AccueilRéanalyses

Réanalyses

Deuxième colloque suisse de macro-syntaxe

*  *  *

Publié le lundi 07 novembre 2011 par Marie Pellen

Résumé

La perspective épichronique [i.e. synchronique] repose sur le lien qu’établit la coexistence, et la perspective diachronique sur le lien de successivité. Mais dans la première les unités sont établies par la différence avec ce qui coexiste, et dans la seconde par la continuité qu’on admet en dépit de la différence. § La successivité ne constitue pas un lien. (Saussure, 2011 : frg 43, p. 97, notre commentaire)

Annonce

ISLC - Chaire de linguistique française
Ruelle Vaucher 22
CH - 2000 Neuchâtel

Annonce de colloque et appel à communications
2e Colloque suisse de macro-syntaxe
Université de Neuchâtel (Suisse)
Institut des Sciences du Langage et de la Communication.
Du mercredi 5 au vendredi 7 septembre 2012

Pilotage

  • Marie-José Béguelin (Université de Neuchâtel),
  • Gilles Corminboeuf (Université de Neuchâtel),
  • Laure Anne Johnsen (Université de Neuchâtel et Fribourg)

Comité d’organisation

  • Mathieu Avanzi (Université de Neuchâtel),
  • Cécile Barbet (Université de Neuchâtel),
  • Alain Berrendonner (Université de Fribourg),
  • Catherine Bolly (Université catholique de Louvain),
  • Virginie Conti (Université de Neuchâtel),
  • Frédéric Gachet (Université de Fribourg)
La perspective épichronique [i.e. synchronique] repose sur le lien qu’établit la coexistence, et la perspective diachronique sur le lien de successivité. Mais dans la première les unités sont établies par la différence avec ce qui coexiste, et dans la seconde par la continuité qu’on admet en dépit de la différence. § La successivité ne constitue pas un lien. (Saussure, 2011 : frg 43, p. 97, notre commentaire)
[...] le linguiste doit, s’il veut comprendre un état de langue, se mettre lui-même dans cette perspective [i.e. de l’état de langue en question], et abandonner la perspective diachronique ou historique qui sera pour lui une gêne, un empêchement. La perspective verticale ou diachronique ne concerne que le linguiste [i.e. : et non les sujets parlants]. (Constantin, notes prises lors du Cours III de Ferdinand de Saussure, nos commentaires)
À la suite des travaux de Givón, Lehmann, Hopper et Traugott, Haspelmath, Heine et bien
d’autres, le changement linguistique a été majoritairement abordé ces dernières décennies sous l’angle de la grammaticalisation1, paradigme qui dans sa version forte postule une gradualité, une « (uni)directionnalité » et une universalité typologique des évolutions linguistiques. La perspective « verticale » ou historique a été ainsi mise au premier plan, permettant le développement d’une foule d’études empiriques aussi utiles que suggestives. Cependant, les travaux qui se sont multipliés s’accompagnent de débats complexes, relatifs aux critères définitoires de la grammaticalisation ainsi qu’aux relations qu’il convient d’établir (ou non) entre grammaticalisation et autres formes de changement (cf. sur ce point les aperçus de Prévost, 2003 et 2006). La pertinence même de la notion de grammaticalisation est en cause : contestée par Newmeyer, 2001, ou Campbell, 2003, elle est au contraire défendue par Bybee, 2010...

1 Inventeur de ce terme, Antoine Meillet l’introduit dans un article de 1912 pour désigner « le passage d’un mot autonome au rôle d’élément grammatical », avec pour effet possible d’introduire dans les langues « des catégories qui n’avaient pas d’expression linguistique » (Meillet, 1912 = 1975 : 133).

