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Alimentations : circulations / migrations du Nord au Sud et du Sud au Nord

Food and migration : North to south and south to north

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Publié le vendredi 03 février 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Les mouvements de populations se déplaçant d’un territoire à l’autre sont un des faits centraux de nos sociétés contemporaines. Que ces migrations soient mises en place pour des raisons économiques, par désir d’améliorer un parcours individuel, par tradition d’élite ou encore à cause de persécutions ou guerres, elles concernent des millions d’individus en Europe et dans le monde. L’alimentation étant au cœur du dispositif migratoire quotidien, cette journée thématique a pour objectif de dévoiler les enjeux sociologiques, politiques et économiques sous-jacents.

Annonce

Colloque de l’ISIAT (Université Michel de Montaigne/IUT Carrières sociales 1 rue Jacques Ellul 33800 amphi 1), Vendredi 10 février 2012 9h/18h30

Organisé par Chantal Crenn ( Université Michel de Montaigne IUT/ISIAT Cnrs UMI 3189 Dakar et UMR 5115 LAM Bordeaux) et Paul-Etienne Anthoni, Elise Alard, Delphine Claire, Siralice Keïta, Marion Groch, Anne-Sophie Pouget, Estelle Santos, Kevin Viais (étudiants IUT Michel de Montaigne Bordeaux 3)

Présentation

Humains, alimentation et migrations

Les mouvements de populations se déplaçant d’un territoire à l’autre sont un des faits centraux de nos sociétés contemporaines. Que ces migrations soient mises en place pour des raisons économiques, par désir d’améliorer un parcours individuel, par tradition d’élite ou encore à cause de persécutions ou guerres, elles concernent des millions d’individus en Europe et dans le monde. L’alimentation étant au cœur du dispositif migratoire quotidien, comme a pu le montrer Clara Lecadet à propos des restaurateurs/clandestins subsahariens expulsés d’Algérie à la frontière malienne (Calvo, 1986, Le Cadet, 2010), cette journée thématique a pour objectif de dévoiler les enjeux sociologiques, politiques et économiques sous-jacents.

Il est courant que dans les analyses des chercheurs la nourriture apparaisse comme un marqueur dans le domaine de l'identité culturelle individuelle et collective et soit analysée comme une des frontières symboliques entre les individus en contact, en fonction de la place qu’ils ou elles occupent dans la hiérarchie sociale du pays d’immigration. Nous avons montré dans un numéro de la revue Anthropology of Food la complexité de ce phénomène largement inscrit dans le politique et ne se réduisant en rien à être uniquement un des éléments culturels qui « resteraient » (on a parlé de soul food alors que la langue d’origine ne serait plus transmise). L’alimentation comme n’importe quel phénomène culturel n’est pas fixe mais est au contraire fait de reprise et de dépassement en fonction de parcours subjectivés et des cadres socio-historiques et globaux dans lequel elle s’inscrit.

Souhaitant ouvrir le débat et dépasser les a priori du sens commun en ce qui concerne l’alimentation, cette journée dévoilera des aspects moins traités comme les dimensions politiques et sociales liées à ces questions. En effet, les migrants présents en France occupent fréquemment des emplois dans le champ de l’industrie agro-alimentaire comme les Sénégalais et Maliens dans les usines de porc en Bretagne, les Marocains dans les vignobles du Bordelais ou encore dans les usines de feuilles de brick de la région parisienne ( Jean-Pierre Hassoun). Que nous donne à voir les enquêtes alimentaires menées sur ces populations en ce qui concerne leur statut socio-économique dans leurs relations aux majoritaires ?

Il est aussi plus rare que l’alimentation (de la production aux déchets) soit analysée comme mouvement vers les membres de la société d’accueil dans le cadre de processus économiques d’installation (on connaît mieux la fonction du « restaurant immigré » perçu comme une sorte de protection dans une première phase de la migration). Le documentaire de Dragoss Ouedraogo à propos d’une migrante sénégalaise installée dans la région bordelaise montrera à l’inverse comment la mise en place d’un jardin potager permet à Taïba de développer une activité économique viable dans la région.

