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Le soin dans tous ses états

Care-giving in all its forms

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Publié le lundi 14 novembre 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Les sixièmes rencontres jeunes chercheurs, ouvertes à des communications de doctorante-s, de jeunes docteur-e-s et post-doctorant-e-s, proposent d'interroger le soin dans tous ses états en exploitant le champ sémantique du terme. Elles ouvrent donc autant sur des analyses des objets médicaux et sociaux du soin ainsi que sur sa dimension esthétique.

Annonce

Soutenue par Laboratoire Lorrain de Sciences Sociales (2L2S) et l’Ecole Doctorale PIEMES – Université Paul-Verlaine, Metz.

DATE : 29 et 30 Mars 2012.

Après le succès des cinq premières rencontres (« L’expertise dans tous ses états » en 2005, « Le corps dans tous ses états » en 2006, « La critique dans tous ses états » en 2007 dont les actes sont parus aux Editions du Portique, « L’action sociale dans tous ses états » en 2008 et « Le genre dans tous ses états » en 2009, en cours de publication), les doctorant-e-s de l’Arthemetz proposent cette année de s’interroger, suivant la même formule, sur « tous les états » du soin et, de fait, de ses corollaires plus ou moins directs : les soignants, les institutions, la vulnérabilité et la protection…

1. Thématique

On assiste de nos jours à une montée en puissance du thème du soin entendu ici dans un sens large qui englobe le champ médical comme le champ du travail social avec toute une palette de moyens termes qui s’insèrent tous dans la problématique du souci de l’autre, du prendre soin, écouter et réparer un malheur de l’existence. Toujours dans le cadre de cette extension, les communications pourront s’intéresser autant à l’aspect préventif (qui a d’ailleurs contribué à l’apparition de l’homo medicus, l’individu soucieux de sa santé et de son bien-être - Moatti J.P., Peretti-Watel P., 2009 ) que curatif ; à la santé physique, mentale ou sociale ; aux pratiques les plus institutionnalisées (l’hôpital) ou non (la médecine alternative). Cette émergence du thème se remarque autant dans l’espace de la politique avec les problématiques de dépendance et de vulnérabilité (solidarité intergénérationnelle et plan Alzheimer en témoignent), que dans l’espace médiatique (la maltraitance, les émissions et revues médicales), mais également dans le champ scientifique (avec la thématique du care, du souci). Mais la question du prendre soin des personnes traverse également les institutions et les acteurs du soin. Ainsi le secteur social et médico-social connaît des transformations (marchandisation, rationalisation, coproduction des services avec l’usager, démarche qualité) qui impactent tout à la fois les organisations, les pratiques et les éthiques professionnelles (Morales la mura R., 2006)

Cette présence accrue de la thématique du soin ne doit pas occulter son relatif éclatement en plusieurs dimensions. Les premières qui se présentent à l’esprit sont les dimensions politiques et institutionnelles. L’attention se porte alors sur les politiques publiques, leurs enjeux, et leurs effets sur le secteur et ses usagers. La dimension institutionnelle interroge les organisations du soin, leur structure interne comme leur rapport à un environnement socio-politique local ou global. Elle observe également les groupes professionnels, les segments qui les composent, leur rapport entre eux, à la pratique et aux patients.

D’autres dimensions apparaissent ensuite. Le soin, la relation de soin ou les dispositifs peuvent ils s’appréhender par une approche culturaliste ? Pour le dire autrement existe-t-il un rapport entre des formes culturelles et les rapports au soin, à la maladie, à la détresse sociale et aux acteurs du secteur ? Y-a-t-il un rapport de genre au soin ? Une dimension éthique traverse évidemment la thématique. On peut l’appréhender de manière générale en prenant appui sur une éthique du care mais aussi sur des objets particuliers – tendant moins à une réflexion de philosophie politique et morale – comme la place du secret médical et de la confiance, l’administration des soins par des personnels non qualifiés, sur la responsabilité du malheur, de l’efficience dans la relation de soin. 

Ces dimensions s’entrecroisent le plus souvent. Les communications s’attacheront à se centrer sur l’une ou deux d’entre elles.

