AccueilRéflexions autour de l'altérité : les figures de l'extraterrestre

Réflexions autour de l'altérité : les figures de l'extraterrestre

Reflections on otherness: the figures of the extraterrestrial

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Publié le vendredi 14 octobre 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Cette journée d'étude pluridisciplinaire se propose de faire le point sur la figure récente de l’extraterrestre et les diverses manières de l’intégrer à la réflexion philosophique. Il s’agit moins de mener une enquête sur les expériences de pensée, classiques en philosophie, que de rassembler et de confronter ce qu’apporte cette figure spécifique à la philosophie, par exemple la philosophie morale. La journée d'étude est organisée par le groupe de recherche Philosophie, langages et cognition de l'Université Pierre Mendès-france (Grenoble II). Elle aura lieu les jeudi 27 et vendredi 28 octobre sur le campus universitaire de Grenoble.

Annonce

Réflexions autour de l'altérité: les figures de l'extraterrestre

Présentation

L’extraterrestre se présente sous une double figure. En tant qu’être possible, mais dont la distance qui nous sépare de lui rend l’existence incertaine, il est évocation d’une (probable ?) rencontre de 3e type. Á ce titre, peut être évoquée par exemple la question que se pose J. B. Callicott à l’occasion de son article Moral Considerability and Extraterrestrial Life (1985) : « comment devrions-nous traiter la vie extraterrestre à supposer que nous la rencontrions ? » Mais c’est sans doute en tant que métaphore que la figure de l’extraterrestre s’avère la plus intéressante. Nous dirons alors que l’extraterrestre incarne la figure de l’alien, du perpétuellement autre, c’est-à-dire de l’autre qui est vivant (en cela il se distingue du « simple » robot, autre repoussoir philosophique), à la fois semblable à nous et différent, parfois objet de fascination, toujours objet de crainte voire de répulsion – l’extraterrestre comme figure radicale de l’altérité.

 Dans un passé encore frais, et dans certaines parties du monde encore, l’autre se définit, de façon plus prosaïque, par la couleur de la peau, l’appartenance à une autre religion ou à une autre ethnie que soi. Même dans les pays d’Occident, qui ont fait de la tolérance une valeur (au moins dans le discours), l’autre n’a pas vraiment disparu : il est devenu par exemple l’animal, qui, imitant l’être humain sans jamais l’égaler, demeure la pierre angulaire d’une écrasante tradition philosophique toujours à la recherche du proprement humain ; il est devenu aussi l’extraterrestre – au moins dans l’imaginaire des philosophes et des scénaristes de science-fiction –, dont l’existence est seulement probable mais que, dans un jeu troublant de distance/proximité, l’on imagine souvent doté des attributs qui traditionnellement ont renforcé la croyance en une place privilégiée de l’être humain au sein du monde vivant. Á ce titre, l’extraterrestre symbolise en même temps l’horrible et fascinante possibilité de se découvrir un égal (voire un dangereux rival) et ce qu’il y a de plus étranger.  Peut-on seulement le rapporter à nous, à notre intériorité d’êtres humains sentant et pensant ? Peut-on lui vouloir du bien, doit-on – à supposer que nous le rencontrions – lui témoigner du respect ? En tant qu’être d’un autre monde, peut-il nous apprendre plus sur nous-mêmes, peuples terrestres ?

 Un coup d’œil à la littérature philosophique révèle une curieuse analogie avec son statut d’être à la fois proche et distant de nous : s’il est rare que l’on consacre à l’extraterrestre un article ou un ouvrage en son entier, il est courant en revanche d’en trouver mention ci et là au sein d’une page de philosophie, en particulier concernant l’éthique appliquée. L’enjeu est alors bel et bien de penser l’homme ainsi que ses éventuels devoirs moraux en dehors de la communauté humaine. Ceci tient sans doute à ce que l’extraterrestre constitue un cas limite supplémentaire, que la philosophie ne devrait pas hésiter à mobiliser de façon plus systématique. Car l’une des qualités les plus remarquables de l’extraterrestre est, sans doute, celle d’être importun : l’être humain, s’il a côtoyé les autres formes de vie terrestre depuis des temps immémoriaux et a formé à leur encontre des croyances bien enracinées et reproduites de génération en génération, n’a pu, en revanche, anticiper les particularités physiques ou mentales, ni même le statut moral d’un être outre-Terre.

 Ainsi privés d’une histoire commune, d’une tradition ou d’un modèle auquel se conformer, l’extraterrestre semble littéralement donner corps à l’une des questions les plus cruciales de l’éthique : le problème de tracer les frontières de la communauté morale, problème qui recouvre aujourd’hui le statut problématique des êtres « en marge » de l’humanité (« monstres humains », personnes handicapées, enfants, fœtus) ainsi que les tentatives plus récentes d’étendre la communauté morale à certains types d’entités non-humaines (animaux ou végétaux). L’alien est donc la parfaite pierre de touche pour évoquer et mettre à nu les traits fondamentaux de ce type de questionnement, voire pour en renouveler le traitement ; à la fois semblable à nous et profondément étranger, il renvoie lui-même à l’intuition forte qu’il existe des frontières qui nous séparent et appellent un traitement différent sur le plan moral – mais c’est là une intuition que, au premier abord, l’on serait bien en peine de justifier, compte tenu de l’ambiguïté de ses origines et de ses attributs.

