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Villes, acteurs et pouvoirs dans le monde arabe et musulman

Cities, Actors, and Power in the Arab and Muslim World

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Publié le lundi 05 décembre 2011 par Loïc Le Pape

Résumé

Colloque international et multidisciplinaire organisé par le laboratoire GREMMO (Université Lyon 2 – CNRS), membre du Labex Intelligence des mondes urbains, Lyon, 29-30 octobre 2012. Le but du colloque est de comprendre le gouvernement des villes, et pas seulement des grandes villes, dans le monde arabe et musulman à la lumière des évolutions politiques actuelles et des défis urbains.

Annonce

Version française

VILLES, ACTEURS ET POUVOIR DANS LE MONDE ARABE ET MUSULMAN, Colloque international organisé par le laboratoire GREMMO (Université Lyon 2 – CNRS), membre du Labex Intelligence des Mondes Urbains, LYON, 29-30 octobre 2012 (à confirmer)

Argumentaire

Le but du colloque est de comprendre le gouvernement des villes, et pas seulement des grandes villes, dans le monde arabe et musulman à la lumière des évolutions politiques actuelles et des défis urbains. Cette manifestation scientifique s’inscrit dans la continuité du colloque GREMMO-IFPO « Les grandes villes de Syrie dans la mondialisation », tenu à Alep en mars 2010, avec le soutien du Grand Lyon et de la municipalité d’Alep.

Excepté au Yémen, les citadins sont désormais largement majoritaires dans le monde arabe. Le taux d’urbanisation est passé de 25% en 1950 à 70% en 2010. Les pays du Golfe possèdent des taux d’urbanisation record (plus de 90% de leur population) car la manne pétrolière a provoqué une mutation rapide de ces sociétés bédouines (en grande part) qui sont aujourd’hui complètement urbanisées et mondialisées. Dans la plupart des pays arabes, les taux d’urbanisation officiels sont bien souvent inférieurs à la réalité, ce qui traduit le malaise de nombreux régimes arabes par rapport à la gestion des villes et leur relative incompréhension face aux mouvements sociaux qui s’y produisent.

Les grandes villes sont confrontées à des problèmes de gestion considérables en termes de services urbains, d’extension des quartiers informels, de pollution, de prolifération des espaces du commerce, etc. que les municipalités en place parviennent difficilement à résoudre pour diverses raisons, notamment institutionnelles, que ce colloque devra mettre en évidence. Nous discuterons ainsi l’hypothèse selon laquelle l’autoritarisme politique dénie ou obère l’exercice de pouvoirs municipaux qui sont indispensables pour gérer la complexité urbaine contemporaine, surtout dans les métropoles.

Le mouvement de « révolte » dans le monde arabe marque un refus de l’autoritarisme et une exigence de prendre son destin en main. Or, le premier stade de la démocratisation affecte la municipalité, où il est beaucoup plus difficile de changer les pratiques d’un Etat. Dans ce cadre, l’Union Européenne a financé des projets de modernisation des municipalités dans plusieurs pays de la rive sud de la Méditerranée (tel le Programme de Modernisation de l'Administration municipale en Syrie). La coopération décentralisée ou certaines politiques arabes de décentralisation (Maroc) s’inscrivent également dans ce projet politique de renforcement de l’autonomie locale.

Le premier objectif du colloque est de faire un état des lieux de la diversité du gouvernement des villes dans le monde arabe et musulman, d’identifier les différents acteurs, leurs pouvoirs respectifs et leur marge de manœuvre : ainsi, les « élus locaux » ; les cadres techniques et autres « experts » des municipalités ; les promoteurs (nationaux ou entreprises internationales) ; les sociétés privées mandatées dans le cadre de contrat de gestion déléguée ; les associations ou ONG (défense du patrimoine, protection de l’environnement, associations d’habitants, etc.) promues dans l’application d’un discours sur la « bonne gouvernance » ; les collectifs protestataires de citoyens ordinaires (souvent constitués en réaction à une politique publique de privatisation d’accès à un service ou d’expulsion) ; les notabilités marchandes… et bien sûr l’Etat.

Comment ces différentes catégories d’acteurs interagissent, se chevauchent, se concurrencent ? Constate-t-on l’affirmation de nouveaux acteurs et, inversement, le déclassement de notabilités « anciennes » comme par exemple les commerçants ? Le pouvoir de ces derniers se maintient-il localement à travers le contrôle des places marchandes informelles, la maîtrise de la circulation transnationale de marchandises ou leur participation au développement des nouveaux espaces urbains du commerce (supermarchés, shopping mall) ? A l’occasion des troubles urbains contemporains, notamment depuis l’hiver 2010, on a vu la (ré) apparition de « comités de quartier » (à Tunis ou au Caire) composés d’hommes jeunes pour la défense d’îlots résidentiels : peut-on y lire une rémanence de systèmes médiévaux de contrôle urbain, ancrés sur des liens de voisinage ?

