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Anthropologie, psychanalyse et politique

Anthropology, psychoanalysis and politics seminar

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Publié le mardi 22 novembre 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Ce séminaire propose de repenser les dialogues et les mises à l’épreuve réciproques entre anthropologie et psychanalyse. Il s’efforce d’articuler trois lignes de questionnement : 1. clinique du terrain et terrains cliniques ; 2. folie et État et 3. rouvrir le débat entre anthropologie et psychanalyse.

Annonce

Ce séminaire propose de repenser les dialogues et les mises à l’épreuve réciproques entre anthropologie et psychanalyse. Il s’efforce d’articuler trois lignes de questionnement :

Clinique du terrain et terrains cliniques : des anthropologues s’interrogent sur la nature des relations interpersonnelles développées durant leurs enquêtes, le sens et les modalités de leur écoute, et, corollairement, les mobiles intimes de la parole des acteurs. Les crises économiques et politiques qui bouleversent de nombreuses sociétés s’impriment, en  effet, dans la situation ethnologique. De surcroît, l’ethnologue se trouve de plus en plus fréquemment en contact avec des populations en fragilisation croissante, en état de non inscription, et même d’errance.

Folie et État : on développera une réflexion croisée, d’un côté sur les effets sur les élaborations identitaires des nouvelles représentations du bien-être psychique, de l’autre, sur les instances de légitimation sur ce que serait une bonne santé psychique en termes de prévention, de diagnostic, de traitement et de leur évaluation. Enfin, le lien doit être souligné entre les terreurs issues de la violence de l’État et les confusions des registres du Réel, de l’Imaginaire et du Symbolique, qui font tenir l’existence singulière et les échanges sociaux. D’une certaine manière, la folie a disparu au profit de l’exclusion et de la stigmatisation des perdants. Dans les pays lointains qui ne rentrent pas dans cette industrialisation du soin, l’OMS., au contraire, préconise un retour aux dispositifs dits « traditionnels », légitimant médiums, devins et autres guérisseurs. Dans ces deux configurations du monde globalisé, les États jouent un rôle majeur, idéologique, symbolique, mais aussi institutionnalisant les corps des professionnels du soin psychique. La psychanalyse fait actuellement l’objet d’un débat social, d’autant plus aigu que c’est la singularité du sujet individuel qui est en jeu. La présence de la psychanalyse dans les institutions de soin et d’enseignement redevient l’enjeu d’une lutte, alors que la psychiatrie et la psychopathologie sont de plus en plus biologiques.

Un dernier volet  : rouvrir le débat entre anthropologie et psychanalyse de l’ordre épistémique et épistémologique, à l’heure où le cognitivisme est, pour un nombre croissant d’anthropologues, un outil de validation de leurs recherches et de leurs résultats. La généralisation de l’économie de marché a eu des effets de plus en plus prononcés sur les définitions de la souffrance psychique, des troubles mentaux, leurs modes de diagnostic et leur traitement. Dans les démocraties industrielles, on constate la dominance des modélisations biologiques et neurologiques, le retour à un primat héréditaire et la mise en avant de polices de rééducation comportementaliste.

Programme

22 novembre - 11h-13h

Françoise Hatchuel et Maryline Nogueira-Fasse : " « Démarche clinique d’orientation psychanalytique en sciences sociales et humaines. Réflexion et études de cas sur les rites de passage aujourd’hui »

13 décembre – 9h-11h

Virginie Valentin : "Interactions et entretiens cliniques dans un projet sur le rapport au corps des adolescents : questions d'éthique de l'évaluation"

10 janvier – 11h-13h

Wenjing Guo, "Internet en chine :problèmes méthodologiques pour l’anthropologue",
Commentaire : Monique Selim

14 février – 10h – 12h

Jie Yao, Yan Helaï (sous réserves), Olivier Douville : "histoire et actualité de la psychanalyse en Chine"

20 mars – 10h – 12h

Elisabeth Kaluaratchige : "L'auto-thérapie": un phénomène religieux de "New Age"?

Psychanalyste, Psychologue clinicienne, Maître de Conférences, Chercheuse, Equipe « Corps, pratiques sociales et anthropologie psychanalytique », CRPMS, Université Paris 7.

L’« Auto-thérapie » est un phénomène du monde moderne, auquel la théorie psychanalytique de l’entendement collectif confronte, et qui en outre est apte à l’illustrer. Détaché de la « foule », encadré dans un système fermé, engagé dans une pratique plutôt « auto et solo : soi même et seul » ou quasi-individuel, l’homme triste de la modernité est-il un « malade qui multiplie les remèdes » ?

L’« Auto-thérapie » revoie à l’univers des psychothérapies non conventionnelles, pseudo-scientifiques, para-psychologiques… provenant de différents horizons. Se situe-t-elle entre la souveraineté des organisations religieuses qui s’occupent du corps de la sublimation et celle de la médecine qui traite le corps biologique ? Freud trace déjà au début du 20ème siècle, l’énigme de la pulsion qui force un certain homme moderne de mener une quête d’« auto solution » ascétique. L’homme « autoïque » du New Age insinue-t-il qu’il est malade d’une « maladie du moi » et d’un malaise de l’individualisme, plutôt que d’un malaise dans la civilisation ? Il s’agit ici de questionner les techniques qu’il utilise pour éliminer le moi ou pour transformer « quelque chose de son moi qu’il ne veut pas assumer. Au travers de cette interrogation, il est juste de saisir l’articulation entre un piétisme saisonnier ou un protestantisme plus protestant que le protestantisme chrétien et un Gethsémani de la modernité.

