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Imagination et histoire : enjeux contemporains

Imagination and History : current issues

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Publié le vendredi 14 octobre 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Le laboratoire junior Imag'His, le LARHRA (LAboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes) et le GRAC (Groupe Renaissance et Age Classique) organisent un colloque international à l'École Normale Supérieure de Lyon les 22, 23 et 24 novembre 2012, ayant pour ambition de dépasser la question des rapports entre littérature et histoire en adoptant comme fil conducteur la notion d'imagination, entendue au sens de faculté créatrice.

Annonce

Appel à communication / Call for papers : Colloque international « Imagination et Histoire : enjeux contemporains », 22-23-24 novembre 2012, ENS de Lyon

Version française

  • « L'historien reconnaît sa parenté avec l'artiste. »
    Dilthey, L’édification du monde historique dans les sciences de l’esprit.[1]
  • « La manière dont on imagine est souvent plus instructive que ce qu'on imagine. »
    Gaston Bachelard, La Psychanalyse du feu[2]

Argumentaire

Le laboratoire junior Imag'His, le LARHRA (Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes, UMR 5190) et le GRAC (Groupe Renaissance et Age Classique, UMR 5037) organisent avec le soutien du CERCC (Centre d'Etudes et de Recherches Comparées sur la Création, EA 1633) un colloque international à l'École Normale Supérieure de Lyon les 22, 23 et 24 novembre 2012. Conçue comme une étape importante dans le parcours de deux séminaires de recherche menés en collaboration à l'ENS de Lyon et à l'Université Lyon 2, cette manifestation a pour ambition de dépasser la question des rapports entre littérature et histoire en adoptant comme fil conducteur la notion d'imagination, entendue au sens de faculté créatrice.

La perméabilité problématique des frontières entre histoire et littérature fait l'objet en France d'une actualité scientifique très riche, comme en témoignent les numéros récents du Débat (« L'histoire saisie par la fiction », mai-août 2011) et de Critique (« Historiens et romanciers. Vies réelles, vies rêvées », avril 2011) ou encore le dossier critique « Faire et refaire l'histoire » d'Acta Fabula (juin-juillet 2011) qui rend compte des nombreuses publications consacrées à ce sujet en 2010. L'essentiel de la discussion reste cependant centré sur la représentation de l'histoire dans le roman et sur l'usage du récit dans le champ des études historiques : l'enjeu du dernier numéro du Débat est ainsi introduit en ces termes : « La fiction s'empare des faits; la science des faits s'interroge sur ses rapports avec la fiction, quand elle n'est pas tentée d'expérimenter ses procédés. »[3].

En posant la question de l'imagination, il s'agira alors de s'interroger sur ce qui, à notre sens, sous-tend le débat actuel tout en restant son informulé : à savoir la place de l'imagination créatrice dans le « métier d'historien » et les évolutions à l'œuvre aujourd'hui au sein de l'écriture scientifique de l'histoire[4], mais aussi la nature de l'imagination artistique et sa capacité à dire la vérité de l'Histoire. On sait la vivacité du débat qu'a suscité dans les media français en 2010 la publication du Jan Karski de Yannick Haenel, lequel invoqua la liberté inaliénable de l'artiste et de son imagination en réponse aux critiques de Claude Lanzmann, qui l'accusait de falsifier l'Histoire. En revanche, nul n'a semblé considérer comme un attentat à la vérité historique le fait que Pierre Michon, dans Les Onze, ait fait passer pour véritables un tableau imaginaire et des citations de Michelet elles aussi inventées. Faut - il alors souscrire à la formule de Pierre Nora et considérer l'écriture romanesque comme « celle à qui tout est permis, à qui tout est même demandé »[5] à partir du moment où elle affiche sa fictionnalité ? Peut-être faut-il plutôt supposer que le procédé passe inaperçu chez Michon car il ne touche pas au même pan de la mémoire collective. Est-ce à dire alors qu'il n'y a pas d'enjeu de mémoire dès lors que l'imagination s'empare de l'Histoire ? Il nous semble que cette question et d'autres méritent d'être posées aussi bien dans le champ des études historiques que dans celui de la littérature. Nombre de romanciers s’attachent par ailleurs à briser de manière intéressante, mais problématique, les frontières disciplinaires.[6]