Quelles variantes peut-on déceler dans le gouvernement urbain en fonction de la situation géographique, de l’activité économique dominante, de la trajectoire historico-politique de la ville ? A l’échelle de l’agglomération, certains quartiers, souvent périphériques, peuvent-ils être qualifiés de nouvelles centralités de pouvoir et de commandement ? Qu’en est-il de la gestion des ensembles résidentiels fermés (gated communities) ?

Le second objectif du colloque est d’identifier les processus sur le court et le long terme. Comment évolue le gouvernement des villes et les pouvoirs qui s’exercent sur elles, depuis le début de l'époque islamique ? A titre d’exemple : entre le modèle de développement urbain préconisé par l’Europe et celui venu du Golfe à travers les méga-projets immobiliers qui émergent dans les capitales du monde arabe et musulman (cf. Abdali à Amman, les berges du Lac à Tunis, la Marina de Casablanca, les souks et la future Marina de Beyrouth, etc.), lequel semble l’emporter ?

Des changements majeurs ont-ils eu lieu dans les municipalités en Tunisie et en Egypte depuis les changements de gouvernements de 2011 ? Quels enseignements tirer des élections municipales en Palestine ?

On s'attachera à repenser les manifestations modernes du pouvoir urbain à la lumière des événements passés. Si l'étude des rapports entre ville et pouvoir à l'époque médiévale a été le plus souvent envisagée par l'analyse des sources directes en arabe ou dans d'autres langues (annales, chroniques, dictionnaires biographiques etc.), une approche intégrant, par exemple, les données des textes littéraires, de l'épigraphie ou de l'archéologie, c'est-à-dire, pour ces dernières, basée sur des traces matérielles, permettrait de renouveler ces questionnements.

Sur le long terme, il faut aussi interroger la spécificité de la construction du pouvoir dans les villes arabo-musulmanes.

Modalités de soumission

  • Ce colloque multidisciplinaire est disposé à recueillir des communications d’ordre général et des études de cas, émanant de jeunes chercheurs, de (post-)doctorants et de chercheurs confirmés.
  • Les propositions de communications (1 page maximum), accompagnées d’une courte biographie ou CV, peuvent être envoyées en français ou en anglais.
  • Les communications en anglais sont bienvenues et possibles, la langue principale du colloque sera le français.

Date limite pour l’envoi d’une proposition : 15 mars 2012

Résumés à envoyer à : gremmo@mom.fr; fabrice.balanche@mom.fr; fabrice.balanche@univ-lyon2.fr

Comité d’organisation

Fabrice Balanche (Gremmo, université Lyon 2), Karine Bennafla (Gremmo, IEP de Lyon, IUF), Thierry Boissière (Gremmo, université Lyon 2), Marc Lavergne (Gremmo), Marie-Odile Rousset (CNRS-Gremmo), Olivier Frérot (Agence d’urbanisme de Lyon).

Comité scientifique :

Fabrice Balanche, Karine Bennafla, Thierry Boissière, Marc Lavergne, Marie-Odile Rousset, Olivier Frérot, Frédéric Abecassis (ENS-LSH, Lyon), Natalia Atfee (Université de Damas), Riccardo Bocco (IHED, Genève), Paul Boino (IUL, Lyon), Myriam Catusse (IREMAM, Aix-en Provence) Jamie Furniss (Gremmo, Lyon/Oxford), Aziz Iraki (INAU, Rabat), Nora Semmoud (CITERES, Université de Tours), Eric Verdeil (EVS-UMR 5600, Lyon), Leïla Vignal (Université de Rennes).

English version

Submissions

This multidisciplinary conference welcomes papers based on a general approach or particular case-studies, from both established researchers and graduate students.

Papers may be in English or French. Please submit a one-page proposal with a brief bio or CV (in English or in French) to:

gremmo@mom.fr; fabrice.balanche@mom.fr (or fabrice.balanche@univ-lyon2.fr)

The deadline for submission of paper proposals is March 15, 2012.

This conference aims to explore the government of cities, and not only big cities, in the Arab and Muslim world, in light of the recent political uprisings and the challenges of urbanization. This event follows on the ‘Major Syrian Cities’ Conference organized by the GREMMO-IFPO, in Aleppo (March 2010), with the support of the municipalities of Aleppo and Lyon.

Presentation

Except in Yemen, city-dwellers constitute the vast majority of total population in the Arab world. The urbanization rate has risen from 25% in 1950 to 70% in 2010. The Gulf countries have been rapidly transformed by oil income, from primarily Bedouin societies to some of the densest rates of urbanization in the world, exceeding 90%. They are currently completely urbanized and globalized. In many Arab countries, officially recognized urbanization rates are lower than real rates, which may reflect the malaise of numerous Arab regimes over urban management, and explain some of their lack of understanding of social mobilizations in their cities.

