire, utilise ainsi de l'écrit ("compagnies à fax", courriers, sms) avec des recours complémentaires à des modes de communications oraux (téléphone, skype).

Au delà des perspectives initiées par Goody qui envisageaient l'écriture comme déterminante sur les structures universelles de la pensée et du cognitif, ce colloque cherchera à porter un regard renouvelé sur l'écrit et l'écriture au travers des enjeux, situations et pratiques souvent complexes et mouvantes qui peuvent les caractériser dans des contextes de migration. Alors que le tournant ethnographique emprunté par les New Literacy Studies1 a souligné l’importance des contextes et des situations considérées pour traiter de literacy, il s'agira de proposer une approche résolument pluridisciplinaire des écritures en migration. Seront particulièrement encouragées des focales axées sur le sujet lui-même, sa trajectoire personnelle, ses formes de subjectivité en rapport avec l’écrit. Dans le prolongement de la journée d'études « Pour un renouveau de l’action éducative dans l’univers de l’écrit… tout au long de la vie… au-delà de l’alphabétisation et de la lutte contre l’illettrisme »2 par Cailliot, Desmarais et Leroy, cette approche critique des actions stigmatisantes — liées à la fois à la compétence à l'écrit et aux représentations de la migration — envisage la complexité du cheminement de chaque adulte dans l’univers de l’écrit. Cette attention portée sur la trajectoire singulière de la personne sera d’autant plus enrichissante qu’elle s’articulera aux dimensions sociales, politiques, économiques ou symboliques (etc.) qui participent des représentations de l'écriture, mais aussi des pratiques, voire des stratégies scripturales qui peuvent être relevées.

Comme l’annoncent depuis longtemps les travaux pluridisciplinaires recourant notamment aux récits de vie ou aux histoires de vie (Pineau & Le Grand 2007) ou encore à la biographisation (Delory-Momberger, 2009) il s’agit de prendre davantage appui sur le sujet lui-même et de ses modes de représentations du monde. « C'est une des grandes découvertes de l'exilé : la terre est intérieure, c'est un rapport à soi qui commande le rapport au dehors. » (Trigano, 2001, P. 59).

Ainsi, si certains, à l'instar d'Édouard Glissant ou de Patrick Chamoiseau (1997), tentent de s'affirmer par la singularité d'une langue chamoirée qui plonge lecteur et auditoire dans un pays lointain, d'autres sont « invités » voire sommés d'apprendre à écrire dans la langue du pays de résidence. Entre la « langue traversière » de de Certeau, la langue du deuil et de la perte (Ric?ur, 2003) ou encore la honte de l'accent même à travers l'écrit (Derrida, 1996) chacun se situe et s'envisage dans cette multiple appartenance linguistique. Comment s'opère alors pour chacun ce passage d'une langue à une autre ?

Ce colloque vise donc à éclairer les divers enjeux convoqués par les pratiques, les usages et la réception des écritures tant « ordinaires » que littéraires, écritures au travail, écritures à l'école, en formation (alphabétisation, professionnelle...) ou écritures administratives en contexte interculturel ou transculturel (Demorgon, 2005). En plus de ceux soulignés (identitaires, affectifs, économiques, politiques), ces enjeux peuvent aussi être liés aux rapports entre les différentes langues ou aux rapports sociaux de genre dans lesquels les écritures de femmes modifient et/ou reconduisent un ordre établi. Une attention particulière sera ainsi portée à la dimension genrée des écritures.

Ces enjeux peuvent également se traduire en termes de reconnaissance, de statuts, d'idéalisation ou de symbolisation de l'écrit / de l'écriture ou des personnes se réclamant d'un rapport spécifique à l'écriture.

Au cours des dernières années, quelques séminaires, journées d'études ou colloques ont voulu explorer ce champ où écriture et migration se conjuguent. Ce colloque permettra d'amplifier cette émergence et de lui donner la visibilité attendue en France et à l'international, y compris à travers une ou plusieurs publications (projet d’un numéro thématique dans Hommes et Migrations ou dans la Revue Européenne des Migrations Internationales et/ou ouvrage collectif, plusieurs éditeurs éventuels étant identifiés).

