AccueilL'émotion comme donnée, l'émotion comme biais

L'émotion comme donnée, l'émotion comme biais

Emotion as data, emotion as means

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Publié le jeudi 01 mars 2012 par Julien Gilet

Résumé

Lors de ce séminaire, nous reviendrons sur cet objet classique des sciences sociales qu'est l'émotion et nous tenterons de l’aborder sous un angle réflexif. Le chercheur, être agi et agissant dans une économie des émotions données, peut-il prétendre à une objectivation de l’émotion comme donnée mais aussi de l’émotion comme biais subjectif interférant dans le procès de production du savoir ?

Annonce

Programme:

  • 14h00 : Accueil et présentation des intervenants
  • 14h15 : Intervention de Cyril Laudanski (IDEMEC)
  • 14h45 : Intervention de Vincent Planel (IDEMEC)
  • 15h15 : Discussion
  • 15h30 : Pause
  • 15h45 : Intervention d'Elisabeth Claverie (EHESS, GPSM)
  • 16h30 : Discussion
  • 17h00 : Remerciements

Présentation des intervenants :

Cyril Laudanski (IDEMEC) ; « Retour réflexif sur le travail de terrain dans les pompes funèbres. Partage et décalage des émotions entre les enquêtés, les deuilleurs et l'ethnologue ».

La mort d’une personne peut susciter des émotions vives chez les proches du défunt. Dans les moments qui rythment le rituel funéraire, les affects (tristesse et colère notamment) s’expriment publiquement de façon collective. Les émotions sont socialement organisées et se donnent à voir à la société et à l’ethnologue. Des émotions avec lesquelles les employés des pompes funèbres qui pénètrent dans l’intimité des deuilleurs, doivent composer au quotidien. En effet, ces professionnels font face à une forte charge émotionnelle qu’ils doivent apprivoiser (en la canalisant, la détournant, la niant, etc.) afin de faire leur travail. L’ethnologue n’échappe pas à cette dimension sensible : des émotions peuvent s’insinuer dans les réactions du chercheur, perturber son travail ethnographique et la relation avec les autres. Quels sont les effets de la peine, de la surprise ou du dégout que l’ethnographe éprouve ? Que nous disent ses sentiments sur son acceptation au sein des équipes de travail, sa place et la méthodologie qu’il met en œuvre sur le terrain ? Guidé par une démarche réflexive, je reviendrai dans cette communication sur des moments où mes propres émotions ont bouleversé la relation sociale de terrain et engendré un décalage avec les personnes dont je partageais la vie au travail. J’interrogerai parallèlement l’apprentissage progressif des moyens de s’en éloigner et de ne pas être affecté comme condition d’acceptation sur le terrain. Alors que ces techniques de maîtrise des émotions prennent valeur de savoir-faire professionnel au sein des équipes de fossoyeurs et d’agents de la réquisition, elles permettent également à l’ethnologue qui les acquiert de négocier sa place, d’être accepté et de pouvoir déployer le travail ethnographique.

Vincent Planel (IDEMEC) ; « ‘Ah, si tu étais une fille…’ Désir et apprentissage de la segmentarité au Yémen ».

En 2006, lors de mon troisième terrain dans la ville de Taez, je me laissai impliquer dans les joutes oratoires amoureuses auxquelles me conviaient les commerçants du quartier. Je pus assez rapidement mettre ces observations en rapport avec l'histoire sociale locale : l'urbanisation rapide d'une région montagneuse prétendument non-tribale. Mais à mon retour en France, je constatai que ces observations étaient inassumables dans l'académie. Plutôt que de me résoudre à un malentendu irréparable, je m'embarquai dans un long réengagement ethnographique qui me permit finalement d'appréhender ma propre position dans une logique segmentaire. Le traitement des émotions ne détermine-t-il pas dans une large mesure la lecture de l'histoire sociale produite par l'enquêteur (mettant au premier plan l'économie ou la tribalité, solidarité « organique » ou « mécanique ») ? Comment penser à cet égard les contraintes inhérentes aux modalités de la prise de parole dans le monde académique ? Registre « confessionnel » de l'anthropologie réflexive ; effets euphémisants de l'étude du « genre » : qu'est-ce au juste qui m'empêchait de restituer ces boutades pour ce qu'elles étaient ?

