AccueilCirculation et échanges de savoirs de la nature sur l’Amérique latine

Circulation et échanges de savoirs de la nature sur l’Amérique latine

Circulation and the exchange of knowledge about nature in Latin America

Entre continents, entre communautés

Between continents and communities

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Publié le lundi 26 mars 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Il s’agit d’un séminaire de recherche destiné aux doctorants et chercheurs travaillant sur des domaines proches des études sociales des sciences. Les participant des projets ENGOV (projet européen FP7, Environmental Governance in Latin America and the Caribbean: Developing Frameworks for Sustainable and Equitable Natural Resource Use) et Circulation des savoirs et des pratiques culturels du CREDA (UMR 7227), les étudiants, doctorants et chercheurs de l’IHEAL-CREDA, institution où Pablo Kreimer est professeur invité durant ce semestre seront particulièrement les bienvenus, ainsi que tous les chercheurs et futurs-chercheurs s’intéressant aux savoirs de la nature. Cette année le séminaire sera organisé en 3 tables rondes au printemps 2012.

Annonce

Argumentaire :

La vocation universelle des savoirs de la nature est un des axes centraux de la structuration de plusieurs domaines scientifiques aussi bien que de la mise en question publique des thèmes liés à la connaissance, intervention, transformation, exploitation, voire la prise de conscience des risques de la nature et de ses relations avec les sociétés ». Durant plusieurs siècles les échanges de savoirs se sont développés en changeant  de nature à plusieurs reprises, selon les divers paradigmes épistémologiques, culturels et politiques opérant.

L’Europe, notamment, a joué un rôle crucial dans ce processus, dans la mesure où ce sont les intellectuels, scientifiques ou simplement les voyageurs européens qui ont pendant longtemps « marqué le terrain » des horizons des savoirs modernes et des rapports entre nature et société. L’Amérique latine a été l’une des régions les plus actives lors des échanges, d’une part par la présence d’élites qui ont joué le rôle d’intermédiaires entre les courants européens et les sociétés en place; et d’autre part, par la présence de la diversité des espèces vivantes méconnues des européens qui en faisaient un lieu privilégié pour le travail de terrain (faut-il rappeler à titre d’exemple le rôle des « messagers » qu’ont joué certains savants locaux dans la classification de Linnée, ou le rôle crucial des voyages de Darwin en Amérique du Sud ?). Aujourd’hui,  au niveau mondial, la coopération internationale et la mobilité sont devenues partie intégrante de la carrière des scientifiques. Nous savons que ces dernières sont motivées par différentes raisons et motivations relevant aussi bien des logiques politiques, diplomatiques, militaires, économique, sociales que des logiques scientifiques.

L’objectif de ce séminaire est de mettre en relief la nature et les conséquences de ces échanges, et de rendre compte des transformations des savoirs sur l’Amérique Latine les plus saillantes au cours de ces circulations au cours des trois derniers siècles. Ceci devrait apporter un éclairage sur l’impact de ces échanges  sur le transfert, la diffusion, la ré-appropriation et la co-production des connaissances scientifiques, sur l’organisation scientifique et leurs interactions avec les priorités gouvernementales ou institutionnelles. Pour cela nous avons fait appel à des spécialistes de l'histoire de la circulation des savants, des scientifiques, des instruments, des modèles institutionnels pour comprendre les facteurs qui favorisent et déterminent la circulation des savoirs, la production des connaissances, la formation de la communauté scientifique et l’émergence de nouveaux champs de recherche.

Ainsi le séminaire sera organisé en trois séances, chacune autour de quatre présentations et qui approcheront les axes centraux de ces échanges–épistémiques, culturels et politiques- pour chaque période considérée. Deux commentateurs organiseront les points communs et élaboreront la synthèse de chaque séance.

  • La première séance est intitulée « Expéditions scientifique européenne et rencontres latino-américaines: l’âge des savants » (XVIII - XIXe) » et aura lieu le vendredi 30 mars (14h-18h).
  • La deuxième portera sur l’ « Internationalisation des sciences au XXème siècle : disciplines, pratiques, conséquences » et aura lieu le vendredi 6 avril (14h-18h).
  • Enfin, la troisième séance s’intitule « Géopolitique des savoirs sur la nature : nouvelles réalités, approches, nouvelles controverses » et aura lieu le vendredi 11 mai (14h-18h).

