AccueilAux fondements de l'autonomie

Aux fondements de l'autonomie

The foundations of autonomy

Enquêtes, pratiques et épistémologie

Investigations, practices and epistemology

*  *  *

Publié le mardi 13 mars 2012 par Julien Gilet

Résumé

Le Groupe Vieillissements du Réseau des jeunes chercheurs Santé et société lance un appel à contribution pour sa prochaine journée d’étude "Aux fondements de l'autonomie. Enquêtes, pratiques et épistémologie", proposée par Alexandra Caria, Véronique Feyfant, Mickaëlle Lantin Mallet.

Annonce

Argumentaire :

Avec l’allongement de la durée de vie et l’accroissement du nombre de personnes âgées, il est aujourd'hui courant d'entendre parler de la complexité et de la pluralité des situations de perte d’autonomie. Cette formulation a succédé à celle de « dépendance », catégorie essentiellement bio-médicale, apparue dans les années 1970 en France, pour désigner les personnes de plus de 60 ans atteintes de handicap. Les travaux en sciences sociales et humaines sur le vieillissement (Clément et al., 1998 ; Ennuyer, 2002 ; Caradec, 2004 ;  Clément et Lavoie, 2005 ; Lalive d’Epinay, 2010 ; Guillemard, 2010) ont montré les limites de cette notion à rendre compte de la pluralité des formes du vieillir et à réduire le vieillissement à une maladie.

L’approche critique de la « dépendance » en sociologie de la vieillesse a permis de la resituer dans des débats plus larges, notamment sur les rapports qu’elle entretient avec la catégorie de l’autonomie (nettement plus valorisée). Ainsi, les personnes impliquées auprès d’individus en situation dite de dépendance accordent, désormais, une place privilégiée à la notion d'autonomie dans l’appréhension de la personne âgée et/ou malade. Or, l'exigence que requiert une prise en compte de l'autonomie dans une démarche de soin se complexifie sitôt que l'on s'attelle à décomposer les différents niveaux qui participent de cette notion : autonomie de volonté et autonomie de décision, maintien de l'autonomie dans la dépendance, etc.

Memmi (1979 ; 1993) conçoit la dépendance comme consubstantielle du lien social et Molinier, quant à elle, rappelle qu’« être dépendant des autres, ce n’est déchoir ni de son humanité, ni de son pouvoir d’expression (...) et que la dépendance est l’humaine condition » (2009, p. 434). On peut alors s’interroger quant aux raisons qui incitent pouvoirs publics, institutions sanitaires et sociales, professionnels de santé et entourages familiaux à faire preuve d’une si grande détermination à maintenir autonomes et ce, le plus longtemps possible, les personnes vulnérables, qu’elles soient âgées ou malades, convoquant, en outre, à ces occasions les valeurs d’éthique, de dignité, d’humanité. En adoptant ce point de vue, la perte de l’autonomie entrainerait l’entrée dans la dépendance. Cette convergence générale et affirmée des points de vue montre, si cela est nécessaire, que perdre son autonomie ne soulève pas uniquement des questions économiques et pratiques mais révèle également des enjeux d’ordre symbolique. Dès lors, est-ce à dire que ne plus être autonome questionne les individus sur leur condition humaine ?

