AccueilRepenser les phénomènes circulatoires

Repenser les phénomènes circulatoires

Rethinking circulatory phenomena

*  *  *

Publié le lundi 13 février 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Cette journée d’études sera l’occasion de questionner la manière dont on analyse aujourd’hui les phénomènes circulatoires en proposant une approche pluridisciplinaire et une réflexion à plusieurs échelles afin de repenser ces processus.

Annonce

Journée d’études doctorales – Paris 1. Appel à communications : Repenser les phénomènes circulatoires

Comité scientifique :

  • Patrick Hassenteufel (Université Versailles Saint-Quentin en Yvelines)
  • Laurent Jeanpierre (PRISME – IEP Strasbourg)
  • Ioana Popa (ISP-CNRS – Paris Ouest Nanterre)
  • Gisèle Sapiro (CESSP – EHESS)
  • Johanna Siméant (CESSP – Paris 1)

Comité organisateur :

  • Hélène Baillot (CESSP – Paris 1)
  • Martin Baloge (CESSP – Paris 1)
  • Hugo Bréant (CESSP – Paris 1)
  • Boris Deschanel (IHES – Paris 1)
  • Liv Grjebine (IHPST – Paris 1)
  • Clément Paule (CESSP – Paris 1)

Cette journée d’études sera l’occasion de questionner la manière dont on analyse aujourd’hui les phénomènes circulatoires en proposant une approche pluridisciplinaire et une réflexion à plusieurs échelles afin de repenser ces processus.

Argumentaire

Bien qu’il semble revêtir l’aspect d’une relative nouveauté en sociologie ou en science politique, disciplines dans lesquelles les phénomènes socio-politiques sont désormais largement envisagés dans le cadre d’une mondialisation grandissante qui facilite toutes sortes de mobilités (Cooper, Dutour), le concept de circulation a été très tôt utilisé par les historiens. Ces derniers ne l’employaient cependant pas pour décrire une tendance générale à l’interconnexion de différents espaces géographiques, mais pour observer concrètement certains de leurs champs d’études comme les réseaux commerçants, les pratiques religieuses ou les relations diplomatiques. Cet usage relativement localisé et restreint du terme a précédé la redécouverte de son potentiel heuristique par toute une série de recherches en sociologie politique consacrées à des objets très divers.

Ainsi, ce réinvestissement croissant de la circulation peut être observé grâce à l’émergence de travaux qui portent tout autant sur les processus d’européanisation (Saurugger, Surel), que sur la diffusion du gender mainstreaming (Chen ; Cirstocea ; Caouette, Dufour, Masson), les débats scientifiques transatlantiques (Bayart ; Fassin), les mouvements sociaux transnationaux (Amiraux ; Della Porta, Tarrow ; Siméant ; Zald), les transferts de politiques publiques (Delpeuch ; Dolowitz, Marsh ; Hassenteufel) ou encore les croyances et les pratiques sociales (Bourdieu ; Weber). Ces études, qui sont autant d’occasions d’analyser la circulation des individus ou des biens matériels et symboliques (normes, valeurs, représentations, idées…), n’ont pas nécessairement recours au concept même de circulation mais utilisent un ensemble de notions proches, qui sont autant d’outils analytiques mouvants : transmission, passage, traduction, transfert, diffusion, transaction, mobilité...

Si ces travaux permettent d’insister sur la nécessité de penser ensemble, et dans un même élan, la mise en relation de différents acteurs et espaces, le concept de circulation demeure naturalisé dans certains de ses usages, peu questionné en tant que tel, ce qui tend à diminuer sa portée explicative. L’utilisation de ce concept est donc problématique et se heurte à plusieurs écueils.

On observe tout d’abord une tendance à considérer la circulation comme une fin en soi ou comme un phénomène pleinement autonome. Mais, puisque les individus, les biens ou les normes ne circulent jamais seuls, ce sont bien les conditions de possibilité ou les dispositions à circuler, les transformations que les objets mouvants qui circulent font subir au processus circulatoire et en retour ce que ces circulations font aux objets qu’il semble pertinent d’étudier et non plus la seule circulation comme outil d’analyse ad hoc.

L’usage du concept de circulation tend également à isoler des acteurs qui évolueraient au sein d’espaces distincts. Or, si certaines frontières ont du sens pour les acteurs, elles peuvent être conçues non comme des séparations étanches mais comme des limites fluides ou poreuses permettant une multipositionnalité permanente des acteurs (Lahire).

