AccueilPassions et pulsions à la cour, XIIIe-XVIIIe siècle

Passions et pulsions à la cour, XIIIe-XVIIIe siècle

Passions and Drives at Court, 13th-18th centuries

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Publié le jeudi 01 décembre 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Depuis les travaux de N. Elias, la cour est souvent présentée comme un lieu disciplinant les comportements individuels et collectifs, réfrénant les passions et les pulsions. Quoique revisitée, cette représentation d'une cour contrôlant les gestes et les affects reste de mise lorsqu'elle paraît favoriser l'expression de certaines émotions, intégrer des formes ritualisées de violence, ou encore codifier les sens. La cour est toutefois aussi le lieu de formes de violence publique, qui sont la marque de l'autorité. Le colloque réuni à Avignon, les 8-9 décembre 2011, examinera ces formes de Disziplinierung des passions à la cour, entre XIIIe et XVIIIe siècles.

Annonce

Présentation

De l’assassinat du roi Eric V de Danemark dans une grange près de Viborg, dans la nuit du 21 au 22 novembre 1286, par une dizaine d’aristocrates qui le lardent de quelque cinquante-six coups de dague, au meurtre nocturne d’André de Hongrie, torturé, puis pendu à la balustrade sur laquelle donnait sa chambre au château d’Aversa, le 18 septembre 1345, en passant par la mort d’Hugues le Despenser, amant du roi d’Angleterre Edouard II, pendu, traîné sur une claie, éviscéré et équarri sur l’ordre de la reine Isabelle, le 24 novembre 1326, les exemples de la plus extrême violence contre les corps ne sont pas rares, autour du prince, à la fin du Moyen Âge.

Depuis les travaux de Norbert Elias, les cours sont souvent présentées comme des lieux structurants, disciplinant les comportements individuels et collectifs, réfrénant autant que possible l’expression des passions, voire des pulsions. Ce modèle a certes été depuis revisité et redimensionné par historiens et sociologues qui ont montré que la cour de Louis XIV ne pouvait être prise comme paradigme absolu de tels phénomènes. Reste que la cour demeure un espace de contraintes multiples, de contrôle des gestes et des affects : en favorisant l’expression de certaines émotions au détriment d'autres, refrénées, cachées, voire censurées, la cour apparaît toujours comme un des lieux de codification des sens. Elle intègre de ce fait des formes de violence ritualisées ou strictement définies, joutes oratoires, luttes physiques, punitions des crimes, etc., qui se veulent des moments positifs de célébration d’une violence, qui a alors de fortes valeurs didactiques.

Mais la cour est aussi une « configuration sociale », pour reprendre le mot de N. Elias, dans laquelle certains sont amenés à exposer ou à se poser comme fauteur d’actes violents. Ces actes ne doivent pas toujours être escamotés à la vue des courtisans, car s’ils se déroulent aux marges de la cour, à des heures qui cachent les visages, leur portée en est par trop diminuée : le bruit du crime ne suffit pas ! Pour affirmer une position sociale, pour marquer une prise d’autorité, ne faut-il pas renoncer aux usages de la cour ? La violence parfois doit être vue, ressentie, et doit être  publique : à la cour fusent les insultes, les gestes menaçants et les provocations.

L’objectif de cette rencontre est d’abord de s’interroger sur cette véritable Disziplinierung des passions. Y a-t-il des modèles ? Sont-ils partagés ? Sur quoi se fondent-t-ils ? Comment ces comportements sont-ils enseignés ou acquis ? Il s’agit ensuite de savoir qui censure, qui juge de l’anormalité de comportements et d’actes violents ? Qui les punit, les sanctionne ? A partir des sources, nous nous efforceront d’appréhender les formes, les lieux et les préméditations, autant que les réparations envisagées au cours de ces deux journées qui rassembleront des spécialistes de l’histoire des cours d’Europe, du XIIIe au XVIIe siècle.