Ensuite, nous nous proposons d’aborder la thématique en deux temps distincts. Le premier invite à aborder le sujet par le biais de trois entrées ; le second propose une optique plus générale et épistémologique, lors d’une table ronde.

  • Le premier temps segmente le soin en trois termes : 1- Le soin, le soignant, la maladie et le malade et les représentations associées (représentation sociale et/ou artistique) dans les médias, sur la scène. 2- Le soin dans son sens classique de soigner une pathologie : nous interrogeons les dispositifs médicaux et paramédicaux, en considérant leur évolution, durant la trajectoire de la maladie 3- Le soin entendu comme action de réparer la vie sociale de l’autre. On s’intéresse au soin de l’anomie.
  • La place du soin dans les sciences sociales. Sur un sujet autant investi par les acteurs, il convient d’interroger et de clarifier les difficultés, tant épistémologiques que pratiques, de l’étude du soin quel que soit l’état sous lequel on aborde ce thème. On peut également s’interroger sur les dispositifs de recherche et la réflexivité nécessaire pour se dégager des catégories, définitions et enjeux des acteurs. Cette table ronde sera également l’occasion de tester la pertinence du découpage effectué et de la continuité présupposée malgré ce découpage. En bref, il s’agira de questionner les implications du thème pour la recherche en sciences sociales dans ses aspects empirique, méthodologique et théorique.

A. Le soin dans tous ses états.

(L’appel à contributions porte seulement sur cette partie).

A1 : Les représentations du soin

Cet axe concourt à cerner dans une certaine transversalité les soins portés au corps malade (voir à l’âme). Les communications interrogeront les représentations sociales du corps et de la maladie ainsi que les dimensions identitaires, culturelles et esthétiques. Les sociologues du genre peuvent également initier des réflexions autour de la prise en charge et des parcours thérapeutiques. Les sciences humaines, sociales et l’esthétique porteront un regard significatif sur ces différentes thématiques.

Le corps n’est pas seulement au service de la singularisation des individus. A travers lui, les individus envisagent et appréhendent leur environnement. Ils s’en servent comme d’un outil. La perception du monde se fait à travers le corps. L’expérience corporelle permet de juger et de penser les situations auxquelles l’individu est confronté. Le corps a ainsi une fonction de médiation.

Il peut être pensé à travers des correspondances comme F.Héritier (1996) a pu le mettre en valeur : haut/bas, droite/gauche, supérieur/inférieur, chaud/froid, extérieur/intérieur, masculin/féminin, santé/maladie. Le corps est constitué d’éléments qui composent un tout pouvant être mis en péril. Il demeure en effet vulnérable, fragile et éphémère. Le corps est soumis à une certaine détérioration. Il peut subir des maladies et inévitablement la mort. La maladie est une réalité biologique qui se manifeste sur le corps. La maladie est également une donnée culturelle puisqu’elle est rattachée à un ensemble de représentations sociales. Souvent associée à la souffrance et à la douleur, elle n’est plus pensée comme une punition divine. Notre société occidentale compte des professionnels médicaux mais également un corpus de thérapies alternatives dans le traitement de certaines pathologies. De nombreux malades, devant l’échec ou l’impuissance de la biomédecine, n’hésitent pas à avoir recours à des guérisseurs ou d’autres praticiens de l’ombre. M. Augé et C. Herzlich (1993) ont montré que certains patients parcourent des itinéraires thérapeutiques complexes où la biomédecine et des médecines dites douces, souvent illicites, sont consultées.

D’autre part, pour ne parler que de la télévision, les séries hospitalières fleurissent depuis les années 1990 en France : Hôpital central (General Hospital), La vie à tout prix (Chicago Hope), Urgences, Grey’s anatomy, Scrubs, Nip/Tuck, Dr. House, etc. Elles nous plongent dans le quotidien des professionnels de la santé américains et représentent, d’une manière plus ou moins fidèle et romancée, les pratiques contemporaines de soins hospitaliers et les rapports de pouvoir qui en découlent (hiérarchie, discipline, relations etc.).

