AccueilQue faire du travail ?

Que faire du travail ?

Quatrième printemps des sciences humaines et sociales

*  *  *

Publié le lundi 12 mars 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Un regard rétrospectif porté sur le travail, tant d’un point de vue historique que conceptuel, découvrira une réalité très contrastée. Tout d’abord méprisé, marque de l’esclavage dans la Grèce ancienne, antithèse absolue de la liberté et de la souveraineté, le travail est devenu, dans nos sociétés, la marque incontestée de la valeur, l’assise de la personne, le signe pour le moins de son bon ancrage dans la société. Il s’invite, en cette année 2012, comme il le fit de façon retentissante en 2007, dans la campagne électorale. Le travail est ainsi l’un des sujets majeurs qui structurent et organisent le débat social et politique.

Annonce

Présentation

Les rencontres et discussions de ce 4e Printemps des sciences humaines et sociales tenteront d’apporter des éclairages sur les caractérisations historiques, philosophiques, sociales, juridiques et économiques du travail qui sont déterminantes pour la plupart des périodes historiques et nous intéressent plus particulièrement encore pour notre présent. Car demander « Que faire du travail ? », c’est en effet poser une question au présent, s’inquiéter d’un état de fait, mais c’est aussi pointer vers un avenir plus ou moins proche. C’est demander en somme ce qui nous arrive, hommes et femmes, qui travaillons (ou ne travaillons plus, ou pas encore). Le travail manque-t-il pour que sa distribution soit si difficile ? Le travail est-il une chose telle qu’elle puisse devenir rare ? Doit-on alors apprendre à le partager ? Encore faut-il qu’il soit un bien pour que l’on puisse en parler en termes de partage. Que signifie dès lors « travailler plus » (comme si les ruses de l’économie mondialisée voulaient que plus de travail produise plus d’emploi) ? Le lien entre travail et richesse est-il encore pertinent alors que se fait souvent ressentir le rapport plus évident encore entre travail de masse et pauvreté ? La richesse — quelle richesse ? — est-elle le résultat d’un travail ou le résultat du travail des autres ? Et pour clore ce qui pourrait sembler un constat amer, les temps les plus récents auront placé sur le devant de la scène médiatique les questions de la souffrance au travail : le mot de « stress » aura envahi le vocabulaire commun.

On le voit aisément, ces questions font notre quotidien. Il est facile de leur accorder une force de persuasion et une vertu immédiatement polémique ; mais organiser un Printemps des sciences humaines et sociales sur ce thème signifie pour nous, avant que d’aborder des questions d’actualité, veiller à la façon dont elles sont posées. Que faire du travail, certes, mais d’abord Qu’est-ce que le travail ? et Que fut-il ? Y a-t-il un invariant qui s’appellerait « travail » et qui, de la Grèce ancienne à nos jours, serait identifiable comme tel ? Et par-delà le concept, la réalité entendue derrière ce mot est-elle la même si l’on est artisan ou esclave dans la Grèce athénienne, ouvrier ou contremaître des usines Ford aux États-Unis en 1930, ou un employé à temps partiel aujourd’hui ? Relève-t-on pareillement de la communauté des travailleurs si l’on est au chômage, intermittent du spectacle ou auto-entrepreneur ? Et pourquoi devrait-il aller de soi qu’il nous faut vendre notre force contre un salaire ?


Nous avons invité philosophes, juristes, historiens, psychologues, sociologues, psychanalystes, médecins, économistes, représentants de la société civile ou du monde syndical, pour venir faire part de l’avancement de leurs recherches ou de leur expérience sur le sujet. L’art et le monde de la représentation sont également invités. Comédiens, metteurs en scène, dramaturges, écrivains ou photographes viendront nourrir la discussion, car interroger la représentation, c’est, au-delà de l’analyse, surprendre la façon dont une société se met en scène au travail.

