AccueilTémoins et témoignages. Figures et objets du XXe siècle

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Publié le mercredi 04 janvier 2012 par Claire Ducournau

Résumé

Le colloque international et interdisciplinaire « Témoins et témoignages. Figures et objets du XXe siècle » organisé par la Fondation pour la mémoire de la déportation (FMD), entend questionner les multiples figures du témoin au cours du XXe siècle, poser un cadre conceptuel et méthodologique, porter enfin un regard croisé sur les différentes approches et les différents usages et mésusages des témoignages et des témoins, tant dans l’espace savant que dans l’espace public.

Annonce

Témoins et témoignages. Figures et objets du XXe siècle

Colloque international et interdisciplinaire organisé par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD), à Paris, 13, 14 et 15 décembre 2012

30 boulevard des Invalides 75007 PARIS France
(direction@fmd.asso.fr)

Appel à communication

Argumentaire

Portée à partir de la Grande Guerre et tout au long du XXe siècle par plusieurs grandes vagues testimoniales, la figure du témoin s’est peu à peu imposée, à la fois dans l’espace public et dans l’espace savant, au point de devenir centrale dans les années 90. Répondant à une très forte demande sociale, les témoins ne cessent plus, en effet, d’être sollicités, mobilisés, recensés, interviewés, enregistrés, diffusés et exposés, non sans péril, par le secteur éditorial, les médias, l’école, les tribunaux ou encore les musées. De leur côté, les sciences humaines et sociales se sont également emparées de cette figure du XXe siècle : l’histoire (J.N. Cru, 1929 et 2006), la sociologie (M. Pollak, 1986 et R. Dulong, 1998), la littérature (C. Dornier, 2005, Ch. Lacoste, 2010), l’anthropologie ou encore la psychiatrie (D. Fassin, R. Rechtman, 2007), etc. ont largement contribué à baliser et à mettre en perspective cette « ère du témoin » (A. Wieviorka, 1998). Toutefois, par-delà le constat de cet engouement, deux observations s’imposent : d’une part, ces différentes disciplines dialoguent encore trop peu entre elles sur ce sujet qu’elles ont pourtant en partage ; de l’autre, l’apport du témoin pour une appréhension critique du passé ainsi que les usages du témoignage demeurent fortement controversés sinon contestés, particulièrement en histoire (P. Ricoeur, 2000, S. Audouin-Rouzeau, A. Becker, 2000 ; F. Rousseau, 2003, Y. Thanassekos, S. Timperman, 2003).

Prenant acte de cette conjoncture problématique, ce colloque entend questionner les multiples figures du témoin au cours du XXe siècle, poser un cadre conceptuel et méthodologique, porter enfin un regard croisé sur les différentes approches et les différents usages et mésusages des témoignages et des témoins, tant dans l’espace savant que dans l’espace public.

Les communications attendues doivent permettre de clarifier les points suivants organisés autour de trois axes principaux :

