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Ressources publiques et construction étatique en Europe

State cash resources and State building in Europe

Fiscalité et dette publique, XIIIe-XVIIIe siècle

Taxation and public debt, 13th-18th centuries

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Publié le jeudi 05 janvier 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Appel à propositions pour le colloque organisé par l'Université Paris 1 et l'Institut de gestion et du développement économique les 2 et 3 juillet 2012. La partie proprement historique (époques médiévale et moderne), pour laquelle les auteurs sont invités à proposer un titre accompagné d'une à deux pages de texte, sera suivie d'une table ronde animée par des économiste sur le thème Ressources publiques et construction européenne. Le comité scientifique examinera les propositions qui peuvent être envoyées jusqu'au 15 mars 2012 à katia.beguin@univ-paris1.fr.

Annonce

Appel à communications/ Call for proposals, PARIS, 2-3 JUILLET 2012

Organisé par l’université Paris 1 Panthéon- Sorbonne (EA 127, IDHE, LAMOP, SAMM) et l’Institut de la gestion publique et du développement économique. Colloque suivi d’une table ronde animée par des economistes sur le theme “Ressources publiques et construction européenne”

Soumission / Submissions

Date limite de soumission/Deadline for proposals : 15/03/2012

Contact et envoi des propositions : katia.beguin@univ-paris1.fr

Comité scientifique :

  • Françoise BAYARD (Comité pour l’histoire économique et financière de la France)
  • Katia BÉGUIN (Paris 1, histoire moderne, EA 127)
  • Christian de BOISSIEU (Paris 1, économie, Comité pour l’histoire économique et financière de la France)
  • Jean-Claude COLLIARD (science politique, président de l’Université Paris 1)
  • Angel GALAN (histoire médiévale, Universidad de Malaga)
  • Jean-Philippe GENET (Paris 1, histoire médiévale, LAMOP)
  • Miguel Angel LADERO QUESADA, Universidad Complutense, Madrid)
  • Stéphane LAMASSÉ (Paris 1, histoire médiévale, LAMOP)
  • Christine LEBEAU (Paris 1, histoire moderne, CRHM)
  • Dominique MARGAIRAZ (Paris 1, histoire moderne, IDHE)
  • Michael NORTH (Université de Greifswald, histoire moderne, membre du comité directeur de la Fondation Datini)
  • Pierre-Charles PRADIER (Paris 1, économie, histoire économique et financière, SAMM)
  • David STASAVAGE (New York University, department of Politics)
  • Fausto PIOLA CASELLI (Université de Cassino, faculté d’économie)
  • Hans Peter ULLMANN (Université de Cologne, histoire moderne)
  • François R. VELDE (economist, Research Department Federal Reserve Bank of Chicago)

Version française

Ce colloque s’inscrit dans le renouvellement des recherches sur les ressources publiques et associe les approches des historiens et des économistes, dans une perspective comparatiste et dans la longue durée. Au cours des six siècles considérés, des transformations majeures s’opèrent dans les rapports entre la construction étatique et la mobilisation des ressources publiques, tant du point de vue des montants que des moyens. Les modalités alternatives de financement – émission monétaire, fiscalité (y compris la vente d’offices), crédit – leur mise en œuvre et leur intensité influencent la construction de l’État. Le dialogue des économistes et des historiens est d’un grand intérêt pour apprécier ces processus historiques, pour comprendre la construction d’une information statistique, financière et fiscale et son impact sur la prise de décision des gouvernants. Il invite à examiner l’impact des innovations techniques mobilisées, les modes d’anticipation des ressources et les effets macroéconomiques des mécanismes de mobilisation de la richesse privée. Il vise à dépasser des catégories d’analyse telles que celles de succès et d’échec, des jugements unidimensionnels de précocité ou de retard, pour restituer la rationalité propre des décisions rendues possibles dans leurs contextes spécifiques.

Entre le Moyen-Âge qui a vu l’émergence des dettes consolidées et la période moderne, deux modèles peuvent être interrogés : celui des Cités-États et des monarchies territoriales. Ces deux types de régimes ont opté, avec un décalage temporel sensible, pour des moyens divergents de financement de leurs dépenses. Les premières ont eu recours de façon précoce à l’emprunt public, volontaire ou forcé et se sont dotées, dans l’arc temporel qui va du XIIIème au XVIème siècle, d’un accès au crédit à long terme rémunéré par un faible intérêt et garanti par des sécurités si puissantes que les titres de dettes d’État sont parfois considérés comme des substituts de la monnaie. Dans le contexte de l’aversion marquée du Moyen-Age et des débuts de la modernité pour les impositions, des États territoriaux plus vastes et nombre d’entités politiques ont plutôt fait appel aux emprunts à court terme et à taux d’intérêts élevés, consentis par des spécialistes, banquiers ou financiers, tout en les adossant à des prélèvements fiscaux accrus et de moins en moins subordonnés au consentement des sujets. Mais la plupart ont aussi mis en place, entre le début du XVIème et la fin du XVIIème siècle (Angleterre), un système d’emprunts publics servis par des taux d’intérêts variables, qui leur permettait de faire face à l’inélasticité des revenus de la taxation. Ils ont aussi développé des formes diverses de conversion de la dette à court terme, d’organisation institutionnelle des marchés secondaires des titres et d’amortissement. L’accroissement historique de la dette publique, la mesure de son coût, de ses effets suscitent un foisonnement de réflexions, de projets, de mises en chiffres et en écriture de propositions où l’innovation tient autant à la technique financière qu’aux théories de l’État, du crédit, de l’impôt et de la monnaie. L’économie politique naissante s’empare de la question du crédit public, qu’elle appréhende à l’aune de la circulation et de la mobilisation de l’épargne, thèmes dominants de l’analyse économique des Lumières, en donnant cours à des interprétations divergentes, adossées à des visions du dynamisme économique et de la puissance étatique.