Elisabeth Claverie (GPSM, EHESS) ; « Présentation ».

Elisabeth Claverie est directrice de recherche au CNRS. Ses travaux s'articulent autour de deux domaines : l'anthropologie religieuse et l'anthropologie politique, juridique et judiciaire. Ses recherches en anthropologie religieuse portent notamment sur la construction de la figure de la « Vierge Marie » dans le christianisme, la dimension politique des « apparitions » mais aussi sur la dimension eschatologique des guerres (ex-Yougoslavie, Congo RDC). Sur ces questions, elle a publié en 2003 un ouvrage intitulé Les Guerres de la Vierge, Anthropologie des apparitions. Le deuxième volet de ses recherches consiste en l’analyse des pratiques de jugement au sein de la justice pénale internationale, à partir d'une approche qu'elle veut à la fois « internaliste » (qui étudie la conduite des procès par les différentes parties) et « externaliste » (qui cherche à analyser ce mode d’intervention et de gouvernance, dans le contexte d'un monde qui construit des instruments de globalisation). Pour cela, elle a mené des enquêtes au sein de deux Cours, le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, et une Cour permanente, la Cour pénale internationale, situées à La Haye aux Pays-Bas.

A partir de l'étude de ces procès, elle interroge la manière dont les procédures pénales produisent la description de crimes de guerre et de conflits et mettent en jeu certaines catégories comme « la responsabilité pénale individuelle » pour les crimes de masse, ou encore celle « d’entreprise criminelle commune ». Elle analyse également les discours produits par la défense (ceux des avocats ou des prévenus eux-mêmes, puisque dans certains cas ce sont eux qui ont assuré leur propre défense). Un autre aspect de cette recherche interroge les "formes contemporaines du conflit" (nettoyages ethniques, guerres locales...) et la manière dont les enquêtes réalisées par les tribunaux font émerger ces guerres et les décrivent. Le cœur de ce travail se situe dans l'analyse des catégories de "civils" et "combattants" utilisées par les différentes Cours, alors-même que les dépositions des témoins rendent la frontière entre ces deux catégories beaucoup plus floues. Ce dernier thème devrait donner lieu à un ouvrage actuellement en cours, ainsi qu'à un travail en collaboration avec Julien Seroussi et Pierre-Yves Condé. Elisabeth Claverie a également en projet un ouvrage résultant d'une recherche de 10 ans menée avec Catherine Guasparre sur les guerres yougoslaves, qui développera la question des milices pendant la guerre en Bosnie.

Lieu :

Le Vendredi 23 Mars 2012 à 14h en salle Paul Albert Février (P.A.F) à la MMSH d'Aix-en-Provence.

Lieux

  • 5 rue du Château de l'Horloge
    Aix-en-Provence, France

Dates

  • vendredi 23 mars 2012

Fichiers attachés

Mots-clés

  • MMSH, émotion, Elisabeth Claverie, IDEMEC, séminaire, épistémologie, méthodologie, anthropologie, terrain, données, Vincent Planel, Cyril Laudanski,

Contacts

  • Emilie Francez
    courriel : emilie [dot] francez [at] gmail [dot] com
  • Stéphanie Messal
    courriel : misanthropologue [at] orange [dot] fr
  • Emir Mahieddin
    courriel : emirmahieddin [at] yahoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Stéphanie Messal
    courriel : misanthropologue [at] orange [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'émotion comme donnée, l'émotion comme biais », Séminaire, Calenda, Publié le jeudi 01 mars 2012, http://calenda.org/207488