AccueilLes discours de la méthode en Angleterre, XVIe-XVIIe siècles : vers un ordre moderne ?

Les discours de la méthode en Angleterre, XVIe-XVIIe siècles : vers un ordre moderne ?

Discourses on the Method in Early Modern England: Towards a Modern Order?

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Publié le jeudi 05 janvier 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

À la Renaissance, les controverses philosophiques et scientifiques, ainsi que les nombreuses traductions de Platon créent les conditions d’un débat autour de l’idée de méthode, Aristote ayant été l’autorité incontestée en la matière jusque-là. Dès les années 1530, l’interrogation sur la méthode devient centrale, dans le domaine de la rhétorique, puis de la dialectique. Le terme « méthode » est ainsi redéfini tout au long du XVIe siècle et continue à faire l’objet de nombreuses querelles au siècle suivant. Dans un contexte où les disciplines ne sont pas encore distinctes, on recherche une méthode universelle qui offre une interprétation globale et générale du monde, mais la méthode est aussi perçue comme un outil de vulgarisation scientifique.

Annonce

Revue LISA / LISA e-journal

  • « Les discours de la méthode en Angleterre, XVIe-XVIIe siècles :  vers un ordre moderne ? » 
  • “Discourses on the Method in Early Modern England: Towards a Modern Order?”

Coordination : Myriam-Isabelle Ducrocq et Sandrine Parageau

Version française

À la Renaissance, les controverses philosophiques et scientifiques, ainsi que les nombreuses traductions de Platon créent les conditions d’un débat autour de l’idée de méthode, Aristote ayant été l’autorité incontestée en la matière jusque-là. Dès les années 1530, l’interrogation sur la méthode devient centrale, dans le domaine de la rhétorique, puis de la dialectique. Le terme « méthode » est ainsi redéfini tout au long du XVIe siècle et continue à faire l’objet de nombreuses querelles au siècle suivant. La période est propice à un tel débat, comme l’explique Philippe Desan dans son ouvrage sur la naissance de la méthode en France à la Renaissance : « Ce moment de chaos cosmologique, ontologique et téléologique où tout flotte subitement laisse entrevoir un nouveau discours autour de la méthode où il est possible de détecter les bases d’une nouvelle façon de comprendre le monde » (Naissance de la méthode, Paris, A.-G. Nizet, 1987, p. 14).

Dans un contexte où les disciplines ne sont pas encore distinctes, on recherche le plus souvent une méthode universelle qui offre une interprétation globale et générale du monde, mais la méthode, qui permet d’accéder à la vérité ou de persuader par exemple, est aussi perçue comme un outil de vulgarisation scientifique. De très nombreux titres de traités sur des sujets divers, publiés en Angleterre au XVIIe siècle, promettent une méthode simple (« a plain method »), nouvelle (« after the newest method ») et brève (« a plain, short and easie method », « a compendious method »), mais la méthode est aussi garante du plaisir de la lecture et elle est elle-même agréable (« a delightful method », « an exquisite method »). Ces titres révèlent également qu’on doit distinguer deux usages de la méthode : celui qui fait l’objet d’un débat aux XVIe et XVIIe siècles, et qui doit permettre de rendre plus efficace la recherche en « science » et dans les arts, et un usage commun de la méthode, perçue comme un principe d’organisation et d’exposition des idées. Ainsi, la méthode est à la fois une technique de découverte (methodus ou méthode-inférence) et la mise en ordre d’un objet d’étude (ordo ou ordre-disposition) (voir G. Zabarella, De methodis, 1578).

