AccueilCapoeiras – Objets sujets de la contemporanéité

Capoeiras – Objets sujets de la contemporanéité

Capoeiras – Subjective matters of contemporaneity

Cultures-Kairós – revue d’anthropologie des pratiques corporelles et des arts vivants

Cultures-Kairós – Online journal of anthropology, body, performing arts

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Publié le lundi 12 mars 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Cultures-Kairós – Revue d’anthropologie des pratiques corporelles et des arts vivants, entend diffuser la production de connaissance en anthropologie de l’esthétique à l’aide d’appréhensions à la croisée de l’anthropologie, des études en arts vivants et des sciences cognitives. Nous consacrons notre premier numéro thématique aux « Capoeiras – objets sujets de la contemporanéité » pour lequel nous attendons des contributions en français et en portugais selon les axes suivants : enjeux de la globalisation; Bahia, Rio de Janeiro, Pernambuco… et les autres Brésils de la capoeira ? ; traverses esthétiques ; passé et présent du genre dans la capoeira ; patrimonialisation, politiques culturelles et tourisme ; paroles de Maîtres.

Annonce

Pour son premier numéro thématique, la revue en ligne Cultures-Kairós – revue d’anthropologie des pratiques corporelles et des arts vivants – s’intéresse à une pratique brésilienne qui non seulement donne à lire les processus de mutations socioculturelles du Brésil et des nombreuses sociétés qu’elle tient en réseau, mais aussi véhicule sa propre modalité globalisante, se révélant par là un objet anthropologique au cœur de la contemporanéité : la capoeira.

Chercheurs et capoeiristes donnent à lire et à entendre la complexité de cette pratique de manière intensive depuis les années 1990. En effet, la capoeira, ou plutôt, les capoeiras, relaient des problématiques fondamentales en jeu et en débat dans les sciences sociales telles que la globalisation, la manifestation d’idéologies identitaires et leurs (dé)constructions historiques, les rapports de domination sociale et de genre souvent associées aux perspectives postcoloniales.

En dépit d’une multiplication des points de vues et des angles d’approche (sociologie, anthropologie, histoire, sciences de l’éducation…), certains clivages historiques se pérennisent. Par exemple, le clivage capoeira angola et capoeira regional dont Matthias R. Assunção (2005), entre autres, a brillamment montré les constructions, imprègne encore les analyses théoriques comme les discours des pratiquants. En découle une bipolarité à la plasticité en permanence réécrite et réévaluée (africanité vs brasilité ; tradition vs modernité ; instrument du pouvoir vs instrument politique ; pratique artistique vs pratique sportive ; orientalisation vs occidentalisation …) au fur et à mesure de ses circulations. Elle connaît actuellement un regain d’intérêt important à sonder au vu des nouveaux enjeux qu’elle représente et réalise tant pour les « scientifiques » que pour les pratiquants, eu égard à son institutionnalisation (Gaudin, 2009), sa patrimonialisation (Vassalo, 2008), la multiplication de ses modalités à l’étranger (Falcão, 2005a, 2005b), et son transfert au sein d’autres pratiques (breakdance, arts circassiens, danse contemporaine, aérobic, théâtre…) et d’autres lieux (écoles, universités, centres sociaux, centres de loisirs, Mjc, scènes événementielles, salles de spectacle).

Cette profusion théorique et son expansion à l’étranger ne vont pas sans la diversification des codifications et manières de la pratiquer, c’est-à-dire, sans des reconfigurations formelles et par conséquent, sans l’élargissement de ses mondes sensibles, encore peu explorés. Nombreux sont les intéressés, praticiens et théoriciens, à en pointer certains risques, notamment la dilution des « fondements » (ensemble symbolique et technique – assez hétérogène – constituant la pratique) (Araújo, 2001), l’accélération de la diffusion de ses clichés et stéréotypes (Aceti, 2010), une radicalisation des mouvements d’appropriation (Vassalo, 2008), le manque de rigueur et les approches trop relativistes qui font d’une capoeira accessible à tous une pratique mainstream désinvestie de ses singularités et de son historicité. À mesure que ses trajectoires s’intensifient, est remise au jour une crainte structurelle et non dissolue pour les uns et les autres : sa dépossession. En même temps, en gagnant du terrain et de la visibilité, capoeira et capoeiristes acquièrent une reconnaissance niée pendant des décennies lors de divers épisodes d’interdits, d’illégalité et de violente répression dans un 20ème siècle politique héritier des idéologies colonialistes et praticien des idéologies populistes et militaristes.

