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Cosmos Connections

Cosmos Connections

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Publié le lundi 07 novembre 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Comment appréhender le cosmos, cette énormité comprenant l'univers terrestre et les objets célestes ? Comment le visualiser ? Le tenir dans ses mains ? Quels sont les petits opérateurs nécessaires à de telles manœuvres ? En proposant, dans cet atelier, d'approcher les cosmologies autrement que comme des représentations du cosmos, nous invitons plutôt à suivre les lentes, patientes, souvent laborieuses, parfois confuses, élaborations du cosmos, en s'intéressant aux ingrédients ou composants, ainsi qu'à leurs modes de liaison. Comment le cosmos est-il capté – plutôt que capturé ? Quels en sont les révélateurs ? Qu'est-ce-qui, localement, est capable de servir d'indicateur de changements qui nous dépassent (comme les changements atmosphériques) ?

Annonce

Cosmos Connections, 26-27 octobre 2011, Musée du Quai Branly (salle de cours 2)

Journées d’études coordonnées par Sophie Houdart (LESC) et Christine Jungen (LAU/IIAC) avec le soutien du Laboratoire d’Ethnologie et de Sociologie Comparative, du Laboratoire d’Anthropologie Urbaine (LAU/IIAC) et du Musée du Quai Branly

Présentation 

Comment appréhender le cosmos, cette énormité comprenant l'univers terrestre et les objets célestes? Comment le visualiser? Le tenir dans ses mains? Figurant des systèmes de relations organisant un tout, les cosmologies constituent, de long temps, des sujets d'étude privilégiés par l'anthropologie. On les trouve communément sous la forme de représentations totalisantes (comme un mandala, ou un globe), ou bien sous la forme d'objets contenant le cosmos (comme un chaudron). Pour user d'autres terminologies, elles peuvent se décliner en « cosmogrammes », qui traitent le cosmos comme une entité indépendante et autonome, ou en « objets cosmiques », qui contiennent le cosmos (Ohanian & Royoux 2005 ; Tresch 2007). Ou, pour le formuler encore autrement, ces  cosmologies dévoilent des vues « panoptiques », qui permettent d'« embrasser facilement d'un seul coup d'œil », ou bien des vues « oligoptiques », offrant de la totalité qu'elles cherchent à exprimer des vues partielles, mobiles, connectées à d'autres (Latour & Hermant, 1998). L'anthropologie, mais aussi l'histoire des savoirs modernes et l'anthropologie des sciences et des techniques, sont ainsi rompues aux objets et dispositifs rendant possible de tenir le cosmos dans ses mains ou de l'avoir devant ses yeux, rendant possible de le contempler, de le maîtriser et de l'expérimenter.

Quels sont, néanmoins, les petits opérateurs nécessaires à de telles manœuvres? En proposant, dans cet atelier, d'approcher les cosmologies autrement que comme des représentations du cosmos, nous invitons plutôt à suivre les lentes, patientes, souvent laborieuses, parfois confuses, élaborations du cosmos, en s'intéressant aux ingrédients ou composants, ainsi qu'à leurs modes de liaison. Comment le cosmos est-il capté – plutôt que capturé? Quels en sont les révélateurs? Qu'est-ce-qui, localement, est capable de servir d'indicateur de changements qui nous dépassent (comme les changements atmosphériques)?

PROGRAMME/

Mercredi 26

9h30 – 10h30 : accueil et introduction

[Représenter, contenir, exprimer, condenser]

  • 10h30-11h30/  Christian Jacob (historien des traditions savantes, directeur de recherche CNRS et directeur d’études EHESS), « La cartographie au télescope: la planète Mars, de Huyghens à Percival Lowell »
  • 11h30-12h30/ John Tresch (historien et sociologue des sciences, University of Pennsylvania, Philadelphie), « La machine romantique : cosmogrammes d’un nouvel ordre industriel »

12h30-14h : déjeuner

[Anticiper, évaluer, prévoir]

  • 14h-15h/ Francis Chateauraynaud (sociologue, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Groupe de Sociologie Pragmatique et Réflexive), « La singularité cosmologique en régime de catastrophe. Esquisse d'une histoire politique du corium »
  • 15h-16h/ Valérie November (géographe, Ecole Polytechnique de Lausanne), « Anticiper les "foudres" du Cosmos: l'exemple de la circulation de l'information en situation de risques et de crises à Madagascar »
  • 16h-17h/ Patrice Lecoq (archéologue, Archam – Archéologie des Amériques), « Doit-on considérer le site inca de Choqek'iraw (Pérou) comme un calendrier ? »