Tout bien pesé, la question reste ouverte aujourd’hui de savoir si les « parcours » de grammaticalisation ne sont pas la résultante d’une suite aléatoire de réanalyses ou de reconceptualisations du matériau linguistique par les sujets parlants : il ne faudrait alors voir dans la grammaticalisation que le reflet d’une interprétation téléologiste, par le linguiste diachronicien, d’une suite de changements élémentaires en réalité aveugles l’un par rapport à l’autre. Dans une perspective
d’histoire de la discipline, ce serait alors F. de Saussure (2002, 2011) qui aurait raison contre
Meillet et ses successeurs (cf., sur ce débat, Béguelin 2010).
Pour alimenter une réflexion théorique de fond sur les conditions du changement linguistique,
nous voudrions, dans le cadre du présent Colloque, centrer l’attention sur les phénomènes de
réanalyse et de réinterprétation en synchronie. Tout d’abord, nous souhaitons envisager les
changements avec généralité, sans conférer de privilège à l’un ou à l’autre d’entre eux ; notre
attention portera sur les aspects dynamiques des phénomènes étudiés, et nous envisagerons
plus particulièrement des structures instables, dont l’analyse hésite entre plusieurs statuts. Il
s’agira de mettre au jour, dans une perspective synchronique ou micro-diachronique, et sur la
base de corpus suffisamment étoffés:
(i) les effets des variations morpho-syntaxiques sur le système;
(ii) les phénomènes de flou catégoriel et leurs conséquences pour la modélisation des structures paradigmatiques ;
(iii) les phénomènes d’instabilité sémantique, le rôle des polysémies lexicales dans la réanalyse;
(iv) les critères qui permettent d’attester la coexistence de deux ou plusieurs analyses grammaticales concurrentes, et de les discriminer;
(v) les scénarios propices à la coalescence ou au découplage de constructions syntaxiques, en incluant, dans la mesure du possible, les dimensions pragmatique et prosodique des phénomènes étudiés.
La langue-objet sera en principe le français, mais la perspective contrastive sera la bienvenue. En vue de généralisations utiles, nous souhaitons que puissent être confrontées, à la faveur de ce Colloque, les réanalyses qui surgissent à l’interface entre syntaxe et discours d’une part, et celles qui se produisent à l’interface entre morphologie et syntaxe d’autre part. L’objectif sera en priorité de modéliser en synchronie, sur des bases empiriques solides, les variations observées. Nous excluons donc, en la circonstance, les perspectives trans-séculaires qui viseraient à infirmer ou à confirmer d’hypothétiques «parcours» (graduels voire «uni-directionnels») de grammaticalisation.

Les thèmes que nous souhaitons voir aborder, et en fonction desquels les propositions de communication seront sélectionnées, sont plus particulièrement les suivants:
(1) Volet épistémologique. Statut de la métanalyse (Jespersen 1922, Blinkenberg 1950) ou de la réanalyse (Langacker 1977) dans les théories du changement. Rapports réciproques entre phénomènes de coalescence et phénomènes de dégroupage. Quels principes méthodologiques pour l’étude des réanalyses syntaxiques?
(2) Volet morpho-syntaxique. Réanalyses, coalescences ou dégroupages en morpho-syntaxe : conditions favorisantes, modèles de réinterprétation et de transcatégorisation, analogies et différences avec les phénomènes à l’oeuvre à d’autres niveaux de la structure.
(3) Volet interface discours-syntaxe.
(3a) «Découplages» d’éléments régis : modalités d’émergence et devenir.
(3b) «Greffes» et solidarisations syntaxiques de divers types: types de routines discursives plus particulièrement concernées, facteurs favorisants dans le système linguistique. Impact potentiel de facteurs tels que la présence d’anaphoriques, celle de parallélismes ou au contraire de contrastes formels ou sémantiques; etc. Effets en retour de l’argumentativité globale sur l’interprétation locale des enchaînements.
(4) Volet sémantico-cognitif. Correspondances et discrépances entre les plans morphosyntaxique ou discursif d’une part (dispositifs, routines textuelles), et le plan sémanticocognitif de l’autre. Principes d’élaboration et de codification des relations de discours.

Comité scientifique :

Marc Bonhomme (Université de Berne), Anne Carlier (Université de Lille 3), Injoo Choi Jonin (Université de Toulouse), Liesbeth Degand (Université Catholique de Louvain), Walter De Mulder (Université d’Anvers), José Deulofeu (Université de Provence), Benjamin Fagard (CNRS et Lattice), Michèle Fruyt (Université de Paris IV), Anne-Marguerite Fryba-Reber (Université de Berne), Julie Glikman (Lattice et Modyco), Pascale Hadermann (Université de Gand), Olga Inkova (Université de Genève), Andres Kristol (Université de Neuchâtel), Béatrice Lamiroy (Université de Louvain), Peter Lauwers (Université de Gand), Christiane Marchello-Nizia (ENS, Lyon), Sylvie Mellet (Université de Nice), Corinne Rossari (Université de Fribourg), Paola Pietrandrea (Université de Rome 3 et Lattice), Sophie Prévost (ENS Paris et Lattice), Magali Rouquier (Université de Toulouse), Catherine Schnedecker (Université de Strasbourg), Raffaele Simone (Université de Rome 3), Dan Van Raemdonck (Université Libre de Bruxelles), Richard Waltereit (Université de Newcastle), Dominique Willems (Université de Gand).