Programme :

I. Expéditions scientifiques européennes et rencontres latino-américaines sur la nature: l’âge des savants (XVIIIe - XIXe)
30 Mars 2012

Ce premier volet se penchera sur l’organisation de certaines « expéditions scientifiques » organisées depuis l’Europe en terres latino-américaines au XVIIIe et XIX e siècle, avant que ne s’organisent de véritables institutions scientifiques disciplinaires telles qu’elles émergent au tournant du XXe siècle. Il vise surtout à donner à la réflexion collective un regard rétrospectif sur les continuités et les ruptures qui caractérisent ces circulations de savoirs entre l’Amérique latine et l’Europe. .Institut des Amériques :
  • Heloisa Maria Bertol Domingues (MAST, Rio de Janeiro)
    Expéditions scientifiques au Brésil: circulation des connaissances «internationales» et objets scientifiques «locaux»
  • Sébastien Velut ( CREDA/Université Paris3-IHEAL)
    « Humboldt et les visions de la nature américaine »
  • Cláudia Damasceno Fonseca (CREDA, Univ. Paris3)
    « Histoire naturelle, histoires locales, géographie historique : le botaniste Auguste de Saint-Hilaire au Brésil (1816-1822) »
  • Leoncio López-Ocón Cabrera (Instituto de Historia-CCHS-CSIC. Madrid)
    La Comisión Científica del Pacífico (1862-1866) y la Commission Scientifique du Mexique (1864-1867) consideradas desde la perspectiva de "l'histoire croisée.
Commentateurs :
  • Benoît de l’Estoile (CNRS, IRIS),
  • Marie-Nöelle Bourget (Paris7), sous réserve
  • Animation: David Dumoulin (IHEAL-CREDA)

II. Internationalisation des sciences au XXe siècle : disciplines, pratiques, conséquences
Vendredi 6 avril

  • Patrick Petitjean (Sphere :(UMR7219 – CNRS et Université Paris-Diderot)
    Le poids de la diplomatie dans les coopérations internationales : le cas Brésil / France. Des échanges bilatéraux à l'Unesco.
  • Pablo Kreimer (CONICET/CCTS/Prof. Invité IHEAL)
    Citoyen du monde ou producteur des connaissances utiles ? La recherche en Amérique Latine face à la division internationale du travail scientifique »).
  • Étienne Gérard (IRD, Ceped)
    Quelles circulations pour quels savoirs? Une analyse de la circulation des savoirs de la nature à travers la circulation de leur “porteurs” mexicains.
  • Dominique Vinck (Université de Lausanne)
    Agents médiateurs de connaissances et mobilisation locale/globale des connaissances.

Commentateurs :

  • Mina Kleiche-Dray (IRD, Paris I Sorbonne)
  • Nicolas Baya-Lafitte (CAK/EHESS et IFRIS Paris)

Animation :

  • David Dumoulin (IHEAL-CREDA)

III. Géopolitique des savoirs de la nature : nouvelles réalités, approches, nouvelles controverses
Vendredi 11mai

  • Dominique Pestre (EHESS)
    « Think Tanks, ONG, Institutions Internationales :   nouveaux acteurs et nouveaux savoirs à l'échelle globale depuis les années 1970 »
  • Luis Sanz Menendez (CSIC-Madrid)
    “Difusion internacional de políticas de ciencia e innovación : El papel de España en América Latina.”
  • Roland Waast, (IRD)
    titre à confirmer
  • Michel Grossetti (CNRS-Toulouse Mirail)
    « L'évolution de l'organisation spatiale des publications scientifiques  dans les pays d'Amérique Latine »

Commentateurs :

  • Pablo Kreimer (Conicet, Argentine, professeur invité IHEAL-CREDA)
  • Rigas Arvanitis (IRD)

Présentation détaillée de la première séance :