17h30/ Projection de La nostalgie de la lumière (de Patricio Guzmán, 2010)

Jeudi 27

[Détecter, cohabiter, conduire]

  • 10h-11h/ Michael Vaillant (expert travaillant pour le GEIPAN, Groupe d’Etudes et d’Informations sur les Phénomènes Aérospatiaux Non-identifiés, CNES), « Enquête et recherche sur les Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés (PAN) : approche méthodologique et cognitive de l’inconnu »
  • 11h-12h/ Emmanuel Grimaud (anthropologue, Laboratoire d’Ethnologie et de Sociologie Comparative, CNRS), « Cartographier les forces d’une autre nature ; Fechner, les anges et l’anthropologie des cosmo-conducteurs »

12h30-14h : déjeuner

[Observer, capter, simuler, reproduire]

  • 14h-15h/ Hervé Dole (astrophysicien cosmologue, maître de conférences à l’Institut d'Astrophysique Spatiale d'Orsay (univ. Paris Sud 11 et CNRS) et Institut Universitaire de France), «La cosmologie observationnelle, et l'étude de l'Univers avec le satellite Planck »
  • 15h-16h/ Stéphane Sautour (artiste, plasticien), « /Sans titre. Läpi/ »
  • 16h-17h/ Sophie Houdart (anthropologue, Laboratoire d’Ethnologie et de Sociologie Comparative, CNRS), « Incommensurabilités. Des particules en collision pour rejouer les premières pulsations du cosmos »

RESUMES/

Francis Chateauraynaud (sociologue, Groupe de Sociologie Pragmatique et Réflexive - Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) : « La singularité cosmologique en régime de catastrophe. Esquisse d'une histoire politique du corium »
Sur un blog consacré à la catastrophe nucléaire de Fukushima, on peut lire le 12 août 2011 : "Corium : c’est le mot tabou de Tepco. Pourquoi l’entreprise responsable de la plus grande catastrophe nucléaire au monde n’en parle jamais ? Tout simplement parce que c’est la matière la plus dangereuse jamais créée par l’homme, une sorte de magma incontrôlable et ingérable, aux conséquences incommensurables." Décrit comme un magma, le corium est un étrange état de la matière résultant de la fusion des éléments d'un coeur de réacteur nucléaire. L'accident de Fukushima (mars 2011) dont les conséquences n'ont pas fini d'être révélées, est l'occasion d'esquisser une histoire politique de cet étrange apport supra-technologique à la cosmologie contemporaine, produit par un enchaînement catastrophique qui, sans être absolument sans précédent, pose plus que jamais la question des prises qu'ont les agents humains sur les dispositifs complexes qu'ils ont développés. Comment surgit le corium dans les interprétations multiples auxquelles donne lieu la catastrophe ? Qu'en disent les chercheurs, les ingénieurs, les régulateurs ou les contre-experts anti-nucléaire ?

Hervé Dole (astrophysicien cosmologue, maître de conférences à l’Institut d'Astrophysique Spatiale d'Orsay (univ. Paris Sud 11 et CNRS) et Institut Universitaire de France - http://www.ias.u-psud.fr/dole) : « La cosmologie observationnelle, et l'étude de l'Univers avec le satellite Planck »
La cosmologie physique s'intéresse à l'Univers, son histoire, sa structure, et son évolution. A l'aide de modèles et avec l'appui de la théorie et de simulations, notre vision de l'Univers est façonnée par l'observation (difficile), en particulier soit de galaxies lointaines, soit du rayonnement cosmologique (première lueur de l'Univers). Je présenterai une revue de notre vision actuelle ainsi que des grandes questions, et indiquerai comment le satellite européen Planck (encore en vol) va nous permettre de mieux contraindre et comprendre certaines parties de l'histoire de l'Univers. Outre quelques détails pratiques concernant notre activité quotidienne liée au satellite Planck (surveillance quotidienne de l'instrument, traitement et analyse des données), je présenterai une démonstration d'outils et de pratiques.