Toutes ces rencontres sont libres d’accès (attention ! réservation obligatoire pour certaines). La MESHS a donné pour principe à son Printemps des sciences humaines et sociales de s’adresser au public le plus large, curieux de sciences et de réflexion ; elle participe à sa façon à la construction d’un savoir partagé. Nous serons heureux de vous y accueillir nombreux. (Frédéric Gendre, Médiation scientifique, MESHS)

Progrmme des conférences

Sam. 24 mars 2012

Le travail et sa représentation | Lectures et table ronde

15h - 17h | Théâtre du Nord (petite salle), Réservation recommandée, En collaboration avec le Théâtre du Nord

Si le théâtre est aussi ancien que la culture, la représentation du travail y est néanmoins beaucoup plus récente et ne doit ses premières esquisses qu’au XIXe siècle. La scène prit alors conscience, à la faveur d’une rapide industrialisation, que le monde ouvrier devait accéder à la représentation. L’époque contemporaine en aura fait, quant à elle, l’un de ses thèmes de prédilection. Psychologie, langage, rapports sociaux, relations de pouvoir... Ce n’est donc pas un hasard que le thème de ce 4e Printemps des SHS ait rencontré cette année la programmation du Théâtre du Nord. Joël Pommerat et Dominique Wittorski y sont à l’affiche. Le travail y est mis en perspective. Cette rencontre, fruit d’une collaboration entre le Théâtre du Nord et la MESHS, nous permettra d’entendre des extraits de leurs textes, mais également des extraits de La Demande d’emploi de Michel Vinaver, pionnier, s’il en est, de la représentation au théâtre de la vie du travail et de son langage. Les lectures laisseront place à une table ronde et une discussion avec les invités.

Lecture (50 mn) d’extraits de pièces de théâtre de Joël Pommerat (Les Marchands), de Michel Vinaver (La Demande d’emploi), de Dominique Wittorski (Ohne), et table ronde (50 mn).

Avec :

  • Lyly Chartier et de Noémie Gantier: Lectrices, Les Marchands, de Joël Pommerat
  • Aude Denis, metteur en scène, comédienne
  • Vincent Dhelin, metteur en scène (Compagnie « Les Fous à réaction »)
  • Pierre Gembala, responsable du Pôle emploi spectacle de Lille
  • Frédéric Gendre, chargé de médiation scientifique à la MESHS
  • Yannic Mancel, dramaturge, conseiller littéraire du Théâtre du Nord
  • Olivier Menu, metteur en scène, comédien (Compagnie « Les Fous à réaction »)
  • Dominique Wittorski, auteur dramatique, comédien et metteur en scène, auteur de Ohne

Lieu : Théâtre du Nord, 4 place du Général de Gaulle - Lille, (Métro Rihour), Tél. 03 20 14 24 24, www.theatredunord.fr

Lun. 26 mars 2012

Où en est la valeur-travail ? | Conférence inaugurale

18h | MESHS, espace Baïetto

  • Ouverture par Fabienne Blaise, professeure de littérature grecque à l’université Lille 3 et directrice de la MESHS
  • Dominique Méda, professeure de sociologie à l’université Paris - Dauphine et chercheuse associée au CEE
  • Conférence présentée par Anne Bory, maître de conférences en sociologie à l’université Lille 1, chercheuse au Clersé (UMR 8019)

Selon certains discours en vogue, la valeur-travail aurait été dégradée ces dernières années et les Français ne seraient plus attachés au travail. Après s’être interrogé sur le caractère historique ou non de cette notion de travail et avoir analysé les étapes de sa valorisation, on discutera les résultats des exploitations des enquêtes européennes disponibles sur le rapport au travail. Ces enquêtes permettent d’éclairer d’un jour nouveau la question de la réhabilitation de la valeur-travail et de s’interroger sur les conditions de celle-ci.

Dominique Méda est l’auteur notamment de Le Travail, une valeur en voie de disparition ? (Aubier, 1995) et de Qu’est-ce que la richesse ? (Aubier, 1999).

