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Comment l’histoire nous traverse

How history affects us

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Publié le jeudi 13 octobre 2011 par Claire Ducournau

Résumé

L’engagement d’un nouveau projet scientifique est pour un laboratoire de recherche l’occasion de faire un point sur des questions d’ordre épistémologique. Parmi celles-ci pointe au LAUA celle de l’écriture de l’histoire contemporaine. Si elle se trouve souvent en position académique maîtresse, l’histoire, dans le champ de la recherche architecturale et urbaine est aussi confrontée à d’autres entrées disciplinaires disputant la prééminence de ses méthodes lorsqu’il s’agit d’élucider des objets contemporains. En outre, les questions du temps long, de la mise en perspective, sont transversales à de nombreux points de vue disciplinaires dont l’ethnographie, la géographie, la sociologie.

Annonce

Appel à articles pour Lieux Communs n°15 : comment l’histoire nous traverse

Présentation

L’engagement d’un nouveau projet scientifique est pour un laboratoire de recherche l'occasion de faire un point sur des questions d'ordre épistémologique. Parmi celles-ci pointe au LAUA celle de l’écriture de l’histoire contemporaine.

Si elle se trouve souvent en position académique maîtresse, l’histoire, dans le champ de la recherche architecturale et urbaine est aussi confrontée à d'autres entrées disciplinaires disputant la prééminence de ses méthodes lorsqu’il s’agit d’élucider des objets contemporains. En outre, les questions du temps long, de la mise en perspective, sont transversales à de nombreux points de vue disciplinaires dont l’ethnographie, la géographie, la sociologie.

Proposer une réflexion sur les conditions de production et de migration du savoir historique dans le champ architectural et urbain suppose ainsi de remobiliser des interrogations récurrentes des sciences humaines et sociales recourant d'ordinaire à l'histoire. En écho et dans le prolongement du numéro de la revue Espaces et Sociétés qui abordait en 2007 l'histoire dans la recherche urbaine (coordonné par Viviane Claude et Danièle Voldman), notre intention est de revenir ici à une réflexion sur la fabrique de la connaissance historienne dans un champ qui montre une réelle hétéronomie méthodologique. L'activité réflexive du chercheur est particulièrement interpellée dans trois directions.

Production du savoir historique

Le rapport au contemporain, à l’histoire immédiate, pose dans le champ de l’architecture la question de la critique mais il paraît intéressant aujourd’hui où les carrières sont longues, où les hybridations prennent des formes diversifiées de s’interroger sur la manière de faire de l’histoire quand il s’agit de traiter des deux ou trois dernières décennies. Les travaux de précurseurs comme Jacques Lucan engagent la réflexion sur le paradoxe que ces productions critiques et/ou historiques génèrent. Les ouvrages monographiques sur un architecte ou liés à des moments particuliers (expositions, achèvement d’un édifice…) deviennent-ils autant d’éléments d’un savoir en constitution ?

Comment se positionne l’enseignant-chercheur face à une production démultipliée marquée par des édifices ou des projets reconnus comme majeurs ou par des travaux de type hagiographique que la médiatisation renforce ? Comment le recours à l’histoire permet-il de se dégager de jugements doctrinaux ou esthétiques et le cas échéant d’ouvrir les problématiques ? 

La question de la production de l’histoire de l’architecture contemporaine peut se discuter à la lumière du développement des études urbaines. De même les négociations méthodologiques et hybridations des références peuvent être décrites pour élucider les travaux élaborés.

Kenneth Frampton ou Manfredo Tafuri se sont dans les années 1970 et 80 engagés auprès d’architectes dont ils défendaient le travail, de même la création par Bruno Zevi d’une collection universale di architettura, petits ouvrages monographiques sur la carrière d’un architecte ou sur un aspect spécifique de son travail, sont autant d’exemples de travaux qui vont constituer le matériau de l’histoire future.

L’ouvrage d’Anthony Vidler Histories of the Immediate present, publié en 2008 et préfacé par Peter Eisenman, revient sur la production récente d’histoire de l’architecture d’Emil Kaufman à Manfredo Tafuri en insistant sur les relations avec modernité et contemporanéité.

