AccueilHistoire et mémoire des mouvements syndicaux au XXe siècle : regards croisés sur la France et le Puy-de-Dôme

Histoire et mémoire des mouvements syndicaux au XXe siècle : regards croisés sur la France et le Puy-de-Dôme

The history and memory of union movements in the 20th century: crossed perspectives in France and the Puy-de-Dôme

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Publié le lundi 14 novembre 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Ce colloque invite à une réflexion sur la construction de l’histoire des mouvements syndicaux entre histoire et mémoire, fondée sur un aller / retour entre les deux échelles du local et du national et sur une approche interconnectée des mouvements syndicaux, trop souvent séparés dans la recherche historique : mouvements ouvriers, paysans, enseignants, étudiants… qui connaissent pourtant bien des moments de rencontre, voire de convergence. Deux modalités d’exploration seront privilégiées : d’une part, la construction de l’histoire des mouvements syndicaux dans le dialogue entre chercheurs en sciences humaines et acteurs ; d’autre part, la fabrication et l’usage de la mémoire du syndicalisme par les syndicats.

Annonce

Appel à colloque « Histoire et mémoire des mouvements syndicaux  au XXe siècle : regards croisés sur le Puy-de-Dôme et la France », 12, 13 et 14 décembre 2012

Centre d’histoire Espaces et cultures - Université Blaise Pascal Clermont 2

Porteurs du projet scientifique : Mathias Bernard, Nicolas Carboni, Fabien Conord, Pierre Cornu, Vincent Flauraud, Jean-Philippe Luis, Nathalie Ponsard.

Maison des sciences humaines,  Clermont-Ferrand

Présentation

Inscrit dans le prolongement de l’exposition sur l’histoire du syndicalisme dans le Puy-de-Dôme, ce colloque invite à une réflexion sur la construction de l’histoire des mouvements syndicaux entre histoire et mémoire, à un moment où l’enjeu mémoriel est toujours aussi vif et où l’instrumentalisation de l’histoire et de l’historien se pose plus que jamais. À un moment aussi où, dans le grand public, les frontières entre les deux notions ont parfois tendance à se confondre alors que dans le cadre d’un renouvellement historiographique, depuis la fin des années 1970, s’est épanouie une réflexion sur la distinction et la relation entre ces deux notions. Par souci de clarté, nous reprendrons la définition de la mémoire donnée par Philippe Joutard, « souvenir d’événements vécus par soi-même, ses ancêtres ou les personnes de son groupe » qui souligne bien « le rapport direct » et « affectif » au passé, inclut l’oubli et prend en compte l’indispensable articulation entre mémoire individuelle et collective[1]. Quant à l’Histoire, nous la définirons classiquement comme une « science du rapport des sociétés au temps », spécifique par l’usage de sources variées, un travail critique fondé sur le croisement et la comparaison, et un souci d’explication autant que de compréhension.

Ces définitions posées, la réflexion sur les rapports entre histoire et mémoire sur cet objet singulier nous semble pouvoir être fondée sur un aller/retour entre les deux échelles du local et du national et sur une approche interconnectée des mouvements syndicaux, trop souvent séparés dans la recherche historique : mouvements ouvriers, paysans, enseignants, étudiants… qui connaissent pourtant bien des moments de rencontre, voire de convergence.

Deux modalités d’exploration seront privilégiées : d’une part, la construction de l’histoire des mouvements syndicaux dans le dialogue entre chercheurs en sciences humaines et acteurs ; d’autre part, la fabrication et l’usage de la mémoire du syndicalisme par les syndicats. Avec l’idée de distinguer ces constructions dans l’analyse, mais d’en saisir l’articulation, éventuellement le conflit, dans les pratiques comme dans les représentations.

I - Entre histoire et mémoire : Vers la construction d’une histoire du rapport au temps des mouvements syndicaux   

Le questionnement histoire/mémoire a très peu été abordé à l’intérieur du champ de « l’histoire du syndicalisme », dont le « singulier » interpelle par ailleurs. Il semble pourtant crucial pour mener à bien une histoire des mouvements syndicaux fondée sur le croisement de l’étude des stratégies syndicales (confédérales et départementales) et des expériences militantes ; une histoire qui prenne en compte l’examen des relations intersyndicales ; une histoire inscrite dans un cadre comparatiste qui permette par exemple de s’interroger sur la « spécificité revendiquée » des mouvements syndicaux du Puy-de-Dôme.

Pour relever ce défi, le colloque vise à réunir des travaux portant sur des espaces, des acteurs, des actions collectives et des temps différents. Mais surtout, il a l’objectif de mettre en lumière les moments de convergence et de dépassement des cloisonnements identitaires (la tourmente contestataire de 1968, le mouvement du Larzac, les grèves contre les réformes des retraites…).

