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Bayonne, berceau du jansénisme ?

Bayonne, cradle of Jansenism ?

Naissance et cristallisation du mouvement janséniste dans la société de son temps, 1610-1643

The birth and crystallization of the Jansenist movement in the society of the age, 1610-1643

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Publié le jeudi 02 février 2012

Résumé

Plus de vingt ans après les travaux de J. Orcibal, l’objectif est de faire d’une mise au point sur les deux figures fondatrices et, au-delà, sur l’émergence, la structuration et les implications politiques et sociale d’un mouvement religieux augustinien qui fut, après la publication posthume de l’Augustinus en 1640, qualifié de « janséniste » par ses détracteurs.

Annonce

« Bayonne, berceau du jansénisme ? Naissance et cristallisation du mouvement janséniste dans la société de son temps (1610-1643) », colloque rganisé les 7 & 8 décembre 2012 par :

  • Université de Pau et des Pays de l’Adour, ITEM  Identités, Territoires, Expressions, Mobilités (EA 3002)
  • Musée Basque et de l’histoire de Bayonne
  • Société des Sciences Lettres et Arts de Bayonne
  • en partenariat avec la Société des Amis de Port-Royal

Argumentaire

C’est en 1612 que Jansénius (1585-1638) décida de rejoindre son ami Jean Duvergier de Hauranne (1581-1643) à Bayonne pour entamer un long séjour qui dura jusqu’au printemps 1617. Les deux jeunes prélats venaient se placer sous la protection de l’évêque Bertrand d’Etchauz (v. 1556-1641) : Jean Duvergier de Hauranne fut pourvu de la cure d’Itxassou et d’un canonicat au chapitre de la cathédrale, tandis que Jansénius fut nommé principal du collège de la ville le 7 décembre 1612 et installé solennellement le dimanche 16 décembre.  Nous avons choisi cet événement comme date commémorative en organisant un colloque autour du séjour des deux figures fondatrices du jansénisme à  « Cam de Prat », dans le faubourg de Mousserolles, sur un coteau dominant l’Adour. Les témoignages postérieurs évoquent « une retraite » occupée par un labeur acharné sur les textes des Pères Grecs et sur ceux de Saint-Augustin. Aux yeux des mémorialistes de Port-Royal, cet épisode acquit un statut particulier pas seulement parce qu’il fut la plus longue période où Jansénius et  l’abbé de Saint-Cyran se fréquentèrent intimement, mais aussi parce qu’il représentait une préfiguration du phénomène des solitaires de Port-Royal.  Pour Antoine Arnaud, c’est là que les deux protagonistes eurent la révélation de  « la vérité sur la grâce » et qu’ils échafaudèrent leur projet de réforme  pour l’Église. Aux yeux des écrivains anti-jansénistes, ce séjour était tout aussi important, « Cam de Prat » avait été selon eux le point de départ d’un pacte qui déboucherait sur un complot visant à déstabiliser l’Église Catholique de l’intérieur…

Ce colloque a pour but de mettre en lumière un épisode historique peu connu et de restituer toute sa dimension à  un événement représentant un  enjeu mémoriel, pas seulement pour la région, mais aussi pour l’ensemble de l’histoire culturelle et religieuse européenne. L’ambition des organisateurs est de rassembler des travaux permettant, au-delà de l’épisode de Cam de Prat, de faire une mise au point sur l’émergence et l’apparition d’une tendance religieuse augustinienne qui fut, après la publication posthume en 1640 de l’Augustinus de Corneille Jansen, qualifiée de « janséniste » par ses adversaires. Plus de vingt ans après les travaux très érudits et toujours fondamentaux de Jean Orcibal (1913-1991), on s’efforcera de faire un état des lieux de la recherche actuelle sur les deux figures fondatrices, sur la naissance du « premier jansénisme » et la génération des premiers solitaires de Port-Royal. L’objectif n’est pas de s’en tenir à une histoire religieuse stricto sensu, mais de comprendre et de restituer les implications sociales, politiques et culturelles d’un mouvement dont les répercussions diverses firent dès le départ l’objet de débats.

On s’arrêtera  en 1643, au lendemain de la mort de l’abbé de Saint-Cyran qui clôt celle des protagonistes de la première génération, au moment où en Flandres et en France éclatent les premières polémiques autour de l’Augustinus malgré la publication la bulle In Eminenti en 1642, et au moment où Antoine Arnauld publie La Fréquente Communion tout en travaillant à une Apologie de M. Jansenius qui paraîtra l’année suivante.

