AccueilFormes du savoir (2011-2012)

Formes du savoir (2011-2012)

Forms of knowledge (2011-2012)

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Publié le mercredi 19 octobre 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Le séminaire « Formes du savoir » est le séminaire fondamental du programme interuniversitaire de recherches « formes du savoir de 1400 à 1750 », hébergé et financé par la Maison des sciences de l'homme d'Aquitaine, et dirigé par Violaine Giacomotto-Charra (Bordeaux 3) et Pascal Duris (Bordeaux 1). Il a pour but d'explorer les différentes questions soulevées par le thème même du projet : histoire matérielle du livre de science, lexique et problèmes de traductions, genre et formes des écrits savants, stratégies énonciatives, questions de style... Ouvert à tous, c'est aussi un séminaire de formation plus particulièrement destiné aux étudiants du Master HMPS (Histoire, médiation et philosophie des sciences). Il donne la parole à des chercheurs confirmés, qui viennent y présenter leurs travaux, ainsi qu'à des doctorants. Le séminaire a lieu le vendredi, de 13h30 à 16h30, dans la salle 2 de la Maison des sciences de l'homme d'Aquitaine.

Annonce

Programme

Vendredi 2 décembre 2011

« La vulgarisation des sciences physiques dans l’Angleterre Tudor et Stuart (1500-1645) » par Catherine Lisak

Résumé : La « vulgarisation scientifique » renvoie au phénomène de la propagation ou de la diffusion d’un savoir ni ordinaire, ni banal, et pourtant désormais mis à la portée du grand public. Si cette expression n’apparaît qu’à la deuxième moitié du dix-neuvième siècle sous la plume de Zola, elle fait référence au rapport que la science entretient avec le langage et la communauté indigènes, pratique discursive qui prend son essor dès la Renaissance. De 1500 et 1645, environ quatre-vingt dix pour cent des ouvrages scientifiques qui circulent dans l’Angleterre Tudor et Stuart sont publiés dans la langue vernaculaire. Quels sens donner à cette entreprise qui popularise les sciences physiques notamment, par des formes d’écritures à fonctions et à valeurs aussi variables que les connaissances qu’ils cherchent à transmettre ? Des travaux de Caxton aux traités de Recorde, Digges et Hood, de l’œuvre de Copland à celle de Francis Bacon, nous proposerons une lecture comparée de certains textes de la renaissance anglaise qui ont contribué à transformer le vernaculaire en matrice de connaissance scientifique.

Présentation du conférencier : Catherine Lisak est professeur de littérature britannique à Bordeaux 3.  elle mène un séminaire sur le personnage de la première modernité en Angleterre, un séminaire sur la théorie de la réception au théâtre et en poésie et un séminaire sur l’esprit scientifique avant Newton. Outre le théâtre shakespearien, elle enseigne le théâtre contemporain (Tom Stoppard, Alan Bennett), ainsi que l’histoire des idées et des sciences à la Renaissance. Elle a en particulier organisé, en 2009, une journée d’étude au sein de l’unité de recherche d’appartenance l’EA 4201 « Lumières, Nature, Société » (LNS) de Bordeaux 3 : « L’animal et l’humain du XVIe au XVIIIe siècle », au Musée d’Aquitaine de Bordeaux (Guest speaker : Paul Yachnin).

Vendredi 3 février 2012 

« Pierre Potier et ses Singulares Observationes : le savoir et l’expérience » par Mila Maselli

Résumé : On sait de Pierre Potier qu’il est né à Angers, qu’il a exercé en Italie et est mort violemment à la seconde moitié du XVIIe siècle. Médecin spagiriste, il a publié un traité des fièvres, une pharmacopée spagirique et trois centuries de Curationes et Observationes. Paracelsien convaincu, il a pourtant tenté une conciliation assez audacieuse entre le galénisme et la chimiatrie : ses Curationes ont connu quatre éditions en dix ans (entre l’Italie et l’Allemagne), sans compter la diffusion de son Opera Omnia, publiée de son vivant et rééditée après sa mort par ses acolytes en Italie, en France et en Allemagne (la dernière édition a été commentée par Friedrich Hoffmann en 1698). Entre le consilium pour les praticiens et le recueil encyclopédique de maux et de remèdes, les Curationes sont aussi une mise en récit de cas. Chaque curatio raconte une histoire, un malade (issu de milieux divers : nobles, soldats, gens du peuple, bourgeois), un type de consultation (à distance ? visite chez le malade ? dans quelles circonstances ?), un soin apporté. Il s’agit encore une fois d’une doctrine à divulguer, la chimiatrie, qui n’a pas encore trouvé sa place parmi les savoirs institutionnels. Et pourtant, dans ce type de communication scientifique, non seulement l’idée d’expérience spécifique et individuelle du médecin occupe une place majeure – et tout à fait inédite – dans la mise en forme d’un savoir, mais elle devient la première des autorités.