La circulation est également analysée comme un phénomène linéaire, qui lie la production puis la réception de ce qui circule. Prise dans son acception littérale, la circulation va pourtant à l’encontre de cette idée qu’il existe un point de départ, l’émetteur, et un point d’arrivée, le récepteur. Un objet en circulation, séparé de son contexte ou de son « champ de production » (Bourdieu), est soumis à des réinterprétations incessantes, à des traductions et à des hybridations qui modifient en retour ce qui circule. Une approche dynamique des mécanismes de circulation, attentive aux processus permanents et hétérogènes de coproduction pourrait ainsi permettre de retravailler ce couple émission/réception (Saunier).

Enfin, de nombreux travaux portant sur la circulation n’échappent pas à une conception verticale des espaces géographiques qui juxtapose les échelles internationale, régionale, nationale et locale et qui se caractérise par le recours aux conceptions nécessairement hiérarchiques des relations top-down ou bottom-up. À des fins de modélisation ou de théorisation, cette optique oblige à penser la circulation comme une succession linéaire d’étapes au cours desquelles les objets qui circulent sont isolés. Les acteurs, leurs pratiques, leurs discours ou leurs idées sont alors étudiés séparément alors qu’il s’agit bien souvent de réalités  consubstantielles qui prennent place dans des jeux d’échelle mouvants.

Face au succès des recherches qui interrogent les processus circulatoires, et aux concepts variés qui y sont liés, il apparait pertinent de (re)penser une sociologie de la circulation qui permettrait de s’intéresser aux processus de circulation de manière globale, c'est-à-dire qui porterait une attention particulière à ce qui circule mais aussi aux conditions de la circulation. La circulation peut alors s’entendre, de manière plus large, comme un ensemble de flux et d’échanges multidirectionnels, multiformes et situés au sein d’espaces sociaux divers et interdépendants (Dobry). Dans cette optique, il est alors possible de ne pas présupposer qu’une norme, qu’un discours ou qu’une marchandise circulent nécessairement de manière différente mais au contraire d’observer les ressemblances dans leur manière concrète de circuler, sans pour autant effacer d’éventuelles spécificités entre les différents objets.

Cette approche ouverte du concept invite à dénaturaliser l’idée même de circulation et à adopter une vision historicisée qui, attentive à la longue durée, évitera de considérer la circulation comme un phénomène nouveau et mécanique. 

Pour s’inscrire dans cet ensemble de réflexions, cette journée d’études privilégiera trois axes de recherche non exclusifs :

Axe 1 – Les acteurs engagés dans les processus circulatoires

Il convient, dans un premier temps, de s’intéresser aux acteurs, à leurs propriétés sociales, à leurs expériences et interactions ou encore aux mécanismes incitatifs qui conduisent les individus à s’engager dans des processus circulatoires ou au contraire à limiter leurs dispositions à la circulation. Sous cet angle, il devient possible de s’interroger sur les conditions de réalisation de la circulation et sur les différentes formes que prennent ces phénomènes. Comment les acteurs évoluent d’un champ à un autre ? Agissent-ils par automatisme ou par nécessité de tenir un rôle ou de se conformer à des logiques institutionnelles ? Comment se structure la croyance en la circulation ? Comment des pratiques et des idées circulent entre individus mais également entre les institutions auxquelles appartiennent les acteurs ? Existe-t-il d’éventuels intermédiaires, médiateurs, passeurs, traducteurs, courtiers (Bierschenk, Chauveau, De Sardan ; Dezalay) ou brokers et peuvent-ils être considérés comme des professionnels de la circulation ? Enfin, il s’agit de questionner la distinction entre ce qui circule effectivement et la façade du processus : faire circuler n’est-il pas parfois un enjeu à part entière pour les acteurs, indépendamment de ce qui est ainsi véhiculé ? Quels sont les intérêts pour les individus ou institutions à circuler ou à faire circuler des pratiques et des savoirs ?

Axe 2 – Rapports de pouvoir dans la circulation

La circulation peut également être étudiée sous l’angle des rapports de force qui conditionnent sa réalisation et les formes qu’elle prend. Appréhender la circulation comme un moment de tension entre dominant et dominé permet de s’interroger sur relations de pouvoirs qui influencent sa (non) réalisation. Qu’il s’agisse de mobilités intra-partisanes/professionnelles/sociales ou de flux migratoires à l’échelle mondiale on peut s’interroger sur les luttes de pouvoir individuelles et collectives qui favorisent ou freinent les phénomènes de circulation. Dans un même temps ces contraintes peuvent faire émerger des stratégies d’évitement. Acteurs et institutions développent des pratiques, des bricolages, des stratégies de contournements avec les règles instituées qui régulent leur mobilité. Dans quelle mesure les acteurs ou les institutions engagés dans des mécanismes de domination parviennent-ils à limiter les contraintes qui pèsent sur eux ? Les acteurs les plus contraints ne disposent-ils pas à certains moments de marges de manœuvre (Jacoby) ? Ceux qui paraissent n’être que de simples importateurs ne peuvent-ils pas mettre en place des bricolages, des pratiques de braconnage (de Certeau), des détournements locaux (Dezalay, Garth) ? L’hégémonie peut-elle fonctionner sans réappropriations et effets contre-hégémoniques ?