On s’attachera tout particulièrement aux axes suivants, qui n’ont toutefois rien de limitatif.

Axe 1 : les deux figures fondatrices, leur entourage et leurs relations.

Le colloque sera l’opportunité de faire des mises au point sur la biographie et la pensée de Jansénius et de Saint-Cyran, de réfléchir sur la nature de leur rayonnement et  leur statut de figures fondatrices d’un mouvement qui refuse pourtant de se  définir autrement que par un attachement à la pensée augustinienne. On pourra se pencher sur les relations qu’ils ont entretenues avec les figures du milieu dévot et de la réforme catholique : comme Pierre de Bérulle, Guillaume Gibieuf, Sébastien Zamet, Vincent de Paul, Sébastien Bouthillet, Bertrand d’Etchauz etc. On s’intéressera aussi aux milieux intellectuels autour desquels ont gravité au cours de leur formation Jansénius et Duvergier de Hauranne, tant à Louvain qu’à Paris ou Bayonne. Au-delà de l’influence du baïanisme, on s’interrogera sur celle du néo-stoïcisme, et sur l’intérêt qu’ils manifestaient pour l’exégèse biblique et patristique. L’étude de l’influence de l’enseignement et de la direction de conscience pratiquée par Jansénius et Saint-Cyran dans leurs années de maturité sera la bienvenue. De même, le phénomène des premiers solitaires de Port-Royal et plus globalement la constitution de cercles de « disciples », leur répartition géographique et sociale, les personnalités qui les composent (ex : Barcos, Lancelot etc), la correspondance et les premiers réseaux autour des deux fondateurs pourront faire l’objet de contributions.

Axe 2 :  le jansénisme et les autres querelles internes à la réforme catholique française

SI Sainte-Beuve a fait incontestablement une brillante étude interne de Port-Royal et du jansénisme, on a pu à juste titre lui reprocher d’avoir émis des jugements discutables, faute d’avoir contextualisé ses analyses dans le cadre d’ensemble de la réforme catholique française. Même si dans le sillage de Jean Orcibal l’historiographie a largement progressé sur cet aspect, on peut se demander si l’étude de la querelle de la grâce relancée par le jansénisme au début des années 1640 ne doit pas être située dans le contexte plus large des nombreuses polémiques doctrinales internes à l’Église Gallicane durant les années 1610-1640. Au moment où se définissent les orientations de la réforme tridentine en France,  l’application des décrets ne se heurte pas seulement aux spécificités juridiques de l’Église Gallicane, mais aussi à des questions de sensibilité religieuse. On peut évoquer la question du richerisme, la querelle des réguliers »,  les multiples polémiques autour des ouvrages du père Garasse, l’affaire Santarelli, le cas du « mariage de Monsieur », la querelle du « Chapelet secret », l’ouvrage de Petrus Aurelius, les écrits d’Antoine Arnauld, les recherches de Jean de Launoy etc. Il serait utile d’étudier ces controverses, adjacentes ou pas à Port-Royal, car, en divisant les milieux dévots, elles ont créé une géopolitique interne du catholicisme français fort complexe mais utile pour comprendre les contours du mouvement janséniste.

Axe 3 : Une théologie politique janséniste ? Les affinités sociales des premiers jansénistes.

Le concept du « théologico-politique », emprunté à C. Schmitt, connaît actuellement un engouement certain auprès des historiens modernistes. À une époque où le concept d’État est encre problématique, pour bien des esprits la finalité de la société politique reste d’essence religieuse : le Prince doit ordonner sa politique vers le salut de ses sujets. C’est très clairement la perspective des « bons catholiques », parfois appelés « parti dévot », dont le chef de file a été le cardinal de Bérulle, puis, à sa mort, l’abbé de Saint-Cyran. Si la théologie politique de Bérulle a fait récemment l’objet d’une étude, il reste encore à examiner celle de Saint-Cyran, de Jansénius ou d’Arnauld. La notion d’ « augustinisme politique » a souvent constitué au cours des siècles un fourre-tout, mais on peut se demander si les « amis de Saint-Augustin », partageaient à propos de la « Cité des Hommes »  une même approche du politique. Nous attendons que pour cette première génération janséniste on approfondisse le dossier ouvert par R. Taveneaux. De même pour cette période précoce du mouvement, nous souhaitons des mises au point sur les interventions des premières figures jansénistes dans les débats littéraires de leur temps, sur le rôle et le rayonnement des salons tenus par des personnalités proches de Port-Royal, sur la question du genre dans les premières manifestations apologétiques du mouvement etc. Il s’agit d’évaluer les premières manifestations  de l’influence sociale et culturelle du jansénisme, question souvent  débattue depuis l’étude magistrale de Sainte-Beuve présentant Port-Royal comme la quintessence du génie français du Grand-Siècle. Qu’en est-il au juste avant l’émergence de la figure de Pascal ?

