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Langage et analogie. Figement. Argumentation

Language and analogy. Frozenness. Argumentation

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Publié le vendredi 03 février 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Depuis les années 1980, de nombreux travaux de psychologie cognitive ont mis l'accent sur le rôle de l'analogie dans la cognition. D'abord cantonnée à un type de raisonnement, elle est aujourd'hui considérée comme un processus cognitif central à l'origine de la détection des similarités structurelles, voire comme un synonyme de la perception de haut niveau, à l'origine des concepts ou des catégories, ces derniers étant conçus comme des faisceaux d'analogies et l'opération de catégorisation comme un glissement d'un faisceau d'analogies à un autre. L'objectif majeur de cette recherche consiste à explorer les transferts possibles de ces avancées de la psychologie cognitive dans d'autres domaines, et en premier lieu dans les disciplines pour lesquelles le langage joue un rôle primordial : la linguistique et les études littéraires.

Annonce

Langage et analogie. Figement. Argumentation. Sfax-Tozeur (Tunisie) 4 et 5 octobre 2012

Version française

Colloque international organisé par : Mohamed Bouattour (Université de Sfax), Salah Mejri (Université de Paris XIII et Université de Manouba) et Philippe Monneret (Université de Bourgogne)

[english version below]

Argumentaire

Parmi les questions sur lesquelles l'humanité se penche depuis qu'elle a appris à penser, l'analogie se distingue par une série de thématisations explicites, récurrentes au cours des siècles, dans des champs aussi divers que le droit, la médecine (en particulier orientale), les mathématiques, la théologie, la psychologie, la philosophie, la littérature ou encore la linguistique, sans compter toutes les sciences qui recourent à une forme ou une autre de modélisation, ni le rôle de l'analogie dans la découverte scientifique ou dans l’évolution des techniques. Reprendre cette question au XXIe siècle, c'est d'abord prendre acte du fait qu'en dépit de multiples tentatives, elle n'a toujours pas fait l'objet d'une unification cohérente, qui permette de relier la capacité cognitive dont dérive l'aisance extraordinaire qu'ont les hommes (ainsi que d'autres espèces animales) de produire des analogies, à l'ensemble des représentations, mentales ou publiques, qui en découlent. Si certaines espèces, dont l'espèce humaine, ont développé de telles capacités analogiques, c'est probablement que ces dernières procurent un avantage adaptatif majeur, celui d'une perception souple et perfectible, impliquant des catégories non pas rigides mais floues, en ce qu'elles reposent sur un principe de similarité plutôt que sur les clivages rigides de la différence et de l'identité. Ces dernières peuvent être considérées comme des stabilisations momentanées d'une dynamique analogique plus fondamentale, puisque l'analogie est à la fois, et irréductiblement, différence et identité. Du point de vue méthodologique, la problématique analogique se situe donc sur un plan qui échappe par principe à une épistémologie de type structuraliste.

La définition large de l'analogie, qui servira de point de départ à cette recherche, est la suivante : on appellera analogique tout processus qui implique une forme de similarité. Classiquement, on peut en premier lieu distinguer l'analogie binaire, qui repose sur la similarité de deux entités, de l'analogie proportionnelle, qui repose sur une similarité relationnelle entre des éléments composant une entité complexe. Quant à la notion de similarité, elle s'oppose non seulement, du point vue  logique, à la différence et à l'identité, qui en sont les deux négations, mais aussi, et sur un autre plan, à une seconde relation fondamentale, la relation de contiguïté. En outre la similarité implique ce que l'on peut simplement (et provisoirement) nommer un "point de vue" : deux entités ne sont jamais similaires que selon une certaine perspective.

Depuis les années 1980, de nombreux travaux de psychologie cognitive ont mis l'accent sur le rôle de l'analogie dans la cognition. D'abord cantonnée à un type de raisonnement, elle est aujourd'hui considérée comme un processus cognitif central à l'origine de la détection des similarités structurelles, voire comme un synonyme de la perception de haut niveau, à l'origine des concepts ou des catégories, ces derniers étant conçus comme des faisceaux d'analogies et l'opération de catégorisation comme un glissement d'un faisceau d'analogies à un autre. On l'aura compris, l'objectif majeur de cette recherche consiste à explorer les transferts possibles de ces avancées de la psychologie cognitive dans d'autres domaines, et en premier lieu dans les disciplines pour lesquelles le langage joue un rôle primordial : la linguistique et les études littéraires.