En France, La Ramée, influencé par Pic de la Mirandole et Ficin, est considéré comme le premier grand théoricien de la méthode moderne : il propose une méthode unique censée rendre compte de l’ensemble des phénomènes. Dans Discours de la méthode et surtout dans Règles pour la direction de l’esprit, Descartes expose les différentes étapes d’une méthode qui doit permettre de guider la raison vers la vérité. En Angleterre, Francis Bacon est quant à lui à l’origine d’une méthode qui sera reprise, modifiée et interprétée tout au long du XVIIe siècle, notamment par les Fellows de la Royal Society tels que Robert Boyle, Joseph Glanvill et Robert Hooke. Dans Novum Organum et The Advancement of Learning, Bacon oppose la méthode rationaliste de l’araignée et la méthode empiriste de la fourmi, et propose au philosophe de la nature une alliance des deux approches, incarnée par l’abeille, « qui tire la matière première des fleurs des champs, puis, par un art qui lui est propre, la travaille et la digère » (Novum Organum, 1:95). Bien que le débat sur la méthode en philosophie de la nature soit particulièrement animé dans le contexte de la « Révolution scientifique », d’autres champs du savoir, tels que la rhétorique, le droit, la médecine, l’histoire ou la politique, cherchent à se doter d’une méthode efficace. Ainsi, Hobbes attribue les erreurs de ses prédécesseurs à leur manque de méthode (Leviathan, chap. 5, « Of Reason and Science »). Il s’inspire tour à tour de la géométrie, de la méthode inductive de Bacon et de la méthode résolutive-comparative de Galilée pour en appliquer les démarches respectives au domaine de la politique. Il entend partir de l’observation objective de la nature humaine pour en déduire des principes généraux de gouvernement. Sans doute l’étude de l’histoire des peuples acquiert-elle à cette époque un nouveau statut dans des démarches qui privilégient une réflexion politique fondée en expérience et en raison.

Voici quelques pistes de réflexion :

  • On pourra s’interroger par exemple sur les différentes acceptions du terme « méthode » au début de l’époque moderne et sur la définition d’une « bonne méthode » en « sciences » et dans les arts, en montrant notamment quels étaient alors les moyens et les buts de la méthode. Parmi ces derniers, il semble que la vulgarisation du savoir joue un rôle majeur, pourtant on peut se demander si la méthode vise à rendre le savoir accessible à tous, ou au contraire à en faire encore davantage le privilège d’une élite, celle qui, ayant fréquenté l’Université, maîtrise la méthode. Enfin, on pourra s’intéresser aux contraintes de la méthode et aux liens entre méthode et systématicité ou régularité : la méthode fait-elle obstacle à la diversité ? Réduit-elle nécessairement la diversité de son objet ? Mais aussi peut-il exister plusieurs « bonnes » méthodes ?
  • Ce colloque pourra également permettre la mise en évidence des différents champs de la connaissance dans lesquels on recherche une méthode efficace aux XVIe-XVIIe siècles. Faut-il penser qu’il y a alors deux traditions différentes : une méthode « artistique » s’inspirant de Socrate et une méthode « scientifique » s’inspirant quant à elle d’Aristote (Neal W. Gilbert, Renaissance Concepts of Method, NY, Columbia UP, 1960, p. xxiv) ? Ce questionnement conduit à s’interroger sur la contribution du débat sur la méthode au processus de disciplinarisation qui caractérise le début de l’époque moderne : recherche-t-on alors une méthode universelle ou bien s’agit-il au contraire d’élaborer une méthode propre à chaque champ du savoir ?
  • On pourra également s’interroger sur le succès ou l’échec de la méthode telle qu’elle est alors définie en « sciences » ou dans les arts. Dans le domaine de la philosophie naturelle, par exemple, l’Angleterre reçoit l’influence de la méthode proposée par Bacon, mais aussi de celle proposée par Descartes : faut-il opposer une approche anglaise et une approche continentale ? Ces méthodes se distinguent-elles absolument ? L’une d’elles l’emporte-t-elle finalement sur les autres ? Il pourra s’agir aussi d’évaluer l’efficacité des « nouvelles méthodes » et le lien entre méthode et innovation : les grandes découvertes scientifiques du XVIIe siècle sont-elles le résultat de la mise en œuvre d’une méthode nouvellement créée, ou sont-elles le plus souvent, comme dans le cas du microscope par exemple, le fruit du hasard ?

Modalités de participation

Merci d'envoyer vos propositions d'articles (entre 20 et 50 lignes), accompagnées d'une courte bio-bibliographie, à Myriam-Isabelle Ducrocq (mducrocq@u-paris10.fr) et Sandrine Parageau (sparageau@hotmail.com)

avant le 2 avril 2012

  • (les articles seront à envoyer avant le 30 septembre 2012).
  • Les auteurs sont priés de respecter les normes de présentation indiquées sur le site de la revue LISA (http://lisa.revues.org/).

English version

In early modern Europe philosophical and scientific controversies as well as the numerous translations of Plato’s works led to debates about the idea of “method”. As early as the 1530s, method was thoroughly examined in the field of rhetoric and dialectics. The term came to be constantly redefined throughout the 16th century and was still much debated in the following century. So intense was the debate in the seventeenth century that Philippe Desan thus described the situation in France: “This moment of cosmological, ontological and teleological chaos, when nothing was certain anymore, reveals a new discourse about method, in which it is possible to trace the foundations of a new way of understanding the world.” (Naissance de la méthode, 1987, p. 14).