Axe 4 : L’antijansénisme, ses différentes natures et ses expressions

Le terme de janséniste a été forgé par les adversaires du mouvement. Cet adjectif avait pour but de disqualifier le travail de Jansénius comme étant une interprétation hérétique de la pensée de Saint-Augustin, de stigmatiser ses partisans comme des sectateurs. Lucien Ceyssens, Jean Orcibal et plus récemment Jean-Louis Quantin  ont insisté à juste titre sur la nécessité d’étudier conjointement jansénisme et antijansénisme, de manière à sortir de catégories issues directement de l’apologétique des jansénistes et des molinistes. De ce point de vue, il convient sans doute d’éviter une présentation trop manichéenne des débats en s’en tenant à la simple opposition entre les deux camps janséniste et moliniste, alors que de toute évidence les positions théologiques ont été beaucoup plus diversifiées. Enfin, la question de l’antijansénisme pratiqué au sommet de l’État, sous Richelieu et par la suite, ne peut pas non plus se réduire à des questions de personnes ou à un simple jeu d’influence où l’emporteraient les Jésuites. Nous espérons que ce colloque permettra de mettre en valeur les multiples facettes et la diversité du premier antijansénisme ainsi  que ses principales figures avant 1643.

 Axe  5 : la mémoire de Jansénius de de Saint-Cyran

Dans le cadre de l’étude du phénomène de cristallisation du mouvement janséniste, on accordera un intérêt tout particulier à la dimension mémorielle très forte qui le caractérise et qui s’est manifestée, sitôt après leur mort, par une célébration des vertus de Jansénius et de Saint-Cyran voire à un véritable culte envers leur “sainteté”. On pourra déborder du cadre chronologique strict pour étudier comment les disciples de Jansénius et de Saint-Cyran, ont recueilli et perpétué leur enseignement, assuré l’édition de leurs écrits, défendu leur mémoire. On a pu récemment souligner l’importance de Froimond dans la publication de l’Augustinus et montré sa responsabilité dans le climat très polémique qui a accompagné la sortie de l’ouvrage. Le rôle d’Antoine Arnaud est évidemment très connu tant pour sa défense de la mémoire des deux figures fondatrices que pour son apport permettant une synthèse des deux sensibilités augustiniennes qu’elles représentaient. Au-delà de l’image de Jansénius et de Saint-Cyran et de son évolution dans les écrits apologétiques et contre-apologétiques, on s’attachera tout particulièrement au statut particulier de l’épisode du séjour de Bayonne, sur la dimension fondatrice qu’il a pu acquérir pour la postérité tant auprès des partisans du jansénisme que de ses détracteurs. Ces aspects pourront être traités sur la longue durée, et donc bien au-delà de 1643.

MODALITÉS DE SOUMISSION

Les organisateurs attendent des propositions de communication originales, l’objectif de ce colloque étant de faire progresser  les connaissances sur toutes les questions envisagées, dans une approche pluridisciplinaire, et  de faire le point sur les nouvelles directions de recherche.

Les interventions dureront 25 mn maximum, en français si possible, mais l’anglais et l’espagnol sont acceptés.

Les propositions de contribution (titre, résumé de 3000-5000 signes, liste de mots clés) seront accompagnées d’une fiche de renseignements individuels sur l’auteur (statut, institution de rattachement, domaines de recherche, bibliographie). Les deux fichiers, en format Word  sont à envoyer au responsable scientifique Thierry Issartel

avant le 21 mars 2012

Responsable scientifique

Thierry Issartel, Professeur de Chaire Supérieure, Khâgne du Lycée L. Barthou (Pau), agrégé d’Histoire, Docteur ès Lettres, Chercheur associé à ITEM/UPPA : thierry.issartel@gmail.fr ou thierry.issartel@univ-pau.fr.

Lieux

  • Bayonne, France (64200)

Dates

  • mercredi 21 mars 2012

Mots-clés

  • jansénisme, Port-Royal, Jansénius, Saint-Cyran, augustinisme, catholicisme, Richelieu, spiritualité

Contacts

  • Thierry Issartel
    courriel : thierry [dot] issartel [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Thierry Issartel
    courriel : thierry [dot] issartel [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Bayonne, berceau du jansénisme ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 02 février 2012, http://calenda.org/207118