AccueilMémoires algériennes en transmission : histoires, narrations et performances postcoloniales

Mémoires algériennes en transmission : histoires, narrations et performances postcoloniales

The transmission of Algerian memories: stories, narration and post-colonial performances

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Publié le mercredi 08 février 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Dans le cadre du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, ce colloque se propose de croiser les regards algérien et français autour de la pluralité des mémoires algériennes. L’objectif est de déplacer la réflexion du terrain hypermédiatisé et événementiel des revendications politiques à celui des transmissions intergénérationnelles et des recompositions mémorielles d’acteurs anonymes, héritiers d’un passé dont ils deviennent les témoins indirects. Le dialogue de chercheurs d’horizons différents (histoire, sociologie, anthropologie, sciences politiques, géographie, littérature, visual studies, colonial et postocolonial studies) contribuera à cartographier des deux côtés de la Méditerranée les mouvements et les singularités des narrations mémorielles des nouvelles générations ainsi que, le cas échéant, leurs points de contact ou de friction avec les récits collectifs (locaux, nationaux, transnationaux) véhiculés dans l’espace public et dans les univers associatif et artistique.

Annonce

 Mémoires algeriennes en transmission : histoires, narrations et performances postcoloniales, 15-16 novembre 2012, MMSH, Aix-en-Provence

Argumentaire

La colonisation et la guerre d’Algérie incarnent deux moments centraux de l’engouement mémoriel contemporain et s’inscrivent dans le rapport présentiste à un héritage historique dont l’écriture n’a pas su ou n’a pas encore pu trouver une expression apaisée et dépassionnée qui caractérise nos sociétés. Exemplaires à plus d’un titre, ces chronotopes mémoriels ne sont pas seulement associés aux guerres de mémoire (Liauzu 2000 ; Stora, 2010) et aux relations difficiles que les sociétés entretiennent avec leur passé et leur présent. Ils fournissent aussi une clé de lecture de la dialectique des affrontements, des tensions et des ajustements anachroniques que le passé produit dans le présent. Ils démultiplient mais surtout transnationalisent les figures du témoin, de la victime, et dans une moindre mesure celle du bourreau, ainsi que leurs narrations et leurs revendications. La mise en écriture des expériences passées relève ainsi d’une entreprise de pacification mémorielle instable, voire chimérique.

En France, la pluralité passionnelle des points de vue a fait l’objet, depuis les travaux pionniers de B. Stora (1991), d’un intérêt foisonnant de la part d’historiens, sociologues et anthropologues, engagés d’une part à retracer la parabole des mémoires algériennes dans l’espace public et médiatique français (Harbi, Stora, 2004) et d’autre part à relever les rapports complexes qu’elles entretiennent au sein du récit national et des relations franco-algériennes (Branche, 2005 ; Bucaille, 2010). Les recherches menées s’attachent principalement à retracer les généalogies collectives et familiales (Baussant, 2002 ; Fabbiano, 2011 ; Dosse, 2012), à discuter les usages publics et politiques des mémoires collectives (Savarese, 2008), les exigences de reconnaissance (Bancel, Blanchard, 2008 ; Thénault, 2005) avancées par les différents groupes (essentiellement harkis, pieds-noirs, immigrés, anciens combattants français et algériens, militants politiques…), les interrogations que l’enseignement de l’histoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie soulèvent (Falaize, 2010). L’(im)possibilité d’une écriture franco-algérienne de l’histoire (Dayan Rosenman, Valensi, 2004), l’éclatement des lieux et des récits de mémoire en Méditerranée (Crivello, 2010), les frictions autour de la commémoration et de la célébration des groupes de mémoire qui butent sur une narration partagée et ne s’accordent pas sur les dates à retenir, les tentatives maladroites d’institutionnalisation de la mémoire nationale de la colonisation sont encore d’autres dimensions mises en lumière.