The big cities and metropolises are faced with management challenges related to urban services, growth of informal settlements, pollution, and the multiplication of commercial spaces. One of the objectives of this conference is to discuss and clarify the difficulties, especially institutional ones, that municipal authorities have in confronting those challenges. We suggest the following hypothesis: authoritarian regimes hinder and deny the exercise of municipal powers that are fundamental for managing contemporary urban complexity, in particular in major cities.

The so-called ‘Arab revolts’ represent a refusal of authoritarianism and a demand for self-determination. The democratization process affects municipal government, a sphere in which it is difficult to change the practices of the State. Bearing this in mind, the European Union has funded municipal modernization projects in several countries in the South and East Mediterranean zone (for instance, the Programme of Modernization of the municipal administration in Syria). Development cooperation lead by cities or regions as opposed to national governments (what in France is called ‘la coopération décentralisée’), as well as some Arab political reforms of decentralization (e.g. Morocco) participate in this project and discourse of increased local autonomy.

The first purpose of the conference is to get an overview of the diversity of urban governance in the Arab and Muslim World and to identity the different actors, their powers, and limits on their agency. These actors include local elected representatives, consultants, real estate developers (national or international), firms contracted under Public-Private Partnerships (PPP), and citizens’ associations and NGOs (involved in environmental protection, preservation of cultural heritage, etc), protest groups of ordinary citizens, prominent business people… and obviously State representatives.

How are these different categories of actors interacting, overlapping, and competing? Do we observe the emergence of new actors and the decline of old elites? For instance, do the former merchant classes still maintain power through the control of informal market places, their involvement in the transnational circulation of goods, or in the promotion of new urban commercial spaces? With the recent urban ‘revolts’ of 2011, we have been witnessing the renewal of ‘neighbourhood committees,’ often composed of youth, who take charge of the security of some urban quarters (Tunis, Cairo). Does such a situation revive the historic system of privately managing urban matters on the neighbourhood level?

Urban management and the makeup of local power depend on numerous variables that we will try to highlight, like the location, the main economic activity, the political and historical trajectory of a city.

At the scale of the whole city, are there some parts or quarters, especially peripheral one’s, that can be considered as new central spaces of power and decision-making? What can be said of gated communities?

The second purpose of the conference is to consider the process of urban management over the short- and long-term. How have urban management and power over cities evolved since the beginning of the Islamic period? For example, is the European urban development model out of date compared to the successful Gulf urban model, which has been recently deployed in several Arab and Muslim capitals (e.g. the Abdali Plan in Amman, the Marinas in Casablanca or Beirut, the shoreline of Lake Tunis)?

Have major shifts taken place in Tunisian or Egyptian municipalities since the change of governments in 2011? What lessons can be drawn from the municipal elections in Palestine?

It seems crucial to re-think the contemporary features of urban power in light of recent events. The relations between city and power during the medieval period are often studied through sources in both Arabic and other languages (annals, chronicles, biographic dictionaries). It is worth considering how an approach that would combine literature, epigraphy and archaeological data (i.e. material rather than textual traces) could contribute to a renewed study of these questions.

Through a long-term perspective, the conference will also examine the specificity of constructions of power in Arab and Muslim cities.

Organizing Committee:

Fabrice Balanche, Karine Bennafla, Thierry Boissière, Marc Lavergne, Marie-Odile Rousset, Olivier Frérot (Agence d’urbanisme de Lyon).

Scientific Committee:

Fabrice Balanche, Karine Bennafla, Thierry Boissière, Marc Lavergne, Marie-Odile Rousset, Olivier Frérot, Frédéric Abecassis (ENS-LSH, Lyon), Natalia Atfee (Université de Damas), Riccardo Bocco (IHED, Genève), Paul Boino (IUL, Lyon), Jamie Furniss (Gremmo, Lyon/Oxford), Aziz Iraki (INAU, Rabat), Nora Semmoud (CITERES, Université de Tours), Eric Verdeil (EVS-UMR 5600, Lyon), Leïla Vignal (Université de Rennes).

Lieux

  • Lyon, France

Dates

  • jeudi 15 mars 2012

Mots-clés

  • ville, pouvoir, arabe, musulman, acteurs

Contacts

  • Fabrice Balanche
    courriel : fabrice [dot] balanche [at] mom [dot] fr

Source de l'information

  • Karine Bennafla
    courriel : karine [dot] bennafla [at] sciencespo-lyon [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Villes, acteurs et pouvoirs dans le monde arabe et musulman », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 05 décembre 2011, http://calenda.org/206470