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Le financement de la recherche en sciences humaines et sociales dans le domaine de l’alimentation

Research Funding in Human and Social Food Sciences: Debates, Constraints, Limits and Lessons

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Publié le mercredi 01 février 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Nous nous intéresserons ici à la question de la « recherche sur commande » dans le cadre particulier des sciences humaines et sociales de l’alimentation. Cet appel à publication porte donc sur les relations complexes qu’entretient une communauté scientifique avec le « choix » de ses objets de recherche financés. Au-delà des enjeux scientifiques apparaît en filigrane une question de société liée à l’éthique, d’autant plus centrale que le champ de recherche en question (l’alimentation) est lui-même au cœur de la vie quotidienne des individus concernés par les recherches financées, qu’elles soient publiques ou privées.

Annonce

Présentation

Nous nous intéresserons ici à la question de la « recherche sur commande » dans le cadre particulier des sciences humaines et sociales de l’alimentation. Cet appel à publication porte donc sur les relations complexes qu’entretient une communauté scientifique avec le « choix » de ses objets de recherche financés. Au-delà des enjeux scientifiques apparaît en filigrane une question de société liée à l’éthique, d’autant plus centrale que le champ de recherche en question (l’alimentation) est lui-même au cœur de la vie quotidienne des individus concernés par les recherches financées, qu’elles soient publiques ou privées. En effet, au-delà de l’histoire spécifique de ce champ de l’anthropologie, il est important de se rappeler que l’alimentation est un domaine des « arts de faire » (selon l’expression de Michel de Certeau).
Cette thématique soulève en fait plusieurs questionnements que nous souhaitons examiner à partir des multiples aspects que touche l’alimentation humaine : réglementations, mise en place de normes, gouvernementalité , développement économique, identité et, particulièrement, la participation citoyenne des mangeurs en tant que co-constructeurs de savoir scientifique.

La façon dont les Etats organisent la recherche scientifique dans le domaine de l’alimentation, et dont les instituts de recherche publics orientent leurs collaborations avec certaines entreprises privées, amène aussi à axer la discussion, pour ce numéro d’AoFood, autour de la « décision » de la commande - « pour qui ? », « pourquoi ? », « par qui ? », « comment ? »…
Partout dans le monde, le rétrécissement des budgets publics alloués à la recherche publique, et tout particulièrement dans le champ de l’alimentation, pousse les chercheurs, qu’ils soient ou non affiliés à des institutions, à consacrer une large partie de leur temps et de leur énergie à composer de volumineux projets de recherche afin de trouver des financements. De nouvelles combinaisons entre fonds publics et privés émergent ici et là (comme le PPP -Private Public Partnership- mis en place en Grande-Bretagne dans les années 1990). Nous souhaitons interroger la construction sociale du « savoir » prise dans les relations à des financeurs directement « intéressés » par les résultats obtenus. A quels types de réciprocités assiste-t-on ?

Nous centrons cet appel à contribution autour d’une exploration de la relation entre la recherche en sciences humaines et sociales de l’alimentation et son mode de financement. Quels intérêts avons-nous en commun, en tant que chercheurs en sciences humaines et sociales en alimentation, et quels questionnements sont spécifiques en fonction des contextes historiques et contemporains nationaux et des traditions de recherche : puisque cet appel à contribution émane de chercheurs français, il est important de recueillir les observations des chercheurs d’autres pays.

La commande

  • Des articles évoquant l'échelle des financements et commandes retiendront notre attention. Qu’en est-il des relations financement Européen/ régional par rapport à un cadre auparavant plus national et centralisé : quels infléchissements sur les thématiques de recherche ?
  • Des articles mettant en évidence les raisons pour lesquelles certaines thématiques (obésité, migration, pauvreté, etc., appliquées au champ de l’alimentation) posent question aux acteurs des institutions publiques ou privées, alors que d’autres thématiques le font moins, ou restent confinées dans le champ du travail social, seront également les bienvenus. Pourquoi certaines thématiques ne trouvent-elles pas de financement ? Et comment, au sein des sciences humaines et sociales, le jeu des commandes joue-t-il en fonction des disciplines (histoire, sociologie, anthropologie, géographie, etc.) ?
  • Bien entendu nous ne limitons pas cet appel à contributions à l’aspect « financement » qui ne dit pas tout du contexte de la commande ; nous serons attentifs aux articles qui tiendront compte des jeux des carrières et de leur évaluation, de la soumission à des modes, etc. Il s’agit donc d’examiner les contraintes avec lesquelles doivent composer les chercheurs répondant à des appels à projets. Quels sont les facteurs qui peuvent influencer le choix des sujets et la qualité des résultats ?
  • Quelles raisons ou quels arguments président à l’omniprésence de certains thèmes dans les appels à projets, et dans quelle mesure ces sujets récurrents et choisis par le politique façonnent-ils l’état de la recherche et des savoirs en sciences sociales ? Des articles interrogeant la porosité entre sciences et politique seront particulièrement appréciés. De plus les chercheurs, étant eux-mêmes membres des sociétés étudiées , participent aussi, à leur manière, à l’orientation des thématiques choisies en alimentation.
  • Dans tous les cas se pose la question des relations (de pouvoir), des accommodations, de la nature du dialogue entre chercheurs et commanditaires, qu’ils soient du secteur public ou privé. Quels enseignements peut-on tirer de l’influence des commanditaires, tant dans la construction de la problématique que de la méthodologie de recherche proposée ?

