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Qui gouverne dans les Amériques et en Europe ?

Who Governs in the Americas and in Europe?

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Publié le lundi 07 novembre 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

La gouvernance repose t-elle sur la « responsabilité », la « transparence », « l’état de droit » et la « participation » comme le soutiennent ses défenseurs ou au contraire conduit-elle au démantèlement de l’intérêt général au profit des lobbies et autres intérêts particuliers ? L’éclatement des centres de décisions et la multiplication des acteurs impliqués dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques conduiront-ils à l’émergence d’une véritable démocratie participative ou au contraire à l’affaiblissement des autorités publiques, seules garantes d’une véritable égalité des citoyens devant la loi ? Toutes ces questions et bien d’autres seront au cœur de la problématique du colloque « Qui gouverne ? ».

Annonce

Colloque international organisé par les universités de Poitiers (MIMMOC), Caen (ERIBIA), de Paris Ouest Nanterre (CREA) et du Maine (3L. AM), Le Mans. Il aura lieu du 15 au 17 novembre 2012 à l’Université de Poitiers, Maison des Sciences de l'Homme et de la Société.

Argumentaire

Au début des années 1960, une controverse sur la nature du pouvoir politique américain a opposé C. Wright Mills auteur de L’Élite au pouvoir (1956) à Robert A. Dahl, professeur de science politique à l’université de Yale. C. Wright Mills, sociologue critique, soutenait que le système démocratique américain est une illusion : le pouvoir est confisqué par une élite qui forme une sorte de caste étroite où les intérêts financiers, militaires et politiques sont fortement imbriqués en un système clos. Dans la droite ligne du courant dit « pluraliste », Robert Dahl avait répliqué en soutenant que, dans une démocratie, les instances de décision sont loin d’être monolithiques et que les élites ne sont pas homogènes. Dans son ouvrage Qui gouverne ? Dahl soutient que le système démocratique est comme une « polyarchie » où la division du pouvoir est la règle ; le pouvoir politique est partagé entre différents groupes dominants qui sont en compétition pour faire accepter leurs choix et leurs idées.

Une thèse qui préfigure l’émergence de la notion de « gouvernance » dont l’usage a connu un essor fulgurant depuis les années 1990. La notion de gouvernance, initialement utilisée pour désigner la manière dont un gouvernement exerce son autorité économique, politique et administrative et gère les ressources d’un pays en vue de son développement, a ensuite été étendue à d’autres domaines. C’est pourquoi, ce concept a été abondamment utilisé par les théoriciens de l’action publique, les politologues et les sociologues. La gouvernance est à la fois un moyen de signifier la légitimité du fonctionnement politique, les relations de l’administration avec le corps politique et les rapports entre eux, la société et le monde économique. C’est une théorie de la régulation sociale qui peut être déclinée à toutes les échelles de gouvernement. Ainsi on parle de gouvernance locale, de gouvernance urbaine, de gouvernance territoriale, de gouvernance européenne, et de gouvernance mondiale. Cette notion s’applique aussi aux organisations non étatiques locales, nationales et internationales.

Les détracteurs de cette notion dénoncent une idéologie du désengagement de l’État providence depuis le tournant néolibéral des années 1980. C’est pourquoi certains chercheurs voient en la gouvernance une théorie de la « décomposition » de l’État. Ils dénoncent l’abandon du terme « gouvernement » au profit de celui de gouvernance en expliquant qu’il s’agit d’une rupture du pouvoir décisionnaire de l’Etat garant de la souveraineté populaire, remplacé par une démocratie participative n’ayant aucun attribut réellement politique. Pour ces derniers, le glissement du gouvernement à la gouvernance démontre que l’on est passé d’une civilisation de la souveraineté populaire incarnée dans la loi républicaine, garantie de l’intérêt général, à une société pragmatiste et utilitariste, garante d’intérêts économiques singuliers, dans laquelle la notion de bien commun n’a plus de place véritable.

Dès lors, la notion de gouvernance s’inscrit aujourd’hui dans le prolongement de la controverse sur la nature du pouvoir, suscitée par C. Wright Mills et Robert A. Dahl et le débat est loin d’être clos. La question qui se pose alors est de savoir si le passage de la notion de « gouvernement » à celui de « gouvernance » constitue un simple glissement sémantique ou au contraire implique un bouleversement idéologique majeur ? La gouvernance repose t-elle sur la « responsabilité », la « transparence », « l’état de droit » et la « participation » comme le soutiennent ses défenseurs ou au contraire conduit-elle au démantèlement de l’intérêt général au profit des lobbies et autres intérêts particuliers ? L’éclatement des centres de décisions et la multiplication des acteurs impliqués dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques conduiront-ils à l’émergence d’une véritable démocratie participative ou au contraire à l’affaiblissement des autorités publiques, seules garantes d’une véritable égalité des citoyens devant la loi ? On peut également se demander avec Sheldon Wolin si la «démocratie des affaires » ne conduit pas à de nouvelles formes de totalitarisme (Democracy Incorporated; Managed Democracy and the Specter of Inverted Totalitarianism).

Modalités de soumission

Toutes ces questions et bien d’autres seront au cœur de la problématique du colloque « Qui gouverne ? ». Ce colloque qui se veut pluridisciplinaire fait appel à des spécialistes en sciences politiques, sociologie, sociologie politique, civilisation, histoire, philosophie politiques, études comparatives (la liste n’est pas exhaustive).

Langues : français et anglais.

Propositions : (maximum 500 mots, avec un CV)

à envoyer avant le 15 avril 2012.

Les propositions retenues seront annoncées vers le 15 juin 2012.

Contact, envoi et sélection des propositions :

Lieux

  • 95 avenue du recteur Pineau
    Poitiers, France

Dates

  • dimanche 15 avril 2012

Fichiers attachés

Mots-clés

  • Gouvernance, pouvoir (s), groupes d'intérêt, lobbies, démocratie

Contacts

  • Salah Oueslati
    courriel : salah [dot] oueslati [at] univ-poitiers [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Salah Oueslati
    courriel : salah [dot] oueslati [at] univ-poitiers [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Qui gouverne dans les Amériques et en Europe ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 07 novembre 2011, http://calenda.org/206011