Since disciplines were not as yet distinct in early modern England, people sought a universal method that allowed for a more global interpretation of the world. But method was also deemed a medium to reach a wider audience. Many 17th-century treatises published in England promised “a plain, short and easie” method. Moreover, it was often described as a new and “delightful” method which gave pleasure to the reader. This suggests that there were two uses of “method”: method both facilitated research in arts and “science”, and, more commonly perhaps, enabled the  organiszation and presentation of ideas. Thus method was both a technique of discovery (methodus) and the ordering of an object of study (ordo), as  Zabarella put it in his De methodis of 1578.

In France, Ramus, who was influenced by Pico della Mirandola and Marsilio Ficino, is considered as the first theoretician of modern method: he proposed a single method that aimed at  accounting for all phenomena. In Discourse on Method and Rules for the Direction of the Mind, Descartes expounded the various stages of a method which would guide reason on her way to truth. In England, Francis Bacon was the author of a method which was taken up, modified and interpreted throughout the seventeenth century, notably by Fellows of the Royal Society such as Robert Boyle, Joseph Glanvill, and Robert Hooke. In Novum Organum and The Advancement of Learning, Bacon opposed the rationalist method of the spider to the empirical method of the ant. He suggested that the natural philosopher adopt a synthesis of the two embodied by the bee which “gathers its material from the flowers of the garden and of the field, but transforms and digests it by a power of its own” (Novum Organum, 1:95). It comes as no surprise that there was a lively debate on method in natural philosophy during the “Scientific Revolution”, but this debate also extended to other fields of knowledge, such as rhetoric, the law, medicine, history and politics. Thus, Hobbes ascribed his predecessors’ errors to defective method (Leviathan, chapter 5 “Of Reason and Science”). He considered applying the rules of geometry, Bacon’s inductive method and Galileo’s comparative-resolutive method to the field of politics in order to derive general principles of government from the objective observation of Man. The study of history undoubtedly acquired a new status as a prominent role was given to experience and reason.

We propose to explore:

  • The various definitions of the term “method” that were given in the early modern era and the definition of “a good method” in arts and “science”. The goals and means of method : if reaching a wider audience seems to have been the goal, one can wonder whether method really aimed at making knowledge accessible to all, or if it contributed to making it even more the privilege of an elite, who by having attended University could master method. One could also examine the links between method and regularity: is method an obstacle to diversity? Does it necessarily reduce the diversity of its object? Can there be more than one “good” method?
  • The various fields of knowledge in which an efficient method was developed in the 16th  and 17th centuries. Can we say that there were two distinct traditions : an “artistic” one inspired by Socrates and a “scientific” one inspired by Aristotle (Neal W. Gilbert, Renaissance Concepts of Method, 1960, p. xxiv)? This raises another related question: to what extent the debate on method contributed to the shaping of disciplines; was there one universal method or were there several specific methods adapted to every field of knowledge?
  • The success or failure of method. In the field of natural philosophy for example, England received the influence of Bacon but also that of Descartes: should we therefore oppose an English approach and a Continental one? Did one prevail? The link between method and innovation is another interesting direction: were the great discoveries the result of the application of a newly created method or, as was the case for the microscope, were they chance discoveries?

Submissions

Please send your proposals (20 to 50 lines), along with a short bio-bibliographical note, to Myriam-Isabelle Ducrocq (mducrocq@u-paris10.fr) and Sandrine Parageau (sparageau@hotmail.com)

before 2 April 2012

  • (the deadline for completed articles is 30 September 2012).
  • Please follow the norms for presentation indicated on the LISA e-journal website (http://lisa.revues.org/).

 

 

Dates

  • lundi 02 avril 2012

Mots-clés

  • Methode, modernité

Contacts

  • Sandrine Parageau
    courriel : sparageau [at] hotmail [dot] com
  • Myriam-Isabelle Ducrocq
    courriel : mducrocq [at] u-paris10 [dot] fr

Source de l'information

  • Myriam-Isabelle Ducrocq
    courriel : mducrocq [at] u-paris10 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les discours de la méthode en Angleterre, XVIe-XVIIe siècles : vers un ordre moderne ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 05 janvier 2012, http://calenda.org/206688