AccueilL’Union démocratique bretonne, un parti autonomiste dans un État unitaire

L’Union démocratique bretonne, un parti autonomiste dans un État unitaire

The Breton Democratic Union, an autonomist party in a unitary State

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Publié le mercredi 14 mars 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Créée en 1964, l’Union démocratique bretonne (UDB) est un des plus anciens partis français. Présente dans les mouvements sociaux et dans les institutions, l'UDB reste pourtant un parti largement méconnu avec peu de travaux spécifiques à lui être consacrés. À l’occasion des cinquante ans de l’UDB il convient de faire le point de nos connaissances sur ce parti, de poser les bases d’un savoir académique sur le principal parti autonomiste breton, tout en interrogeant d’une part l’impact de ses idées (et tout particulièrement de sa revendication autonomiste) et de ses actions dans la société bretonne, et d’autre part son échec électoral, et en inscrivant le parti dans une mouvance française et européenne.

Annonce

Argumentaire :

Créée en 1964, l’Union Démocratique Bretonne (UDB) est un des plus anciens partis français (après le Parti radical, le PCF et le CNIP). C’est le plus ancien parti « régionaliste » en France (si l’on excepte ERC et le PNV, qui n’ont pas été créés en France). Présente dans les institutions depuis les années 1960 (avec un premier élu dès 1965 au Guilvinec, 78 élus municipaux revendiqués en 2008), l’UDB dispose même d’un groupe au Conseil Régional de Bretagne depuis 2004 (avec 3 élus, puis 4 depuis 2010, obtenus en alliance avec Les Verts, puis Europe Écologie – Les Verts). Présente dans les mouvements sociaux et sur le terrain, l’UDB a disposé à plusieurs moments de son histoire d’un nombre non négligeable de militants (2000 en 1980, à son apogée, par exemple selon Nicolas, 2007, p. 273 ; et encore 720 en 2004, selon Pasquier, 2004, p. 119). Pourtant, l’UDB reste aujourd’hui un parti largement méconnu avec peu de travaux spécifiques à lui être consacrés. À l’occasion des cinquante ans de l’UDB il convient de faire le point de nos connaissances sur ce parti, de poser les bases d’un savoir académique sur le principal parti autonomiste breton, tout en interrogeant d’une part l’impact de ses idées (et tout particulièrement de sa revendication autonomiste) et de ses actions dans la société bretonne, et d’autre part son échec électoral, et en inscrivant le parti dans une mouvance française et européenne.

Scission de gauche du Mouvement pour l’Organisation de la Bretagne (MOB), l’UDB affirmera tout au long de son histoire cet ancrage à gauche, établissant des relations privilégiées successivement avec le PCF, le PS puis les Verts. Elle n’est pas sans connaître un certain succès dans la diffusion de ses idées, notamment grâce à son journal Le Peuple Breton, qui tire à 4 000 exemplaires en 1968, 15 000 en 1978 et encore 6 000 en 2004 (Nicolas, 2007, p. 274 ; Pasquier, 2004a, p. 120). Mentionnons ainsi le slogan « Bretagne = colonie » (titre d’une brochure de l’UDB de 1971). Les succès électoraux ne sont toutefois pas au rendez-vous, les candidatures UDB faisant en moyenne, et de manière globalement constante au fil du temps, entre 2% (pour les législatives) et 5% (pour les cantonales) (Nicolas, 2007 ; Pasquier, 2004a ; Monnier, 1998).

Étudier l’UDB va bien au-delà de l’intérêt monographisant pour un petit parti durable. Un colloque consacré à l’UDB permettra, nous l’espérons, de mieux comprendre également la société bretonne, et notamment d’éclairer le paradoxe breton d’une capacité politique indéniable (Pasquier, 2004b), d’une culture fortement différenciée (Collectif, 2004), d’une identité forte longtemps négative (Élégoët, 1980), mais aujourd’hui assumée voire revendiquée (Le Coadic, 1998), d’une aspiration forte à une décentralisation renforcée (y compris avec un pouvoir législatif et fiscal régional, cf. Cole, 2006, p. 115), alors que le parti à exprimer le plus fortement cette spécificité bretonne reste marginal électoralement. Ce qui distingue fortement la Bretagne par rapport aux autres régions européennes témoignant d’une spécificité similaire (tels que le Pays de Galles ou la Galice par exemple). Ce colloque permettra donc également d’enrichir la littérature sur les partis ethno-régionalistes (de Winter et Türsan dir., 1998 ; de Winter, Gomez-Reino, Lynch dir., 2006), et plus globalement sur le phénomène régionaliste. Enfin, comprendre l’insuccès électoral de l’UDB permettra d’interroger et de mieux comprendre, espérons-nous, le système politique français où, en dehors de la Corse, les partis régionalistes sont globalement faibles, où la politique partisane elle-même semble être peu régionalisée trente ans après les lois de décentralisation, voire de questionner le rapport de la société française à la question régionale et à la diversité territoriale.

