AccueilL’incertain sexuel : débat critique et empirique

L’incertain sexuel : débat critique et empirique

Sexual uncertitude: critical and empirical debate

*  *  *

Publié le jeudi 23 février 2012 par Julien Gilet

Résumé

Le Groupe de travail « Sociologie des sexualités » (GT07) de l'Association Internationale des Sociologues de Langue Française (AISLF) organise des sessions durant le dix-neuvième congrès de l'AISLF, « Penser l'incertain », qui se déroulera à Rabat (Maroc) du 2 au 6 juillet 2012.

Annonce

Argumentaire :

« Penser l’incertain », thème choisi pour ce XIXe Congrès de l’AISLF, ne pouvait mieux convenir à notre Groupe de travail, centré sur la sociologie des sexualités. Quoi de plus incertain et ambivalent, en effet, que les relations sexuelles et les rapports sociaux qui les sous-tendent et les organisent ? C’est pourquoi cet appel à communications se veut très ouvert, selon trois axes suggestifs et non contraignants.

L’actualité, évidemment, ne peux être ignorée : la sexualité s’est trouvée au cœur de l’une des « affaires » les plus retentissantes de ces dernières décennies, mettant pêle-mêle en scène, de manière presque caricaturale, les rapports de pouvoir, de genre, de classe, de race, la violence et la domination. Sans évidemment toucher au fond, qui évolue chaque jour sur le plan juridique et médiatique, « l’affaire DSK », puisqu’il faut la nommer, a réveillé d’anciens débats et relancé un échange polémique sur la place (spécifiquement française ?) de la « séduction » dans les rapports hommes-femmes.

L’incertain est ici théorique.

  • Comme premier axe de cet appel, nous attendons des contributions qui discutent les théories féministes et les espaces qu’elles ménagent à d’autres perspectives, telles qu’une « sociologie des émotions », qui interfère avec les économies sexuelles, ou d’autres approches encore. Ce débat, déjà abordé à l’occasion du colloque international Transactions sexuelles, est bien loin d’être clos : l’affinement, l’élargissement ou la révision de la théorie du continuum économico-sexuel, proposée par Paola Tabet, reste à poursuivre à l’aune de terrains contemporains, dans une perspective éventuellement distanciée d’un strict féminisme matérialiste, afin de tenir compte de situations complexes, mettant notamment en jeu la migration des femmes, les rapports Nord-Sud ou les relations entre personnes de même sexe. Les communications proposées dans ce premier axe aborderont ces dimensions théoriques, et leurs conséquences épistémologiques et méthodologiques.
  • Le deuxième axe reprend la thématique du Congrès au niveau des individus : « Fondamentalement, l’indétermination du monde confère à la notion d’épreuve un rôle primordial tant les personnes doivent y faire preuve des compétences pour agir, désigner, qualifier ou justifier ». L’incertain « sexuel » résulte d’abord d’une interrogation sur soi, ses choix, ses possibilités, ses capacités, ses compétences, ses limitations… L’interrogation porte non seulement sur le corps, dans toutes les dimensions de la vie sexuelle (séduction, performance, mode de vie, procréation…), mais aussi sur le contexte social, politique, légal qui autorise ou interdit aux individus tel ou tel projet ou réalisation. Cette perspective inclut tout autant le recours aux technologies permettant de surmonter les obstacles, les contraintes ou les interdits liés à la situation sociale, à la culture, à l’orientation sexuelle, à l’âge, à l’état de santé… C’est donc un éventail très large de propositions qui est attendu dans cet axe, centré sur l’incertain sexuel des individus.
  • Le troisième axe, enfin, reprend la thématique de notre colloque international Transactions sexuelles, et dont la richesse est loin d’être épuisée (voir le résumé des contributions, http://www3.unil.ch/wpmu/ts2010/colloque/resumes-des-contributions/). L’incertain, ici, porte sur les dimensions relationnelles et transactionnelles de la sexualité et fera l’objet d’une session conjointe avec le CR 21 « Transactions sociales ».

L’appel pour cette session est donc commun aux deux groupes :
On doit à Paola Tabet d’avoir élaboré le concept d’échange économico-sexuel, permettant d’analyser les rapports de genre à partir d’une diversité de configurations sexuelles considérées comme formant un continuum allant du mariage au commerce sexuel. Cette approche a longtemps été mise au service d’une lecture féministe des rapports de sexe insistant sur la logique de domination masculine qui organise les relations hétérosexuelles.
Nous proposons de dépasser ce cadre en élargissant l’approche des échanges économico-sexuels du quotidien (Hunter, 2002) à des situations plus diverses telles que la rétribution de services sexuels masculins, les écarts d’âge et les soupçons de domination induite (i.e. femmes cougars…), les transactions homosexuelles, le développement de pratiques à risque, les relations interraciales, le nouvel ordre sentimental (familles recomposées, divorces facilités, etc.), ou encore les effets d’un contexte pandémique de VIH/sida.
Si les transactions sociales s’organisent autour de couples de tensions indépassables qui induisent l’instauration de compromis pratiques aux frontières du social (Blanc, Freynet et Pineau, 1998), en traitant des transactions sexuelles, nous entendons revenir sur certaines oppositions convenues au sujet de la sexualité, entre différentes formes de conjugalités (mariage, pacs, union libre, mariage homosexuel, concubinage…), entre plaisir et contrainte, égalité et domination, amour et profit, liberté et menace, santé et risque, médicalisation et sexualité, etc.
À l’aune des transactions sexuelles, sera donc interrogée la façon dont se gère l’incertain dans l’intime qu’il s’agisse de relations sexuelles tarifées et de la prostitution, du maintien d’une activité sexuelle au nom d’une certaine « qualité de vie » ou d’un bien-être pour les personnes âgées, les handicapés ou les malades, des stratégies au sein des couples pour « sauver une sexualité » au moyen de médication licite ou illicite ou de recours à des offres de services sexuels, des pratiques d’abstinence sexuelle contrainte, subie ou voulue, ou encore de l’économie symbolique de la sexualité commerciale, tant du point de vue des prestataires que des usagers ou encore des acteurs non impliqués par un rôle dans la transaction mais néanmoins engagés dans la définition publique du problème.

En fonction des propositions reçues, d’autres sessions communes pourront être organisées, notamment avec le CR 04 (Sociologie des rapports sociaux de sexe).

Modalités :

Comité d'organisation :
Christophe Broqua / SOPHIAPOL-LASCO, Université Paris Ouest Nanterre La Défense
Catherine Deschamps/ SOPHIAPOL-LASCO, Université Paris Ouest Nanterre La Défense
Jean-Yves Le Talec / CERTOP-SAGESSE, Université de Toulouse 2 Le Mirail

Les propositions de communication doivent être déposées en ligne uniquement, sur le site du congrès (http://congres2012.aislf.org/) avant le 15 mars 2012.

Catégories

Lieux

  • Rabat, Maroc

Dates

  • jeudi 15 mars 2012

Mots-clés

  • Sexualité

Contacts

  • Jean-Yves Le Talec
    courriel : letalec [at] univ-tlse2 [dot] fr

Source de l'information

  • Christophe Broqua
    courriel : christophe [dot] broqua [at] ird [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L’incertain sexuel : débat critique et empirique », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 23 février 2012, http://calenda.org/207394