A l'heure où Marc Augé annonce qu' « il faut sortir du quant à soi culturaliste et promouvoir l'individu transculturel, celui qui, prenant de l'intérêt à toutes les cultures du monde, ne s'aliène à aucune d'entre elles. Le temps est venu de la nouvelle mobilité planétaire et d'une nouvelle utopie de l'éducation. » (Augé 2009, p. 91) ; ce colloque se veut un espace particulièrement ouvert afin d'offrir un faisceau de points de vue aussi large que possible et contribuer à une mise en réseau des différents travaux :

  • échanges entre disciplines ou pluridisciplinarité des approches
  • dialogue international
  • variété des aires culturelles étudiées
  • participation de chercheurs confirmés mais également de membres d'associations ou d'institutions particulièrement impliqués sur la thématique proposée.

Quatre modes d'entrée dans l'écrit

pourront être mis en valeur et organiseront les journées en sessions :

  • Les écrits ordinaires ( intimes ou non)
  • Les écrits statutaires, administratifs
  • Les écrits du témoignage, de la transmission
  • Les écrits en lien direct avec le pays d'origine

Une large place sera réservée aux débats. Des formats plus courts et interactifs (sessions de posters) pourront être réservés à des éclairages plus spécifiques. Des temps communs de restauration seront organisés pour favoriser les échanges informels et les contacts interpersonnels.

(1) Ce courant commence à être bien connu en France ; cf. notamment Langage et société 133, 2010.

(2) Organisée en 2008, département Sciences de l’Education de Paris 8.

Références des ouvrages cités

AGIER Michel, 2011, Le couloir des exilés, Être étranger dans un monde commun, éditions du Croquant, 116 p .

AUGÉ Marc, 2009, Pour une anthropologie de la mobilité, Paris : Payot.91 p.

CERTAU de Michel, (1ère édition 1980, ), L'invention du quotidien, 1- arts de faire, Nouvelle édition établie et présentée par Luce Giard (1990, pagination : tirage 2007), Gallimard, Folio Essais, Paris 350 p.

CHAMOISEAU Patrick, 1997, Écrire en pays dominé, Gallimard, Paris, 350 p.

DELORY-MOMBERGER Christine, 2009, La condition biographique, Essai sur le récit de soi dans la modernité avancée, Téraèdre, Paris, 121 p.

DEMORGON Jacques, 2005, Critique de l'interculturel : l'horizon de la sociologie, Economica, Paris, 220 p.

DERRIDA Jacques, 1996, Le monoluinguisme de l'autre ou la prothèse d'origine, Galilée, Paris, 136 p.,

BLOMMAERT Jan, 2008, Grassroots Literacy. Writing, Identity and Voice in Central Africa, Routledge, London, 219 p.

FRAENKEL Béatrice, dec. 2007,« Actes d'écriture : quand écrire c'est faire » in Langage et Société N° 121-122, Maison des Sciences de l'Homme, Paris, pp. 101-112.

Langage et société N°133, 2010/ 3. New Literacy Studies, un courant majeur sur l'écrit, Maison des

sciences de l’homme, 152 pages

GLISSANT Édouard, 1990, Poétique de la relation. (Poétique III) Paris: Gallimard, 241 p.

GOODY Jack, 1993, Entre l’oralité et l’écriture, trad. D. PAULME : The interface between the written and the oral, Cambridge university Press,P.U.F., Paris, (1994 pour la version française) , 323 p.

KAUFMANN Jean-Claude, 2004, Armand Colin, Paris, L’invention de soi. Une théorie de l’identité, Paris, 325 p.

KOLLER Sylvie, 2006, L'un part, l'autre reste, Jeunes équatoriens sur la scène migratoire. Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 175 p.

PINEAU Gaston, LE GRAND Jean-Louis, 2007 (1ère édition 1993), Les Histoires de vie, PUF, Collection Que sais-je ? , Paris, 125 p.