On s'attachera en outre à ne pas se limiter à ces champs d'analyse, mais à étendre notre réflexion aux arts visuels et aux media, domaines où les habitudes de perception historique ont été bousculées récemment de la manière la plus évidente. Nous nous intéresserons ainsi au cinéma qui réécrit l’Histoire (Inglorious Basterds) ou en imagine la Fin (Les Fils de l'Homme), mais aussi à la télévision, qui brasse à l’écran jeux de fiction et images d’archives dans une production contemporaine florissante de téléfilms historiques et de docufictions. L’ouverture de la connaissance du passé à un large public se réalise ainsi sur le mode d’une « histoire divertissement », dont certains déplorent qu’elle « soit désormais la principale source de connaissance prétendument historique pour la majeure partie de la population. »[7] . Par sa puissance évocatrice et sa capacité à susciter une identification immédiate, l’image interroge en effet avec force « cet entrelacement du vrai, du faux et du fictif qui forme la trame de notre présence au monde », selon la formule de Carlo Ginzburg[8] et pose des enjeux éthiques considérables que l'on s'efforcera d'intégrer à une réflexion plus large sur la fabrication de nos imaginaires historiques. Le rôle des éditeurs et producteurs sera également à prendre en compte dans la mesure où il réfléchit et préside aux conditions de réception des œuvres.

Nous proposons quelques pistes de réflexion qui ne sont pas exhaustives :

  • l'imagination de l'historien ; l'imagination artistique vs l'imagination scientifique
  • les formes de fiction historique (roman historique, roman de jeunesse, uchronie, fiction apocalyptique)
  • l'emploi du récit dans l'écriture de l'histoire
  • l'historien et la tentation du littéraire
  • l'histoire au cinéma, à la télévision (film historique, docufiction, série télé)
  • la puissance de la fiction dans la construction d'un savoir propre sur le passé
  • la fabrication des imaginaires : mythes et fables historiques
  • la vulgarisation historique : les enjeux éditoriaux
  • la déformation de l'histoire; la responsabilité de l'historien et du romancier dans la représentation du passé
  • la construction et l'impact de l'image

Modalités de participation

Les propositions de communication (300 mots maximum) sont attendues

pour le 15 décembre 2011 au plus tard.

Elles devront être envoyées sous format word, accompagnées d'une brève notice biographique, à colloqueimaginationhistoire@gmail.com

Les communications pourront être faites en français ou en anglais.

Comité d'organisation :

Matthieu Devigne (Paris IV), Monica Martinat (Lyon 2), Pascale Mounier (Lyon 2), Marie Panter (ENS de Lyon)

Comité scientifique :

Michèle Clément (Lyon 2), Eric Dayre (ENS de Lyon), Matthieu Devigne (Paris IV), Bernard Hours (Lyon 3), Monica Martinat (Lyon 2), Pascale Mounier (Lyon 2), Marie Panter (ENS de Lyon)

http://imaghis.ens-lyon.fr/ : ENS de Lyon, Site Descartes, 15 Parvis René Descartes, BP 7000, 69342 Lyon cédex 07

English version

International symposium « Imagination and History : current issues » 22nd, 23rd and 24th of November 2012

« The historian acknowledges his kinship with the artist »
Dilthey, The Formation of the Historical World in the Human Sciences

« The way in which we imagine is often more instructive than what we imagine »
Gaston Bachelard, Psychoanalysis of Fire

The junior laboratory Imag'His, the LARHRA (Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes, UMR 5190) and the GRAC (Groupe Renaissance et Age Classique, UMR 5037), supported by the  CERCC (Centre d'Etudes et de Recherches Comparées sur la Création, EA 1633) are organizing an international symposium at the  École Normale Supérieure de Lyon on November 22nd, 23rd and 24th 2012. The event, an important step in the evolution of two partnered research seminars conducted at the ENS de Lyon and the Université Lyon 2, aims to go beyond the mere question of the relationship between literature and history, adopting as its guideline the idea of imagination, extended to the concept of creative faculty.

The porous line between history and literature is currently under academic spotlight in France, as may be seen in the recent issues of Débat (“History caught up by Fiction”, May- August 2011) and Critique (“Historians and Novelists. Lives lived, lives dreamed”, April 2011), as well as the critical feature “The Making and Remaking of History” published in Acta Fabula (June-July 2011), which testifies to the numerous publications dealing with the topic in 2010.  The bulk of the debate however remains focused on the representation of history in novels, and on the use of narratives in the field of historical studies. The latest issue of Débat, for instance,  introduces the debate as so: “Fiction seizes facts; the study of facts questions its relation to fiction, when it is not tempted to explore its mechanisms”.

Submitting the question of imagination leads one to question what appears to lie at the core of the  current debate, whilst remaining unsaid nevertheless: where does creative imagination stand in relation to “the historian's trade”? How is an academic evolution in the writing of history taking place nowadays? What forms are adopted by artistic imagination, and its capacity to speak the truth about History? One need simply recall the animated debate which sparked off in the media when in 2010 Yannick Haenel's Jan Karski got published. The author, vividly accused by Claude Lanzmann of having falsified History, put forward the inalienable freedom of the artist to use his imagination. Nobody, on the other hand, bothered to accuse Pierre Michon of misappropriating historical truth, as he made out that an imaginary painting and invented quotations by Michelet were real in Les Onze.  Must one then go by the saying of Pierre Nora, and consider novelistic writing as one in which “everything goes, and everything is asked”, as soon as it displays its fictionality?

