AccueilPenser le (non-)travail : perspectives interdisciplinaires

*  *  *

Publié le vendredi 24 février 2012 par Julien Gilet

Résumé

Dans une volonté de dialogue permanent entre les disciplines des sciences humaines et sociales, elle vise, par la publication de travaux de jeunes chercheurs, à proposer un regard stimulant et résolument interdisciplinaire tant sur le monde germanique, que dans une perspective comparative, sur la France et l’Allemagne.

Annonce

Appel à contributions pour le numéro 6 de Trajectoires

« Ces condamnations de tous ceux qui ne travaillent pas, assimilés aux ‘mauvais pauvres’ d’autrefois, sont dangereuses pour la démocratie car elles instituent un clivage qui se creuse entre deux catégories de la population. »
Robert Castel, « La citoyenneté sociale menacée », in Cités (2008).

Que ce soit sous sa forme stigmatisée du chômage, sous sa forme stylisée du dandyisme, de la vie de bohémien et artiste, ou encore sous des formes hybrides comme le crowd-sourcing, l’engagement bénévole ou la créativité freelance : la question du non-travail est un sujet virulent, clivant et créateur de tensions puisque la norme dominante dans nos sociétés occidentales impose le travail comme une forme d’activité humaine incontournable. Par son acuité politique, le chômage constitue certainement la forme la plus évidente de non-travail. Les souffrances qu’il cause en font un problème social central. Pour autant, il ne résume pas à lui seul la question du non-travail.

Les figures du « non-travailleur », sous toutes les formes qu’il peut prendre dans l’histoire, la littérature, les arts ou la société contemporaine, ne manquent pas. Les jugements à leur égard non plus. De la fainéantise du profiteur au repos bien mérité de l’ancien travailleur, les différentes représentations des ceux qui ne travaillent pas alimentent l’imaginaire collectif. Pourquoi le désœuvrement du chômeur paraît si révulsant alors que l’oisiveté du rentier fait, elle, tellement fantasmer ? Quelle est donc cette particularité du travail qui rend son absence ou même son irrégularité (spatio-temporelle) autant crainte que désirée ? Que l’on pense aux fresques littéraires qui exaltent le dandysme ou qui dépeignent la décrépitude du monde ouvrier ou aux discours politiques sur les profiteurs « d’en bas » comme « d’en haut », l’absence de travail fascine et effraie : l’Oblomov de Gontcharov, qui fait de la sieste l’occupation centrale de sa vie et laisse tomber en ruines le domaine hérité de son père, ou le Bartleby de Melville, qui commente chaque exhortation à l’activité de son fameux I would prefer not to. Aujourd’hui, ce sont des personnes comme Tom Hodgkinson, auteur du livre Anleitung zum Müßiggang (How to be idle) et éditeur de la revue annuelle The Idler qui déclarent la guerre au rôle central que le travail occupe dans nos vies. Diverses figures de non-travailleurs, bohémiens-artistes ou non-conformistes, ont dessiné une image du non-travail tout à fait attirante.