  • le(s) statut(s) du témoin et du témoignage : Qu’est-ce qu’un témoin ? Un acteur ? Un témoin oculaire ? Un spectateur ? Une victime ? Un bourreau ? Et qu’est-ce qu’un témoignage ? Il s’agira d’établir collectivement une typologie réflexive : témoignages spontanés/sollicités, oraux/écrits (carnets, journaux, correspondances, etc.,), témoignages précoces/tardifs, dépositions dans un cadre juridique, témoignages audiovisuels, etc. Que faire des témoignages fictionnalisés?
  • « Grands corpus » de témoignages et conditions sociales, politiques et culturelles qui permettent leur émergence : il s’agira ici de repérer et de contextualiser les principales vagues testimoniales du XXe siècle, de la Grande Guerre à aujourd’hui. Existe-t-il des « grands corpus » et comment les définir ? Quelles sont leurs ampleurs, dynamiques, caractéristiques et spécificités ? Qui sont les « grands témoins » ? Par ailleurs, il existe des témoins invisibles. Certaines victimes sont en effet parvenues à transmettre et à diffuser leur expérience au-delà de leur communauté de souffrance, d’autres non, pour quelles raisons ? Comment ces « trous » testimoniaux affectent-ils les sciences humaines et sociales (en tant que savoir) et la mémoire (en tant que fonction sociale) ?
  • Usages et mésusages du témoignage : Une pluralité d’acteurs intervient dans le champ testimonial. Il s’agira d’examiner ici de façon critique les méthodes et les pratiques de chacun d’entre eux dans ce champ :
  1. Celles des historiens qui abordent le témoignage comme source historique : de l’approche critique du témoignage à sa récusation, l’histoire « sous surveillance » ? Existe-t-il une « dictature du témoignage » ? « Fabrice revisité » ? En définitive, comment l’historien compose-t-il ses corpus de témoignages et quelles connaissances peut-il en espérer, sous quelles conditions ? Comment l’appel aux témoins et aux témoignages participe-t-il à l’administration de la preuve ?
  2. Celles des autres sciences humaines et sociales : sociologie, anthropologie, sciences politiques, sciences de communication, médecine, psychologie et psychiatrie, etc. : quels usages ces diverses disciplines font-elles du témoin et du témoignage ? Quels types de corpus privilégient-elles ? Quels types de questions posent-elles aux témoins et aux témoignages ? Un éclairage particulier sera réservé aux névroses post-traumatiques de la Grande Guerre à aujourd’hui, au témoin et au témoignage comme matériau d’expertise diagnostique.
  3. Celles de l’enseignant et du pédagogue : quelle place est-elle donnée au témoin et aux témoignages en classe, dans les manuels scolaires, dans les visites scolaires de lieux de mémoire, dans la formation des enseignants etc.?
  4. Celles du Juge : sera évoqué le témoignage comme déposition judiciaire. Analyse de cas – de Nuremberg au TPI de La Haye. Note-t-on une évolution ?
  5. Celles du témoin comme historien et de l’historien comme témoin, le témoin faisant œuvre d’historien et l’historien entrant dans le prétoire.
  6. Celles des Musées et mémoriaux : l’usage des témoignages comme illustration et/ou comme attestation, comme apport cognitif et/ou émotionnel, etc. Quelle est la place et les effets des nouvelles technologies dans l’usage muséal des témoignages, etc.
  7. Celles des documentalistes : entre usage respectueux et dérives plus ou moins préjudiciables, c’est la construction des documentaires et des docu-fiction à partir de témoignages qui sera interrogée.
  • Enfin le colloque abordera la question des falsificateurs qui tout en débitant leur galimatias pervers sur les « preuves historiques », s’en prennent en tout premier lieu aux témoignages des survivants dont ils prétendent faire la « critique ». Au-delà de la condamnation radicale sur tous les plans des pratiques négationnistes, il s’agira de comprendre les différentes facettes du phénomène afin de mieux décrypter cette prétendue critique.

Au total, le colloque souhaite envisager le « témoignage » dans toutes ses dimensions en tant qu’objet historique, social, politique, psychologique, et culturel : le témoignage comme partage et transmission de connaissance et d’expérience, le témoignage comme représentation de soi et du monde, le témoignage comme quête de reconnaissance sociale et politique, comme un élément dans un processus de deuil, comme une fonction identitaire, etc.

Références citées :

Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, 14-18, retrouver la guerre, Paris, Gallimard, 2000.
Jean Norton Cru, Témoins, Nancy, PUN, 2006 (Paris, Les Etincelles, 1928)

Carole Dornier, Renaud Dulong eds, Esthétique du témoignage, Paris, Ed. de la Maison des sciences de l’homme, 2005.

Renaud Dulong, Le témoin oculaire.Les conditions sociales de l’attestation personnelle, Paris, Ed. de l’EHESS, 1998.

Didier Fassin, Richard Rechtmann, L’Empire du traumatisme. Enquête sur la condition de victime, Paris, Flammarion, 2007.

Charlotte Lacoste, Séductions du bourreau, Paris, PUF, 2010.

Michael Pollak, Nathalie Heinich, « Le témoignage », Actes de la recherche en sciences sociales, 1986, vol. 62, n°1, p. 3-29.

Paul Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Le Seuil, 2000.

Frédéric Rousseau, Le procès des témoins de la Grande guerre. L’affaire Norton Cru, Paris, Le Seuil, 2003.

Y. Thanassekos, S. Timperman, « Le statut du témoignage dans les recherches historiques sur les camps de concentration et d’extermination nazis », Cahier international. Etudes sur le témoignage audiovisuel des victimes des crimes et génocides nazis, n° 9, juin 2003, Bruxelles, Editions du Centre d’Etudes et de Documentation Fondation Auschwitz.

Annette Wieviorka, L’Ere du témoin, Paris, Plon, 1998.

Echéances

Les propositions de communications doivent être envoyées au Conseil scientifique de la Fondation (adresse électronique : direction@fmd.asso.fr)

au plus tard le 20 mars 2012.

Elles doivent comporter : nom et prénom, qualités de l’auteur ; le titre de la communication et un argumentaire d’une vingtaine de lignes accompagné d’une courte bibliographie.

Organisation pratique

Les frais de déplacements et de séjour des intervenants retenus pour le colloque seront pris en charge par les organisateurs.

Comité d’organisation :

Jacques Aron, Charles Heimberg, Yves Lescure, Cyrille Le Quellec, Frédéric Rousseau, Yannis Thanassekos.