15 mai – 10h – 12h

Tania Roelens : « Ceci n'est pas une guerre », à propos de la violence en Colombie.

La Colombie présente une situation politique apparemment stable alors qu'elle est traversée par un conflit d'une extrême et ample violence qui s'enracine dans une longue histoire: près de 20 000 homicides par an, entre 50 000 et 250 000 disparus, 4 millions de déplacés internes, le ressurgissement permanent de bandes armées. Des sources diverses témoignent chaque année de dizaines d’assassinats de syndicalistes, de juristes, de leaders populaires, de journalistes, d’enseignants, d'indiens, de noirs, de marginaux, des dizaines de massacres dans les campagnes et d’enlèvements. La banalisation, le déni et l’amnésie recouvrent cruellement ces crimes tout comme l’impunité et les courageuses tentatives pour en sortir. Tania Roelens souhaite s’interroger sur les ressorts de ce paradoxe aux niveaux subjectif et collectif.

Bibliographie en français:

  • Gabriel Garcia Marquez: Cent ans de solitude.
  • Fernan Gonzalez et Fabio Zambrano, CINEP: L’état inachevé, racines de la violence en Colombie, FPH, 1995.
  • Gonzalo Sanchez, Guerre et politique en Colombie, L’Harmattan, 1998.
  • William Ospina: Ursúa, JC Lattès, 2007.
  • Daniel Pécaut: “Réflexions sur la violence en Colombie”, in “De la violence” de Françoise Héritier, 0dile Jacob, 1996.
  • “Les Farc, une guérilla sans fins?”, _ HYPERLINK "http://echogeo.revues.org/10163" __http://echogeo.revues.org/10163_, 2008.
  • M. Victoria Uribe, Anthropologie de l’inhumanité, essai sur la terreur en Colombie, Calmann Lévy, 2004.         

Tania Roelens est psychiatre et psychanalyste, elle exerce à Paris et dans le Val de Marne après avoir vécu en Colombie pendant 20 ans. Elle a séjourné pendant 3 ans dans la région de l’Orénoque auprès des indiens sikuani. A Bogota elle a fondé et dirigé pendant 10 ans le centre d’accueil “Cachivache” pour jeunes de la rue et participé aux activités de l’association de psychanalystes Aldabon. Éditrice de la revue de psychanalyse Post Data, recopilatrice de textes de psychanalyse et d’écrits de jeunes de la rue.

Auteure de :

  • « Convulsions collectives en terre de haï », revue Essaim No3, Dépossessions subjectives, Érès, 1999.
  • « Le colibri et puis la rose », revue La célibataire No10, L’exil, EDK, 2006.
  • El canto de los peces/Menepijiwipeliwaisianü, Bogota, 1994.
  • Traduction du recueil de poèmes de William Ospina, A qui parle Virginia en marchant vers l’eau?, bilingue, Cheyne editeur, 2004.

12 juin- 10h-12h

Marie Rebeyrolle: « Le coaching de dirigeants en entreprise : retour sur une pratique »

26 Juin- 10h-12h

Marie Bonnet : « Lacan, la femme n'existe pas »

Jacques Lacan, psychiatre et psychanalyste français (1901-1981) a développé dans son œuvre et dans le cadre de ses séminaires, une réflexion sur les relations entre l'homme et la femme. La phrase « la femme n’existe pas » fait partie des quelques citations souvent commentées dans l’œuvre de Lacan. Sa recherche concernant la place du phallus dans les relations entre les hommes et les femmes a pu être interprétée comme l’avatar d’une pensée phallocentrée, pourtant cette opinion n’est pas unanime dans la communauté intellectuelle. Lacan ne s’est pas contenté de proposer une réflexion sur ce que pouvait être LA femme, il s’est également interrogé cliniquement sur ce que pouvait signifier la jouissance féminine qui ne se réduit pas à la jouissance phallique. Ce qu’il avance à partir du séminaire « d’Un discours qui ne serait pas du semblant » concernant les femmes, puis dans les séminaires qui suivent notamment « Encore », peut-être lu aussi en écho aux écrits féministes relatifs à l’essence féminine et à la domination masculine.

Marie Bonnet est psychanalyste et anthropologue. Elle est installée comme thérapeute depuis 2007 et exerce actuellement en cabinet de ville à Paris et auprès de la sécurité civile. Docteure en anthropologie, chercheure associée au laboratoire de recherche CRPMS – Paris VII-, ses recherches portent sur la relation de soin et le psychotraumatisme. Son ouvrage paru en 2011, « anthropologie d’un service de cancérologie pédiatrique », témoigne de son expérience auprès d’enfants hospitalisés. Marie Bonnet a exercé en tant que directrice d’hôpital (1999-2007) en Ile de France et à Marseille. Elle est trésorière de l’Association Française des Anthropologues et membre du comité de rédaction du « Journal des Anthropologues » et de la revue « Gestions Hospitalières ».

Lieux

  • 16–18 rue Suger (Maison Suger)
    Paris, France

Dates

  • mardi 22 novembre 2011
  • mardi 13 décembre 2011
  • mardi 10 janvier 2012
  • mardi 14 février 2012
  • mardi 20 mars 2012
  • mardi 15 mai 2012
  • mardi 12 juin 2012
  • mardi 26 juin 2012

Mots-clés

  • anthropologie, psychanalyse, politique

Contacts

  • Marie Bonnet
    courriel : mbonnet [at] ehess [dot] fr

Source de l'information

  • Marie Bonnet
    courriel : mbonnet [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Anthropologie, psychanalyse et politique », Séminaire, Calenda, Publié le mardi 22 novembre 2011, http://calenda.org/206255