AccueilPenser incertain : les sciences sociales au risque de la démocratie patrimoniale

Penser incertain : les sciences sociales au risque de la démocratie patrimoniale

Vague thinking: social sciences and the risks of heritage democracy

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Publié le mercredi 18 janvier 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Le XIXe congrès de l'Association internationale des sociologues de langue française (AISLF) se tiendra à Rabat (Maroc) du 2 au 6 juillet 2012 sur le thème « Penser l'incertain ». Le GT (groupe de travail) 14 « Institutions du patrimoine » propose de s'en saisir en considérant que l'incertitude est au principe de l'acte même de la recherche et invite dès lors à lier cette incertitude à l'incertitude patrimoniale.

Annonce

Argumentaire

Si l’incertain paraît être un trait majeur de notre temps, c’est sans doute par défaut : notre confiance illimitée dans le progrès et dans la Science a failli et nous reconnaissons volontiers que nous tâtonnons, que nous n’avançons plus mus par la certitude d’un avenir qui serait toujours meilleur. C’est sur ce terreau que l’idée de patrimoine a crû jusqu’à englober toujours plus d’objets et investir toujours plus de lieux de notre « environnement », voire jusqu’à engager ou questionner l’homme et sa présence en ce monde. Si les débordements patrimoniaux ont alors été dénoncés comme proliférants et comme gouvernés par une sorte de tyrannie de passés qui ne passent pas et qui entravent le présent, c’est au prix de vues partielles, de catégorisations ou de partages produits par les institutions du patrimoine, par certaines catégories d’experts ou par certains chercheurs. Dès lors que l’on considère ensemble, et sans segmentation a priori, les différentes topiques du patrimoine, les différents lieux – monuments, sites, culture, nature, vivant… –, dans lesquels « on » a déposé quelque chose comme un « esprit de patrimoine » (Tornatore 2010), l’institution du patrimoine prend sens comme processus par lequel le temps, c'est-à-dire le fait d’être et de vivre dans le temps, est appréhendé comme le problème de notre temps en notre partie du monde – et ailleurs ? –, comme le problème auquel nous sommes essentiellement confrontés en notre « temps des catastrophes » (Stengers 2009).

Profus, le patrimoine est devenu une manière de construire le temps comme problème. Il ne l’épuise cependant pas, pas plus qu’il ne s’y résume. Avançons que cette construction procède d’énonciations volontaires co-occurrentes d’appropriations par des usagers soucieux de définir par et pour eux-mêmes – et non par d’autres parlant à leur place – le problème de leur relation au temps. Dès lors l’attribution de la valeur patrimoniale, comprise comme une assurance de continuité dans le temps, se réalise dans des expériences pratiques, singulières et guère modélisables, ce qui les distancie des « fabriques » institutionnelles et par conséquent de leur cohorte d’experts et de professionnels.

Déjà un dispositif patrimonial comme la convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (Unesco, 2003) pose la question de l’expertise et plus largement de la place de celui qui a autorité pour dire la culture. En mettant en avant le praticien, considéré non plus comme simple informateur mais comme acteur à part entière de la patrimonialisation, le dispositif unescovite ne rend-il pas compte d’une difficulté croissante liée à l’impossibilité de faire tenir dans un seul cadre institutionnel l’idée contenue et portée par la notion de patrimoine d’un droit au temps ? Au fur et à mesure que le patrimoine s’est développé jusqu’à englober le vivant, le cercle de ses spécialistes s’est agrandi jusqu’à pleinement se confronter au commun et à ce qui fait communauté. Voilà donc que se profile la perspective d’une démocratie patrimoniale posant comme enjeu l’expérimentation tâtonnante de rapports nouveaux entre humains et non-humains, de capacités de résistances aux destructions par le capitalisme de ce qui est alors désigné comme patrimoine, expérimentation rendue cruciale par les bouleversements majeurs, sur le climat, sur les océans, sur l’atmosphère, sur tous les êtres vivants, etc., qui s’annoncent.

Posons que la démocratie patrimoniale s’inscrit dans un penser incertain qui pourrait bien être la seule manière, la manière du troisième millénaire, de faire face à ces sombres horizons. Fondé sur l’éclosion créative de forums hybrides, participatifs et délibératifs, engageant un partage des savoirs, mais aussi plus fondamentalement un partage des modes de connaissance, ce penser est à bien des égards un penser pragmatiste qui doit conduire à interroger la sacrosainte relation du scientifique à son objet. Dès lors qu’ils n’exercent plus un monopole – du passé pour l’historien, de la culture pour l’anthropologue –, comment les chercheurs en sciences sociales peuvent-ils s’engager, hors des sentiers battus, acteurs avec les acteurs eux-mêmes, dans l’exploration de chemins alternatifs ? La fabrique du patrimoine présente l’intérêt d’être un immense dépôt à ciel ouvert d’objets et de mobiles – de moyens et de fins – hétéroclites. Si on peut envisager les situations de production patrimoniale sans chercheurs, on accueillera alors avec intérêt les propositions présentant des situations qui posent la question de la confrontation entre chercheurs et acteurs, s’interrogent sur les conditions d’un accord et sur la manière dont les premiers négocient leur place. On acceptera volontiers les propositions intéressées de surcroît à discuter la problématisation ici proposée.

Modalités de soumission et de sélection

Les propositions doivent être soumises en ligne sur le site du congrès http://congres2012.aislf.org, à la page du GT 14,

avant le 15 février 2012.

La sélection sera faite par les responsables du GT, Michel Rautenberg et Jean-Louis Tornatore.

Lieux

  • Rabat, Maroc

Dates

  • mercredi 15 février 2012

Mots-clés

  • patrimoine, incertitude, pragmatisme, démocratie

Contacts

  • Jean-Louis Tornatore
    courriel : jean-louis [dot] tornatore [at] u-bourgogne [dot] fr
  • Michel Rautenberg
    courriel : michel [dot] rautenberg [at] univ-st-etienne [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Jean-Louis Tornatore
    courriel : jean-louis [dot] tornatore [at] u-bourgogne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Penser incertain : les sciences sociales au risque de la démocratie patrimoniale », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 18 janvier 2012, http://calenda.org/206927