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Traduire sans papiers

Illegal Translation

Poétiques de la traduction / politiques de la traductologie

Poetics / Politics of Translation

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Publié le jeudi 24 novembre 2011 par Claire Ducournau

Résumé

Appel à communication ouvert jusqu'au 30 janvier 2012. Le colloque, organisé par le CERCC, aura lieu du 10 au 12 octo­bre 2012 à l'ENS Lyon. Il interroge la dimension subversive de la traduction conçue comme un évènement modifiant radicalement les tracés de frontières. Outre les communications scientifiques d'un format habituel, nous prévoyons d'organiser des ateliers de travail collectif de 5 à 8 personnes et deux moments de partage artistique. Trois confé­ren­ces plé­niè­res seront don­nées par Emily Apter, Naoki Sakai et Sherry Simon.

Annonce

Argumentaire

« La tra­duc­tion favo­rise la com­pré­hen­sion entre les peu­ples et la coo­pé­ra­tion entre les nations », lit-on dans les actes de la confé­rence de Nairobi orga­ni­sée par l’Unesco en 1976. On se figure volon­tiers la tra­duc­tion comme un pont per­met­tant de passer d’une « langue source » à une « langue cible » comme on se rend d’une rive « de départ » à la rive « d’arri­vée ». Conciliatrice en appa­rence, cette repré­sen­ta­tion ne risque t-elle pas de favo­ri­ser l’ins­tru­men­ta­li­sa­tion iden­ti­taire des lan­gues ? La tra­duc­tion est-elle un moyen de bâtir des arches de concorde ou bien de sécu­ri­ser des tracés de fron­tiè­res ? Les lan­gues sem­blent, en effet, som­mées d’assu­rer une ligne de par­tage entre « soi » et « l’étranger », de pré­fé­rence en épousant les fron­tiè­res des états nations. La méta­phore du pont pré­serve de ras­su­ran­tes oppo­si­tions et garan­tit des dua­li­tés pra­ti­ques, mais elle tend à esca­mo­ter les rup­tu­res lan­ga­giè­res ou, pire encore, à les conso­li­der en objets théo­ri­ques. Dans un contexte de « débat » sur « l’iden­tité natio­nale » et de réta­blis­se­ment des fron­tiè­res euro­péen­nes, il y a peut-être une forme d’urgence à modi­fier cette repré­sen­ta­tion de l’acte de tra­duire. Sitôt dis­si­pée l’illu­sion du pont, on s’aper­çoit que la tra­duc­tion ne se réduit pas à un pas­sage ni à un trans­fert d’une langue source vers une langue cible. Elle semble plutôt réac­tua­li­ser, à un autre point du temps, le bat­te­ment d’une énonciation dont l’ori­gine étrangère est la marque d’une désas­su­rance, d’une incer­ti­tude, car ce bat­te­ment ouvre une brèche dans les lan­gues, dévoile leurs stra­ti­fi­ca­tions et leurs lignes de faille. Il est impos­si­ble, dès lors, de conce­voir « la langue » comme une entité stable et indi­vi­si­ble. « Traduire sans papiers », ce n’est pas cher­cher l’équivalent lin­guis­ti­que de cette expres­sion en anglais ou en inu­q­ti­kut : c’est se donner pour tâche de penser la tra­duc­tion dans sa dimen­sion la plus sub­ver­sive de mise en crise des iden­ti­tés. Résolument inter­na­tio­nal et trans­dis­ci­pli­naire, ce col­lo­que est ouvert à de mul­ti­ples pro­po­si­tions. Parmi les pistes pos­si­bles, on peut men­tion­ner de manière non exhaus­tive :