Mar. 27 mars 2012

Un ouvrier à la chaîne, dialogue avec un sociologue | Ciné-rencontre

| 18h | Cinéma l'Univers (Lille)

Diffusion du film de Laurence Jourdan, Sochaux, cadences en chaînes, 2010 (production INA, 53 mn), suivie d’une discussion. 

  • Le film de Laurence Jourdan, Sochaux, cadences en chaînes, tourné dans les usines PSA de Sochaux en 2010, relate la profonde mutation des méthodes de production automobile provoquée par la crise de 2008. Frappé, PSA se redresse au prix d’un profond bouleversement de sa production en s’inspirant des méthodes japonaises du « toyotisme ». Recours à l’intérim, stricte gestion des déplacements des ouvriers à la chaîne, rationalisation des approvisionnements de matériels, le film montre combien ces réformes modifieront considérablement la nature du travail et, au-delà, l’organisation de la vie autour de l’usine.
  • Christian Corouge, l’un des acteurs du film, ouvrier pendant 40 ans chez PSA à Sochaux, a vécu cette transformation. Il vient en témoigner en compagnie de Michel Pialoux, sociologue, avec lequel il dialogue depuis de longues années. Au-delà du militantisme et de son inscription dans le travail, c’est autour de l’identité d’ouvrier, de l’exercice d’une pensée critique au cœur même de l’usine que se concentrent leurs échanges. Ce dialogue a donné naissance à un livre : Michel Pialoux, Christian Corouge, Résister à la chaîne. Dialogue entre un ouvrier de Peugeot et un sociologue (Agone, 2011).
  • Michel Pialoux, sociologue, maître de conférences à l’EHESS, auteur, avec Stéphane Beaud, de Retour sur la condition ouvrière. Enquête aux usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard (Fayard, 1999)
  • Rencontre présentée par Richard Sobel, maître de conférences en économie à l’université Lille 1, chercheur au Clersé (UMR 8019)

Lieu : Cinéma l’Univers, 16 rue Georges Danton - Lille, Métro Porte de Valenciennes), Tél. 03 20 52 73 48, http://lunivers.org/

Jeu. 29 mars 2012

Qu'est-ce que le travail ? | Rencontre

18h | MESHS, espace Baïetto

  • Vincent Bourdeau
  • Nicolas Hatzfeld
  • Danièle Linhart
  • Rencontre animée par Philippe Sabot, maître de conférences en philosophie à l’université Lille 3, directeur de l’UFR de philosophie, chercheur au laboratoire STL

Vincent Bourdeau, maître de conférences en philosophie à l’université de Franche-Comté
Le travail des républicains – brève introduction à la question de la réhabilitation du concept de travail dans le républicanisme contemporain
Dans cette intervention, je voudrais montrer comment le concept de travail a été au cœur des réaménagements de la théorie républicaine contemporaine. Longtemps considéré comme une activité contradictoire avec l’activité politique associée au « loisir », le travail a connu une réhabilitation dans les théories républicaines au cours du XIXe siècle. Que s’est-il produit entre la fin du XVIIIe siècle et le milieu du XIXe siècle pour que le travail soit ainsi réhabilité par le républicanisme ? Quels discours de justification ont été mobilisés à cette fin ? Quelles sont les positions que défend aujourd’hui le républicanisme ou néo-républicanisme au sujet du travail ou, pour le dire autrement, quelle économie politique républicaine peut-on reconstruire à l’heure actuelle ? Ce sont ces questions que nous tenterons d’éclairer dans cette intervention.