Bien que le concept d’autonomie ait fait – et ce depuis l’« autonomie de volonté » formulée par Kant – et fasse encore l’objet de multiples discussions dans le champ des sciences sociales (Cléro, Dauzat et Meziani-Laval, 2001; Fraisse, 2007 ; Jouan et Laugier, 2009 ; Nussbaum et Goldstein, 2011), notamment, en philosophie morale, en sciences politiques ou encore lorsqu’il s’inscrit au sein de problématiques d’ordre éthique, ce concept ne trouve encore à ce jour aucune définition stabilisée, encore moins consensuelle. Ainsi, Schneewind (2001) et  Jouan et Laugier (2009) retracent la genèse de la notion d’autonomie et montrent comment elle a lentement migré de l'échelle des nations et communautés à celle de l'individu et des relations interpersonnelles. Cette notion n'est alors plus réservée au champ du politique mais appartient désormais au langage du médecin, du patient ou des collectifs associatifs s'intéressant aux droits des personnes dites « vulnérables », qu'elles soient issues de minorités religieuses, ethniques, handicapées physiques ou mentales ou encore atteintes de pathologies touchant, à différents degrés, à l'exercice de leurs autonomies. Le pluriel est ici mobilisé à dessein puisque philosophes autant que professionnels de santé ou juristes admettent la nécessité d’établir une distinction entre autonomie d'action, de pensée et de volonté (Ricoeur, 1990 ; Dworkin, 1993 ; Jouan et Laugier, 2009). C’est, par ailleurs, cette distinction qui a été retenue par le Comité Consultatif National d’Ethique qui souligne que l’autonomie de volonté se subdivise en trois niveaux : souveraineté, auto-limitation et capabilité (CCNE 2005, avis n°87 ; Kopp, 2010) ; si un individu ne peut plus entreprendre une action en tenant compte des valeurs et intentions « éthiques » ou « morales » propres qui président à ses choix conscients et se contente d'agir a minima sur ce qui le détermine, alors son degré de capabilité et de liberté est atteint. On pourra généralement qualifier cette personne de vulnérable, voire « en perte d'autonomie ». La vulnérabilité en tension constante entre autonomie et dépendance a pu être illustrée par les travaux d’Esquerre (2009) sur les sectes. Il articule manipulation mentale, autonomie et libre-arbitre, l’autonomie se caractérisant nécessairement, mais pas uniquement, par : « 1/ la possibilité de choisir les êtres humains avec lesquels quelqu’un souhaite vivre ; 2/ la possibilité de choisir ses convictions ; 3/ la possibilité de se déplacer ; 4/ la possibilité de consommer ce que l’on souhaite » (ibid., p. 141). Gzil, dans le cas de l’accompagnement des patients atteints de la maladie d’Alzheimer, distingue l’autonomie exécutionnelle – qu’il définit comme la « capacité à effectuer par soi-même un certain nombre d’actes de la vie quotidienne » (2009, p. 163) – de l’autonomie décisionnelle – qui renvoie à la « capacité à se déterminer par soi-même en connaissance de cause » (ibid.). Mais souhaitant transformer en réalité l’exigence de respect de l’autonomie des malades – c’est-à-dire de prendre en compte leur préférence dans les décisions qui les concerne et qu’ils ne peuvent plus prendre seuls –, il s’affranchit de cette dichotomie, et convoque alors les valeurs de non-malfaisance, de justice et de dignité. En outre, ces valeurs se retrouvent dans les discours des professionnels de santé et de l’action sociale, à qui il est pourtant demandé de construire et d’utiliser des outils d’évaluation de la dépendance ou de l’autonomie – outils reprenant, pour plusieurs d’entre eux, les conceptions médicales, fonctionnelles, des besoins et des ressources (AGGIR, SMAF, RAI) et où « la norme médicale s’est imposée » (Ennuyer 2004, p. 94). Par ailleurs, et en lien avec les recherches sur les usagers, les patients, l’entourage et notamment l’importance accordée au discours sur le droit du patient à participer à la construction de son « projet de vie » et aux décisions qui le concerne, Eyraud (2006) souligne à l’occasion de son étude sur la déshospitalisation psychiatrique et la mise sous-tutelle des « incapables » majeurs, que l’autonomie renvoie à l’ordinaire, à la norme. Or, cette norme qui considère autonome une personne en mesure de vivre sans support, ni dépendance et faisant preuve de capacités rationnelles individuelles, en vient à considérer les personnes qui ne correspondraient pas à ces situations comme déviantes de la norme.