 Dans le cadre de cette journée d’étude, ce sont donc des  questions très diverses qui mériteront notre attention :

  • Quelles sont les figures de l’altérité et du non-humain que connaît plus traditionnellement la philosophie ? (l’ange, le sauvage, les ancêtres etc.) Comment la figure nouvelle de l’extraterrestre s’en distingue-t-elle ?
  • Le développement récent de la figure de l’extraterrestre, avec l’aide notamment de la littérature et du cinéma de science-fiction, a-t-il conféré à cette figure une portée ou une légitimé particulière au sein de la réflexion philosophique ?
  • Comment est-il mobilisé en philosophie de l’action et en philosophie de l’esprit – i.e. quels caractéristiques lui prêtent-on, dans quel contexte, et quelles conclusions en tire-t-on ? Qu’en est-il de la philosophie morale ?
  • Peut-on récuser l’idée que penser l’alien nous apprenne quoi que ce soit sur l’homme ?
  • D’où proviennent les intuitions qui nous font douter éventuellement d’une prise en considération morale de l’alien ? Quels arguments les supportent ou, au contraire, les infirment ?
  • Pourquoi même vouloir tracer des frontières entre nous et les autres, susceptibles de rendre légitimes des différences de traitement ? Comment les justifions-nous, de façon classique ? La figure de l’extraterrestre laisse-t-elle intacte ces analyses, ou réclame-t-elle d’élaborer de nouveaux outils ? avec quelles conséquences pour l’éthique ?

PROGRAMME

Jeudi 27 octobre 2011

14h15-14h45 – Introduction : Florian Couturier/Eric Dufour

Session : Figures de l’altérité dans la littérature et le cinéma

Président : Pr. Eric Dufour

  • 14h45-15h30 – Emmanuelle Glon, Centre Maurice Halbwachs :« Le monstre comme transgression ontologique dans le cinéma »
  • 15h30-16h15 – Tifenn Brisset, UPMF-Grenoble II, PLC : « Les adaptations cinématographiques de Dracula : variations autour d’une figure de l’altérité »
  • pause
  • 16h30-17h15 – Hugo Clémot, Université Paris 1, PhiCo/ExeCO : « L’alien au miroir de Ripley. Les identités de l’extraterrestre d’Alien, le huitième passager »
  •  17h15-18h00 – Isabelle Perier, Université Stendhal-Grenoble III : « L’extraterrestre comme figure de l’altérité quasi-divine en littérature »

Vendredi 28 octobre 2011

Session : L’extraterrestre dans la philosophie

Président : Marlène Jouan

  • 10h30-11h15 – Ezequiel Pardo & Nicolas Crozatier, UPMF-Grenoble II : « L’extraterrestre a-t-il tué Dieu ? »
  •  11h15-12h00 – Charles Martin-Fréville, UPJV (Amiens) : « Voir comme le non-humain. Cinéma de science-fiction et Umwelt »
  • pause
  • 12h15-13h00 – Sylvie Allouche - : « Imaginer et reconnaître l’"autrui totalement autre" : extraterrestres, intelligences artificielles, etc. »

pause (buffet)

Session : Philosophie morale, question de frontières…

Président : Pr. Jean-Yves Goffi

  • 14h30-15h15 – Nicolas Delon, Université de Picardie Jules Vernes, CURAPP & Maxence Gaillard, ENS Lyon, CESC : « Normes épistémiques et normes pratiques : à la rencontre des extraterrestres »
  • 15h15-16h00 – Benjamin Boudou, IEP Paris : « L’hospitalité à l’épreuve des extraterrestres (et vice versa) »
  • pause
  • 16h15-17h00 – Marianne Celka, Université Montpellier III, LERSEM : « Si les extraterrestres nous regardent, devons-nous avoir honte d’être humain ? »

 17h00-18h00 – Discussion de clôture

Catégories

Lieux

  • 151, rue des universités (Campus universitaire, Salle des Colloques du BSHM, 2e étage)
    Saint-Martin-d'Hères, France

Dates

  • jeudi 27 octobre 2011
  • vendredi 28 octobre 2011

Mots-clés

  • altérité, extraterrestres, science-fiction, cinéma, frontières

Contacts

  • Florian Couturier
    courriel : florian [dot] couturier [dot] 1809 [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Florian Couturier
    courriel : florian [dot] couturier [dot] 1809 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Réflexions autour de l'altérité : les figures de l'extraterrestre », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 14 octobre 2011, http://calenda.org/205668