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Non-lieux de l'exil

Non-places of Exile

Expressions de l'exil : scènes de l'exil / langues de l'exil, exil des langues

Expressions of exile : Staging the exile / Languages of exile, Exile of languages

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Publié le jeudi 13 octobre 2011 par Claire Ducournau

Résumé

Dans ses définitions les plus communes, l’exil est le résultat d’une sanction, d’un bannissement, d’une condamnation à quitter sa terre et est souvent implicitement associé au deuil de la patrie ou à la nostalgie d’un âge d’or qui l’aurait précédé. Dans cette perspective, l’exil peut être revendiqué comme une identité spécifique, ou comme une condition du multiculturalisme, c'est-à-dire patrimonialisé. Il devient valeur et héritage, élément constitutif de toute pensée du lieu et du lien, transmission d’un vécu constamment revisité et recomposé par une pluralité d’acteurs et d’expériences, de l’artiste au traducteur, de la photographie à la musique, en passant par l’écriture, le théâtre et le cinéma. Il paraît donc intéressant d’explorer ce qu’il recèle d’immatérialité, de « non-lieux » : que nous offrent ces images et imaginaires de l’exil ? Que se joue-t-il dans la permanence et la diversité de ces non-lieux ?

Annonce

DESCRIPTIF

Dans ses définitions les plus communes, l’exil est le résultat d’une sanction, d’un bannissement, d’une condamnation à quitter sa terre. Qu’il s’agisse de fuir la menace d’une persécution, d’une déportation ou de la recherche d’un mieux vivre économique et social, l’exil est souvent implicitement associé au deuil de la patrie ou de la famille perdues, à la nostalgie de l’âge d’or qui l’aurait précédé, au sentiment de perte identitaire et de déracinement. L’exil s’articule selon des temporalités distinctes (pré-exil, exil, post-exil). Inventée au XXème siècle, la notion d’« exil intérieur », signifie en outre que le déplacement physique de l’ « exilé » n’est pas une condition sine qua non de sa mort politique et sociale. Enfin, l’exil peut être revendiqué comme une identité spécifique, ou comme une condition du multiculturalisme, c'est-à-dire patrimonialisé : il est ainsi possible, au sein des mémoires créées par les descendants d’exilés, « de nourrir la nostalgie d’un pays que l’on a jamais connu, d’éprouver le manque d’une langue que l’on a jamais parlée » (Alexis Nouss).
C’est dire qu’à la fois notion ample et élément constitutif de toute pensée du lieu et du lien, l’exil n’est pas réductible à ses seuls aspects historiques et sociaux. Il paraît donc intéressant d’explorer ce qu’il recèle d’immatérialité, de « non-lieux ». L’exil peut en effet se percevoir dans la simultanéité d’un ici et d’un là-bas, de lieux concrets et de territoires métaphoriques. En ce dernier sens, les lieux de l’exil sont d’abord des non-lieux : espaces affectifs de l’ailleurs et de ses périphéries mouvantes, seuils éphémères entre témoignages et à venir ; mais aussi bien, ils sont des lieux nouveaux, espaces renouvelés par l’expression artistique, littéraire, dramaturgique ou musicale. Dans tous les cas, ces lieux / non-lieux singuliers engagent une façon d’être au monde, interrogeant distances et attentes, sensations d’incomplétude ou utopies de rassemblement, inventant des citoyens de nations sans frontières. Dans cette perspective, l’exil devient valeur et héritage, transmission d’un vécu constamment revisité et recomposé par une pluralité d’acteurs et d’expériences, de l’artiste au traducteur, de la photographie à la musique, en passant par l’écriture, le théâtre et le cinéma : que nous offrent ces images et imaginaires de l’exil ? Que se joue-t-il dans la permanence et la diversité de ces non-lieux ?
La rencontre mensuelle initiée par le groupe de recherche POexil (Université de Montréal) en partenariat avec le Réseau Asie – Imasie (FMSH / CNRS) et avec la collaboration du Cardiff Research Group on Politics of Translating (Cardiff University) et des Editions Non-lieu se propose d’interroger les expressions de l’exil dans une perspective transversale et pluridisciplinaire associant à chaque séance, chercheurs de différents champs disciplinaires, traducteurs, dramaturges, artistes et acteurs.