L’art contemporain s’intéresse également aux pratiques actuelles du soin médical. En 1999, Clarisse Hahn a filmé le quotidien d’une personne souffrante en service gériatrie, mettant l’accent sur la relation de proximité entre la soignante et la soignée. De nombreux artistes comme Ron Athey, Bob Flanagan, Charles Lum, Hannah Wilke, Annie Sprinkle, etc. détournent les contraintes qu’entraînent pour le corps la maladie et/ou les soins médicaux. Leurs autoreprésentations sont pensées en réaction aux clichés sociaux imposés aux corps malades. L’autosanté (ou l’autosoin) par la mise-en-art de soi bénéficie aujourd’hui d’une certaine reconnaissance dans le milieu associatif et tend à devenir une pratique sociale, voire identitaire, comme en atteste le site www.lesamazones.fr ou des projets comme « Cal’handis ». 

A2 : Les objets médicaux du soin.

Cet axe abordera le soin sous l’angle médical et paramédical. La problématique générale interrogera les pratiques de soin institutionnelles et alternatives. Différents points de vue pourront être approchés, car c’est la « trajectoire de maladie » au sens d’A.Strauss (1992) qui sera l’objet de cet axe. Nous serons donc particulièrement attentif-ve-s aux communications portant sur les dispositifs de soin et les différents acteurs y participant, quelle que soient les orientations disciplinaires dans lesquelles elles s’inscriront.

Les communications portant sur les politiques de protection sociale en matière d’accès au soin seront appréciées. Il s’agira ici d’interroger ces politiques au regard des dispositifs d’accès au soin, de leur public, de leur évolution, des sociétés qui les produisent, des enjeux sociaux qu’elles présentent et des idéologies qu’elles sous-tendent. Ces dernières peuvent se situer sur des échelles variables : locale (spécificités alsaco-mosellanes), nationale, européenne ou internationale.

Nous interrogerons également le cadre organisationnel du soin et les pratiques liées : l’expertise médicale (N. Dodier, 1993) et les dispositifs, les repères ou les doctrines permettant aux médecins d’établir un jugement. Le patient participe aussi à cette expertise, nous pouvons alors également aborder la question de la relation médecin-patient (T. Parsons, 1939) et de l’éventuelle participation du malade aux soins, notamment dans le cas d’une maladie chronique (voir Adam P., Herzlich C, 2004).

Sous la thématique de l’éthique médicale, les communications pourront aborder des sujets très variés, plus ou moins classique (responsabilité médicale, génétique, EMB – médecines basées sur les preuves…). L’incertitude médicale (voir notamment R. Fox, 1986) concernant la réussite d’un traitement et qui peut se manifester tout au long de la trajectoire pourra également être un sujet de réflexion.

Il s’agira aussi de questionner l’évolution du système de santé en France : l’évolution des savoirs et des techniques, la modification des approches (par exemple, la psychothérapie est omniprésente aujourd’hui,…), l’émergence des spécialistes et l’expansion des antibiotiques (Voir Herzlich C., 1993, pour l’évolution 1930-1980), le développement de l’automédication…

A3 : Les objets sociaux du soin : anomie et solidarité collective

Cet axe a pour objectif de compléter et de prolonger les réflexions de l’axe précédent par une extension de l’acception de « soin » qui désormais ne s’arrête pas à son sens usuel. Il s’agira ici de s’appuyer sur l’ensemble du réseau sémantique du soin : care, cure, cura. Le soin ainsi entendu est tout à la fois souci de l’autre, écoute et réparation d’une situation caractérisée non plus tant d’un point de vue pathologique mais sous l’angle du malheur (on glisse ainsi de la maladie au malheur). Considéré depuis cet angle, les activités de soin s’étendent du secteur médical au secteur de l’action sociale ou du travail social. Ce sont des pratiques d’entretien, de gestion et de réparation et/ou de renforcement des formes de solidarité (privées ou publiques). On peut penser aux activités effectuées dans les métiers du travail social et médico-social en général mais aussi au travail associatif par exemple en termes de solidarité intergénérationnelle.