Présentation du conférencier : Mila Maselli est doctorante à l’UFR LAC en « Histoire et sémiologie du texte et de l’image » à l’Université Paris 7 Denis Diderot, sous la direction de la professeure Françoise Lavocat. Rattachée au laboratoire CLAM, elle s’occupe du genre épistemique des observationes chez le médecin Pierre Potier (1581-1643 ?). Elle s’est aussi occupée des stratégies du secret et du topos du mensonge dans les écrits d’alchimistes français du XVIe siècle : « La Pierre n’est qu’une chose - aspetti di alchimisti francesi del XVII secolo » in Secretum, n.1/2006, Milano, Ed. Melquiadès (http://www.secretum-online.it, publié le 21/10/2006) et, plus récemment, des aspects rhétoriques du plaidoyer de Pierre Paulmier dans sa défense à la Faculté de Médecine de Paris (séminaire : L’éloquence de Pierre Paulmier, dans le cadre du cycle Pratique du dialogue et de la dispute dans les textes médicaux, 1450-1650. Tours, Centre d’Etudes Supérieurs de la Renaissance).  

Vendredi 9 mars 2012

« Les savoirs à l’épreuve de la pensée mystique : l’exemple de Jean-Joseph Surin (1600-1665) » par Adrien Pashoud

Résumé : L’œuvre spirituelle du jésuite Jean-Joseph Surin offre à n’en pas douter un point d’entrée privilégié dans la pensée mystique et dans la démonologie du second XVIIe siècle. Elle trouve son origine dans l’une des cas de possession les plus retentissants du règne de Louis XIII : l’affaire de Loudun (1632-1638), à laquelle Surin prit part en tant qu’exorciste. Un combat spirituel qui mena pourtant le jésuite aux confins de la folie. Peu après son arrivée à Loudun, en effet, Surin acquiert la conviction que le diable s’est « imprimé » dans « les pensées secrètes [de son] cœur ». S’ensuit alors un « temps de grandes ténèbres » qui empêchera le jésuite de parler et d’écrire durant près d’une quinzaine d’années, malgré de brefs éclairs de lucidité. Surin connaîtra cependant une rémission en 1654, date à partir de laquelle il rédige (ou dicte) une œuvre abondante, entièrement tournée vers la fusion extatique en Dieu. Le Triomphe de l’amour divin sur les puissances de l’Enfer (1654) et la Science expérimentale des choses de l’autre vie (1663) forment le récit rétrospectif et exemplaire – au sens rhétorique du terme – d’une délivrance ; surtout, ils constituent un témoignage d’une remarquable précision sur les territoires de l’irrationnel dans lesquels s’énonce une conscience en proie au plus grand désarroi spirituel, avant de recouvrer le « sublime état de la grâce ». Si elle est d’abord effusion devant les grandeurs célestes, l’œuvre de Surin relève également de l’exercice du jugement, de la prédication, de l’argumentaire polémique. Elle se situe à la croisée de plusieurs déterminations – théologiques, épistémiques, institutionnelles – qui innervent de plain-pied les modalités discursives du dessaisissement de soi, qu’il soit placé sous l’égide du diabolique ou du divin. Dans ce contexte, les conditions d’accréditation des faits observés revêtent une importance fondamentale ; l’expérience, entendue dans un sens baconien, devient un moyen indispensable à la connaissance des « choses de l’autre vie » ; elle témoigne plus largement d’un shift épistémologique qui verra s’imposer (en dépit de vives résistances) la preuve par induction, et ce dès la première moitié du XVIIe siècle. Cette herméneutique du sujet demeure cependant subordonnée à un foyer spirituel unique vers lequel converge le régime inductif ; elle n’a de valeur que parce qu’elle cautionne in fine l’argument ontologique. Les rhétoriques scientifiques – dont Surin maîtrise les codes – se constituent en opérateurs de croyance ; l’imagination, lorsqu’elle ouvre aux « chimères » et autres représentations délirantes, est écartée ; elle sera par contre hautement valorisée en tant qu’adjuvant de la foi, suivant en cela l’héritage légué par les Exercices spirituels de Loyola.