QUIMINAL Catherine, 2004 « Migrations »  in HIRATA Hélène, LABORIE Françoise, LE DOARE Hélène, SENOTIER Danièle, (1ère édition 2000), 2004, Dictionnaire critique du féminisme, PUF, Paris, 300 p.

RICOEUR Paul, 1990, Soi même comme un autre, Points/seuil, Paris, 410 p.

STEINER George, 2002, (1? édition : 1971, Extraterritorial. Papers on literature and the language revolution) DAUZAT Pierre Emmanuel (trad.), Extraterritorialité. Essais sur la littérature et la révolution du langage, Calmann- Lévy, Paris, 258 p.

TRIGANO Shmuel, 2001, Le Temps de l'exil, Payot & Rivages, Paris, 118 p.

Comité scientifique et discutants

Le comité scientifique est composé de :

  • Michel Agier ( Ehess, Centre d'études africaines)
  • Corinne Alexander-Garner (Université Paris Ouest La Défense)
  • Nicole Blondeau (Experice , Univ. Paris 8 )
  • Gladys Chicharro (Experice, Univ. Paris 8)
  • Christine Delory-Momberger (Experice , Univ.Paris 13)
  • Mamoussé Diagne (Univ. Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal)
  • Béatrice Fraenkel (Anthropologie de l'Écriture-IIAC, Ehess)
  • Daniel Iglesias (SEDET, Univ. paris 7)
  • Jean-Louis Le Grand (Experice, Univ. Paris 8 )
  • Delphine Leroy (Experice, Paris 8 & Anthropologie de l'Écriture-IIAC, Ehess)
  • Aïssatou Mbodj-Pouye (ZMO, Berlin – Anthropologie de l'Écriture-IIAC & Centre d'Études africaines, Ehess)
  • Jose Gonzalez Monteagudo (Univ. Séville, Espagne)
  • Martine Morisse (Experice, Univ. Paris 8)
  • Milagros Palma (IUFM de Caen)
  • Amandine Spire (SEDET, Univ. Paris 7)
  • Lorenzo Zanasi (Académie européenne de Bolzano, Italie)

Comité d'organisation

  • Anissa Ben Hamouda, Experice, Univ. Paris 8
  • Martine Bodineau, Experice, Univ. Paris 8
  • Bruno Hubert, Univ. Nantes
  • Delphine Leroy, Experice, Univ. Paris 8 et Anthropologie de l'Écriture-IIAC, EHESS
  • Marie Leroy, Dynadiv, Univ. Tours- Rabelais et Institut für Romanistik, Univ. Francfort -Goethe
  • Nicolas Fasseur, Experice, Univ. Paris 8
  • Alain Massias, Experice, Univ. Paris 8
  • Yvette Moulin, Univ. Paris 8
  • Amandine Spire, SEDET,Univ. Paris 7
  • Université populaire Paris 8

Modalités pratiques

Agenda

  • 1er juillet 2011 : diffusion de l'appel à communication

20 novembre 2011

date limite de réception des propositions de communication (avec relance préalable au 1er septembre) en 3.000 signes

  • 5 janvier 2012 : résultats de la sélection des contributions acceptées
  • par le comité scientifique et confirmation des sessions thématiques
  • 1er mars 2012 : programme et résumés des textes (en 30.000 signes) mis en ligne sur des pages web dédiées au colloque

Contacts

collokecrituresenmigrations@gmail.com

Site web

https://sites.google.com/site/ecrituresenmigrations/

Lieux

  • 2, rue de la Liberté (Université Paris 8)
    Saint-Denis, France

Dates

  • dimanche 20 novembre 2011

Mots-clés

  • écritures, migrations, récits

Contacts

  • Delphine Leroy
    courriel : collokecrituresenmigrations [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Delphine Leroy
    courriel : collokecrituresenmigrations [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Écritures en migration(s) », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 10 octobre 2011, http://calenda.org/205565