Dans le cadre du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, ce colloque se propose de croiser les regards algérien et français autour de la pluralité des mémoires algériennes : pieds-noirs, juifs, harkis, tsiganes, émigrés, immigrés, anciens combattants – appelés, réservistes et engagés – messalistes, militants du FLN, militants politiques – chrétiens libéraux, communistes, socialistes, berbéristes – militants de la droite extrême – OAS, courants politiques Algérie française. L’objectif est de déplacer la réflexion du terrain hypermédiatisé et événementiel des revendications politiques à celui des transmissions intergénérationnelles et des recompositions mémorielles d’acteurs anonymes, héritiers d’un passé dont ils deviennent les témoins indirects. Le dialogue de chercheurs d’horizons différents (histoire, sociologie, anthropologie, sciences politiques, géographie, littérature, visual studies, colonial et postocolonial studies) contribuera, dans une perspective transdisciplinaire, à cartographier des deux côtés de la Méditerranée les mouvements et les singularités des narrations mémorielles des nouvelles générations ainsi que, le cas échéant, leurs points de contact ou de friction avec les récits collectifs (locaux, nationaux, transnationaux) véhiculés dans l’espace public et dans les univers associatif et artistique. En discutant et en historicisant les rapports ambigus et postcoloniaux entre mémoire individuelle et mémoire collective, il s’agira dès lors d’aller au-delà d’une approche essentialisée de la mémoire collective en tant que réalité aux traits autonomes pour s’intéresser aux individualités qui la façonnent et à leur travail d’arrangements, d’agencements, de branchements à chaque fois dynamique et sans cesse renouvelé. Relever le caractère dialectique, anachronique, hybride et parfois contradictoire des discours mémoriels des acteurs permettra de renouveler l’approche des mémoires collectives algériennes, en mettant à l’épreuve la  lecture uniforme et cloisonnée qui en est donnée.

Les communications attendues présenteront des recherches avancées ou en cours sur les enjeux de la transmission intergénérationnelle et de l’appropriation de la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie de la part des descendant-e-s des acteurs historiques. Elles pourront s’inscrire dans une des thématiques, non limitatives, indiquées ci-dessous et seront attentives à mettre en perspective les narrations mémorielles individuelles et les situations collectives de production et performance.

Les contextes mémoriels

La transmission et la narration mémorielles des acteurs ne sauraient se comprendre en dehors de la gestion mémorielle française et algérienne, qui oppose une situation d’aphasie à un détournement épique hypercélébré. Dans quelles mesures les modalités de transmission et d’appropriation du passé au sein des familles, des générations et des fratries se révèlent-elles imprégnées par ce paradoxe de l’expérience historique ? Et comment la mise en récit du passé restitue, le cas échéant, la plasticité offusquée par la réécriture cristallisée de l’histoire de part et d’autre de la Méditerranée ?

Les généalogies mémorielles

La narration mémorielle de la période coloniale n’est pas indépendante de la relation plus extensive que les acteurs entretiennent au passé familial et collectif, à sa profondeur historique, à ses blessures ainsi qu’à sa transmissibilité. A partir de récits assez souvent fragmentaires, comment les héritiers du système colonial construisent le regard qu’ils portent sur l’histoire et plus particulièrement sur le moment de la guerre ?  Quelles sont les sources qu’ils privilégient et qu’ils mobilisent ? Comment se structurent des trajectoires mémorielles et quelle place trouvent-elles au sein des prises de parole publiques ? 

Les pratiques mémorielles

Au-delà d’une représentation passionnée de mémoires antagonistes qui ravivent les séquelles du passé, des acteurs œuvrent au quotidien pour un dépassement des frontières et des clivages. Comment au sein des mêmes espaces de résidence est-il vécu l’héritage colonial par des individus appartenant à des groupes qui furent en opposition (par exemple : harkis et immigrés algériens, immigrés algériens et pieds-noirs)? Quelle forme est susceptible de prendre, dans le devenir postcolonial, la traduction quotidienne d’un passé assumé par procuration ? 

Les performances mémorielles

Les mondes associatif et artistique ont, depuis les années quatre-vingt, joué un rôle important dans le travail de remémoration collective et de transmission des événements liés à la colonisation et à la guerre d’Algérie dans l’espace public. Quels récits ont-il contribué à façonner ? Emerge-t-il une narration partagée par l’ensemble des figures historiques engagées ou au contraire se réaffirme-t-il une vision nationale et qui plus est partielle et partiale qui ne saurait respecter la pluralité des points de vue ? Comment au sein des mises en scène mémorielles sont gérées les questions, parfois épineuses, liées aux espace-temps de la commémoration ?  

Modalités de soumission

Les propositions de communication ne devront pas dépasser les 400 mots et devront comporter les éléments suivants :

  • Titre de la communication
  • Auteur
  • Appartenance institutionnelle

Date limite de réception des propositions : 10 avril 2012

A envoyer à Giulia Fabbiano (gfabbiano@hotmail.com)

  • Acceptation des propositions début mai 2012. 
  • Dates du colloque : 15 et 16 novembre 2012
  • Lieu du colloque : MMSH, 5 rue du Château de l’Horloge, Aix-en-Provence

Comité d’organisation

  • Giulia Fabbiano, Docteure en anthropologie et en sociologie, Postdoctorante EHESS-CADIS, chercheuse associée à l’Institut d’ethnologie méditerranéenne européenne et comparative, (Idemec) – Université d’Aix-Marseille.
  • Nassim Amrouche, Doctorant à l’Institut d’ethnologie méditerranéenne européenne et comparative, (Idemec) – Université d’Aix-Marseille.
  • Abderahmen Moumen, Docteur en histoire, chercheur associé au Centre de recherches historiques sur les sociétés méditerranéennes (CRHiSM) – Université de Perpignan.