Cette dernière conception de l’autonomie, nous semble particulièrement intéressante en ce sens qu’une personne « normale » serait une personne autonome. Mais, décrire la normalité des individus comme des institutions ne représenterait-il pas une chimère pour le chercheur ? Et par conséquent, définir l’autonomie ne constituerait-il pas une entreprise illusoire ? En effet, à l’encontre d’une démarche cherchant à produire une conception réifiée de l’autonomie, nous souhaitons encourager la description de situations rendant compte de ce qui est conçu comme des défaillances de l’autonomie  et l’analyse des conditions de possibilité mises en œuvre visant à maintenir ou rétablir une autonomie perdue. Les travaux présentés dans ce sens à l’occasion de cette journée d’étude, devraient concourir d’une part à faire le point sur une convergence des points de vue ou au contraire à éclairer les divergences qui existent sur la notion d’autonomie. D’autre part, les contributions pourraient proposer un aperçu d’une autonomie incarnée telle qu’elle se donne à voir dans le cours d’actions, de rencontres, d’événements sociaux.

Axe 1 : spécifier l’autonomie d’un point de vue émique

Discutant : Bernard Ennuyer (Université Paris Descartes)

Des contributions, relatives aux situations de perte d’autonomie et notamment aux procédures accomplies par les individus ou les institutions pour maintenir ou rétablir cette autonomie, seront particulièrement appréciées. Il s’agira ici de proposer un regard différent sur la conception de l’autonomie en partant du point de vue des acteurs tels qu’ils donnent à voir la manière dont ils catégorisent l’autonomie à travers la mise en évidence de ses défaillances et les actions qu’ils mettent en œuvre pour y remédier. Analyser des situations où une personne âgée ou malade présente une perte d’autonomie pourra être l’occasion de comprendre les tenants de cette définition émique et pourrait jeter un regard nouveau sur le concept d’autonomie tel qu’il est spécifié dans la littérature en sciences humaines et sociales.

Axe 2 : interroger les fondements épistémologiques à partir du terrain 

Discutante : Myriam Winance (INSERM, CERMES3, Villejuif)

Un intérêt particulier sera porté aux études empiriques en cours qui, lors du recueil de données, mettent à l’épreuve les fondements épistémologiques de la démarche empirico-inductive. En effet, travailler sur les situations de perte d’autonomie, de dépendance et de vulnérabilité questionne le chercheur quant à l’accès au terrain, aux données ainsi qu’aux analyses qu’il peut en faire et offre une occasion d’examiner la pertinence des conditions de réalisation d’un terrain dans une démarche empirico-inductive. Seront alors privilégiées les études de cas réalisées dans le cadre du travail de terrain qui mettent en exergue cette problématique.

Modalités :

Les propositions de communication (max. 500 mots, bibliographie non incluse) sont à envoyer avant le 16 avril 2012 inclus à Mickaëlle Lantin Mallet, mlantin@ehess.fr

Les trois organisatrices de la journée (Mickaëlle Lantin, Alexandra Caria et Véronique Feyfant) sélectionneront les intervenants retenus pour la journée.

Inscriptions pour le repas et demandes de prise en charge des déplacements à adresser avant le 30 avril 2012 à Lucie Lechevalier Hurard lucielh@yahoo.com

Lieu : EHESS, 96 boulevard Raspail, 75006 Paris (salle Lombard)

Date : mercredi 13 juin 2012, 10h-18h

Lieux

  • 96 bd Raspail
    Paris, France

Dates

  • lundi 16 avril 2012

Mots-clés

  • autonomie, dépendance, vulnérabilité, vieillesse, démarche empirico-inductive

Contacts

  • Lucie Lechevalier Hurard
    courriel : lucielh [at] yahoo [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Lucie Lechevalier Hurard
    courriel : lucielh [at] yahoo [dot] com

Pour citer cette annonce

« Aux fondements de l'autonomie », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 13 mars 2012, http://calenda.org/207615