Nicolas Hatzfeld, professeur d’histoire à l’université d’Évry
Dans l’étude du travail, les approches historiennes peuvent paraître limitées. Elles n’abordent en effet le travail que par les traces que celui-ci a laissées, et ne visent guère à en trouver l’essence. L’histoire entend plutôt retracer des situations de travail différentes, ou les formes prises par une question à des moments distincts. Elle peut nourrir des comparaisons appuyées sur la pluralité des temps passés, quitte à reprendre des questions délaissées par d’autres sciences sociales lorsque celles-ci suivent le changement au présent. Toutefois, cette approche fait débat parmi les historiens eux-mêmes pour la période du XXe siècle. À partir de différents cas, on cherchera donc à montrer combien l’exploration historienne du travail a des perspectives ouvertes.

Danièle Linhart, directrice de recherche en sociologie au CNRS, rattachée au GTM/CRESPPA
Changer le monde du travail, accorder à chacun davantage d’autonomie, de reconnaissance matérielle et symbolique, voilà qui semble faire l’unanimité. Pourtant, la « modernisation du travail » ne va pas dans ce sens : sentiment d’abandon, d’isolement, de précarité, peur de ne pas y arriver, méfiance à l’égard des autres, tout concourt en réalité à dénaturer le travail. La société tout entière en est affectée. Symbole de cette modernisation en mauvaise passe, le chassé-croisé entre secteur public et privé : le management s’acharne, sans y parvenir, à importer au sein des entreprises privées le sens de l’engagement et la loyauté des agents du service public, alors même que celui-ci subit une attaque en règle de ces mêmes valeurs sous les coups de boutoir de la logique gestionnaire. Comment, aujourd’hui, analyser le devenir tourmenté du travail dans nos sociétés ?

Ven. 30 mars 2012

Lieux de travail | Conférences

18h | MESHS, espace Baïetto, En collaboration avec le CRP - Centre régional de la photographie Nord - Pas-de-Calais

  • Sidi Mohammed Barkat
  • Claire Chevrier
  • Conférences présentées par Pia Viewing, directrice du Centre régional de la photographie (CRP Nord - Pas-de-Calais)

Sidi Mohammed Barkat, philosophe, enseignant-chercheur associé au CEP ergonomie et écologie humaine à Paris 1
Les confins du travail / Dialogue avec les choses. Sidi Mohammed Barkat présentera sa recherche sur l’organisation du monde du travail :
« Et, en définitive, entendre ces sons, sentir ces odeurs, voir ces couleurs, c’est construire les relations de contiguïté qui rapprochent des choses. Le plus étonnant réside, cependant, dans le fait qu’ainsi, on ne s’éloigne de l’ordre de la division qu’en demeurant à l’intérieur du cercle formé par l’organisation du travail. Car il ne s’agit pas de se soustraire au travail, mais de libérer des relations de convenance contenues par la logique de la maîtrise, de faire dériver le travail comme on dérive une roue, en le faisant glisser au-delà des cloisonnements à partir desquels s’élabore le programme de l’organisation. »
Extrait du texte « Les confins du travail / Dialogue avec les choses » in Il fait jour, coédition Loco / Centre régional de la photographie Nord - Pas-de-Calais, parution février 2012.

Claire Chevrier, photographe et enseignante à l’École spéciale d’architecture de Paris
En 2010, Claire Chevrier entreprend un travail de recherche artistique avec le Centre régional de la photographie Nord - Pas-de-Calais sous la forme d’une résidence de recherche et de création. L’artiste mène une réflexion sur les différentes manières dont l’activité humaine occupe l’espace. Dans le contexte de cette recherche, l’artiste se concentre sur des lieux consacrés au travail et plus précisément sur la relation entretenue entre les travailleurs (ouvriers, directeurs, secrétaires, aides à domicile, travailleurs handicapés, personnes qui suivent des formations professionnelles, etc.) et ces espaces. Lors de cette conférence, Claire Chevrier montrera cette recherche photographique, elle en expliquera les origines.

Exposition « Il fait jour » , de Claire Chevrier Du 04/02/2012 au 22/04/2012 Centre régional de la photographie Nord - Pas-de-Calais (Douchy-les-Mines)
Claire Chevrier, EE 11 / 2010, photographie issue du projet de recherche et de création
« Photographie et Territoire 2010 », tirage Lambda couleur, 108,5 x 148,5 cm.