Ce premier volet se penchera sur l’organisation de certaines « expéditions scientifiques » organisées depuis l’Europe en terres latino-américaines au XVIIIe et XIX e siècle, avant que ne s’organisent de véritables institutions scientifiques disciplinaires telles qu’elles émergent au tournant du XXe siècle. Il vise surtout à donner à la réflexion collective un regard rétrospectif sur les continuités et les ruptures qui caractérisent ces circulations de savoirs entre l’Amérique latine et l’Europe. Quatre perspectives seront privilégiées en vue de possibles comparaisons, sans viser l’exhaustivité ni l’érudition historiographique.
1 - Quel a été l’ancrage institutionnel de ces expéditions dominées par de fortes personnalités : le rôle des Etats mais aussi celui des premières académies ? Quelles ont été les ruptures dans ce type d’expéditions avec les indépendances des pays latino-américains ?
2 - Quelles ont été les relations avec d’éventuels « alter-ego » locaux (imposition d’une vision eurocentrique ? tensions entre modèles et modes de penser ? division du travail ? différences de savoirs, de regards sur la nature ?)
3 - Quelles perceptions de la nature, quelles cultures scientifiques, quelles labellisations disciplinaires sont alors mobilisées ? (Géographie ? Etudes naturalistes ? Botanique ? Zoologie ? Biologie ? Anthropologie ? Médecine ?)
4- Comment alors qualifier les modes de circulation des savoirs - et/ou de collections matérielles- entre les deux continents ?
  • Expéditions scientifiques au Brésil: circulation des connaissances «internationales» et objets scientifiques «locaux»
    Heloisa Maria Bertol Domingues (MAST, Rio, heloisa@mast.br)
Depuis le XVIIIe siècle et tout au long du XIXe siècle, les expéditions scientifiques se sont intensifiées pour explorer et connaître la nature. Elles ont conduit à l'expansion politique et économique des États organisés - «civilisés» -, jusqu’aux endroits les plus reculés de la planète, un processus identifié comme colonialiste. Ainsi, a été inauguré un mode de collecte des objets naturels qui, au plan épistémologique, séparait le sujet de l’objet, en décrétant la perte de l'identité locale tant des objets en eux-mêmes, comme de la connaissance qu'ils portaient intrinsèquement. Pratiquement, cette collecte a transformé l’usage local des objets locaux en usage international. Dans le mouvement de circulation des objets naturels, et sous l'impact de la biodiversité, ont surgi, et ont été restructurées, les institutions de sciences naturelles, à la fois en Europe et dans les pays colonisés.
Dans ce processus de colonisation du milieu naturel, la science et la politique vont de pair. Le Brésil a consolidé l'indépendance, se constituant comme un empire basé sur une politique colonialiste d'expansion à l'intérieur, à la recherche de l'extension du front agricole et de l'exportation de produits de la terre. Dans ce contexte, les expéditions scientifiques, soit européennes, soit brésiliennes officielles, organisées par le gouvernement impérial ou les gouvernements provinciaux du pays, ont été caractérisées. Cependant, on peut dire que, dans le champ scientifique, ont surgi des controverses, qui peuvent être vues comme des représentations du colonialisme.
Le Brésil a été traversé par des nombreuses expéditions dans le XIXème siècle, qui ont interprété la nature et les savoir faire des populations locales. Elles ont permis la consolidation d'une politique économique basée sur le commerce des ressources naturelles et aussi l'émergence de théories scientifiques qui ont changé l'interprétation de la nature et des relations sociales, comme ce fut le cas de la théorie de Darwin. Elles ont installés symétries et asymétries entre sciences de la terre et sociétés et / ou entre la colonisation, la civilisation et la soit disant barbarie.
  • « Humboldt et les visions de la nature américaine »
    Sébastien Velut ( CREDA/Université Paris3-IHEAL, sebastien.velut@univ-paris3.fr)
Le voyage en Amérique d'Alexandre de Humboldt (1799-1804) marque un tournant fondamental dans la connaissance du continent. Non seulement parce qu'il se place à la veille même des indépendances, et qu'il place tout à coup l'Amérique coloniale sous les lumières de la raison scientifique. Mais surtout, car Humboldt élabore dans ce voyage une méthode et une vision des rapports entre la société et les milieux naturels, qui traverse ensuite toute sa longue carrière jusqu'à la publication du Cosmos. Il s'agit d'un voyage fondateur pour tous ceux qui se sont intéressés, après lui, à l'Amérique latine, et d'un voyage unique par la puissance de la vision englobante qu'il porte sur les hommes et les paysages américains.
  • « Histoire naturelle, histoires locales, géographie historique : le botaniste Auguste de Saint-Hilaire au Brésil (1816-1822) »
    Cláudia Damasceno Fonseca (CREDA, Univ. Paris3, claudia.damasceno@wanadoo.fr)
De tous les voyageurs étrangers qui ont visité le Brésil après l’installation de la cour portugaise à Rio de Janeiro (1808), le botaniste orléanais Auguste de Saint-Hilaire (1779-1853) est celui qui a atteint la plus grande notoriété dans le pays. Sa célébrité est moins le fruit de son importante oeuvre scientifique que des quelque trois mille pages qui composent le récit de ses expéditions (Voyages dans l’intérieur du Brésil, 8 tomes, publiées entre 1830 et 1851 par différentes éditeurs, plus une publication posthume en 1887), qui ont fait l’objet de plusieurs traductions et éditions en langue portugaise. En 1816, grâce à ses relations familiales, il parvient à intégrer la délégation du duc de Luxembourg, ambassadeur extraordinaire de France chargé d’une mission auprès de la cour portugaise. Il resta six années entières au Brésil, et fut le premier étranger à parcourir et à décrire des vastes zones de l’hinterland ; son ouvrage est considéré comme une source incontournable d’informations par les historiens, géographes et anthropologues brésiliens et « brésilianistes ». Ses descriptions concernent certes « la géographie des plantes », mais tentent aussi d’expliquer la constitution des paysages anthropisés, manifestant par ailleurs un sentiment ambigu par rapport à la disparition de la végétation originelle. De plus, le savant s’attache à commenter – en tant que témoin privilégié - aussi bien les grands faits du long processus de consolidation de l’indépendance de la jeune nation que la « petite » histoire régionale ou locale du Brésil : à l’instar de Chateaubriand, Saint-Hilaire considère que « les voyages sont l’une des sources de l’Histoire ».
  • "La Comisión Científica del Pacífico (1862-1866) y la Commission Scientifique du Mexique (1864-1867) consideradas desde la perspectiva de "l'histoire croisée."
    Leoncio López-Ocón Cabrera (Instituto de Historia-CCHS-CSIC. Madrid, leoncio.lopez-ocon@cchs.csic.es)
En un momento histórico de reflujo de la influencia norteamericana en los países latinoamericanos debido a la guerra civil que asoló a los Estados Unidos los gobiernos de España y Francia organizaron dos expediciones científicas en el marco de sendas ofensivas culturales y políticas definidas respectivamente por el panhispanismo y el panlatinismo.
El objetivo de esta comunicación es triple. Se pretende mostrar los paralelismos y las divergencias que tuvieron estas dos empresas científicas en su organización, desarrollo y resultados. Se analizará cómo ambas expediciones generaron programas de investigaciones historiográficas por su impronta humboldtiana. Y se prestará particular atención, usando la metodología de “l’histoire croisée”, al carácter híbrido del proceso de conocimiento y a los vaivenes entre Europa y América de la circulación de la obra de Marcos Jiménez de la Espada. Este viajero naturalista e historiador fue el integrante más destacado de la Comisión Científica del Pacífico y uno de los promotores de la comunidad científica internacional de americanistas que se configuró en el espacio atlántico en el último tercio del siglo XIX.