Quels types de financements pour quelles recherches ?

L’alimentation et les comportements alimentaires représentent une thématique de recherche très liée aux enjeux économiques du moment ; l’alimentation est en effet à la fois une consommation quotidienne universelle et un enjeu de santé publique. Il serait tout à fait intéressant de comparer les sources de financement et d’examiner les thématiques prioritaires en fonction de différents contextes culturels et économiques, afin de dévoiler les mécanismes sociaux sous-jacents.

L’impératif du quantitatif, de la représentativité : comment les chercheurs en sciences humaines et sociales y font-ils face ?

  • La recherche d’un compromis acceptable pour les partis en présence, qui amène à créer les conditions d’existence d’un objet et d’une posture de recherche permettant de conserver une distance critique propre au travail de recherche.
  • La dynamique relationnelle qui s’instaure, ou pas, entre les parties. Dans cette perspective la question de la pluridisciplinarité est cruciale : si la mise en commun de savoirs issus de disciplines différentes (spécialistes des sciences sociales, médecins, épidémiologistes, nutritionnistes), souvent encouragée lors des commandes, peut être fructueuse, comment les chercheurs peuvent-ils travailler ensemble sans qu’une discipline se trouve inféodée à une autre ? (Par exemple, dans le cas des sciences humaines et sociales de l’alimentation par rapport aux sciences médicale et épidémiologique). Comment dans ces relations di-symétriques s’élaborent les problématiques communes ?
  • La temporalité : le temps de la recherche (l’immersion dans un terrain, la production de données, l’analyse, la rédaction, les lectures annexes, la valorisation scientifique,..) n’est pas le même que celui du décideur.
  • La question de l’application des sciences : les connaissances scientifiques en matière d’alimentation peuvent-elles faire l'objet d'une application, c'est-à-dire d'un transfert opérationnel d'information vers des acteurs économiques et sociaux et des populations ? A quelles conditions scientifiques et déontologiques ? Car, en effet, les sciences sociales appliquées posent le problème du passage de la connaissance à l’action. Les chercheurs, par tradition et par formation, sont-ils aptes à transformer la connaissance en action ou en recommandations ? Ce qui pose la question de savoir s’il est possible, par exemple, d’imbriquer et de mettre sur un même plan catégorie d’action (politique) et catégorie analytique (recherche) .

La construction des savoirs

  • On s’intéressera en outre à la manière dont, en fonction des périodes de l’histoire, et des contextes nationaux, se co-construisent les savoirs alimentaires, entre logiques d’Etat, acteurs d’institutions locales, professionnels de terrain et publics ciblés. Des exemples émanant du champ du travail social portant sur l’alimentation seront les bienvenus (jardins partagés, éco-quartier, ateliers cuisine et épiceries sociales, forums citoyens,...). Dans ce cadre, l’usage des sciences sociales par des chercheurs ou par des praticiens-chercheurs pourra être interrogé.
  • Les questions relatives à la manière dont le savoir émanant des sciences sociales est utilisé par les pouvoirs publics ou des entreprises commerciales, afin de mieux « préméditer la réception de messages nutritionnels » par exemple, retiendront aussi notre attention, car cela permettra de mettre en lumière le concept de « pouvoir-savoir », dont Michel Foucault (1976) a montré qu’il était devenu central dans la compréhension de nos sociétés contemporaines.
  • L’influence sur les représentations sociales : nous souhaiterions enfin voir apparaître dans ce numéro des contributions qui s’interrogent sur l’évolution des catégories de pensée des acteurs (par exemple l’« obésité », les « peurs alimentaires », les « migrations », le « patrimoine »,...).

Modalités de participation

Veuillez envoyer vos propositions d’articles (environ 15-20 lignes) à Chantal Crenn, Frédéric Précigout et Isabelle Téchoueyres : crenn.girerd@wanadoo.fr, frederic.precigout@wanadoo.fr, i.techoueyres@orange.fr

avant le 15 avril 2012

Bibliographie indicative

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Zimmermann, Bénédicte (2004b) (dir.). Les sciences sociales à l’épreuve de l’action. Le savant, le politique et l’Europe, Paris, Editions de la Maison des Sciences de l’Homme.

Dates

  • dimanche 15 avril 2012

Mots-clés

  • financement, recherche en sciences humaines et sociales, alimentation,

Contacts

  • Chantal Crenn
    courriel : crenn [dot] girerd [at] wanadoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Chantal Crenn
    courriel : crenn [dot] girerd [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le financement de la recherche en sciences humaines et sociales dans le domaine de l’alimentation », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 01 février 2012, http://calenda.org/207107