Tout un ensemble de « déserteurs du marché du travail » (mis en exergue dans le film Attention Danger Travail) cherchent en effet des moyens de s’extraire de marché de l’emploi : individuellement, en mobilisant les solidarités primaires (famille, amis) et secondaires (État social) ou collectivement, à travers diverses forment de vies communautaires (squats, coopératives). Ils développent alors d’autres activités assurant des ressources alternatives – autoproduction, glanage, ... – et/ou restreignent leur consommation, à l’image des promoteurs de la « simplicité volontaire ». D’autres personnes, à l’instar des tenants du revenu universel, planifient des formes d’organisation sociale du non-travail. À l’opposé de ces utopies, on peut se demander si l’« activation » des sans-emploi (proposition de service citoyen, 1-Euro-Job) n’est pas déjà une forme dystopique de gestion politique du non-travail. La porosité de la frontière entre travail et non-travail (Entgrenzung) apparaît de plus en plus évidente dans le cas de ce que l’on pourrait appeler le Kreativprekariat ou « la bohème du numérique », que l’on pense par exemple au freelancer qui pianote sur son portable, travaillant dans un café sans heures de travail et sans salaire fixes. S’agit-il de travail ou de non-travail de la part de tous ces journalistes, recruteurs, propriétaires de start-ups plus au moins profitables ? S’agit-il ici d’une adaptation pragmatique aux conditions du marché du travail ou d’une politique du (non-)travail ? Qu’en est-il aussi par exemple de la situation des (post)doctorants ? En revenant aux formes anomiques de non-travail, dont le développement serait inéluctable sans une remise en cause de la centralité de l’emploi pour l’intégration sociale, on pourrait aussi s’interroger sur les coûts psychologiques, sanitaires, sociaux que génère l’absence de travail. Quelles sont les formes d’économies (informelles) qui apparaissent dans les zones durement frappées par l’absence d’emploi ? Peut-on d’ailleurs faire une géographie du non-travail ?

Le non-travail pourrait ainsi être pensé selon trois axes :

  1. le non-travail comme antithèse stigmatisante du monde du travail et de la productivité capitaliste
  2. le non-travail comme alternative à cette productivité aveugle, voire attitude choisie pour accéder à la liberté
  3. le non-travail comme nouvelle forme du travail

Si le non-travail semble être l’objet privilégié des sciences économiques et sociales, il concerne en réalité également de nombreux autres domaines (de la littérature au cinéma, en passant par le droit, la philosophie, l’histoire culturelle et sociale, la psychologie, les sciences politiques, etc.). Nous invitons donc les doctorant-e-s et les jeunes chercheurs et chercheuses de toutes les disciplines à proposer une contribution pour ce nouveau numéro de trajectoires. Cette proposition doit, d’une manière ou d’une autre, s’inscrire dans une approche franco-allemande (terrain français ou allemand, études comparées ou croisées, francophones travaillant sur l’Allemagne, germanophones travaillant sur la France, etc.). Différentes perspectives – non exclusives – pourront être explorées comme

  1. la dialectique non-travail/travail en analysant notamment la question des luttes ou de l’autonomisation du champ du non-travail
  2. la figure du « non-travailleur » sous toutes les formes qu’il peut prendre dans l’histoire, la littérature ou la société moderne
  3. l’économie du non-travail et les zones de non-travail en s’interrogeant sur les formes de contournement du travail conventionnel et sur les lieux du non-travail.

Les propositions d’article de 5.000 signes maximum (espaces compris) devront faire apparaître clairement la problématique, la méthode, le corpus/le terrain et les éléments centraux de l’argumentation.

Elles sont à envoyer au plus tard le 26 mars 2012 au comité de rédaction.

Les auteur-e-s sélectionné-e-s seront averti-e-s à la mi-avril et devront envoyer leur texte avant le 25 juin 2012. Les articles seront ensuite soumis à une double peer-review.

Trajectoires, revue de jeunes chercheurs du Centre Interdisciplinaire d’Études et de Recherches sur l’Allemagne (CIERA), est publiée sur le portail Revues.org : http://trajectoires.revues.org/

Comité de rédaction en charge du dossier thématique

  • Martin Baloge
  • Yoann Boget
  • Ségolène Débarre
  • Miriam Freitag
  • Sara Iglesias
  • Hanna Klimpe
  • Masoud Pourahmadali Tochahi



Dates

  • lundi 26 mars 2012

Mots-clés

  • Travail, chômage, non-travail, société

Contacts

  • Sara Iglesias
    courriel : trajectoires [at] ciera [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Annette Schläfer
    courriel : schlafer [at] ciera [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Penser le (non-)travail : perspectives interdisciplinaires », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 24 février 2012, http://calenda.org/207413