AccueilRepenser la domination littéraire des littératures africaines francophones

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Publié le jeudi 09 février 2012 par Julien Gilet

Résumé

Considérant que la normativité de la domination littéraire exerce son effet sur l’ensemble du circuit de communication littéraire, nous proposons, dans ce dossier, de centrer la perspective critique sur les trois articulations suivantes : 1. les facteurs qui déterminent et conditionnent la production littéraire, 2. les facteurs qui se manifestent à l’échelle du texte littéraire, 3. les facteurs qui conditionnent le processus de diffusion, de réception et de consécration.

Annonce

Argumentaire:

Selon Pascale Casanova, sociologue de littérature, l’universalisme littéraire français est un facteur influent qui s’exerce sur l’ensemble du processus de production des littératures francophones qui dépendent structurellement de la capitale littéraire parisienne. Casanova soutient que « [p]our accéder à la reconnaissance littéraire, les écrivains dominés doivent […] se plier aux normes décrétées universelles par ceux-là mêmes qui ont le monopole de l’universel. Et surtout trouver la ‘bonne distance’ qui les rendra visibles » (Casanova 1999: 218). Or, cette normativité esthétique qui découle du rapport de domination entre centre et périphérie et qui s’exerce indirectement et directement sur les textes d’auteurs et d’auteures francophones et notamment africain(e)s fait encore rarement l’objet d’études approfondies. Au contraire, force est de constater que l’universalisme, la croyance en une littérature pure, apparemment désintéressée et indépendante de facteurs socio-économiques et politiques, sous-tend aussi une tradition d’études littéraire française vouée à l’interprétation de texte dans des catégories dépouillées de toute référence historique. Tandis que les théories postcoloniales de provenance anglo-saxonne ont en partage l’engagement de dévoiler la continuité des rapports de domination hérités de l’époque coloniale, en France, pour des raisons diverses, les théories postcoloniales n’ont pénétré le champ d’études littéraire que tardivement, où elles se heurtent notamment à la tradition universaliste. Ce conflit de traditions de pensée explique d’ailleurs, en partie, l’usage parfois réactionnaire qui en est fait en contexte francophone. S’il est sans aucun doute vrai que l’application des théories postcoloniales anglo-saxonnes ne va pas de soi dans le cadre de la francophonie qui obéit à des lois tout à fait distinctes, il faut néanmoins reconnaître que les possibilités de soumettre l’organisation du champ littéraire francophone africain à une critique postcoloniale matérialiste (telle qu’elle est projetée par Graham Huggan et Sarah Brouillette par exemple) n’ont pas été épuisées jusqu’à ce jour.

Dans le domaine de la recherche postcoloniale féministe, l’intersectionnalité (voir Kimberlé Crenshaw et Kathy Davis par exemple) partage en partie les prémisses de la théorie postcoloniale matérialiste. En effet, l’intersectionnalité rend compte de la répression naturalisée basée sur différents facteurs qui influencent l’identité sociale (« race », genre, classe sociale, âge, santé, orientation sexuelle, etc.) qui s’accumulent et interagissent dans les enjeux liés au pouvoir. Les chercheuses féministes contemporaines d’origine afro-américaines (pour la plupart des cas) soulignent les différences entre les femmes, notamment, l’aspect particulier de la domination des women of colour. La domination intersectionelle est cependant souvent négligée dans les théories occidentales « blanches ». Les études de Life Writing (voir Joseph Janangelo) explorent de nouvelles pistes au sein de la recherche autobiographique contemporaine aussi bien au niveau des formes (blogs par exemple) que du contenu. Ces branches d’études ont en commun d’étudier le vécu comme fondement et comme outil de revendication des droits des femmes.

C’est dans cet objectif commun qui est donc celui de comprendre les conditions matérielles (sociales, économiques, politiques et historiques) de la possibilité des littératures africaines dans le champ littéraire français, que les théories postcoloniales matérialistes recouvrent l’ambition d’une tradition de sociologie littéraire initiée par Pierre Bourdieu et transformée en une théorie de la domination littéraire par Casanova. Nous proposons donc ici de croiser la réflexion sociologique sur les conditions matérielles de la production, la diffusion et la réception des littératures africaines avec une approche postcoloniale de critique matérialiste sensible aux multiples rapports d’inégalités qui structurent un champ littéraire à présent globalisé.