Conférenciers invités :

  • Bernard Combettes (Université de Nancy),
  • Frederick Newmeyer (Université de Washington),
  • Elisabeth Stark (Université de Zurich)
Le présent Colloque est organisé en relation avec plusieurs projets de recherche conduits à Neuchâtel et à Fribourg, avec le soutien du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS), par Marie-José Béguelin et Alain Berrendonner, avec Gilles Corminboeuf, Mathieu Avanzi, Laure Anne Johnsen, Virginie Conti, Franziska Heyna, Frédéric Gachet, Ana Kallen Tatarova, Géraldine Zumwald. Ces projets portent notamment sur la structure interne des périodes, la macro-syntaxe des énoncés parenthétiques, les routines paratactiques
du français, l’inversion du sujet clitique en français moderne.

INDICATIONS BIBLIOGRAPHIQUES SOMMAIRES
BÉGUELIN M.-J., 2010. Le statut des ‘identités diachroniques’ dans la théorie saussurienne. Une critique anticipée du concept de ‘grammaticalisation’. In Bronckart J.-P, C. Bota & E. Bulea (éds). Le projet de Ferdinand de Saussure. Genève : Droz, 237–267.
BERRENDONNER A., 2002. « Morpho-syntaxe, pragma-syntaxe, et ambivalences sémantiques », in ANDERSEN,
H. L. & H. NØLKE, éds, Macro-syntaxe et macro-sémantique, Actes du colloque international d'Århus, 17-19 mai 2001. Berne etc., Peter Lang, Collection Sciences pour la communication, 23-41.
BLINKENBERG A., 1950. Le problème de l'accord en français moderne. Essai d'une typologie, Copenhague.
BOONE A. & M. PIERRARD (éds), 1998. Les marqueurs de hiérarchie et la  grammaticalisation, Travaux de linguistique 36, Bruxelles : Duculot.
BRINTON L. J. & E. C. TRAUGOTT, 2005. Lexicalization and Language Change, Cambridge, New York : Cambridge Univ. Press.
BYBEE J. 2010. Language, usage and cognition, Cambridge, Cambridge University Press.
CAMPBELL L. (éd.) 2003. Grammaticalization : a critical assessment. (Special issue of Language Sciences, vol. 23, numbers 2-3.)
CONSTANTIN, E., 2005. « Linguistique générale. Cours de M. le professeur F. de Saussure, 1910-1911. » Cahiers Ferdinand de Saussure 58, 71-289.
DETGES, U. & R. WALTEREIT (éds), 2008. The Paradox of Grammatical Change. Perspectives from Romance.
Amsterdam & Philadelphia : Benjamins (= Current issues in linguistic theory 293).
DETGES, U. & WALTEREIT, R., 2002. « Grammaticalization vs. Reanalysis: a Semantic-Pragmatic Account of Functional Change in Grammar », Zeitschrift für Sprachwissenschaft 21-2, 151-195.
DEULOFEU J., 2010. « La greffe d’un énoncé sur une construction : une combinaison originale de parataxe et de rection », in Béguelin M.-J., M. Avanzi & G. Corminboeuf (éds). La Parataxe., tome 1. Entre dépendance et intégration. Berne etc., Peter Lang, Collection Sciences pour la communication, 175-208.
GACHET F., 2010. « Les structures temporelles en à peine : évolution diachronique et fonctionnement syntaxique», Congrès Mondial de linguistique française (CMLF-10), F. Neveu & al. (éds), Paris, 207-221. (http://dx.doi.org/10.1051/cmlf/2010126).
GIACALONE RAMAT A. & HOPPER P.J. (éd.), 1998. The limits of grammaticalization, Amsterdam-Philadelphia, John Benjamins.
GIVÓN T. 1979. On Understanding Grammar. Orlando, Florida : Academic Press.
HASPELMATH M., 1998. « Does grammaticalization need reanalysis ? », Studies in language, 22, 315-351.
HASPELMATH M., 2004. « On directionality in language change with particular reference to grammaticalization », in Fischer Olga et al., éds, Up and down the Cline – The Nature of Grammaticalization, Amsterdam/Philadelphia, John Benjamins.
HARRIS A. C. & L. CAMPBELL, 1995. Historical syntax in cross linguistic perspective, Cambridge, CambridgeUniversity Press.
HEINE B., 2003. « Grammaticalization », in Joseph B. & Janda R., The Handbook of Historical Linguistics, Malden, MA : Blackwell, 575-601.
HEINE B. et alii, 1991. Grammaticalization : A Conceptual Framework, University of Chicago Press, Chicago.
HOPPER Paul J., 1987. « Emergent grammar », Berkeley Linguistics Society 13, 139-157.
HOPPER P. J. & E. C. TRAUGOTT, 1993, 20032. Grammaticalization, Cambridge : Cambridge University Press.
JESPERSEN O., 1976 (= 1922). Nature, évolution et origines du langage, Paris, Payot.
KRIEGEL S., dir., 2003. Grammaticalisation et réanalyse. Approches de la variation créole et française, Paris, Éditions du CNRS.
LAMIROY, B., 2011. « Degrés de grammaticalisation à travers les langues de même famille », Mémoires de la Société de Linguistique de Paris, tome XIX, 167-192.
LANG, J. & NEUMANN-HOLZSCHUH, I. (eds), 1999. Reanalyse und Grammatikalisierung in den romanischen Sprachen, Tübingen, Niemeyer.
LANGACKER R. W., 1977. « Syntactic reanalysis », in LI Charles (ed.), 57-139.
LEHMANN C., 1995. Thoughts on Grammaticalization. Revised and expanded version. München, Newcastle :
Lincom Europa (= Lincom Studies in Theoretical Linguistiqucs I).
LEHMANN C., 2002. « New reflections on grammaticalization and lexicalization », in WISCHER Ilse & Gabriele
DIEWALD, News Reflections on Grammaticalization, Amsterdam/Philadelphia, John Benjamins.
LI C. (ed)., 1977, Mechanisms of Syntactic Change, Austin : University of Texas Press.
MARCHELLO-NIZIA C., 2006. Grammaticalisation et changement linguistique, Bruxelles : De Boeck.
MEILLET A., 1912. « L’évolution des formes grammaticales », Scientia (Rivista di scienza) vol. XII, no XXVI, 6, repris dans Linguistique historique et linguistique générale, Paris, 1975, 130-148.
MELIS L. & P. DESMET, 1998. « La grammaticalisation : réflexions sur la spécificité de la notion», in BOONE & PIERRARD, éds, 13-26.
NEWMEYER F. J., 2001. « Deconstructing grammaticalization », Language Sciences, 23, 187-229.
PRÉVOST S., 2003. « La grammaticalisation : unidirectionnalité et statut », Le Français Moderne, LXXI (2), 144-166.
PRÉVOST S., 2006. « Grammaticalisation, lexicalisation et dégrammaticalisation : des relations complexes », Cahiers de Praxématique 46, 121-139.
SAUSSURE F. de, 2011. Science du langage. De la double essence du langage et autres documents du ms.
BGE Arch. de Saussure 372. Édition critique partielle mais raisonnée et augmentée des Ėcrits de linguistique
générale établie par R. Amacker. Genève, Droz.
SAUSSURE, F. de, 2002. Ecrits de linguistique générale. Paris, Gallimard.
TRAUGOTT E.C. & B. HEINE, eds, 1992. Approaches to grammaticalization, Amsterdam-Philadelphia, Benjamins.
WALTEREIT, R., 1999. « Reanalysis als metonymischer Prozess », Reanalyse und Grammatikalisierung in romanischen Sprachen, Lang J. & Neumann-Holzschuh, I. (eds), Tübingen, Niemeyer, 19-29.