Lun. 2 avril 2012

Ce que disent les archives des mutations du travail dans le nord | Conférence

12h-14h30 | Archives nationales du monde du travail (Roubaix) Réservation obligatoire, En collaboration avec les Archives nationales du monde du travail et Lille place tertiaire

  • Matthieu de Oliveira, maître de conférences en histoire à l’université Lille 3, chercheur au laboratoire IRHiS (UMR 8529)
  • Conférence présentée par Gabriel Galvez-Behar, maître de conférences en histoire à l’université Lille 3, chercheur au laboratoire IRHiS (UMR 8529), directeur adjoint de la MESHS
  • En présence de représentants des plus anciennes entreprises du Nord

Alors que certaines civilisations ne conservent pas - ou peu - de témoignages écrits de leur passé, l’Occident a produit une masse toujours croissante de « traces » qui sont autant de preuves de l’activité des hommes sur un territoire donné ou à une époque particulière. Ces documents, conservés puis classés dans le meilleur des cas, accèdent bientôt au rang d’archives « historiques », regardées avec d’autant plus de respect qu’elles sont peu sollicitées, oubliées dans une cave ou un grenier. Ils n’en gardent pas moins une épaisseur humaine particulièrement prégnante, a fortiori lorsqu’ils évoquent les facettes multiples du travail, du parcours professionnel d’un individu à la gestion financière d’une entreprise. Au-delà de leur valeur patrimoniale, les archives permettent en effet d’attester des fonctions, des droits ou encore de la réalité quotidienne des ouvriers, cadres et autres dirigeants. Et si chaque document rend compte de situations ponctuelles (une embauche, une promotion, la signature d’un contrat), leur mise en regard permet de pointer les mutations nées du temps long (la sécurité au travail, l’innovation technique ou l’apparition des « ressources humaines »). La conférence sera suivie d’un buffet. Celui-ci est gratuit, mais le nombre de places en est limité. Une réservation est donc indispensable !

Archives nationales du monde du travail, 78 boulevard du Général Leclerc - Roubaix, (Métro Eurotéléport), Tél. 03 20 65 38 00, http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/camt/

Mar. 3 avril 2012

Les frontières du travail | Rencontre

18h | MESHS, espace Baïetto

  • Rémy Caveng
  • Didier Demazière
  • Mathieu Grégoire
  • Rencontre animée par Sandrine Rousseau, maître de conférences en économie à l’université Lille 1, chercheuse au Clersé (UMR 8019), vice-présidente en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche au conseil régional Nord - Pas-de-Calais

Rémy Caveng, maître de conférences en sociologie à l’université de Picardie, chercheur au CURAPP (UMR 6054)
En remettant en cause certaines caractéristiques du salariat « classique », notamment l’emploi comme relation durable et l’entreprise comme lieu de rattachement à l’emploi, les situations de précarité tendent à brouiller les frontières entre travail salarié et travail indépendant. Ces situations se prêtent à deux types de lecture. D’un côté, on peut y déceler des potentialités de réduction de la relation de subordination aux employeurs, voire des potentialités d’émancipation. L’incertitude serait ainsi compensée par un gain de liberté par rapport aux salariés connaissant des liens d’emploi stables. De l’autre, on peut estimer que ce gain est en grande partie illusoire et que cette liberté est tout entière mise au service d’une forme d’auto-exploitation. À partir de l’exemple des travailleurs des entreprises de sondage, on s’interrogera sur les conditions sociales de possibilité susceptibles de rendre compte du positionnement des individus de part et d’autre de cette ligne de crête.