CALENDRIER et AXES DE RECHERCHE

Pour la première année de réflexion et de recherches, la diversité des expressions de l’exil sera principalement abordée au travers des expressions dramatiques, les Scènes de l’exil (axe 1), les questions de multilinguisme et de traduction, Langues de l'exil et exil des langues (axe 2). La seconde année du séminaire sera plus particulièrement consacrée aux expositions de l’exil (arts contemporain, cinéma, patrimonialisations).
Chaque séance mensuelle du séminaire comprendra l’intervention d’un écrivain, d’un artiste ou d’un chercheur, un débat animé par deux discutants, et enfin, un échange avec l’assistance. Des lectures de textes suivront certaines rencontres.
En mai 2012, le séminaire proposera ses réflexions sous la forme d’une journée d’étude dont le thème amplifiera certains axes du séminaire. Les éditions Non-lieu (http://www.editionsnonlieu.fr) sont associées à la publication des actes dès à présent.

LIEU ET HORAIRE DES RENCONTRES :

14h30- 17h30, Réseau Asie & Pacifique (CNRS-FMSH)
190-198 avenue de France,75013 Paris, Noyau A, salles 640 ou 638, M°Quai de la Gare, bus 89

PROGRAMME

(novembre 2011-juin 2012)

Les rencontres auront lieu le 1er mercredi de chaque mois. Le mois de novembre comprendra exceptionnellement 2 séances.

2 novembre 2011 : Scènes de l’exil I

Introduction, présentation du séminaire : Virginie Symaniec et Alexandra Loumpet-Galitzine

Intervenante : Sedef Ecer « Les non-lieux comme espace dramatique »

Pour ma première pièce en langue française, je m’étais déjà attachée à la notion de « l’entre deux ». Intitulée « Sur le Seuil », ce texte parlait des espaces où l’on n’est ni à l’intérieur ni à l’extérieur d’un temps ou d’un lieu définis. J’ai aujourd’hui l’intime conviction que ce « seuil » continue d’être vital pour l’auteur bilingue que je suis : je dis du français qu’elle est ma « langue d’accueil » comme on dit « terre d’accueil » car je crois profondément que l’on habite une langue de la même manière que l’on habite un pays. Mon statut « d’écrivaine immigrée » m’emmène sans cesse vers des thèmes qui questionnent l’identité déracinée et je travaille d'une manière obsessionnelle sur la notion du "lieu" et du "non lieu". Je ne parle pas du lieu où se situe l'action mais le lieu comme espace dramatique. D'ailleurs, les titres de mes pièces et films en français l'attestent: "Entre deux rives", "Comme chez soi", "Sur le seuil", "À la périphérie" ou encore ma dernière pièce "Les descendants" où il est question de verticalité: Un personnage d'astrophysicien qui regarde toujours en haut et un personnage d'archéologue dont le regard est toujours porté vers le bas.

Discutantes : Catherine Bouthors-Paillart et Sevgi Terlemez

16 novembre 2011 : Scènes de l’exil II

Intervenante : Kéthévane Davrichewy « Autour de La mer Noire : exil à la géorgienne »

Si Kéthévane Davrichewy est née à Paris en 1965, ses souvenirs sont liés à un pays plus lointain, celui de la Géorgie dont sont originaires ses grands-parents. Petite, elle vit avec leur exil et leur mémoire qui alimentent son imaginaire. Il y a, dans cette famille unie et nombreuse, des traditions conservées, des repas où on chante et où on danse, un bonheur à vivre qu’on voudrait immuable…

Discutantes : Taline Ter Minassian et Sylvie Gangloff

7 décembre 2011 : Scènes de l’exil III

Intervenant : Claire Gatineau « Autour de Au-dessus de la plaine »

