AccueilEsclavage, abolition et réparations aux États-Unis : regards croisés sur le passé esclavagiste et le futur des réparations

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Publié le mercredi 21 mars 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Parce que l’écriture de l’histoire de l’esclavage et de son abolition est inséparable du contexte politique et de la situation des Africains-Américains dans la société américaine contemporaine et qu’elle est considérée par certains comme un acte politique et l’une des formes de réparations symboliques, il a paru opportun, dans le contexte du cycle de commémorations dans lequel les Américains viennent de rentrer pour le 150ème anniversaire de la Guerre Civile et de l'émancipation des esclaves, de croiser les approches d’un historien et d’une politiste et de mettre en regard le débat sur l’abolition de l’esclavage dans les années 1830-1865 à travers le point de vue privilégié de Lincoln et celui sur les réparations aux États-Unis cent-cinquante ans plus tard, afin d'analyser ce que l'historiographie sur l'abolition de l'esclavage et les travaux sur les réparations nous révèle de la société américaine actuelle.

Annonce

Esclavage, abolition et réparations aux États-Unis : regards croisés sur le passé esclavagiste et le futur des réparations, Symposium organisé par le Centre d'études nord-américaines et le Centre international de recherches sur les esclavages de l’École des Haute Études en Sciences Sociales, Samedi 19 mai 2012, de 9h00 à 13h00 (EHESS, 105 bd Raspail, 75006 Paris, Amphithéâtre François Furet)

Présentation

En 2003, Ira Berlin, alors président de l’Organization of American Historians, soulignait dans sa conférence présidentielle que « Simply put, American history cannot be understood without slavery. Slavery shaped the American economy, its politics, its culture, and its fundamental principles. For most of American history, the society of mainland colonies and then the United States was one of slaveholders and slaves ». Cent-cinquante ans après l’abolition de l’esclavage en 1865, la société américaine demeure une société post-esclavagiste travaillée par la question des héritages de cette longue période esclavagiste. Cela se manifeste d’une double façon : d’une part, l’historiographie sur l’esclavage et son abolition, qui a commencé à se développer de manière significative au moment du mouvement pour les droits civiques, continue à susciter l’intérêt d’un nombre toujours plus grand d’historiens, malgré les prédictions pessimistes que le sujet s’épuise ; d’autre part, le débat sur les réparations, qui est né lui aussi véritablement dans les années 1960 dans la foulée du Black Power, resurgit de façon récurrente, comme c’est le cas actuellement depuis la remise en cause de la politique d’affirmative action.

Cinquante ans après le mouvement pour les droits civiques et le premier centenaire de l’émancipation des esclaves, les Américains sont entrés dans un nouveau cycle de commémorations pour le 150ème anniversaire de la Guerre civile, qui a commencé immédiatement après les célébrations du bicentenaire de la naissance d’Abraham Lincoln en 2009. La sortie du système esclavagiste aux États-Unis s’est faite en effet au prix d’une guerre civile meurtrière que certains ont présentée comme une seconde Révolution. Un tel climat mémoriel est propice à une célébration du seizième président des États-Unis comme le grand émancipateur et à une simplification du processus ayant conduit à l’abolition de l’esclavage. Aussi est-il particulièrement important de s’intéresser à la manière dont ont évolué dans le temps les positions de Lincoln sur les modalités de l’abolition – graduelle ou immédiate –, le passage du travail forcé au travail libre, l’intégration civique et politique des nouveaux affranchis, les compensations aux anciens maîtres et les réparations aux anciens esclaves. C’est ce qui a été présenté a posteriori comme la promesse non tenue des « quarante acres et une mule » faite par le général William T. Sherman qui ne cessera par la suite de nourrir le débat sur les réparations pour l’esclavage et les « lois Jim Crow » ayant mis en place la ségrégation vingt ans après l’échec de la Reconstruction.

Parce que l’écriture de l’histoire de l’esclavage, de son abolition et de ses héritages est inséparable du contexte politique et de la situation des Africains-Américains dans la société américaine contemporaine et qu’elle est considérée par certains comme un acte politique et l’une des formes de réparations symboliques, il a paru opportun de croiser les approches d’un historien et d’une politiste et de mettre en regard le débat sur l’abolition de l’esclavage dans les années 1830-1865 à travers le point de vue privilégié de Lincoln et celui sur les réparations aux États-Unis cent-cinquante ans plus tard. En ce début du XXIe siècle, comment les historiens américains écrivent-ils l’histoire de l’esclavage et de son abolition ? Comment les chercheurs en sciences sociales analysent-ils les revendications de réparations qui continuent à être formulées ? Qu’est-ce que la confrontation de l’historiographie sur l’esclavage et l’émancipation des esclaves, d’une part, et des travaux et débats sur les réparations, d’autre part, nous révèle de la société américaine actuelle ?