Didier Demazière, directeur de recherche en sociologie au CNRS (CSO, Sciences Po), président de l’Association française de sociologie
Le chômage : un phénomène incertain et flou. Le chômage est, du moins en apparence, aisé à définir : il est privation d’emploi et absence d’activité professionnelle, et à ce titre il est généralement considéré comme l’envers du travail. Pourtant de nombreux indices témoignent que le chômage demeure un phénomène difficile à cerner et un sujet de controverses : querelles incessantes sur le nombre de chômeurs ; débats permanents sur l’efficacité du service public de l’emploi ; discussions nourries sur les « bonnes » méthodes de recherche d’emploi ; polémiques récurrentes sur la responsabilité individuelle dans la sortie du chômage. Ces débats sont le signe d’une incertitude persistante sur ce qu’est vraiment le chômage, d’une imprécision sur ses contours, d’une incertitude sur ce qu’est un chômeur. On montrera que l’apport des sciences sociales permet de comprendre ce paradoxe, non en formulant une définition savante, prétendue juste et vraie, mais en analysant comment les frontières du chômage sont tracées et déplacées, et en montrant la porosité et la plasticité des limites entre le chômage, l’emploi et l’inactivité.

Mathieu Grégoire, maître de conférences en sociologie à l’université de Picardie, chercheur au CURAPP (UMR 6054) et chercheur associé au CEE
Historiquement, l’institutionnalisation du travail sous forme d’emploi a constitué le support essentiel d’émancipation du salariat en garantissant aux salariés non seulement une sécurité par rapport aux aléas du marché, mais aussi des droits sociaux étendus dans le travail et au-delà. Ce modèle paraît aujourd’hui en crise : le plein-emploi devient horizon de moins en moins crédible, et l’emploi comme support de sécurisation sociale est l’objet de multiples déstabilisations. Aussi le travail, lorsqu’il déborde les frontières de l’emploi, fait-il souvent l’objet de lectures négatives : le non-respect du droit du travail, le temps partiel subi, le travail au noir, le sur-travail, le travail obligatoire des allocataires du workfare… figurent les vicissitudes d’un salariat contemporain en proie aux reculs et aux renoncements.
Dans ce contexte, le cas des intermittents du spectacle interroge le salariat dans son ensemble. Dans sa réalité quotidienne, le travail des intermittents déborde l’emploi de toute part. Pourtant, à l’inverse de nombreux mouvements sociaux, les intermittents ne se sont pas battus, lors des dernières décennies, pour la défense de l’emploi ou pour que leur soit reconnu un droit au plein-emploi de tous et de chacun.
La présentation sera consacrée à l’analyse de l’horizon d’émancipation alternatif au plein-emploi qu’a porté le mouvement des intermittents : celui d’une subversion de l’emploi, du marché du travail et de l’ordre salarial capitaliste appuyée sur une socialisation massive des revenus.

Jeu. 5 avril 2012

Vrai boulot / bon boulot / sale boulot | Conférences

18h | MESHS, espace Baïetto

  • Alexandra Bidet
  • Sébastien Chauvin
  • Conférences présentées par Karel Yon, sociologue à l’université Lille 2, chercheur au CERAPS (UMR 8026)

Alexandra Bidet, chargée de recherche en sociologie au CNRS, Centre Maurice Halbwachs (CNRS-EHESS-ENS)
Ces cinquante dernières années ont vu l’épuisement des représentations mécanistes du travail, issues du laboratoire industriel du XIXe siècle. De nouvelles figurations se cherchent aujourd’hui pour mettre en mots, en images, en récits, en critiques le travail. Pour nous aider à suivre leur genèse, mon ouvrage L’Engagement dans le travail. Qu’est-ce que le vrai boulot ? se propose de combler un angle aveugle : la sociologie n’a guère étudié les formes d’engagement actif des personnes dans leur travail. Or ces moments sont créateurs de valeurs, de normes et d’appuis critiques. En replaçant la technique et la créativité au cœur du travail, la catégorie de « vrai boulot » aide aussi à saisir les épreuves caractéristiques des milieux de travail contemporains, marqués par une obsolescence accélérée des techniques et une plus grande labilité des formes organisationnelles : elle donne à voir l’exigence ordinaire de continuité et de cohérence de l’expérience.