Programme détaillé de la seconde séance :

Vers les premières décennies du XXème siècle, la plupart des disciplines « modernes » sont déjà établies dans des institutions universitaires, musées et centres de recherche en Amérique Latine, notamment dans les pays les « actifs » (Mexique, Colombie, Argentine, Brésil, Chili). En même temps, dans les pays développés (Europe et les Etats-Unis) les domaines scientifiques ont engendré plusieurs institutions de « socialisation », en particulier les Sociétés disciplinaires, qui sont à la source des revues scientifiques et des congrès internationaux, deux instances cruciales pour l’internationalisation tout au long du siècle. C’est également le siècle des débats sur le caractère international des savoirs, dans des lieux privilégiés comme l’UNESCO. Mais les échanges ne peuvent être réduits à ces rapports formalisés, et les chercheurs latino-américains –notamment les élites- développent des stratégies diverses pour s’insérer dans les tissus de plus en plus complexes et de plusieurs « mondes » qui semblent fonctionner, tant en parallèle, que superposés.

Quatre axes/questions organiseront cette séance :

1. La nature des institutions scientifiques : transfert des modèles institutionnels, hybridation des modèles locaux/internationaux ou recherche des chemins originaux ? quelles influences dominent ?

2. Développement de nouveaux domaines scientifiques « professionnalisés » dans l’étude de la nature : création des traditions « nationales » ? diversité des modèles selon les pays ? quel rôle pour les savants ? quels rapports avec l’usage social des connaissances ?

3. L’internationalisation à l’âge d’internet : nouvelle division internationale du travail scientifique ou (« vino viejo en barricas nuevas ») ? ; de nouveaux rapports « sciences-techniques-sociétés ? vers un renversement de la fuite des cerveaux ? quelles sont les conséquences de l’ERA (et l’espace américain) pour la recherche latino-américaine ?