Les migrants ne sont pas que des acteurs subissant de nouvelles pratiques alimentaires auxquelles ils auraient du mal à s’adapter, comme ils fréquemment représentés. Exemple de Mana ? Ils peuvent être des passeurs qui introduisent de nouveaux légumes (comme Taïba), goûts, plats, dans les sociétés d’émigration en négociant judicieusement avec l’engouement actuel pour l’ethnique que nos sociétés occidentales valorisent aujourd’hui… On oublie souvent que l’alimentation est un moyen (outre de survie) rapide, efficace de « faire sa place » de manière symboliquement et économiquement avantageuse !

Circulations de modèles alimentaires au Sud et au Nord

Si la question alimentaire liée à la migration constitue un enjeu politique et économique des pays d’arrivée comme ont pu le montrer les enquêtes effectuées par de nombreux chercheurs, les relations entre alimentation et aide aux développements sont également un enjeu central du débat. Les transferts de fonds des migrants étant supérieurs aux montants d’aide publique au développement, leurs impacts, les liens entre les migrations, l’alimentation, sont devenus des objets centraux dans le contexte de la globalisation.

En d’autres termes, c’est aussi à la migration des marchandises, des idées, des normes concernant l’alimentation que nous nous intéressons durant ce séminaire. La question de la mondialisation pourrait se penser à travers des recherches sur cette sphère de l’activité économique ainsi que de nombreux exemples nous y incitent. (Soninké du Mali étudiés par C Quiminal ou C Daum)

Les projets de développement liés à l’alimentation menés par les migrants ont dévoilé depuis longtemps non seulement l’imbrication des rapports inégalitaires entre le Nord et le Sud mais plus récemment l’agentivité des populations des Suds grâce aux travaux des anthropologues notamment, qui ont montré à l’échelle micro-sociologique les agencements, les hybridations. L’exemple du projet Pasteff autour de la mise en place d’une formation en boulangerie mené à Mbour en témoigne (A N’Diaye). Certes, il nous a semblé important durant ce séminaire de tenir compte des processus économiques auxquels participent les migrants et leurs compatriotes restés aux pays et qui ont des effets sur le système alimentaire dans son ensemble et particulièrement au Sud mais il nous aussi semblé crucial d’interroger la place des « majoritaires », au sens sociologique du terme, porteurs de projets alimentaires.

Si, jusqu’à une période récente, l’alimentation était vue uniquement comme « nutrition/santé » par les instances internationales pour les pays du Sud ainsi que le met en évidence l’historien Vincent Bonnecase, les sociologues Emmanuel Calvo et Nicolas Bricas, qu’en est- il aujourd’hui ? Ne faut-il pas remettre en cause ou nuancer, les idées les plus diffusées en particulier celles ayant trait à « la mondialisation » quand celle-ci est associée à la standardisation nationale ou internationale de l’alimentation vue uniquement du point de vue sanitaire ?

Que ce soit aux « Nords » ou aux « Suds », les professionnels de l’humanitaire et du développement durable ne gagneront-ils pas en complexité s’ils prennent en compte dans leurs analyses la manière dont les institutions internationales (FAO, OMS) les organismes de recherches, « les acteurs de la société civile » construisent la rhétorique de la sauvegarde de la diversité des cultures alimentaires de « l’Autre » ?

La nécessaire profondeur historique des recherches concernant l’idéologie de « l’aide alimentaire » permet à l’instar de Nicolas Bricas d’interroger les valeurs qui sous-tendent les discours opposant la « modernité », le « global », « l’artificiel », « l’industriel », le « standardisé », la « distance » à « la tradition », « le local », « le naturel », « l’artisanal », « la spécificité », « la proximité ». Qu’en est-il aujourd’hui ? D’autres alternatives existent-elles ? Eric Prédine de l’association Saluterre nous fera part de ses expériences en Amérique Latine et à Madagascar mais aussi en France.