Migration du savoir historique

De manière réciproque, si les historiens de l’architecture et de la ville produisent des éléments de connaissances, comment les chercheurs se fondant sur d’autres disciplines s’emparent-ils de ce savoir pour alimenter leurs propres élaborations problématiques ? Pourquoi recourir à l'historicisation de son objet de recherche ? La transdisciplinarité est ici convoquée de manière particulière. En effet, on peut considérer, avec Carlo Ginzburg que, “comme celle du médecin, la connaissance historique est indirecte, indiciaire et conjecturale” (Carlo Ginzburg, 1980) ou, avec Paul Veyne, que l’histoire “s’intéresse à des événements individualisés, dont aucun ne fait pour elle double emploi” (Paul Veyne, 1971) : l'historien est par excel­lence celui qui raisonne à partir de singularités et pense ordinairement “par cas” (Passeron, Revel, 2005) ce qui le rend attentif à l'approfondissement de la description avant toute tentative d'interprétation. Le rendu narratif en est marqué, c'est le récit.

Le débat peut être ravivé sur les possibilités d'une montée en généralité, sur la place des concepts, des enjeux d'abstraction voire de modélisation dans les recherches menées aujourd'hui autour de l'urbain. Si l’atelier des rencontres doctorales en architecture de 2010 qui recouvrait les travaux d’historiens s’intitulait “monographies”, est-ce le signe d’une difficulté particulière ? L'échelle architecturale semble plus proche de la démarche et de l'œil historiens alors que les hybridations disciplinaires des recherches urbaines mettent à mal une conception et une méthodologie stricte de l'histoire. L'analyse historienne à l'échelle architecturale permet-elle d'interroger autrement celle de l'urbain ?

Interpellation du savoir historique

Les migrations sont internes mais aussi externes à la recherche. En ce sens, l'historien et sa parole sont dotés d'une fonction sociale qu'il s'agit de cerner. On a vu émerger ces dernières années des actions fortes comme le Comité de Vigilance face aux Usages Publics de l'Histoire (CVUPH) ou la mise en ligne d'un blog par Gérard Noiriel (http://noiriel.over-blog.com) qui ont une dimension ouvertement critique. Quelle est aujourd'hui la position de l'historien dans le débat public touchant à l'architecture et à la ville contemporaine ? La posture critique de l'historien est-elle en mesure de s'exercer et de quelle manière ? Comment l'historien négocie-t-il son rapport aux controverses publiques alors qu'il est assez systématiquement appelé en expert dans de nombreuses instances extra-universitaires ? Quelles traductions sont à l'œuvre alors que de nombreux récits empruntant des démarches historiques circulent sans être le fait des historiens eux-mêmes ? Il s'agirait ainsi de réfléchir aux manières dont l'historien, le savoir historique et les modalités de leur rapport au débat public sont en mesure, aujourd'hui, d'interpeller l'action sur l'architecture et la ville.

Modalités de soumission

Ce numéro cherche ainsi à produire un travail à l'interface entre une réflexion sur la nature de la tâche historienne et le champ des études architecturales et urbaines. La caractérisation de cette interface en est l'enjeu, elle s'exprimerait à la croisée entre le rôle et la position de l'historien, les réflexions sur les manières de faire (avec) l'histoire, et l'entrée par l'architecture et la ville.

Le comité de lecture inclut les membres du LAUA et deux personnalités extérieures compétentes sur la thématique abordée.

Lieux Communs publie des textes originaux, s’appuyant sur des enquêtes précises et des réflexions théoriques étayées.

Echéances :

  • notes d’intention d’une page environ pour le 15 novembre 2011 ;
  • remise de l’article le 15 février 2012 ;
  • publication du numéro à l’été 2012.

Envoi de votre note d’intention aux adresses suivantes simultanément : lieux.communs@nantes.archi.fr et guillaume.ertaud@nantes.archi.fr

avant le 15 novembre 2011

Catégories

Dates

  • mardi 15 novembre 2011

Fichiers attachés

Contacts

  • Guillaume Ertaud
    courriel : guillaume [dot] ertaud [at] nantes [dot] archi [dot] fr

Source de l'information

  • Guillaume Ertaud
    courriel : guillaume [dot] ertaud [at] nantes [dot] archi [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Comment l’histoire nous traverse », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 13 octobre 2011, http://calenda.org/205625