Axe 3 – Discontinuités et limites à la circulation

Enfin, il convient dans cette logique de considérer, au-delà des rapports de domination, ce qui se joue plus généralement dans les limites des processus circulatoires. En effet, l’analyse de ces dernières ne se borne pas aux seules résistances des acteurs impliqués, mais peut revêtir des formes bien plus diverses. S’interroger sur la baisse d’intensité, voire la disparition d’un mouvement circulatoire ne pourrait-il alors pas s’avérer tout autant productif que de discerner les conditions de la mise en circulation ? Existe-t-il des circulations incomplètes ou imparfaites, qui ne vont pas au terme du processus initialement engagé par les acteurs ou qui n’empruntent pas les voies prévues à l’origine ? Cette posture attentive aux accidents et ruptures s’inscrit dans une démarche plus large visant d’une part à restituer l’historicité de ces processus, mais également à penser le changement. L’exclusion de certains acteurs, les jeux de stigmatisation et l’illégitimité attribuée à telle ou telle forme de circulation nous conduisent à interroger les limites d’objets-frontières (boundary objects) entre divers espaces sociaux.

Modalités de soumission

Dans l’optique d’un décloisonnement des analyses et des méthodes, les propositions issues de différentes disciplines et sur des objets de recherches variés sont bien entendu encouragées.

Afin de renouveler l’analyse des phénomènes circulatoires, les organisateurs encourageront vivement les travaux s’éloignant d’une approche strictement transnationale pour proposer un cadre d’analyse national ou local. Nous privilégierons également les propositions de communications basées sur un important travail empirique, portant sur des terrains monographiques ou comparatifs. Les propositions, d’un format de 8 à 10 000 signes, sont à transmettre par mail aux organisateurs à cette adresse : paris1jed2012@gmail.com

avant le 20 mars 2012

Elles comprendront un titre, un résumé du terrain présenté, du matériau empirique et des méthodes mobilisés. Le comité d’organisation portera une attention toute particulière aux propositions qui préciseront clairement dans quel(s) axe(s) elles s’inscrivent et quels sont leurs apports à l’objet de la journée d’étude et à la problématique générale.

  • L’acceptation sera notifiée aux auteurs début avril 2012.
  • Les textes définitifs des communications devront parvenir au comité d’organisation avant le 15 août 2012.
  • La journée se déroulera à Paris le 28 septembre 2012.