Il s’agit de comprendre, avec les soubassements fiscaux et financiers de la construction étatique, comment et pourquoi telle solution l’emporte ici et non ailleurs, quels facteurs sociaux, culturels, économiques, quelles innovations y contribuent, et ce qui conduit les États à changer leurs pratiques. Dans quelle mesure les dimensions spatiales des États, leur structuration politique, le potentiel démographique, l’inégale distribution des richesses, l’utilisation du privilège, les cadres juridiques, les différents degrés de risque imposés aux prêteurs, les barrières morales constituent-ils des déterminants propres à rendre compte de ces orientations divergentes ? Des travaux récents ont mis en cause le lien fort établi entre les contraintes institutionnelles, la sécurisation des droits de propriété des sujets et la capacité des États à emprunter massivement à un coût faible, pour rapporter ce potentiel accru à d’autres variables comme l’efficacité des institutions financières ou fiscales et la transférabilité des titres. Ces hypothèses alternatives restent à explorer pleinement, de même que la question de la connexion entre des types de régimes politiques et l’aptitude à mobiliser des ressources au moindre coût mérite d’être posée de façon plus large.

Trois axes de réflexion principaux seront proposés aux intervenants, dans une optique comparative :

1. Impôt ou emprunt, impôt et emprunt ?

Dans une perspective macroéconomique et politique, les arbitrages des États entre les modes de financement (recours à l’emprunt, qui ne fait que déplacer dans le temps la question des revenus, augmentation du prélèvement fiscal, manipulations monétaires) ont des implications en matière de redistribution intergénérationnelle et sociale de la richesse, témoignent de conceptions politiques et trahissent des valeurs fondatrices. Quels savoirs sont convoqués à l’appui de ces choix ? Comment sont choisis les instruments fiscaux et que choisit-on de taxer ? Comment est envisagée et justifiée l’ouverture des emprunts aux étrangers, qui perçoivent les intérêts d’emprunts dont le service est assigné sur les taxes payées par les sujets ? De quelle nature et de quelle efficacité sont les barrières qui restreignent leur accès aux emprunts publics ? Au-delà de l’opposition entre taxes et emprunt, la croissance des États médiévaux et moderne montre que l’impôt est une condition nécessaire à la croissance du potentiel d’emprunt. Le développement simultané des deux pourrait traduire un renouvellement des institutions et des conceptions de la relation entre économique et politique.

2. Construction politique et mobilisation des ressources publiques.

Peut-on établir un lien entre système politique et efficacité fiscale et financière ? Quel type de développement crée les contraintes les plus fortes et prémunit les créanciers des risques de défaut des États ? Comment se construit la réputation de l’État emprunteur ? Quels modes de contrôle peuvent être mis en œuvre par les créanciers et avec quels résultats ? Dans quelle mesure les prêteurs sont-ils pourvus de droits similaires et endurent-ils des risques comparables dans les différents systèmes politiques ?

D’un point de vue plus microéconomique, on s’intéressera au rôle des innovations, tant pour la collecte et la gestion des impositions que pour les modalités d’emprunt et l’évaluation de la dette, aux techniques de désendettement (des défauts aux procédés d’amortissement mobilisant calculs probabilistes, savoirs positifs et souci du maintien de la foi publique). Il s’agit enfin de comprendre quelles conditions assurent le succès des réformes ou engagent des ruptures par rapport aux pratiques antérieures.

3. Marchés primaires et secondaires des titres de la dette publique.

La dette publique est un édifice à plusieurs étages : avant de s’intéresser à la circulation de titres de créances dans le public, il faut éclairer les conditions d’émission en amont, qui sont en général très mal connues. Asientos, traités, consolidation en rentes perpétuelles : dans quelles conditions ces transformations d’échéances et d’instruments sont elles réalisées ?

La littérature récente s’est surtout intéressée aux marchés secondaires, la conférence est l’occasion d’une synthèse. On s’attachera à mesurer l’impact de :

  • La transférabilité et la liquidité des titres, qui dépendent à la fois des garanties (ou des restrictions apportées par les États) et des coûts de transfert élevés qui en résultent ;
  • L’hétérogénéité des types d’emprunt, en termes de taux d’intérêt et de taxes affectées au service de la dette, qui accroît le besoin d’information et augmente les coûts de transaction ;
  • L’efficacité des marchés de gré à gré, où les intermédiaires qui concourent à la fluidité des marchés en appariant vendeurs et acheteurs, en procurant l’information sur la qualité et la valeur de marché des titres.