Emmanuel Grimaud (anthropologue, Laboratoire d’Ethnologie et de Sociologie Comparative, CNRS) : « Cartographier les forces d’une autre nature ; Fechner, les anges et l’anthropologie des cosmo-conducteurs »
Comment savoir si l’objet sur lequel on travaille comporte une part cosmologique ? Quand l’anthropologie a affaire à un récit qui porte sur les origines du monde, la tâche semble aisée à première vue, il est d’emblée quasi immédiatement dans du cosmologique sans qu’il ait à se poser trop de questions. Quand l’anthropologue travaille sur un rituel qui met en jeu des forces invisibles, la cosmologie se donne à expérimenter, à percevoir ou à sentir de façon aussi immédiate que dans un laboratoire d’astrophysique. Mais peut-on dire qu’un objet cosmologique a des propriétés spécifiques, des modes de présence qui lui seraient propres ? On regardera ici les problèmes rencontrés par Gustav Flechner, l’inventeur de la psychophysique, pour donner un corps à ces forces d’une autre nature qu’il appelle les « anges » (Anatomie comparée des anges). On prendre ensuite pour exemple le cas des dieux hindous. On verra ce qui se joue dans leur robotisation récente sous forme de machines à traiter de l’information dans des champs de forces invisibles et en quoi ils font de bons cosmoconducteurs, dotés d’une sensibilité et de modes d’action qui leur sont propres.

Sophie Houdart (anthropologue, Laboratoire d’Ethnologie et de Sociologie Comparative, CNRS) : « Incommensurabilités. Des particules en collision pour rejouer les premières pulsations du cosmos »   
Le LHC (Large Hadrons Colliser, l’accélérateur de particules le plus grand et le plus puissant du monde, consiste en un anneau de 27 km de circonférence, lové 100m sous terre. Formé d’aimants supraconducteurs et de structures accélératrices qui augmentent l’énergie des particules qui y circulent, il produit chaque jour deux faisceaux de particules qui circulent en sens contraire à des énergies très élevées avant de rentrer en collision l’un avec l’autre. Les particules, lancées à 99,9999991% de la vitesse de la lumière, vont effectuer 11 245 fois le tour de l’accélérateur par seconde et entrer en collision quelques 600 millions de fois par seconde… A elle seule, l’éloquence des grands nombres ne peut que laisser pantois tout observateur ordinaire devant cette machine expérimentale extraordinaire. Et tout le monde, à Meyrin, dans cette vallée satellite de Genève, a bien conscience qu’« ici, sous nos pas, il y a des détecteurs qui accélèrent des particules pour comprendre comment s’agglomère l’univers… » Des particules en collision pour rejouer les premières pulsations du cosmos : dans cette incommensurabilité manifeste, la rhétorique semble dessiner une ligne d’horizon particulièrement plate et lisse, que quelques temps d’observation, cependant, suffisent à  brouiller. « La machine » apparaît alors davantage comme un organisme vivant que la très grande majorité des physiciens et ingénieurs essaie de maintenir coûte que coûte dans un état stable. Elle ne cesse de se modifier, de « bouger » avec le temps, de se dilater et se rétracter, de descendre et de remonter. Il s’agira de mettre à l’essai les premières réflexions d’un travail de terrain en cours au CERN.

Christian Jacob (historien des traditions savantes, directeur de recherche CNRS et directeur d’études EHESS) : « La cartographie au télescope: la planète Mars, de Huyghens à Percival Lowell »
L'histoire de la cartographie terrestre se déploie sur plus de deux millénaires et s'appuie sur la transformation des données empiriques des voyageurs et sur des mesures locales peu à peu reportées sur un cadre global. C'est ainsi que peut se construire un point de vue zénithal sur la surface terrestre, où l'image émerge d'un ensemble de procédures abstraites. L'apparition des premières lunettes astronomiques, puis du télescope, semble offrir de manière immédiate la vision des corps célestes les plus proches de la terre: la lune, puis Mars. On accède à une vision miniaturisée de la surface de ces mondes lointains, et la carte émergera de l'interprétation graphique et ontologique de ce qui est vu: terres, mers, lacs, canaux, etc. Je présenterai quelques étapes de la conquête visuelle et graphique de Mars, en mettant en évidence les multiples interférences entre la médiation technique (le télescope), la vision, le dessin fixant cette vision, puis les étapes de transformation graphique conduisant à des planisphères ou à des globes Martiens. Je m'attacherai aussi aux controverses internationales, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, relatives à l'interprétation des visions télescopiques et des dessins qui en découlent, ainsi qu'à la construction d'une norme toponymique stable, condition nécessaire pour rendre comparables des observations faites depuis différents points de la surface terrestre.