Et pourtant, « A capoeira é de ninguém » – la capoeira n’appartient à personne. Ce précepte (axiome ?) traditionnellement énoncé par les Mestres ne serait pas qu’un code de conduite, mais une expérience à mener qui se révèlera dans un jeu. C’est le jeu, o jogo, qui déciderait du capoeiriste et de son art. Elle n’est à personne, cependant tout le monde, contrairement aux apparences, n’y aurait pas accès : pratiquer la capoeira n’est ni « jouer » (jogar) et encore moins « être » (ser) capoeira. Une question difficile puisqu’elle jette au cœur du brasier des crispations (identitaires, sociales, économiques et culturelles) le sensible et l’esthétique, le jeu du bon et du beau.

Les partages du sensible (Rancière, 2000) mettant en lumière la relation entre esthétique (manière de percevoir et construire imaginaires, techniques et productions à partir de ces perceptions et leur prolongement dans l’expérience) et politique à un moment donné de l’histoire du phénomène, ont encore été peu abordés dans les contributions sur les capoeiras, au Brésil comme ailleurs. C’est pourquoi ce numéro voudrait les privilégier. À partir de données ethnographiques denses et récentes, l’analyse de l’expérience sensible combinée à celle de l’action pourrait rendre un instantané fidèle de l’instrumentalisation de la capoeira par les uns et les autres. Performatives, pragmatiques, esthétiques ou ethnoscénologiques, ces différentes approches peuvent s’avérer fertiles pour l’examen du devenir des capoeiras à travers leurs reconfigurations formelles et sensibles, leurs diverses modalités de transmission et de réception générées de leurs plus récentes trajectoires et nouvelles temporalités.

Nous attendons des contributions en français et en portugais selon les axes suivants :

  • Enjeux de la globalisation
  • Bahia, Rio de Janeiro, Pernambuco… et les autres Brésils de la capoeira ?
  • Traverses esthétiques
  • Passé et présent du genre dans la capoeira
  • Patrimonialisation, politiques culturelles et tourisme
  • Paroles de Maîtres

Nous vous invitons à prendre connaissance de l'appel détaillé en pièce jointe.

Date limite d'envoi des résumés (8000 à 10000 signes) : 06.04.2012

Date limite d'envoi des articles (30000 signes) : 01.06.2012

Contacts:

veronique.muscianisi@mshparisnord.fr

laure.garrabe@mshparisnord.fr

Bibliographie indicative :

  • Aceti Monica, « Imaginaires en controverse dans la pratique de la capoeira », STAPS, n°187, 2010, p. 109-124.
  • Araujo Rosangêla Costa, Iê. Viva meu mestre. A capoeira angola da escola pastiniana como praxis educadora. Thèse de Doctorat, Faculté d’éducation, Universidade de São Paulo, 2004.
  • Assunção Matthias Röhrig, Capoeira, The history of an afro-brazilian martial art, London & New-York : Routledge, 2005.
  • Augé Marc, Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité. Paris : Seuil, 1992.
  • Ehrenberg Alain, Le culte de la performance, Paris : Fayard, 2010 (1991).
  • Falcão J. L. C., « Fluxos e Refluxos da Capoeira: Brasil e Portugal Gingando na Roda », Análise Social (Lisboa), Lisboa Portugal, v. 174, 2005a, p. 111-133.
  • Falcão J. L. C., (& Taffarel, C. N. Z), « The Capoeira is Brazilian? The Capoeira in Context of Globalization », The FIEP Bulletin, Foz do Iguaçu, v. 75, n. Article II, 2005b, p. 191-195.
  • Gaudin Benoît, « Les maîtres de capoeira et le marché de l’enseignement », in Actes de la recherche en sciences sociales, n°179, 2009/4, p. 4-29.
  • Jauss Robert Hans, Pour une esthétique de la réception, Paris : Gallimard, 1990 (1976).
  • Latour Bruno, Sur le culte moderne des dieux faitiches [sic], Paris: Les Empêcheurs de tourner en rond: La Découverte, 2009.
  • Rancière Jacques, Le partage du sensible, Paris : La Fabrique, 2000.
  • Vassalo Simone Pondé, « A capoeira como patrimônio imaterial : novos desafios simbólicos e políticos », 32° Encontro anual da Anpocs, Caxambu, 2008.
    Disponible en ligne : http://www.docstoc.com/docs/21727732/A_capoeira_como_patrimonio_imaterial_novos_desafios_simbolico_e_politicos-Simone_Vassalo



Dates

  • vendredi 06 avril 2012

Mots-clés

  • capoeira, contemporanéité, corps, anthropologie, esthétique, arts vivants, patrimonialisation

Contacts

  • Véronique Muscianisi
    courriel : veronique [dot] muscianisi [at] mshparisnord [dot] fr
  • Laure Garrabé
    courriel : laure [dot] garrabe [at] mshparisnord [dot] fr

Source de l'information

  • Véronique Muscianisi
    courriel : veronique [dot] muscianisi [at] mshparisnord [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Capoeiras – Objets sujets de la contemporanéité », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 12 mars 2012, http://calenda.org/207637