English version

Acknowledging the current renewal of perspectives to the history of public funding, the conference combines historians’ and economists’ approaches in a comparative and longue durée perspective. Major changes took place during the six centuries under consideration: they occurred in the nature and amount of public funding, through currency issuing, credit and taxation (including the selling of offices). Their intensity and enforcement, mainly resulting from international competition and warfare, influenced states building. Debating between economists and historians will help evaluate the long-term historical processes and formulate explanatory hypotheses about how statistical, financial and tax information was elaborated, how decisions were made, what technical solutions were implemented and which macroeconomic effects resulted. Putting aside categories such as success or failure, precocity or backwardness, the conference intends to restitute the rationales of decision-making in their context.

Between the Middle-Ages and the modern period, two models could be opposed: that of the city-states and that of territorial kingdoms. The two types of regimes quite differently funded their spendings. On the one hand, the city-states requested or forced loans between the 13th and 16th century. They thus accessed long-term low-interest credit, which securities were at times considered as substitute for currency. On the other hand, territorial states, in order to circumvent a strong political opposition to taxation, used short-term loans which specialists, bankers or financiers granted with high interest. From the beginning of modern era, these political entities organized a public loan system in order to supplement inelastic tax revenues. They developed new instruments and institutions to consolidate short-term debt. The historical rise of public debt between the 17th and 18th centuries, the measure of its costs and its effects motivated a large number of projects and estimations, which document credit innovation as well as theories of the state, tax and money. For instance, public credit – viewed in the Enlightenment as a problem of circulation and mobilization of savings – became a founding debate of political economy.

On these grounds of state building and funding, the conference will analyse how and why different solutions were adopted, and will evaluate the contribution of the social, cultural, technological and economic factors – among them, spatial dimension of the States, their political and demographic structures, the unequal distribution of wealth, legal frameworks, moral barriers – to change in state practices. The connection between the types of political regimes and their capacity to have access to low-cost funding has been much debated so far. Following recent works, which have stressed the efficiency of financial institutions and the role of public debt bonds transferability, alternative hypotheses will be explored. Especial attention will be provided to analysis featuring market data to assess fundamental microeconomic performance of debt securities: real return to (various classes of) investors, transaction costs, cost for borrower, etc.

Speakers are invited to address three major issues, in a comparative purpose :

1. Tax vs. loan or tax and loan?

In political and macroeconomic perspectives, choices between financial options (loan, tax increase, currency manipulation) resulted in social or intergenerational distribution, which denotes implicit political conceptions or moral values. How choices were made? How are selected fiscal instruments and which type of wealth is taxed? How was the opening of investment to foreigners justified, given these were remunerated by loan interest and ultimately by taxation on subjects? What were the nature and efficiency of restrictions placed on their access to public loans? Beyond the conflict of tax versus loan funding, the development of medieval and modern states shows tax potential to be the necessary condition of the borrowing power. The development of both tax and loan could then be the sign of a new institutional and philosophical setting between politics and economy.

2. Political regimes and public funding

Is there a link between political regime and financial efficiency? What instruments set the strongest constraints in order to prevent risk of state default? How was arranged the reputation of state credibility? How creditors managed to monitor the borrowers? What result was achieved by monitoring? Is there any systematic link between enforcement of property right (of creditors), political regime and financial efficiency?

Microeconomic innovations should be analyzed: tax collecting and administration, types of loan and debt evaluation; techniques of deleveraging (currency debasement, pure default, amortization devices mixing probabilistic calculus, positive knowledge or enforcement of public commitments). Focused studies should keep in sight the general question: what conditions warranted reform success or foster radical changes?

3. Primary and secondary markets of public debt securities

Public debt is a multi-storey building: before debt securities go public, many changes in instruments and maturities occur in the obscure basement. Bankers loans, asientos, traités, compromises, restructuring and eventually consolidation into securities: at what cost and conditions do these transformations of instruments and maturities occur?

Recent literature is mainly focused on secondary markets. The conference will then offer the opportunity for a synthesis. Of particular significance are three issues;

  • Transferability and liquidity of securities: they crucially depended on both the collaterals and transfer costs decided by legal authorities;
  • Heterogeneity of loans in terms of interest rates and tax collateralization, which resulted in the need for adequate information and increased transaction costs;
  • Role of brokers which structured the secondary market, distributed information about prices and connected sellers and buyers.

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • jeudi 15 mars 2012

Mots-clés

  • State building, public debt, taxation

Contacts

  • Katia Béguin
    courriel : Katia [dot] beguin [at] ehess [dot] fr

Source de l'information

  • Katia Béguin
    courriel : Katia [dot] beguin [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Ressources publiques et construction étatique en Europe », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 05 janvier 2012, http://calenda.org/206689