Date limite pour le dépôt des propositions de communication : le 15 février 2012
Délai d’acceptation : le 30 avril 2012.
Livraison du programme définitif : le 15 juin 2012.
Délai de remise des manuscrits pour publication : le 30 novembre 2012.
Montant de la finance d’inscription : 100 FS

Modalité de dépôt des propositions de communication :

entre une page et demie (minimum) et deux pages (maximum), en Times New Roman police 12, interligne simple, bibliographie comprise. Expliciter le lien avec la thématique du colloque, préciser quelles données seront investiguées et selon quelle méthodologie. Limiter la bibliographie à six références maximum, en essayant autant que possible de ne pas citer vos propres travaux (pour que les propositions restent anonymes). Les propositions de communications – anonymisées – seront envoyées à l’adresse électronique suivante (indiquer dans le message uniquement vos coordonnées, votre rattachement institutionnel, le titre de votre communication) : Reanalyses.ISLC@unine.ch

Secrétariat du colloque :

Université de Neuchâtel
Institut des Sciences du Langage et de la Communications
Madame Florence Rohrbach
22, Ruelle Vaucher
CH – 2000 Neuchâtel
Florence.rohrbach@unine.ch

Lieux

  • Neuchâtel, Confédération Suisse

Dates

  • mercredi 15 février 2012

Fichiers attachés

Mots-clés

  • variations morpho-syntaxiques, modélisation des structures paradigmatiques, polysémies lexicales, réanalyse

Contacts

  • Florence Rohrbach
    courriel : reanalyses [dot] islc [at] unine [dot] ch

Source de l'information

  • Florence Rohrbach
    courriel : reanalyses [dot] islc [at] unine [dot] ch

Pour citer cette annonce

« Réanalyses », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 07 novembre 2011, http://calenda.org/206004