On pourra ainsi évoquer les organisations, les interactions entre les acteurs ainsi que les pratiques dans des situations hybrides mêlant soin médical, travail social et éducation, comme le cas des infirmières en milieu scolaire dont les activités ne relèvent pas entièrement du médical mais consiste aussi en éducation à la santé (prévention contre les conduites à risques) ; ou celui des assistantes de service social dans la fonction hospitalière dont l’activité est lourdement grévée par la dimension médicale, administrative et de plus en plus financière du dispositif hospitalier. Celles-ci devant réaliser leur mission dans des organisations qui laissent peu de place à cette dimension du soin. On pourra alors, dans la perspective d’A. Strauss s’intéresser aux négociations entreprises par les différents groupes professionnels ainsi que des stratégies développer pour légitimer leur place et leur action dans ces structures. Là encore, les communications pourront prendre pour objet les déplacements des éthiques professionnelles dans ces dispositifs hybrides par rapport à celles qui ont cours dans des institutions plus classiques (Assistante de service social travaillant en mission locale par exemple). Elles pourront également questionner le jugement profane ou expert notamment en contexte de forte incertitude comme dans le cas de l’évaluation du bien fondé des demandes d’asile, de la co-construction (avec le tiers-conseil du demandeur) de la crédibilité de cette demande.

Procédure de sélection :

Les communications pourront développer ces thématiques à partir de matériaux empiriques originaux.

Les candidats envoient leurs propositions (1500 signes espaces compris) à rjcesspe2012@gmail.com.

avant le 17 Décembre 2011

Les propositions seront sélectionnées par le comité scientifique composé de doctorants et jeunes docteurs le 10 Janvier 2011.

Les intervenants devront remettre leurs communications écrites en date du 17 Février, permettant ainsi aux discutants de préparer leurs interventions.

Comité scientifique

Fernandes Anne, Kessler Déborah, Marchitto Mélaine, Megherbi Saïd, Morales la mura Quidora, Noura Khadija, Pierre Thomas, Schicharin Luc.

Calendrier :

  • Date limite de proposition : 17 Décembre 2011.
  • Date limite de communication : 17 Février 2012.
  • Colloque : 29 et 30 Mars 2012.

Bibliographie :

  • Adam P., Herzlich C., Sociologie de la maladie et de la médecine, Armand Colin, 128 p., (première édition, Nathan, 1994).
  • Augé M., Herzlich C., 1993, L’influence qui guérit, Paris, Odile Jacob.
  • Dodier N., 1993, L’expertise médicale. Essai de sociologie sur l’exercice du jugement, Paris, Métailé, 357 p.
  • Fox R., 1986, « L’évolution de l’incertitude médicale » dans Ethique et biologie, Cahier Science, technologie, société, Paris, édition CNRS, p.57-94.
  • Héritier F., 1996, Masculin, féminin,la pensée de la différence, Paris, Odile Jacob.
  • Herzlich C., 1993, Cinquante ans d’exercice de la médecine en France, carrière et pratique des médecins français (1930-1980), Edition INSERM, 274 p.
  • Moatti J.P,  Peretti-Watel P., 2009, Le principe de la prévention. Le culte de la santé et ses dérives, Le seuil, 110p.
  • Morales la mura R., 2006, « De l’accompagnement à l’accompagnement expert » dans Les frontières de la profession : profane, amateur et professionnel, Actes du 2ème congrès de l’ASF, Bordeaux, ASF.
  • Parsons Talcott, 1939, « The professions and social structure », Social Forces, 17(1939), p.457-467.
  • Strauss A., 1992, La trame de la négociation. Sociologie qualitative et interactionniste, L’Harmattan, 320 p. 

Lieux

  • Metz, France

Dates

  • samedi 17 décembre 2011

Contacts

  • Comité scientifique des rencontres jeunes chercheurs
    courriel : liste-rencontres-jeunes-chercheur-e-s-2012 [at] googlegroups [dot] com
  • Thomas Pierre
    courriel : Thomas_pierre007 [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Comité scientifique des rencontres
    courriel : rjcesspe2012 [at] gamil [dot] com

Pour citer cette annonce

« Le soin dans tous ses états », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 14 novembre 2011, http://calenda.org/205748