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Publié le vendredi 09 décembre 2011 par Claire Ducournau

Résumé

Après leurs premières séries consacrées à Michel Leiris et à Georges Bataille, les Éditions les Cahiers consacreront leur prochain Cahier à Antonin Artaud. Une pierre fut posée au sol en 1959 par Georges Charbonnier dans l’avant-propos au livre sur Antonin Artaud qu’il publia dans la collection Poètes d’aujourd’hui chez Seghers. Nous voulons prendre la pierre et la lancer plus loin.

Annonce

Voici la pierre en question :

« Le poète qui meurt change de visage. Son œuvre pénètre dans le domaine du public. Elle est abandonnée au jugement. Elle subit la première épreuve. Elle se révèle. Elle affirme, ou non, son efficacité, son pouvoir, sa charge.

Tant que l'homme vit, il peut s'expliquer, se justifier. Autour de lui une garde de fidèles veille qui réserve l'image - qu'ils se font - de l'homme, et l'orthodoxie de l'interprétation.

Antonin Artaud est mort il y a dix ans. Enfin l'autre l'homme, le lecteur, l'auditeur - enfin l'autre peut affronter le texte nu et, sans pudeur, lire, mâcher, retourner, ânonner, déformer, arracher, piétiner, exalter, violer les textes, ou s'abandonner à leur pouvoir d'éveil. Antonin Artaud nous appartient. Peu importe que dix fidèles hurlent au sacrilège. S'ils lui étaient fidèles c'est qu'ils le trahissaient. Nous avons le bonheur de ne pas l'avoir connu. Il est vraiment à nous. Il ne faut pas hésiter un instant à s'abattre sur le cadavre, sur le mot, sur le verbe. Celui qui fait appel au public, celui qui rend public le mot s'abandonne tout entier. Il se prostitue. Aucun cabotinage, aucune sincérité, aucun respect, aucun culte ne peut faire disparaître cela : il a fait appel à moi, il a mis son texte sous mes yeux, il s'est livré à mon jugement, à ma malignité, à mon amour, à ma haine. Les sens qu'il a prétendu émouvoir sont les miens. Son insulte et son mépris s'adressaient à moi. Celui qu'il a rejeté c'est moi ; nous sommes liés indissolublement par son cri et ne prend existence que si je l'entends. Il me foudroyait. Qu'il le prouve. Il a renoncé à l’héroïsme du silence. Il a parlé. C'est donc à moi qu'il s'adressait. Il a renoncé à l'héroïsme du suicide. A celui du non-être. A celui de n'avoir pas existé. A celui de n'avoir pas été appelé - contre sa volonté - parmi ces hommes. Il est donc bien à moi. Il est ma charogne. Et son imprécation est la mienne. Qu'il meure tout à fait. Que l'achève de le tuer. Que mes mains sales ne redoutent pas de tripatouiller ses textes. Que ses fidèles s'indignent. Qu'ils lèvent les bras. Qu'ils conservent en leur cœur le souvenir de saint Antonin Artaud. Que les feuillets s'échappent des vitrines du musée, des cartons du collectionneur. Qu’on les ramasse dans la boue et qu'on les déchiffre sans connaître leur auteur. Qu'il échappe à toute piété. Qu'on le piétine. Alors seulement le mot pourra frapper, mordre, brûler, éveiller, lacérer le corps et l'esprit. Aucune recommandation, aucune autorité, aucun magister dixit ne m'imposera, à la fin, l'ennui et l'admiration. Que la parole d'Artaud me frappe si elle le peut. Sinon elle n'est rien. S'il n'a écrit pour tous - pour moi - s'il n'est pas moi, que peut-il être ? Rien. Et s'il est moi, il l'a dit. Il l’a crié. Il suffira de lire pour retrouver mon cri. L'homme, l'auteur, le poète, le fou, Antonin Artaud est définitivement mort, perdu pour tous. Il n'est plus. II n'existe plus. Il n'est plus dans le présent.

Il n'appartient pas à ses survivants. Il est mort à cinquante-deux ans. II y a dix ans. Ses contemporains ont soixante ans. Celles qu'il nommait "ses filles", quarante. Vont-ils nous livrer Antonin Artaud ? Non. Pour eux, nous sommes sacrilèges, indignes, nous sommes des charognards. Ils nous refusent jusqu'à l'admiration muette et s'ils parlent de lui c'est en qualité de témoins. Donc ils mentent. Ils trahissent. Ils dépècent Antonin Artaud. Ils le tirent à eux. Ils l'inventent. Ils le mêlent à leurs querelles de clocher.

Ils l'ont abandonné. Ils l'ont repris, rejeté, vomi, encensé, classé, embrigadé, excommunié. Ils choisissent leurs mots. Ils choisissent leurs souvenirs. Ils font des portraits, des sculptures, des profils, des silhouettes découpées. LEUR Antonin Artaud qu'ils le gardent. Le nôtre est celui qui leur échappe. C'est notre œil qui est neuf. Notre oreille vierge. C'est nous, qui lui refusons l'opium. C'est nous qui l'arrêtons au Havre, qui nous emparons de sa personne au fond d'une cale, celle du bateau qui ramenait d'Irlande un fou furieux, et qui le jetons dans la prison d'un asile. C'est nous qui l'y laissons dix ans. C'est à nous qu'il échappe. C'est malgré nous qu'il connaît deux ans de liberté - relative avant de mourir. Parce que c'est nous qui avons peur. Peur d'Antonin Artaud qui détruit notre société, notre confort, notre vie, notre personne. EUX, les amis d'Antonin Artaud, ils n'ont pas peur : ils l'ont fait relâcher. Ils ont osé dormir à ses côtés. Ils le jugent optimiste. Nous, nous le connaissons : nous écoutons ses cris. Et nous savons qu'il faut le crucifier. Qu'on nous laisse le clouer. »

Modalités de soumission et de sélection

Tous les textes et documents inédits portant sur Antonin Artaud ou ressortissant à son œuvre (études contemporaines, hommages, témoignages, textes de création littéraire, iconographies et autres matériaux créatifs) seront examinés par notre comité de lecture.

Le thème des articles est libre. Le nombre de signes est fixé à 30 00.

La date limite de proposition de collaboration est fixée au

1er juin 2012.

Merci d’adresser vos contributions par courriel à l’adresse suivante :

contact@editionslescahiers.fr

Direction : J.-S. Gallaire, A. Jugnon

Les articles seront soumis à notre comité de lecture (composition est en cours). 

Dates

  • vendredi 01 juin 2012

Contacts

  • Jean-Sébastien Gallaire
    courriel : contact [at] editionslescahiers [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Editions les Cahiers
    courriel : contact [at] editionslescahiers [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Cahiers Artaud », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 09 décembre 2011, http://calenda.org/206546