Must one reckon rather that Michon's way of dealing with things goes unnoticed since he is not aiming at the same area of collective memory? Does that mean that memory loses its bearings as soon as History is seized by imagination? It seems that this question, like many others, has its place both within the field of historical studies and within literary studies. Many a novelist, strikingly yet problematically, attempts to break through disciplinary boundaries.

A major preoccupation shall be to steer clear of restricting ourselves to these analytical fields, instead extending our reflection to visual arts and the media, two areas in which the usual way of perceiving history has been the most obviously turned around. Our focus shall therefore shift towards the cinema – which re-writes history (Inglorious Basterds) or imagines its End (Children of Men) – but also towards television, which blends together fiction games and archive images in a flowering contemporary production of television history films and docufictions. Therefore the opening up of the past to a wide public is brought about as “entertainment history”, which some think is “henceforth the main source of supposedly historical knowledge for most of the population”. Pictures, by their power to suggest and their capacity to convey immediate identification, submit the question of “the intermingling of what is true, what is false and what is fictional, the framework to our presence in the world”, as Carlo Ginzburg says, as well as the  paramount question of ethical issues, which we shall strive to integrate into a broader perspective concerning the weaving of historical imagination. The role of publishers and producers shall also be taken into account, insofar as they reflect upon and preside over the works' reception conditions.

We therefore suggest a series of non-exhaustive guidelines :

  • the historian's imagination: artistic vs. scientific imagination
  • different forms of historical fiction (historical novels, children's novels, uchronia, apocalyptic fiction)
  • narrative devices in the writing of history
  • the historian and the temptation to go literary
  • history on big and small screen (historical films, docufictions, tv series)
  • the power of fiction in the construction of specific knowledge of the past
  • the making of imagination: myths and historical fables
  • historical popularization and publishing issues
  • distortion of history, and the responsibility of the historian and the novelist in the representation of the past
  • the construction and the impact of imagery

Submissions

Proposals for papers (300 words maximum) are expected on

the 15th of December at the very latest.

They are to be sent in Word format, along with a brief bibliography, to colloqueimaginationhistoire@gmail.com.

Papers may be in French or in English.     

Organizing committee :

Matthieu Devigne (Paris IV), Monica Martinat (Lyon 2), Pascale Mounier (Lyon 2), Marie Panter (ENS de Lyon)

Academic committee :

Michèle Clément (Lyon 2), Eric Dayre (ENS de Lyon), Matthieu Devigne (Paris IV), Bernard Hours (Lyon 3), Monica Martinat (Lyon 2), Pascale Mounier (Lyon 2), Marie Panter (ENS de Lyon)

http://imaghis.ens-lyon.fr/ , ENS de Lyon, Site Descartes, 15 Parvis René Descartes, BP 7000, 69342 Lyon cédex 07

 Notes

[1]    Traduction Sylvie Mesure, Paris, Editions du Cerf, 1988, p.68

[2]    Paris, Gallimard, 1949, p.54

[3]    Introduction non signée.

[4]    On rappellera par exemple l'audace d'Alain Corbin qui a récemment publié Les Conférences de Morterolles, hivers 1895-1896. A l'écoute d'un monde disparu,Paris, Flammarion, 2011.  Il y a quelques années, Simon Schama avait tenté un parcours analogue d’imagination historique dans son livre Dead Certainties. Unwarranted speculations, Vintage, 1992. Dans le panorama anglo-saxon, des solutions d’écriture spécifiques remplacent sans doute une réflexion plus théorique autour de ces questions.

[5]    Pierre Nora, « Histoire et roman : où passent les frontières ? », Le Débat, numéro 165, mai-août 2011, p.10

[6]    Par exemple, Xavier Cercas, Anatomie d’un instant, Arles, Actes Sud, 2010 ; Melania Mazzucco, Jacomo Tintoretto e i suoi figli. Storia di una famiglia veneziana, Milan, Rizzoli, 2009

[7]    Anthony Beevor, « La fiction et les faits », Le Débat, numéro 165, mai-août 2011, p.32

[8]    Le Fil et les traces, Vrai, faux, fictif , Paris, Verdier, 2010, p.16

Lieux

  • 15 Parvis René Descartes (ENS Lyon)
    Lyon, France

Dates

  • jeudi 15 décembre 2011

Mots-clés

  • Colloque, Lyon, ENS, Imagination, Histoire, Littérature, Imaginaire, Larhra, Imag'His

Contacts

  • Marie Panter
    courriel : colloqueimaginationhistoire [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Matthieu Devigne
    courriel : colloqueimaginationhistoire [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Imagination et histoire : enjeux contemporains », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 14 octobre 2011, http://calenda.org/205690