Considérant que la normativité de la domination littéraire exerce son effet sur l’ensemble du circuit de communication littéraire, nous proposons, dans ce dossier, de centrer la perspective critique sur les trois articulations suivantes :

  1. les facteurs qui déterminent et conditionnent la production littéraire
  2. les facteurs qui se manifestent à l’échelle du texte littéraire
  3. les facteurs qui conditionnent le processus de diffusion, de réception et de consécration

Dans une approche résolument anti-essentialiste, nous souhaitons mettre l’accent sur les questions suivantes :

  • Pour quelles raisons les littératures africaines se constituent encore aujourd’hui en tant que ‘l’autre’ de la littérature française ?
  • Comment évaluer la ‘dialectique de la distinction’ (Bourdieu) et quelle y est la part de l’exotisme ? S’agit-il de la seule forme esthétique qui prend la ‘bonne distance’ par rapport à la norme ?
  • Comment évaluer les processus de légitimation et de consécration ? Quel rôle y jouent les différentes instances de légitimation ? Y a-t-il des ‘règles spécifiques’ de la réception en ce qui concerne la littérature diasporique ou « migrante » (Jacques Chevrier) ou/et de la littérature francophone, notamment africaine, écrite par les femmes ?
  • Quel est l’impact du facteur de la visibilité de l’auteure/de l’auteur/du texte, à la fois moteur de promotion et obstacle à la reconnaissance ‘universelle’ ? Dans une perspective comparatiste: Quels facteurs distinguent la position des auteur(e)s francophones africain(e)s dans le champ littéraire français de celle des écrivain(e)s anglophones, lusophones ou encore hispanophones?
  • Que penser du phénomène de minor transnationalism (Francoise Lionnet/Shu-Mei Shi)? Quel est l’impact d’un discours sur la diversité et le métissage de plus en plus médiatisé dans l’espace public français ? Quel rapport ces discours entretiennent-ils avec des stratégies de marketing à l’aune d’un capitalisme à présent globalisé?
  • Toute innovation littéraire qui s’impose est-elle nécessairement absorbée par le mainstream ? Ou peut-on parler de stratégies littéraires réellement subversives ?;??
  • De quelle manière la mise en scène de l’auteu(e)r peut-elle influencer la diffusion et la consommation du produit littéraire ? Quelles formes de proteste s’articule de la part des auteur(e)s concerné(e)s ?

On s’intéressera aussi bien à des réflexions théoriques qu’à des études de cas spécifiques. Les contributions seront évaluées par les pairs. Les contributions pourront être soumises en français, en anglais, en allemand, en espagnol ou en portugais.

Modalités de sélection :

Les contributions pour ce dossier sont attendues, pour au plus tard le vendredi 30 mars 2012.

Les contributions doivent contenir un titre et une courte présentation biographique de l’auteur(e).

Comité de rédaction de la revue disponible à cette adresse:

http://archiv.ub.uni-heidelberg.de/ojs/index.php/helix/about/editorialTeam

Directives aux auteurs:

http://archiv.ub.uni-heidelberg.de/ojs/index.php/helix/about/submissions#authorGuidelines

Elles devront être envoyées aux adresses courriel: kaiju.harinen@utu.fi ; sarah.burnautzki@ehess.fr

Dates

  • vendredi 30 mars 2012

Fichiers attachés

Mots-clés

  • littératures africaines, sociologie de littérature, domination

Contacts

  • Sarah Burnautzki
    courriel : burnautzki [at] phil [dot] uni-mannheim [dot] de
  • Kaiju Harinen
    courriel : kaiju [dot] harinen [at] utu [dot] fi

URLS de référence

Source de l'information

  • Sarah Burnautzki
    courriel : burnautzki [at] phil [dot] uni-mannheim [dot] de

Pour citer cette annonce

« Repenser la domination littéraire des littératures africaines francophones », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 09 février 2012, http://calenda.org/207179