  • L’ana­lyse des mar­ques spé­ci­fi­ques du texte tra­duit. Qu’est-ce qu’une énonciation tra­dui­sante ? L’examen concret des textes est néces­saire pour rame­ner la théo­rie de la tra­duc­tion à sa nature d’expé­rience : il s’agit d’élaborer une véri­ta­ble pensée-pra­ti­que, seule à même de rendre compte de l’évènement qu’est la tra­duc­tion. Ramenée à l’échelle micro­sco­pi­que des indi­ces de l’énonciation, la dis­tinc­tion entre texte « ori­gi­nal » et texte tra­duit s’avère épineuse. Qu’en est-il des cas limi­tes qui sem­blent rele­ver d’une téra­to­lo­gie de la tra­duc­tion : pseudo-tra­duc­tions, textes faus­se­ment bilin­gues, tra­duc­tions sans ori­gi­naux ou encore textes simul­ta­né­ment sour­ces et cibles ?
  • Comment lit-on un texte tra­duit ? C’est à dire, indis­so­cia­ble­ment, à qui s’adresse t-il et com­ment ? Où situer l’ins­tance d’énonciation d’une tra­duc­tion ? Vient-elle s’ajou­ter ou bien se sub­sti­tuer à l’énonciateur ini­tial ? La situa­tion du tra­duc­teur n’est pas sans évoquer le texte de Gayatri Spivak, Can the Subaltern Speak ? Y a t-il un risque d’usur­pa­tion, de parole souf­flée en tra­duc­tion ? D’autres appro­ches des textes, comme celle de l’anthro­po­lo­gie esquis­sée par Karin Barber, nous per­met­tent d’avan­cer dans cette inter­ro­ga­tion.
  • L’explo­ra­tion de l’his­to­ri­cité des tra­duc­tions. La tra­duc­tion est fon­da­men­ta­le­ment intem­pes­tive. Elle donne le mou­ve­ment des tra­di­tions et en accom­pa­gne la déhis­cence. Il ne s’agit pas de lisser le deve­nir dia­chro­ni­que de la tra­duc­tion mais de loca­li­ser les téles­co­pa­ges entre les textes et entre les pra­ti­ques. Le « contexte » semble rester exté­rieur au texte comme le ferait un conte­nant neutre. Dans quels termes saisir les cir­cons­tan­ces qui par­ti­ci­pent de la trame du texte, de son grain et de la manière dont il s’adresse à ses coénon­cia­teurs ? Peut-on mon­trer que le court-cir­cuit de la tra­duc­tion rend brus­que­ment lisi­bles les cir­cons­tan­ces par­ti­cu­liè­res du texte de départ ?
  • Les poli­ti­ques lin­guis­ti­ques. Les événements de tra­duc­tions ne sont pas indé­pen­dants de leurs condi­tions de pos­si­bi­lité - déci­sions éditoriales, moyens finan­ciers, etc. D’ordi­naire, l’impor­tance octroyée à la tra­duc­tion résulte des poli­ti­ques lin­guis­ti­ques. Pourrait-on, à l’inverse, ima­gi­ner d’autres formes de poli­ti­ques à partir de la tra­duc­tion ? Envisagé selon cette pers­pec­tive, l’intra­dui­si­ble se déleste de sa dimen­sion méta­phy­si­que pour appa­raî­tre sous un autre jour : ne donne t-il pas à lire une forme de résis­tance ?

Modalités de soumission

Les pro­po­si­tions de com­mu­ni­ca­tion sont à envoyer à day­re@o­range.fr et à myriam.suchet@ens-lyon.fr

avant le 30 jan­vier 2012

An English version is available at : http://cercc.ens-lyon.fr/spip.php?article161

Lieux

  • 15 Paris René Descartes (ENS)
    Lyon, France

Dates

  • lundi 30 janvier 2012

Mots-clés

  • traduction, politique, poétique, évènement, hétérolinguisme

Contacts

  • Myriam Suchet
    courriel : myriam [dot] suchet [at] univ-paris3 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Myriam Suchet
    courriel : myriam [dot] suchet [at] univ-paris3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Traduire sans papiers », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 24 novembre 2011, http://calenda.org/206274