 Patrice Lecoq (archéologue, CNRS, Archéologue, Archam – Archéologie des Amériques) : « Doit-on considérer le site inca de Choqek'iraw (Pérou) comme un calendrier ? »
Localisé au cœur de la cordillère de Vilcabamba, au Pérou, à quelque 150 km au nord-ouest de Cuzco, l'ancienne capitale de l'État inca, Choqek'iraw est l'un des rares sites préhispaniques et le seul de l'époque inca à posséder une grande mosaïque murale. Plusieurs indices laissent penser que les motifs représentés s'inspirent de principes textiles et ont une dimension cosmologique, et que tout le site aurait pu jouer le rôle d'un grand calendrier agropastorale.

Valérie November (Géographe, Ecole Polytechnique de Lausanne) : Anticiper les "foudres" du Cosmos: l'exemple de la circulation de l'information en situation de risques et de crises à Madagascar
Madagascar est connue pour ses cyclones à répétition qui empruntent souvent le même tracé : on parle « d’autoroute des cyclones ». Avant chaque épisode, en fonction de la gravité prévue de l’événement, Météo Madagascar diffuse trois niveaux d’alerte qui sont relayés au sein des autorités et à la radio. Parallèlement à l’examen du rôle joué par Météo Madagascar dans la diffusion des informations météorologiques, nous regarderons quels sont les opérateurs nécessaires à la saisie de ces informations. Sont-ils des intermédiaires ou des médiateurs (Latour, 2005) ? Plus généralement, on s’interrogera sur la façon dont ces opérateurs sont configurés à la fois pour capter le cosmos, la très grande échelle, et relier celui-ci à des éléments à plus petite échelle, l’échelle du quotidien. Enfin, on s’interrogera sur les qualités des dispositifs nécessaires à la bonne circulation des informations, à savoir, lorsqu’elle atteint les acteurs à qui elle s’adresse.

John Tresch (Historien et sociologue des sciences, University of Pennsylvania, Philadelphie) : « La machine romantique : cosmogrammes d’un nouvel ordre industriel »
Après la chute de Napoléon, nombreux sont ceux qui cherchaient à dresser le tableau du passé et de l’avenir. Bien qu’on soit habitué à voir une forte opposition entre le romantisme et le mécanisme, ces utopistes – savants, philosophes, hommes politiques – ont souvent investi des projets techniques, pratiques et mécaniques avec les concepts, les attitudes et les espérances romantiques. En cherchant à réimaginer la société et la nature, ils ont créé de nouvelles représentations du cosmos entier – des cosmogrammes – pour servir comme plan directeur.

Michael Vaillant (expert travaillant pour le GEIPAN, Groupe d’Etudes et d’Informations sur les Phénomènes Aérospatiaux Non-identifiés, CNES) : « Enquête et recherche sur les Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés (PAN) : approche méthodologique et cognitive de l’inconnu » 
La recherche et a fortiori le traitement et l’évaluation de données sur les PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés) posent à toute approche scientifique un problème à la fois de reconnaissance et de méthode. En effet, le fait de disposer de phénomènes rares et non reproductibles confronte à de nombreux préjugés et scepticismes. Résistances d’ordre psychosocial tout d’abord. Toute personne s’intéressant trop directement à ce sujet pouvant être suspectée d’irrationalité, la thèse qu’elle pourrait avoir développé une croyance en une intelligence extra-terrestre venant immanquablement à l’esprit des observateurs. Résistances d’ordre méthodologique ensuite, car le domaine d’intérêt est fondamentalement celui de la physique de l’inexpliqué : un sujet flirtant avec la métaphysique dont il est contre-intuitif de penser qu’il puisse être abordé avec méthode. Nous verrons enfin comment une structure telle que le GEIPAN s’est organisée pour tenter de mettre sur pied une méthodologie d’analyse et, suivant les données obtenues, quelles pistes de recherche émergent aujourd’hui autour de ce sujet.

Catégories

Lieux

  • 222 rue de l'Université (Musée du Quai Branly)
    Paris, France

Dates

  • mercredi 26 octobre 2011
  • jeudi 27 octobre 2011

Contacts

  • Sophie Houdart
    courriel : sophie [dot] houdart [at] mae [dot] u-paris10 [dot] fr
  • Christine Jungen
    courriel : christinejungen [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Sophie Houdart
    courriel : sophie [dot] houdart [at] mae [dot] u-paris10 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Cosmos Connections », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 07 novembre 2011, http://calenda.org/205913