Je parlerai de ma pièce « Au-dessus de la plaine », qui croise deux voyages, l’un qui va de l’extérieur de l’Europe vers l’intérieur, et l’autre qui, à rebours, va de l’intérieur vers l’extérieur. Je parlerai de l’écriture, comme un lieu qui permet de lier un événement collectif, les déplacements humains à travers différents espaces, à l’intime de celui qui écrit. Je parlerai de l’écriture comme un lieu qui permet de rapprocher, faire des liens entre différentes époques, de l’Antiquité grecque, à certains temps de l’histoire des frontières européennes jusqu’au 21ème siècle. Comment à travers ces temps et ces mouvements se dessine la silhouette du demandeur d’asile, du Suppliant.

Discutants : Dominique Dolmieu et Eugenia Vilela

4 janvier 2012 : Scènes de l’exil IV (avec projection)

Intervenant : Jean-Pierre Lledo « Trilogie d’exil » (sous réserve)

En revisitant une histoire franco-algérienne, jusque-là engluée dans de multiples stéréotypes et caricatures, Jean-Pierre Lledo réalise sa Trilogie d’exil, avec la volonté de n’exclure aucune des sensibilités… En 1993, comme de nombreux intellectuels et artistes algériens, le cinéaste Jean-Pierre LLEDO se voit contraint, face aux menaces du terrorisme islamiste, de quitter son pays pour venir en France. Présentant ses films dans différentes villes françaises, il s’aperçoit rapidement qu’un même sentiment soude la grande majorité des spectateurs qui viennent débattre avec lui. Qu’ils soient d’origine berbère, arabe, juive ou européenne, ils expriment tous un grand attachement pour l’Algérie. Cette Algérie d’où ils se sentent pour beaucoup, eux aussi, en exil depuis la fin du système colonial français en 1962 ayant eu pour conséquences immédiates son indépendance, mais aussi l’exode de plus d’un million d’hommes et de femmes qui y étaient nés. Optant pour le cinéma documentaire, Jean-Pierre Lledo renoue alors avec une mémoire refoulée, celle de la coexistence des trois communautés algériennes d’origine musulmane, juive et chrétienne, avec cette question obsédante : « L’Algérie était devenue indépendante, pourquoi n’avait-elle pas réussi à être fraternelle ? ».

Discutants : David Lenghyel et Gisèle Trives

1 février 2012 : Langues de l'exil et exil des langues I

Intervenant : Alexis Nouss : « Der Verbannte, der Verbrannte [Le banni, le brûlé] - lecture de Paul Celan »

Si l’exil fournit une thématique centrale de la poésie celanienne en raison de données historico-biographiques, il serait réducteur et trivial de ne lui accorder que cette considération. L’expérience exilique, perçue à l’extrême de sa phénoménalité, engage pour le poète les conditions de son écriture et détermine les conditions de réception de l’œuvre. Cette analyse sera menée à partir d’une lecture des cinq derniers poèmes de « La rose de personne ».

Discutants : Eloi Recoing et Claire Le Foll

7 mars 2012 : Langues de l'exil et exil des langues II

Intervenant : André Markowicz : « Traduire : figures du rythme, figures non traduites »

Que signifie traduire le rythme ? — dans quelle mesure la perception du rythme est-elle transmissible ? quand pouvons-nous parler d'équivalence rythmique ? et que faire pour ce qui reste en dehors de toute équivalence ? — de cet en-dehors que j'appelle "figures", pas même des présences, pas même des contours, — comment faire sentir ces existences non verbales sans lesquelles rien du texte n'a de sens, sans lesquelles le sens et l’auteur se trouvent en exil ?