PROGRAMME

8h30 Accueil des participants

9h00 Introduction : migrations alimentations : quels liens ? (Chantal Crenn MCF en anthropologie IUT/ISIAT/ UMI 3189 Cnrs Dakar et UMR Cnrs 5115 LAM Bordeaux, Marion Groch, Paul-Etienne Anthoni et Alice Keïta étudiants IUT DLI)

  • 9h 15 « Derrières la feuille de brick, le médiateur de la république » Jean-Pierre Hassoun Directeur de recherche au Cnrs Centre Edgar Morin et Ehess) (Discutants : Paul-Etienne Anthoni et Kevin Viais étudiants IUT DLI)
  • 9h45 « L’enjeu alimentaire dans le processus d’expulsion et dans les stratégies de survie des migrants expulsés d’Algérie au Mali » ( Discutants : étudiants de DLI) Clara Lecadet, anthropologue, Centre des Etudes Africaines, EHESS, Paris. (Discutants : Delphine Claire et Alice Keita étudiantes IUT DLI)
  • 10h15 « Quand l’alimentation des « migrants » oblige à interroger le fonctionnement d’un centre d’animation » Ramon Ortiz de Urbina Directeur du Centre social Saint-Michel : (Discutants : Anne-Sophie Pouget et Elise Alard étudiantes IUT DLI)

10h 30 pause animée !

  • 11h Présentation du numéro de la revue Hommes et Migrations / Cuisines et Dépendances (Nicolas Treiber secrétaire de rédaction) (Discutants : Agathe Lequéré et Elise Alard étudiants IUT DLI)
  • 11h 30 « l’alimentation des élites migrantes, entre distinction et exotisme : les Malgaches de Bordeaux » Isabelle Téchouèyres anthropologue Rédactrice en Chef Anthropology of Food et Chantal Crenn ( Discutants : Agathe Le Quéré et Elise Alard étudiantes IUT DLI)
  • 12h Projection « Taïba de Bruges » et son jardin potager (de Dragoss Ouédraogo) 13 mn (Delphine Grand étudiante IUT DLI)

12h 15 discussions

12h 30 Poulet Yassa par Fatou Mboup responsable cuisine de la section féminine de l’association de l’Union des Travailleurs Sénégalais de Bordeaux : Actions revendicatives (Cafeteria de l’IUT) (Alice Keita et Delphine Claire étudiantes IUT DLI)

  • 14h 30 Introduction : alimentation et développement : quels liens ? Aurélie Carimentrand MCF en économie IUT Michel de Montaigne Chercheure au Cnrs/Ades Bordeaux et Estelle Santos, Elise Alard (étudiantes IUT DLI)
  • 14h 45 Vincent Bonnecase, Historien chargé de recherche au Cnrs ( UMR Cnrs 5115 Lam, Les Afriques dans le Monde, Bordeaux). « La faim au Sahel : quelle histoire des savoirs? » (Discutantes Anne Sophie et Delphine Claire étudiantes IUT DLI)
  • 15h 15 Eric Prédine (Saluterre Sainte-Foy-La-Grande) « Le renouveau des pratiques agronomiques de l'autoproduction alimentaire, adaptées aux contraintes urbaines modernes, le plus souvent inspirées des villes du Sud « ( Discutants :Estelle Santos et Kevin Viais étudiants IUT DLI)

15h 45 pause

  • 16h15 « PASTEEF : l'alliance du mouvement associatif et des collectivités locales pour un dialogue avec les "brûleurs de frontières" » Abdou Ndiaye (Economiste/Chercheur Cnrs Ades Bordeaux et porteur du projet Pasteff) (Discutants : Estelle Santos et Marion Groch étudiantes IUT DLI)
  • 16h 45 Projection Horizons Alimentaires film de Cyril Andrès et Damien Lagrange Bleue comme une orange et Escales Production

18h 30 fin de la journée

Lieux

  • 1 rue Jacques Ellul (IUT Michel de Montaigne)
    Bordeaux, France

Dates

  • vendredi 10 février 2012

Mots-clés

  • alimentations, circulations, migrations, globalisations, nord, sud

Contacts

  • Chantal Crenn
    courriel : crenn [dot] girerd [at] wanadoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Chantal Crenn
    courriel : crenn [dot] girerd [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Alimentations : circulations / migrations du Nord au Sud et du Sud au Nord », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 03 février 2012, http://calenda.org/207124