Sébastien Chauvin, assistant professor en sociologie à l’université d’Amsterdam et chercheur à l’Institute for Migration and Ethnic Studies
Journaliers à l’usine . À partir d’une enquête de terrain comme journalier industriel dans la région de Chicago, l’intervention aborde les paradoxes du travail en usine pour des salariés, souvent sans-papiers, qui y sont employés par l’intermédiaire d’agences. Sur des chaînes  très peu automatisées pour lesquelles les entreprises font venir trop de journaliers, les plus précaires doivent dissimuler de longs moments de vide et « mimer » le taylorisme pour garder leur emploi. Le « sale boulot » n’y est pas nécessairement le plus répétitif : il consiste notamment dans l’imposition d’une série de tâches imprévisible. En l’absence d’embauchés directs, les journaliers les plus anciens dans l’usine s’approprient les tâches les plus continues, celles où l’on peut s’« oublier », et se posent en figures de l’avenir pour les nouveaux. Toutefois, ironie de ce mode de mobilisation de la main-d’œuvre, l’emploi massif, durable et régulier de journaliers oblige à les traiter « en masse » et interdit le recours des directions aux formes les plus extrêmes de flexibilité.

Mar. 10 avril 2012

La souffrance au travail | Conférences

18h | MESHS, espace Baïetto

  • Pascale Molinier
  • Laurence Théry
  • Conférences présentées par Sophie Quinton-Fantoni, médecin du travail, praticien hospitalier au CHRU de Lille, juriste et chercheuse au CRD&P (EA 4487)

Pascale Molinier, professeure de psychologie sociale à l’université Paris 13, membre de l’UTRPP (EA 443)
La souffrance au travail. Réalités et médiatisation. Depuis quelques années, en France, le thème de la souffrance au travail a envahi les médias et la littérature syndicale, notamment sous la forme dramatique des suicides liés au travail. Or il existe certaines différences entre la rhétorique militante ou médiatique sur la souffrance au travail et ce que les gens en disent aux chercheurs dans leurs enquêtes de terrain. Nous verrons que cette différence concerne principalement l’engagement au travail et l’imputation des responsabilités de la souffrance. Par ailleurs, l’analyse des situations de travail montre que les gens construisent des stratégies collectives de défense qui ont pour fonction d’occulter la perception de ce qui fait souffrir. Il s’avère que ces défenses ont des incidences sur l’expression publique de la souffrance. Quelles sont-elles ? Enfin, la médiatisation de la souffrance concerne certaines catégories de travailleurs (plutôt des hommes blancs qualifiés et jugés « normaux ») et en laisse dans l’ombre d’autres (femmes, migrants, précaires, non qualifiés, malades mentaux), ce qui n’est pas sans poser des problèmes à la fois éthiques et politiques. Que signifie socialement et politiquement la victimisation d’une partie de la population qui correspond à celle qui aurait du avoir le plus d’avantages au travail (en termes d’intérêt, de salaire, de marge d’initiative...) ? Il ne s’agit pas de nier que cette population puisse connaître des difficultés au travail, mais plutôt de s’interroger sur la construction sociale de la souffrance au travail et sur ses effets. Parmi ceux-ci, la mention récurrente à la « normalité » des travailleurs qui ont gravement décompensé vise, certes, à souligner le rôle prééminent du travail dans ces décompensations chez des gens qui ne paraissaient pas prédestinés à tomber malades. Mais ne contribue-t-on pas, de la sorte, à accréditer l’existence d’une différence de nature entre les gens « normaux » et les autres tout en vidant la psyché de son opacité inquiétante et de sa vulnérabilité intrinsèque ?