Présentation du conférencier : Adrien Paschoud enseigne la littérature française à l'Université de Lausanne. Ses travaux portent essentiellement sur la culture jésuite des XVIIe et XVIIIe siècles. Il a publié Le monde amérindien au miroir des 'Lettres édifiantes et curieuses' (Oxford, The Voltaire Foundation, 2008).

Vendredi 6 avril 2012

« Le cabinet de curiosités, « magasin du monde » à la croisée des enjeux du savoir » par Myriam Marrache-Gouraud

Résumé : De princes ou d’apothicaires, les cabinets de curiosités s’imposent aux XVIe et XVIIe siècles comme des formes curieuses de présentation du savoir. En ces lieux non démocratiques, dont la visite est réservée à quelques initiés soigneusement choisis, les collectionneurs rassemblent et exposent des objets censés représenter ce que l’on connaît de plus singulier dans l’univers.
À l’origine, le cabinet de curiosités est conçu comme un microcosme, englobant tous les domaines de la nature (naturalia : éléments de la terre, de l’air, de la mer, monstres) et les savoir-faire humains (artificialia : objets artificiels). Le cabinet n’est jamais tout à fait éloigné d’une bibliothèque attenante, destinée à vérifier les connaissances.
C’est dire le rôle qu’ont ces premières collections privées dans la construction du savoir moderne, que celui-ci soit mis au service du prestige du propriétaire, ou au service de la compréhension du monde. Nous étudierons lors de cette séance les différentes formes de savoir qui sont à l’œuvre simultanément dans ces lieux, formes singulières, formes merveilleuses, formes expérimentales, formes artistiques et comme de mise en scène des savoirs, en nous intéressant, chemin faisant, à des cas particuliers d’avancées scientifiques permises par la pratique de la collection – cas des momies et des licornes par exemple.

Présentation du conférencier : Myriam Marrache-Gouraud, agrégée de Lettres Modernes, est titulaire d’un Doctorat en Littérature française de la Renaissance. Elle enseigne à l’Université de Poitiers.
Outre ses recherches sur la fiction rabelaisienne, qui l’ont amenée à publier de nombreux articles, et un ouvrage,  elle mène aussi des recherches sur les cabinets de curiosités (XVIe-XVIIe siècles) : elle est l’auteur en 2004 d’une édition scientifique du cabinet de curiosités de Paul Contant (avec P. Martin, Jardin et cabinet poétique [1609], Presses Universitaires de Rennes). Depuis lors, webmestre du site http://curiositas.org, elle a publié différentes études consacrées aux cabinets de curiosités, orientant ses travaux sur les procédés muséographiques et rhétoriques de présentation de l’objet exotique ou merveilleux. Elle participe actuellement à la préparation d’une grande exposition sur les cabinets de curiosités qui se tiendra en 2013 au musée Sainte-Croix à Poitiers.

Lieux

  • 10 esplanade des Antilles (Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine, salle 2)
    Pessac, France

Dates

  • vendredi 02 décembre 2011
  • vendredi 03 février 2012
  • vendredi 09 mars 2012
  • vendredi 06 avril 2012

Mots-clés

  • savoir, livre, science, scientifique, vulgariser, vulgarisation, physiques, Angleterre, Tudor, Stuart, ouvrage, écriture, écrit, savant, langue, Renaissance, Potier, expérience, médecine, médecin, Surin, pensée, mystique, démonologie, spirituel, j

Contacts

  • Violaine Giacomotto Charra
    courriel : Violaine [dot] Giacomotto [at] u-bordeaux3 [dot] fr
  • Pascal Duris
    courriel : p [dot] duris [at] episteme [dot] u-bordeaux1 [dot] fr

Source de l'information

  • Marion Daubanes
    courriel : Marion [dot] Daubanes [at] msha [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Formes du savoir (2011-2012) », Séminaire, Calenda, Publié le mercredi 19 octobre 2011, http://calenda.org/205772