Comité scientifique

Michèle Baussant (LESC, Université de Paris 10) ;  Maryline Crivello, (TELEMME, Université de Provence) ; Claire Eldridge (Université de Southampton, Grande-Bretagne) ; Gilles Manceron (LDH, Paris) ; Amar Mohand Amer (CRASC, Oran) ; Abderrahmane Moussaoui (IDEMEC, Université de Provence) ; Hassan Remaoun (CRASC, Oran) ; Benoît Falaize (Université de Cergy Pontoise/Cité nationale de l'histoire de l'immigration, Paris).

Références bibliographiques sélectives  

  • Liauzu Claude, 2000, « Décolonisations, guerres de mémoires et histoire », Annuaire de l’Afrique du Nord, XXXVII, pp. 25-45.
  • Bancel Nicolas, Blanchard Pascal, 2008, « La colonisation : du débat sur la guerre d’Algérie au discours de Dakar », in Blanchard Pascal et Veyrat-Masson Isabelle, Les guerres de mémoires. La France et son histoire. Enjeux politiques, controverses historiques, stratégies médiatiques, Paris, La Découverte, pp. 137-154.
  • Baussant Michèle, 2002, Pieds-noirs, mémoires d’exils, Paris, Stock.
  • Branche Raphaëlle, 2005, La guerre d’Algérie : une histoire apaisée ?, Paris, Seuil.
  • Bucaille Laetitia, 2010, Le pardon et la rancœur, Paris, Payot.
  • Crivello Maryline (dir.), 2010, Les échelles de la mémoire en Méditerranée, Arles. Actes Sud.
  • Dayan Rosenman Anny et Valensi Lucette (dir.), 2004, La guerre d’Algérie dans la mémoire et l’imaginaire, Paris, Bouchene.
  • Dosse Florence, 2012, Les héritiers du silence. Enfants d’appelés en Algérie, Paris, Stock, 2012.
  • Fabbiano Giulia, 2011, « Mémoires postalgériennes : la guerre d’Algérie entre héritage et emprunts », in Grandjean Geoffrey et Jamin Gérôme (dir.), La concurrence mémorielle, Paris, Armand Colin, pp. 131-147.
  • Falaize Benoît (dir.), 2010, « L’enseignement de l’histoire à l’épreuve du postcolonial. Entre histoire et mémoires », in Bancel Nicolas, Bernault Florence, Blanchard Pascal, Boubeker Ahmed, Mbembe Achille, Vergès Françoise (dir.), Ruptures postcoloniales. Les nouveaux visages de la société française, Paris, La Découverte, pp. 279-292.
  • Harbi Mohammed, Stora Benjamin (dir.), 2004, La guerre d’Algérie. 1954-2004 la fin de l’amnésie, Paris, Robert Laffont.
  • Savarese Eric (dir.), 2008, L’Algérie dépassionnée. Au-delà du tumulte des mémoires, Paris, Editions Syllepse.
  • Stora Benjamin, 1991, La gangrène ou l’oubli. La mémoire de la guerre d’Algérie, Paris, La Découverte.
  • Stora Benjamin, 2010, « Entre la France et l’Algérie, le traumatisme (post)colonial des années 2000 », in Bancel Nicolas, Bernault Florence, Blanchard Pascal, Boubeker Ahmed, Mbembe Achille, Vergès Françoise (dir.), Ruptures postcoloniales. Les nouveaux visages de la société française, Paris, La Découverte, pp. 328-343.
  • Thénault Sylvie, 2005, « France-Algérie. Pour un traitement commun du passé de la guerre d’indépendance », Vingtième Siècle, revue d’histoire, n° 85, pp. 119-128.

Lieux

  • 5 rue du Château de l’Horloge (MMSH)
    Aix-en-Provence, France

Dates

  • mardi 10 avril 2012

Mots-clés

  • Mémoire, transmission, Algérie

Contacts

  • Giulia Fabbiano
    courriel : gfabianno [at] hotmail [dot] com

Source de l'information

  • Giulia Fabbiano
    courriel : gfabianno [at] hotmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Mémoires algériennes en transmission : histoires, narrations et performances postcoloniales », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 08 février 2012, http://calenda.org/207175