Le colloque s’articulera autour de quatre axes principaux :

1) L’UDB dans l’histoire politique bretonne

Les communications de cet axe s’attacheront à analyser l’histoire de l’UDB et/ou son inscription dans l’histoire de la Bretagne. Des périodes de crise (crises gauchistes du début des années 1970, scission de Frankiz Breizh en 1984) aux périodes d’essor (années 1968, deuxième partie des années 1970, années 2000), l’histoire de l’UDB apparaît tourmentée. Les monographies sur une période sont la bienvenue, de même que les analyses transversales sur une thématique ou un enjeu particulier (l’UDB face aux élections, l’UDB dans les mouvements, sociaux, l’UDB dans les institutions, etc.). Les propositions sur l’histoire interne et le fonctionnement de l’UDB ou sur les organisations liées à l’UDB (ex : Frankiz Breizh) sont aussi la bienvenue.

2) L’UDB dans la société bretonne

Nous nous attacherons ici à comprendre l’inscription de l’UDB dans une société dont elle se souhaite la représentante. Nous attendons ici des propositions analysant les relations de l’UDB avec les autres acteurs sociaux (autres partis politiques en Bretagne, syndicats, monde associatif, etc.) ou avec le monde environnant (ex. : l’UDB et les médias). Nous souhaiterions aussi ici des communications proposant une sociologie ou socio-histoire de l’UDB : analyse des militants de l’UDB (et de leurs élus, sympathisants et électeurs), focalisation éventuelle sur les jeunesses de l’UDB (des Jeunesses Progressistes de Bretagne à UDByaouank), filières d’adhésion et trajectoires, inscription sociale et territoriale des réseaux du parti (notamment l’implantation sociologique et géographique de l’UDB), etc.

3) L’UDB : région, fédéralisme et autonomie

Parti de gauche, proche successivement des mouvances communiste, socialiste puis écologiste, l’UDB n’en développe pas moins une idéologie originale qui mérite d’être étudiée. Nous attendons donc ici des propositions se proposant d’analyser cette idéologie, de manière éventuellement thématique (l’UDB et la question agricole, l’UDB et la langue bretonne, l’UDB et l’Europe, etc.) ou comparative (avec d’autres partis régionalistes ou des partis « traditionnels »), mais aussi les modalités de son élaboration, de sa diffusion et de sa réception.

Les revendications culturelles et institutionnelles sont au cœur de l’identité de l’UDB et méritent un traitement spécifique en questionnant l’actualité d’un projet autonomiste en Bretagne au XXIème siècle. Des communications s’interrogeant de manière plus large ou plus théorique sur l’impact des partis régionalistes, fédéralistes et/ou autonomistes en France, ou encore interrogeant les aspirations à un pouvoir régional renforcé au sein de la population en Bretagne et en France sont tout à fait pertinents ici.

4) L’UDB et les régionalismes en France et en Europe

Enfin, dès les années 1970 l’UDB a travaillé à s’inscrire dans des dynamiques internationales, dans des réseaux internationaux. Initiatrice de la Charte de Brest en 1974 avec l’Unión do Pobo Galego et l’Irish Republican Movement, elle s’inscrit en 1987 dans l’Alliance Libre Européenne, puis participe en 1995 à la création de Régions et Peuples Solidaires. Nous attendons donc ici des propositions sur l’inscription supra-bretonne de l’UDB ou des comparaisons de l’UDB avec des organisations similaires dans d’autres régions, en France, en Europe, dans le Monde.

Propositions de communication :

Les propositions devront être envoyées, par email, aux organisateurs avant le 30 septembre 2012.

Chaque présentation comprendra : un titre et une présentation (400 mots maximum) donnant à voir à la fois la problématique et le travail de terrain fait ou envisagé. Un court CV accompagnera la proposition de communication.

Organisateurs :

  • Tudi Kernalegenn (Docteur en science politique, IEP de Rennes, CRAPE) : tudi.kernalegenn@gmail.com
  • Romain Pasquier (Directeur de recherche au CNRS, IEP de Rennes, CRAPE) : rpasquier@hotmail.com

Comité scientifique :

  • Christian Bougeard (Professeur d’Histoire, Université de Bretagne Occidentale, CRBC)
  • Alistair Cole (Professeur de Politiques Européennes, Université de Cardiff)
  • Lieven de Winter (Professeur de Science Politique, Université Catholique de Louvain)
  • Julien Fretel (Professeur de Science Politique, Université de Picardie, CERAPS)
  • Ronan Le Coadic (Professeur de Sociologie, Université de Rennes 2, CRBC)
  • Michel Nicolas (Professeur de Science Politique, Université de Rennes 2, CRBC)
  • Gilles Richard (Professeur d’Histoire, IEP de Rennes, CRAPE)
  • Jacqueline Sainclivier (Professeure d’Histoire, Université de Rennes 2, CERHIO)

Lieux

  • 104 bd de la Duchesse Anne (Institut d'Etudes Politiques de Rennes)
    Rennes, France

Dates

  • dimanche 30 septembre 2012

Mots-clés

  • Union Démocratique Bretonne, régionalisme, parti politique, autonomisme, Bretagne

Contacts

  • Tudi Kernalegenn
    courriel : tudi [dot] kernalegenn [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Tudi Kernalegenn
    courriel : tudi [dot] kernalegenn [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« L’Union démocratique bretonne, un parti autonomiste dans un État unitaire », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 14 mars 2012, http://calenda.org/207700