Laurence Théry, ancienne inspectrice du travail, directrice du CESTP-ARACT Picardie
Le travail a changé : entre idéologies managériales, contraintes économiques et reconfiguration des entreprises privées ou des services publics, normes et objectifs soumettent de plus en plus les travailleurs au stress à la souffrance et aux tensions de toutes natures. L’allongement probable de la vie au travail va encore durcir une situation qui semble avoir atteint un point de rupture. Comment réagir collectivement face à cette intensification ?
C’est à cette question que nous proposons de discuter à travers un diagnostic critique, mais aussi en pointant des voies pour l’action. Il s’agit tout à la fois de comprendre l’intensification pour y résister et d’explorer de nouvelles pratiques en associant les salariés à l’action collective.

Jeu. 12 avril 2012

Un droit au travail ? Les promesses d'une utopie | Conférences

18h | MESHS, espace Baïetto

  • Emmanuel Dockès, professeur de droit privé à l’université de Paris Ouest Nanterre - La Défense
  • Marc Pichard, professeur de droit privé à l’université Lille 2, co-directeur du CRD&P (EA 4487), directeur adjoint de la MESHS

Affichage ? Incantation ? Ironie ? Cruauté ? La reconnaissance d’un droit au travail ou d’un droit d’obtenir un emploi laisse perplexe – à l’heure où les politiques publiques semblent désarmées, incapables de satisfaire le besoin d’emploi. Pourtant les textes - la constitution du 27 octobre 1946 ou le pacte international relatif aux droits économiques sociaux et culturels – qui reconnaissent un tel droit sont sollicités par les juridictions françaises, à l’appui de certaines de leurs décisions. Le droit au travail existerait donc, sans pour autant être un droit véritable (certains diraient opposable) puisque le chômage persiste. L’aporie avait été dénoncée par Tocqueville, dès 1848 : la reconnaissance d’un tel droit serait incompatible avec un système économique libéral – ce qui expliquerait son statut juridique ambigu. Le droit au travail ne pourrait être – ne devrait être ? - qu’une illusion. L’affirmation mérite toutefois d’être discutée – et les potentialités de ce droit mal aimé explorées.

INFORMATIONS PRATIQUES

Toutes les rencontres sont libres d’accès et gratuites, dans la limite des places disponibles.

Une réservation est conseillée ; elle est indispensable pour les séances suivantes :

  • Samedi 24 mars 2012 | Le travail et sa représentation | Aude Denis - « Les Fous à réaction » (Vincent Dhelin, Olivier Menu) - Pierre Gembala - Yannic Mancel - Dominique Wittorski
  • ardi 27 mars 2012 | Un ouvrier à la chaîne, dialogue avec un sociologue | Christian Corouge - Michel Pialoux
  • Lundi 2 avril 2012 | Ce que disent les archives des mutations du travail dans le Nord | Matthieu de Oliveira

Informations complémentaires : 03 20 12 58 30

Retrouvez l’ensemble des enregistrements du Printemps des SHS et des conférences de la MESHS sur Publi.MESHS : publi.meshs.fr

Catégories

Lieux

  • 2 rue des Canonniers (MESHS)
    Lille, France

Dates

  • samedi 24 mars 2012
  • lundi 26 mars 2012
  • mardi 27 mars 2012
  • jeudi 29 mars 2012
  • vendredi 30 mars 2012
  • lundi 02 avril 2012
  • mardi 03 avril 2012
  • jeudi 05 avril 2012
  • mardi 10 avril 2012
  • jeudi 12 avril 2012

Fichiers attachés

Mots-clés

  • antiquité, art, économie, histoire, littérature, philosophie, politiques publiques, santé, société, sociologie, travail

Contacts

  • Frédéric Gendre
    courriel : frederic [dot] gendre [at] meshs [dot] fr

Source de l'information

  • Amandine Briffaut
    courriel : amandine [dot] briffaut [at] meshs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Que faire du travail ? », Cycle de conférences, Calenda, Publié le lundi 12 mars 2012, http://calenda.org/207616