Bibliographie indicative

  • AMIRAUX Valérie, « Les limites du transnational comme espace de mobilisation », Cultures et Conflits, Numéro 33-34, 1999, pages 25-50. 
  • BAYART Jean-François, Les études postcoloniales. Un carnaval académique, Paris, Karthala, « Disputatio », 2010, 126 pages.
  • BIERSCHENK Thomas, CHAUVEAU Jean-Pierre, OLIVIER DE SARDAN Jean-Pierre, Courtiers en développement. Les villages africains en quête de projets, Paris, Karthala, « Hommes et sociétés », 2000, 328 pages.
  • BOLTANSKI Luc, « L’espace positionnel. Multiplicité des positions et habitus de classe ». Revue Française de Sociologie, Numéro 14, 1973, pages 3-26.
  • BOURDIEU Pierre, « Les conditions sociales de la circulation des idées », Actes de la recherche en sciences sociales, Numéro 145, 2002, pages 3-8.
  • BOURDIEU Pierre, Propos sur le champ politique, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2000, 110 pages.
  • CAOUETTE Dominique, DUFOUR Pascale, MASSON Dominique, Transnationalizing Women’s Movements: Solidarities Without Borders, University of British Columbia Press, 2010, 320 pages.
  • DE CERTEAU Michel, L’invention du quotidien, Paris, Gallimard, 1990, 2 tomes.
  • CHEN Martha Alter, « Engendering World Conferences : The International Women’s Movement and the United Nations », Third World Quarterly, Volume 16, Numéro 3, 1995, pages 477-493. 
  • CIRSTOCEA Ioana, « Du "genre" critique au "genre" neutre : effets de circulation », in MARQUES-PERREIRA Bérengère (dir.), MEIER Petra (dir.), PATERNOTTE David (dir.), Au-delà et en deçà de l’Etat. Le genre entre dynamiques transnationales et multi-niveaux, Louvain-la-Neuve, Academia Bruylant, 2010, 204 pages.
  • DELLA PORTA Donatella (éd.), TARROW Sidney (éd.), Transnational protest and global activism, Rowman and Littlefield Publishers, 2004, 304 pages. 
  • DELPEUCH Thierry, « Comment la mondialisation rapproche les politiques publiques ? », L’économie politique, Volume 3, Numéro 43, 2009, pages 77-99.
  • DEZALAY Yves, « Les courtiers de l’international. Héritiers cosmopolites, mercenaires de l’impérialisme et missionnaires de l’universel », Actes de la Rechercher en Sciences Sociales, Volume 1, Numéro 151-152, 2004, pages 4-35.
  • DEZALAY Yves, GARTH Bryant, The Internationalization of Palace Wars : Lawyers, Economists, and the Contest to Transform Latin American States, Chicago, University of Chicago Press, 2002, 352 pages.
  • DOBRY Michel, Sociologie des crises politiques, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, « Références », 1986, 322 pages.
  • DOLOWITZ David, MARSH David, « Who Learns What from Whom : A Review of the Policy Transfer Literature », Political Studies, Volume 44, Numéro 2, 1996, pages 343-357.
  • DOLOWITZ David, MARSH David, « Learning from Abroad : The Role of Policy Transfer in Contemporary Policy Making », Governance, Volume 13, Numéro 1, 2000, pages 5-23.
  • DUTOUR Thierry, « La mondialisation, une aventure urbaine. Du Moyen-Âge au "globalblabla" », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, Volume 1, Numéro 81, 2004, pages 107-117.
  • FASSIN Eric, « L'empire du genre. L'histoire politique ambiguë d'un outil conceptuel », L'Homme, Volume 3-4, Numéro 187-188, 2008, pages 375-392.
  • FILLIEULE Olivier, « Postscriptum : Propositions pour une analyse processuelle de l'engagement individuel », Revue française de science politique, Volume 51, Numéro 1-2, 2001, pages 199-215.
  • HASSENTEUFEL Patrick, « De la comparaison internationale à la comparaison transnationale. Les déplacements de la construction d’objets comparatifs en matière de politique publique », Revue française de science politique, Volume 1, Numéro 55, 2005, pages 113-132.
  • HEILBRON Johan, SAPIRO Gisèle, « La circulation internationale des idées », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, Numéro 145, 2002, 100 pages. 
  • KECK Margaret, SIKKINK Kathryn, Activists Beyond Borders: Advocacy Networks in International Politics, Ithaca, Cornell University Press, 1998, 240 pages.
  • LAGROYE Jacques et SIMEANT Johanna, « Gouvernement des humains et légitimation des institutions », in FAVRE Pierre (dir.), Etre gouverné - Mélanges en l'honneur de Jean Leca, Paris, Presses de Sciences Po, 2003, pages 53-71.
  • LAHIRE Bernard, L’homme pluriel, Paris, Armand Colin, 2005, 272 pages.
  • PEREZ Liliane, VERNA Catherine, « La circulation des savoirs techniques du Moyen-âge à l’époque moderne. Nouvelles approches et enjeux Méthodologiques », Tracés, Volume 1, Numéro 16, 2009, pages 25-61.
  • SAUNIER Pierre-Yves, « Circulations, connexions et espaces transnationaux », Genèses, Volume 4, Numéro 57, 2004, pages 110-126. 
  • SAURUGGER Sabine, SUREL Yves, « L’européanisation comme processus de transfert de politique publique », Revue internationale de politique comparée, Volume 13, Numéro 2, 2006, pages 179-211.
  • SIMEANT Johanna, «  Champs internationaux et transformations du pouvoir d'Etat : en lisant Dezalay et Garth », Revue Française de Science Politique, Volume 5, Numéro 53, 2003, pages 819-824.
  • WEBER Florence, « Forme de l’échange, circulation des objets et relations entre les personnes », Hypothèses, Numéro 1, 2001, pages 287-298.
  • ZALD Mayer, GUIDRY John, KENNEDY Michael, Globalization and Social Movements: Culture, Power, and the Transnational Public Sphere, University of Michigan Press, 2000, 418 pages.

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • mardi 20 mars 2012

Contacts

  • Comité d'organisation JED Paris 1 2012 ~
    courriel : paris1jed2012 [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Hugo Bréant
    courriel : hugo_breant [at] hotmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Repenser les phénomènes circulatoires », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 13 février 2012, http://calenda.org/207210