Programme

9h00 : Ouverture par François Weil, président de l'EHESS

Présidente de séance : Cécile Vidal, EHESS, MASCIPO

  • 9h15 : Présentation par Eric Foner, Columbia University, de son livre : The Fiery Trial : Abraham Lincoln and American Slavery, New York, W. W. Norton&  Company, octobre 2010
  • 10h00 : Commentaires par Pap Ndiaye, EHESS, MASCIPO

10h15 : Débat

11h00 : Pause

Présidente de séance : Myriam Cottias, CNRS, CRPLC et CIRESC

  • 11h20 : Présentation par Lawrie Balfour, Université de Virginie, professeur invitée à l'EHESS, de son ouvrage en cours : « The Future of Reparations ? »
  • 12h05 : Commentaires par Stéphane Dufoix, Université de Paris X et Institut universitaire de France

12h20 : Débat

Le symposium se déroulera en anglais.

Les intervenants

  • Eric Foner est DeWitt Clinton Professor of History à Columbia University. Éminent spécialiste d’histoire intellectuelle, politique et sociale des États-Unis, il a publié de très nombreux ouvrages parmi lesquels : Free Soil, Free Labor, Free Men : The Ideology of the Republican Party Before the Civil War (1970) ; Tom Paine and Revolutionary America (1976) ; Nothing But Freedom : Emancipation and Its Legacy (1983) ; Reconstruction : America's Unfinished Revolution, 1863-1877 (1988) ; The Story of American Freedom
    (1998) ; et Who Owns History ? Rethinking the Past in a Changing World (2002). Il est l’un des rares historiens à avoir été honoré la même année du Bancroft Prize et du Pulitzer Price en histoire pour son ouvrage le plus récent, The Fiery Trial : Abraham Lincoln and American Slavery (2010). Il est aussi l’un des deux professeurs à avoir été président des trois grandes organisations professionnelles des historiens américains : Organization of American Historians, American Historical Association et Society of American Historians.
  • Pap Ndiaye est maître de conférences en histoire nord-américaine à l’EHESS. Ce spécialiste des populations noires aux États-Unis et en France a publié sur le sujet : La condition noire. Essai sur une minorité française (Calmann-Lévy, 2008) et Les Noirs américains. En marche pour l’égalité (Découvertes Gallimard, 2009). Il fera paraître à l’automne un ouvrage co-écrit avec Andrew Diamond, Chicago (Fayard, 2012). Il travaille actuellement sur l’internationalisation du mouvement des droits civiques.
  • Lawrie Balfour est professeur de sciences politiques à l’Université de Virginie. Elle est l’auteur de The Evidence of Things Not Said : James Baldwin and the Promise of American Democracy (Cornell University Press, 2001) et de Democracy’s Reconstruction : Thinking Politically with W. E. B. Du Bois (Oxford University Press, 2011). Ses articles sur la race et la démocratie sont parus dans Political Theory, American Political Science Review, Hypatia et The Review of Politics. Elle est en train de rédiger un nouveau livre sur les réparations pour l’esclavage et la ségrégation.
  • Stéphane Dufoix est maître de conférences en sociologie à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense et membre de l’Institut universitaire de France. Il est l’auteur de Politiques d’Exil. Hongrois, Polonais et Tchécoslovaques en France après 1945 (2002) ; Les diasporas (puf, Que sais-je, 2003) ; et La dispersion : une histoire des usages du mot diaspora (Éd. Amsterdam, 2012). Il a également co-dirigé deux ouvrages collectifs sur L’étranger en questions du Moyen Âge à nos jours (Éd. La Manuscrit, 2005) et L’esclavage, la colonisation, et après… : France, États-Unis, Grande-Bretagne (puf, 2005).

Lieux

  • 105 Bd Rapsail (EHESS, Amphithéâtre François Furet)
    Paris, France

Dates

  • samedi 19 mai 2012

Mots-clés

  • Esclavage, abolition, réparations, États-Unis, XIXe siècle

Contacts

  • Cécile Vidal
    courriel : cecile [dot] vidal [at] ehess [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Cécile Vidal
    courriel : cecile [dot] vidal [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Esclavage, abolition et réparations aux États-Unis : regards croisés sur le passé esclavagiste et le futur des réparations », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 21 mars 2012, http://calenda.org/207782