Il existe en effet ce qui justifie le privilège accordé à ces deux domaines une grande proximité entre les processus cognitifs analogiques et le fait langagier dans son ensemble. Car si l'on admet que les concepts ou catégories peuvent être décrits, en tant que représentations mentales, comme des faisceaux d'analogies, ces représentations mentales possèdent un type de contrepartie publique majeur qui n'est autre que le langage lui-même : elles sont très souvent partagées, même si ce n'est pas toujours le cas, via ces représentations publiques que sont les mots, les phrases, les textes. Or, la prise en considération de l'analogie dans ces environnements permet de regrouper au moins trois grands types de problématiques qui demeurent aujourd'hui distinctes et étudiées séparément : la question de la catégorisation dans l'analyse des unités lexico-grammaticales, mais aussi dans le cas de la catégorisation textuelle (via notamment la question des genres, littéraires ou discursifs) ; la problématique de l'iconicité dans les langues et dans les textes, qui s'intéresse aux similarités entre formes et contenus, et qui, à ce titre, cherche aussi à documenter la question de l'incarnation du langage ; le problème, encore peu étudié comme tel, de la similarité entre les textes ou les discours, sur lequel reposent non seulement de nombreuses questions de théorie littéraire (intertextualité, "analogies littéraires", comparatisme, etc.), mais aussi des questions relatives à l'argumentation (argument par analogie, amalgame, etc.), ainsi que toute la problématique de la traduction puisqu'un texte traduit peut être considéré comme analogue au texte source et qu'une bonne partie de la traductologie consiste à comprendre comment atteindre le meilleur analogue d'un texte donné dans une autre langue.

Dans tous les cas, la question directrice sera non seulement de faire émerger les champs dans lesquels le concept d'analogie se révèle pertinent, au sens où il permettrait un renouvellement des problématiques, mais aussi, plus précisément, de chercher à découvrir des critères qualitatifs d'évaluation des analogies permettant de comprendre pourquoi, dans un contexte donné ou selon un point de vue donné, une analogie est préférable à une autre ou meilleure qu'une autre.

L’accent sera mis sur deux problématiques spécifiques, auxquelles seront consacrées des sessions spéciales :

  • Session analogie et figement (Président : Salah Mejri)
  • Session analogie et argumentation (Président : Mohamed Bouattour)

Mais les communications pourront également être situées dans le cadre, non exhaustif, des thématiques suivantes (coordination : Philippe Monneret) :

  • actualité de la recherche sur l'analogie en psychologie cognitive
  • analogie et catégorisation dans le lexique
  • analogie, synonymie et polysémie
  • analogie et figures rhétoriques de la similarité
  • analogie et iconicité dans le lexique, la morphologie et la syntaxe
  • analogie et interférence dans l’apprentissage des langues
  • analogie et changement linguistique
  • analogie et linguistique spontanée (étymologie populaire, etc.)
  • analogie et variation en sociolinguistique
  • analogie et genres discursifs ou littéraires
  • analogie et traduction
  • analogie et iconicité des textes littéraires
  • analogie et comparatisme en littérature
  • rôle de l'analogie dans la formation et le développement des théories linguistiques
  • analogie et fiction
  • analogie et poésie
  • analogie et iconicité dans les langues des signes et la gestualité co-verbale
  • analogie et iconicité dans les modèles linguistiques

Comité scientifique

  • Olivier Soutet (Université de Paris IV)

  • Didier Bottineau (Université de Paris X)

  • Thomas Verjans (Université de Bourgogne)

  • Luca Nobile (Université de Bourgogne)

  • Christian Puech (Université de Paris III)

  • Dan Savatovsky (Université de Paris III)

  • Thierry Ponchon (Université de Reims)

  • Samir Bajric (Université de Paris IV)

  • Franck Neveu (Université de Paris IV)
  • Gaston Gross (Université de Paris XIII)
  • Pierre-André Buvet (Université de Paris XIII)
  • Georges Kleiber (Université de Strasbourg)

  • Jean-Pierre Thibaud (Université de Bourgogne)
  • Habib Mejdoub ( Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Sfax)

Modalités de participation

  • Les communications pourront être proposées en français ou en anglais.
  • Elles doivent être envoyées à l’adresse suivante : langageetanalogie@gmail.com

Date limite de soumission (5000 signes + orientations bibliographiques) : 31 mars 2012

English version

Language and analogy.Frozenness. Argumentation,  Sfax-Tozeur (Tunisia), 4 and 5 October 2012

International conference organised by: Mohamed Bouattour (Sfax University ), Salah Mejri (University of Paris XIII and Manouba University ) and Philippe Monneret (University of Burgundy)

Argument

Among all the issues that have been debated ever since humanity has been learning to think, analogy is characterized by a series of explicit thematisations, recurring over the centuries in fields as diverse as law, medicine (especially Eastern medicine), mathematics, theology, psychology, philosophy, literature and linguistics, not to mention all the sciences using modelisation, in one form or another, or the role analogy plays in scientific findings or technical developments.

To raise the issue of analogy in the 21st century is to acknowledge that despite a number of attempts, there is, to this day, no coherent unifying theory of analogy that might relate its cognitive capacity, which makes it so extraordinarily easy for man (as well as some other animal species) to produce analogies, with all the mental or public representations it has generated.

The fact that some species, among which humans, have developed such capacities for analogy, is probably because it provides a major adaptive benefit, i.e. a flexible and perfectible system of perception based not on rigid but on fuzzy categories, as it rests on a principle of similarity rather than on the clear-cut division between difference and identity. The latter concepts may be considered as the temporary stabilizations of a more fundamental analogical dynamic, as analogy is both necessarily difference and identity. In terms of methodology therefore, the problematics of analogy tends to fall outside the scope of the scope of a structuralist-oriented epistemology.