Conseil scientifique :

Président

M. Pierre AYÇOBERRY, Professeur émérite des Universités, (Université de Strasbourg)

Membres

  • M. Rik Van AERSCHOTT, Président d’honneur de la Vrije Universiteit Brussel (VUB)
  • Docteur Jean Michel ANDRÉ, Médecin, Président de la Commission médico-sociale
  • Monsieur Jacques ARON, Architecte urbaniste, historien spécialiste du judaïsme
  • Madame Aleth BRIAT, Professeure d’histoire (ER), Secrétaire générale de l’association des professeurs d’histoire et de géographie (APHG)
  • Mme Claudine CARDON-HAMET, Agrégée Historie et Géographie, docteur en Histoire, Professeure d’histoire (ER)
  • Mme Joëlle DUSSEAU, Inspectrice générale de l’éducation nationale, Histoire et Géographie
  • Mme Gaël EISMANN, Maître de Conférences, Seconde Guerre Mondiale, Université de Caen Basse Normandie
  • Mme Patricia GILLET, Conservateur en Chef, Archives de France
  • M. Charles HEIMBERG, Professeur d’histoire, spécialiste de la didactique de l’enseignement.
    Université de Genève (IUFE & FPSE), Observatoire Histoire & École
  • Mme Christine LEVISSE-TOUZE, Historienne, Directrice des Deux Musées, Musée Jean Moulin et Mémorial Leclerc
  • Mme Rita THALMANN, Professeur émérite des Université
  • Mme Barbara VORMEIER, Maître de conférence (H) à l’Université Louis Lumière de Lyon II (civilisation allemande)
  • Docteur Jean Michel ANDRÉ, Médecin, Président de la Commission médico-sociale
  • M. Michel FABRÉGUET, Docteur ès lettres de l'Université de Paris IV Sorbonne (1995), docteur en Histoire, professeur à l'IEP de Strasbourg (depuis 1996), ancien directeur du centre d'études germaniques (2000-2002)
  • Pr Bernard GARNIER, Ancien directeur du CRHQ à l’Université de Caen Basse Normandie, Membre associé du CRHQ
  • M. Jean GAVARD, Inspecteur général honoraire de l’Eduction nationale, ancien doyen de l’inspection, Résistant, déporté à Mauthausen-Gusen
  • M Bruno LEROUX, Directeur historique de la Fondation de la Résistance, Normale Sup Paris
  • Mme Agnès MAGNIEN, Directrice des Archives nationales
  • M. Jean QUELLIEN, Professeur émérite des Universités
  • M. Robert STEEGMANN, Docteur en histoire, agrégé des Universités, Enseignant en classes préparatoires à Strasbourg
  • M. François MARCOT, Professeur des Universités, Besançon
  • Docteur Michel PIERRE, Médecin psychiatre, Sur-expert auprès du Ministère de la défense/AC
  • Docteur Serge RAYMOND, Psychologue hospitalier, Expert auprès des Tribunaux
  • M. François ROUQUET, Professeur des Universités, Responsable axe 2ème Guerre mondiale, Université de Caen Basse Normandie
  • M. Frédéric ROUSSEAU, Professeur des universités, histoire, Université Montpellier
  • M. Yannis THANASSEKOS, Collaborateur scientifique à l’Université de Bruxelles et de Liège,
    Sociologue, ancien directeur de la Fondation Auschwitz de Bruxelles
  • M. Jean VIGREUX, Professeur des Universités, Université de Franche Comté
  • M. Maurice VOUTEY, Historien, ancien déporté
  • M. Serge WOLIKOW, Agrégé d'histoire, chaire d’histoire contemporaine à l'université de Bourgogne, chercheur en histoire politique du mouvement ouvrier, expert français au Conseil international des archives, directeur de la Maison des sciences de l'homme (MSH) de Dijon,
    président du réseau des MSH.
  • M. le représentant de la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives, Ministère de la défense
  • Au titre de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Mme Marie-José CHOMBART de LAUWE, Présidente de la FMD, Résistante, déportée à Ravensbrück puis Mauthausen, Directrice de recherche honoraire au CNRS
  • M Yves LESCURE, Directeur général
  • Monsieur Arnaud BOULLIGNY, Doctorant en Histoire, Chargé du groupe de recherche à Caen
  • Monsieur Cyrille LE QUELLEC, Chercheur, chargé du projet Internement, et documentaliste de la FMD.

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • mardi 20 mars 2012

Mots-clés

  • témoins, témoignages, déportation, colloque

Contacts

  • Yves Lescure
    courriel : revue [dot] en [dot] jeu [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Fondation pour la Mémoire de la Déportation
    courriel : direction [at] fmd [dot] asso [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Témoins et témoignages. Figures et objets du XXe siècle », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 04 janvier 2012, http://calenda.org/206696