Programme

Passions et pulsions à la cour (XIIIe-XVIIIe siècles)

Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, 8-9 décembre 2011

Colloque du GDRE C3B-Culture of the Court, Culture of the Body

Organisation : B. Andenmatten (Université de Lausanne), A. Jamme (CIHAM, UMR 5648, CNRS), L. Moulinier-Brogi (Université de Lyon 2, UMR 5648), M. Nicoud (UAPV, UMR 5648)

Jeudi 08 décembre, salle 0W33 :

09h15 : Accueil des participants

09h30 : Introduction

  • 10h00 : Xavier Hélary (Université Paris-Sorbonne), Le favori, la reine, le légat. Adultère et sodomie à la cour de Philippe III, fils de saint Louis
  • 10h30 : Agostino Paravicini Bagliani (Université de Lausanne), Boniface VIII et la violence verbale

11h00 : pause

  • 11h20 : Laura Kendrick (Université de Versailles-Saint-Quentin), Violences verbales à la cour : Eustache Deschamps, le roi des laids
  • 11h50 : Nicolas Le Roux (Université de Lyon 2, UMR 5190), Mourir en barbares et gladiateurs. Violence et discipline sociale à la cour des derniers Valois

12h20 : discussion

Déjeuner

  • 15h00 : Bernard Andenmatten, Eva Pibiri (Université de Lausanne), Factions, violences et normalisation à la cour de Savoie (fin XIVe-milieu XVe siècles)
  • 15h30 : Béatrice Beys (Université de Montpellier 3), Le meurtre de Thomas Becket et son interprétation dans les chroniques françaises du XVe siècle
  • 16h00 : Sarah Vandamme (Université de Lille 3), « Sine rege et sine lege » : violences et désordres à la cour de Jeanne Ière, reine de Naples (1343-1382)

16h30 : pause

  • 16h50 : Isabella Lazzarini (Università degli Studi del Molise), L’âge des conjurations : violence, dynamiques politiques et ritualités sociales dans les cours de l’Italie du Nord à la fin du XVe siècle
  • 17h20 : Bruno Laurioux (Université de Versailles-Saint-Quentin), Violence et cuisine

17h50 : discussion

Vendredi 9 décembre, salle 0W33 :

  • 09h00 : Guido Castelnuovo (Université de Chambéry), La discipline des passions des nobles dans l'Italie des XIVe-XVIe siècles
  • 09h30 : Roxane Chilà (Université de Montpellier 3), Le prince exemplaire : Alphonse le Magnanime et la discipline des passions dans le De Dictis et factis Alfonsi regis du Panormitain
  • 10h00 : Franck Collard (Université Paris Ouest), Passions et pulsions à la cour de Charles VII: les affects du roi

10h30 : pause

  • 10h50 : Benjamin Müsegades (Georg-August-Universität Göttingen), How to discipline a duke. Punishing young princes in late medieval Germany
  • 11h20 : Pascal Brioist (Université de Tours), La gestion de la fureur dans les traités d'escrime à la Renaissance

11h50 : discussion

Déjeuner

  • 14h30 : Delphine Carrangeot (Université de Versailles-Saint-Quentin), La passion dynastique : la "preuve de virilité" vénitienne de Vincent Ier de Gonzague (1584)
  • 15h00 : Lisa Roscioni (Università degli Studi di Parma), “Toute la cour eut horrreur”: Christine de Suède et le meurtre de Gian Rinaldo Monaldeschi (1657)
  • 15h30 : Henri Duranton (Université de Saint-Etienne), L'exutoire poétique : satire et obscénités à la cour de France (XVIIIe siècle)

16h00 : pause

16h20 : discussion

16h50 : Jacques Chiffoleau (EHESS, UMR 5648), conclusions 

Lieux

  • 74 rue Louis Pasteur (Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse)
    Avignon, France

Dates

  • jeudi 08 décembre 2011
  • vendredi 09 décembre 2011

Mots-clés

  • passions, pulsions, cour

Contacts

  • Marilyn Nicoud
    courriel : marilyn [dot] nicoud [at] univ-avignon [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Marilyn Nicoud
    courriel : marilyn [dot] nicoud [at] univ-avignon [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Passions et pulsions à la cour, XIIIe-XVIIIe siècle », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 01 décembre 2011, http://calenda.org/206391