Ainsi, à travers ces approches différentes, et sur la dialectique Histoire/Mémoire, il sera possible d’une part d’échanger entre praticiens des sciences sociales : comment se noue le dialogue entre historiens, sociologues et politistes ? Comment les historiens s’approprient-ils les concepts, les méthodes et les résultats des travaux issus de la sociologie du syndicalisme, du travail ou des conflits, et comment les sciences du présent prennent-elles en compte la critique des mémoires produite par les historiens ?  D’autre part, il nous faudra examiner les enjeux du dialogue entre les chercheurs en sciences humaines et les acteurs du mouvement syndical. En effet,  comment les chercheurs en sciences humaines construisent-ils leurs rapports – intellectuels et humains - avec ces derniers ? Et, au-delà des sources écrites qui disent davantage les institutions que les individus, que leur apportent les mémoires des acteurs/témoins ?

A contrario, dans quelle mesure (ou en quelles occasions) les acteurs du mouvement syndical recherchent-ils un regard scientifique et extérieur pour mettre à distance leur propre histoire et en tirer des enseignements ? Dans le même temps, quel regard, éventuellement critique, portent-ils sur la production scientifique, susceptible d’interpeller ou de « heurter » leur mémoire de « témoins/acteurs » ?

Ce qui implique de donner la parole aux témoins, non pas pour opposer ou confronter les deux discours – scientifique et testimonial- mais pour mieux comprendre la réception du discours scientifique sur les acteurs des mouvements syndicaux et interroger la possibilité d’une co-construction féconde non pas de l’histoire, mais de son questionnement.

II   -  La fabrication syndicale de la « mémoire/histoire » : identité, légitimité, expressivité

Parallèlement, dans l’optique de comprendre la construction et les usages des identités syndicales, l’historien peut s’engager dans l’analyse de la fabrication de la « mémoire », qui se veut aussi « histoire », par les syndicats. Sur ce terrain de recherche, nous voudrions montrer que toute fabrication « mémorielle », quelle que soit le registre de langage qu’elle utilise, repose sur différents composants en circulation sur un « temps long » et navigant entre les différentes échelles de l’action syndicale.

Pour mettre en valeur la production « par le bas » des mémoires du syndicalisme, la moins connue à ce jour, il nous semble judicieux de concentrer l’étude :

  • sur la voix : comment la « mémoire » du mouvement syndical est-elle « rappelée » dans les discours ? Quels événements ? Quelles figures ? Quels « acquis » ?  Mais aussi, quels silences et quels oublis (conscients ou inconscients) ?
  • Sur le geste : Comment le passé s’inscrit-il dans les défilés ? (drapeaux, banderoles, slogans etc.). Comment certains syndicats se réapproprient-ils l’histoire du mouvement ouvrier tout entier ?
  • Sur l’écrit : comment les syndicats écrivent-ils et donnent-ils à lire leur histoire ? Ce qui suppose une réflexion sur le statut des « écrivains » et leur positionnement : Qui sont-ils ? Des militants expérimentés ? Des journalistes militants ? Des historiens militants ? D’où l’analyse des vecteurs (édition d’ouvrage et de brochures ; dossiers commémoratifs dans la presse syndicale) et des thématiques privilégiés.  
  • Sur l’imagerie, dans sa diversité : affiches, caricatures, mais aussi documentaires « syndicaux » sur certains événements tels que Mai-Juin  68 et autres conflits symboliques.

L’idée directrice de cet axe est donc que les syndicalismes sont porteurs d’un rapport à l’histoire que l’historien ne peut méconnaître, et que le comprendre nécessite d’appliquer la méthode de l’historien non seulement à ce que lui-même considère comme ses « sources » légitimes, mais également à ce que le rapport singulier des syndicalismes à l’histoire produit et exprime, et qui est tout aussi légitime pour penser avec la même rigueur histoire et mémoire.

Envoi de la proposition de communication

Titre provisoire du projet et une dizaine de lignes de présentation (avec coordonnées précises de l’auteur) à envoyer à  Nathalie Ponsard : nat.ponsard@wanadoo.fr

avant le 15 mars 2012 

La sélection sera opérée par les porteurs scientifiques du projet.

[1] Ph. Joutard, « Mémoire collective », dans Historiographies, tome 2, dir. C.Delacroix et alii, pp 779-791 

 

Lieux

  • 29 boulevard Gergovia (Université Blaise Pascal)
    Clermont-Ferrand, France

Dates

  • jeudi 15 mars 2012

Mots-clés

  • Histoire des syndicalisme, mémoire des syndicats, fabrication des identités syndicales, dialogue entre historiens, politistes et sociologues

Contacts

  • Nathalie Ponsard
    courriel : nat [dot] ponsard [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • Nathalie Ponsard
    courriel : nat [dot] ponsard [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Histoire et mémoire des mouvements syndicaux au XXe siècle : regards croisés sur la France et le Puy-de-Dôme », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 14 novembre 2011, http://calenda.org/206119