Discutants : Arno Renken et Béatrice Gonzales-Vangell

4 avril 2012 : Langues de l'exil et exil des langues III

Intervenant : Matéi Visniec « L'exil comme aventure culturelle, l’exil heureux »

« Vous avez un léger accent...» - voici une phrase qui m'a été dite un bon millier de fois depuis que je vis en France et qui fut le point de départ de nombreuses conversations intéressantes. D'habitude, je propose à mon interlocuteur un jeu : deviner en trois essais de quelle origine je suis. C'est ainsi que commence une petite leçon de géographie et de culture générale que patiemment j'ai offerte à de nombreuses personnes. En général, je suis transporté dans divers endroits où l'on parle français, mais avec une légère particularité musicale: « Vous êtes Belge ? Suisse ? Québécois ? ». L'homme perd ainsi les trois cartouches que je lui avais offert afin de gagner le jeu, et j'essaie donc de l'aider un peu: « Je viens d'un pays latin mais situé en Europe de l'Est ». A ce stade du jeu, je sens sur le visage de l'homme en face de moi une légère contrariété. Un pays latin en Europe de l'Est ? Quand je dis la Roumanie, mon partenaire de jeu réagit comme s'il avait été heurté par le souffle d'une petite explosion... La Roumanie, bien sûr, évidemment… La Roumanie est un pays latin! Après ça, mon interlocuteur enchaine d'habitude avec la phrase : "Et ça a été dur, j'imagine, pour vous, de continuer votre vie en France". Et là, je le déçois encore : "Non, je suis heureux dans ce pays".

Discutantes : Elena Prus et Aurelia Klimkiewicz

2 mai 2012 : Langues de l'exil et exil des langues IV

Intervenante : Janine Altounian : « Le désir de traduire naît de l'impossibilité à traduire un plaisir ou une perte »

J'apporterai un exemple qui cherche à montrer comment, chez un héritier de survivants exilés, la "pulsion à traduire" peut promouvoir aussi bien le travail de la cure et de l’écriture que l'activité de traduction. Dans les postures à l’œuvre dans ces deux modes d’activités linguistiques, ce besoin de traduire naît d’une nécessité à défier paradoxalement l’impossibilité de la traduction, soit d’un plaisir, soit d’une perte.

Discutants : Boris Chukhovich et Anouche Kunth

6 juin 2012 : Langues de l'exil et exil des langues V

Intervenante : Galia Ackerman : « L'exil tchernobylien et les sauveurs du patrimoine »

Après la catastrophe de Tchernobyl, près de 200 000 personnes ont quitté les lieux les plus contaminés, notamment dans la région de Poléssié, située entre la Biélorussie et l'Ukraine, où les populations locales vivaient encore souvent comme au XIX siècle, en préservant des rites et des traditions perdus ailleurs (outils de travail, objets de la vie quotidienne, broderies, costumes, meubles) souvent à caractère unique. Dès l'accession de ces deux pays à l'indépendance, des ethnographes de l'extrême ont fait de multiples expéditions pour collecter et décontaminer les vestiges de ce monde abandonné. En Biélorussie, ce travail s'est arrêté peu de temps après l'arrivée de Loukachenko au pouvoir, mais en Ukraine, la collecte continue toujours. C'est à ce monde tombé dans l'oubli (les ethnographes ukrainiens parlent de l'Atlantide tchérnobylienne) et au travail des ethnographes intrépides qui luttent pour la préservation d'un pan de la culture nationale que je consacre mon intervention.

Discutantes : Alexandra Loumpet-Galitzine et Virginie Symaniec

Lieux

  • 190-198 av. de France (Noyau A, salles 638 / 640)
    Paris, France

Dates

  • mercredi 02 mai 2012
  • mercredi 06 juin 2012
  • mercredi 02 novembre 2011
  • mercredi 16 novembre 2011
  • mercredi 07 décembre 2011
  • mercredi 04 janvier 2012
  • mercredi 01 février 2012
  • mercredi 07 mars 2012
  • mercredi 04 avril 2012

Mots-clés

  • exil, immatérialité, dramaturgie, littérature, traduction, multilinguisme

Contacts

  • Alexandra Loumpet-Galitzine
    courriel : archeologiescoloniales [at] gmail [dot] com
  • Virginie Symaniec
    courriel : virginie [dot] symaniec [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Alexandra Loumpet-Galitzine
    courriel : archeologiescoloniales [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Non-lieux de l'exil », Séminaire, Calenda, Publié le jeudi 13 octobre 2011, http://calenda.org/205614