The broad definition of analogy used as a starting point for this research is the following: we call analogy any process involving a form of similarity. Classically, binary analogy, which rests on the similarity of two terms, may be distinguished from proportional analogy, which rests on a relational similarity between the elements composing a complex entity.

As for the notion of similarity, it is not only opposed, in terms of logic, to difference and identity, which are its two negations, but also, at another level, to a second fundamental relation: contiguity. Moreover, similarity entails what can simply (and provisionally) be called a “point of view”: two entities are similar but are perceived from a given perspective.

Since the 1980s, many studies in cognitive psychology have emphasized the role of analogy in cognition. While first restricted to a certain type of reasoning, analogy is at present considered as a central cognitive process at the origin of structural similarity detection, and even as synonymous with high-level perception generating concepts or categories, the latter being conceived as clusters of analogies and the operation of categorization as a shift from one cluster of analogies to another.

The main purpose of the present research is to explore in depth possible transferences of advances in cognitive psychology to other fields, and primarily to those where language plays a major part, namely linguistics and literary studies.

Analogical cognitive processes are actually very close to language processes as a whole, which is why special attention is paid to these two fields. For if we admit that concepts or categories can be described, as mental representations, as clusters of analogies, the main type of public counterpart of these mental representations is language itself: they are often shared¸ though not always, via the public representations of words, sentences and texts.

Now, considering analogy in those environments makes it possible to connect at least three main types of problematic that had remained distinct and were studied separately to this day: categorization in lexico-grammatical unit analysis as well as in text categorization (in particular through the question of genres, either literary or discursive); the problematic of iconicity in languages and texts, which is concerned with similarities between form and content, and which, in that respect, tries to document the question of the embodiment of language; the question, little studied in itself, of the similarity between texts or discourses which informs not only many issues of literary theory (intertextuality, “literary analogies”, comparativism, etc.) but also issues of argumentation (arguments by analogy, amalgamation, etc.) as well as the whole problematic of translation, as a translated text can be viewed as analogous to the source text and translation studies largely consists in understanding how to find the best analogue of a text given in another language.

In all cases, the principal objective will not only be to uncover the domains in which the concept of analogy proves significant, thereby contributing to a renewal of the problematic, but also, more precisely, to try and discover qualitative assessment standards of analogies so as to understand why, in a given context or from a given point of view, one analogy is preferable to or is better than another.

The emphasis is on two specific problematics, which will be the themes of two panels:

  • Analogy and frozenness panel (Chair : Salah Mejri)
  • Analogy and argumentation panel (Chair : Mohamed Bouattour)

Additional topics of interest include, but are not limited to (coordinator: Philippe Monneret):

  • New developments in research into cognitive psychology
  • Analogy and categorization in the lexicon
  • Analogy, synonymy and polysemy
  • Analogy and rhetorical figures of similarity
  • Analogy and iconicity in the lexicon, morphology and syntax
  • Analogy and interferences in language learning
  • Analogy and linguistic change
  • Analogy and spontaneous linguistic (popular etymology, etc.)
  • Analogy and variation in sociolinguistics
  • Analogy and discursive or literary genres
  • Analogy and translation
  • Analogy and iconicity of literary texts
  • Analogy and comparativism in literature
  • The role of analogy in the formation and development of linguistic theories
  • Analogy and fiction
  • Analogy and poetry
  • Analogy and iconicity in sign language and co-verbal body language
  • Analogy and iconicity in linguistic models

Scientific Committee

  • Samir Bajric (Université de Paris IV)
  • Didier Bottineau (Université de Paris X)
  • Pierre-André Buvet (Université de Paris XIII)
  • Gaston Gross (Université de Paris XIII)
  • Georges Kleiber (Université de Strasbourg)
  • Habib Mejdoub ( Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Sfax)
  • Franck Neveu (Université de Paris IV)
  • Luca Nobile (Université de Bourgogne)
  • Thierry Ponchon (Université de Reims)
  • Christian Puech (Université de Paris III)
  • Dan Savatovsky (Université de Paris III)
  • Olivier Soutet (Université de Paris IV)

  • Jean-Pierre Thibaud (Université de Bourgogne)
  • Thomas Verjans (Université de Bourgogne)


Submissions

  • We welcome proposals in French or in English.
  • Please send submissions to: langageetanalogie@gmail.com

Deadline for abstracts (5,000 characters + brief bibliography): 31 March 2012

Dates

  • samedi 31 mars 2012

Mots-clés

  • linguistique, analogie, iconicité, arbitraire, guillaume, onomatopée, idéophone, symbolisme phonétique

Contacts

  • Luca Nobile
    courriel : luca [dot] nobile [at] u-bourgogne [dot] fr

Source de l'information

  • Luca Nobile
    courriel : luca [dot] nobile [at] u-bourgogne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Langage et analogie. Figement. Argumentation », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 03 février 2012, http://calenda.org/207129