Problèmes globaux, solutions globales, recherche globale ? Modes de régulation et participation des citoyens dans les nouveaux enjeux et controverses (changement climatique, biodiversité, nouvelles énergies, etc.)

Patrick Petitjean (Sphere :UMR7219 CNRS et Université Paris-Diderot) (petitjean.patrick@free.fr)

Le poids de la diplomatie dans les coopérations internationales : le cas Brésil / France. Des échanges bilatéraux à l'Unesco

Dans les années 1920-1930, la coopération scientifique franco-brésilienne s'est faite sous l'égide d'un institut franco-brésilien de haute culture, comme prolongement de la diplomatie culturelle française, davantage que comme coopération scientifique développée pour elle-même. De tels instituts ont existé aussi au Mexique et en Argentine. Il s'agissait d'échanges d'universitaires, souvent âgés mais académiciens, côté français pour des cours et conférences, mais rarement du travail en laboratoire. Des scientifiques coloniaux comme Auguste Chevalier et Paul Rivet y ont occupé une place importante ainsi que le Muséum d'histoire naturelle ou l'Institut Pasteur pour l'accueil de chercheurs brésiliens (Pio Correa, Miguel Ozorio de Almeida, Paulo Carneiro, Alberto José de Sampaio...).

Au milieu des années 1930 ces échanges dominés par la diplomatie sont complétés par des missions universitaires pour les premières années des universités de Sao Paulo et du District Fédéral. Mais les autorités brésiliennes recrutent des professeurs pour les sciences de la nature prioritairement en Allemagne et Italie, la France étant renvoyée à ses retards dans ces domaines et devant se contenter des sciences humaines et sociales.

Après guerre, les diplomates tentent, avec la mission de Pasteur Valléry-Radot, de reconstituer une coopération à l'identique, entrant en contradiction avec l'action d'Henri Laugier, qui fait nommer une ancienne responsable du CNRS, Gabrielle Mineur, comme attachée scientifique à Rio pour tenter de développer une coopération plus moderne, avec peu de succès immédiats. Il faudra pour l'esentiel attendre les années 1970 pour la transformation des modes de coopération.

C'est plus indirectement, à travers les institutions internationales, que le modèle d'organisation de la science et de la politique scientifique, tel que concrétisé dans le CNRS, essaiera de s'internationaliser. Laugier, à la tête du conseil économique et social de l'ONU, essaiera de promouvoir en 1946 une sorte de CNRS international, appuyé sur des laboratoires internationaux. Joseph Needham, puis Pierre Auger, à la tête de la division des sciences de l'Unesco, développèrent des orientations identiques pour promouvoir la recherche scientifique dans des pays en Asie ou en Amérique latine. Ainsi la tentative de l'Institut International de l'Hyléa Amazonienne entre 1946 et 1948, la conférence scientifique latino-américaine de Montevideo en 1948, et le travail sur les organismes nationaux de recherche à l'Unesco au début des années 1950. Ce modèle d'une politique volontariste des États pour organiser et développer la recherche bénéficiait à l'Unesco du soutien des scientifiques progressistes qui dirigeaient la division des sciences dans les premières années. Ce fut encore à travers lexertise de ses scientifiques coloniaux que la France tenta de jouer un rôle dans cette coopération, au-delà de la promotion du modèle CNRS. L'Unesco fut principalement un soutien politique international, dans une phase initiale du développement de politique scientifique, qui compensait le caractère aléatoire des politiques nationales, davantage que l'application d'un modèle unique ou la mise en oeuvre de programmes scientifiques. Cela se transformera à partir du milieu des années 1950

Pablo Kreimer (CONICET/CCTS/Prof. Invité IHEAL) (pkreimer@unq.edu.ar)

Citoyen du monde ou producteurs des connaissances utiles? La recherche en Amérique Latine face à la division internationale du travail scientifique »)

Cette communication cherche à rendre compte d’une tendance émergente que nous avons nommée “la nouvelle division internationale du travail scientifique” (Kreimer, 2006). Dans la première partie, nous allons présenter un résumé historique de l’internationalisation des sciences en Amérique Latine, dans le but de montrer que, depuis le dernier quart du XXème siècle, nous sommes face à une nouvelle configuration : si, jusqu’alors, les rapports entre chercheurs du “centre” et ceux de la  “périphérie” laissaient à ces derniers une petite marge de manœuvre ; désormais, ils ont pris la forme d’un “contrat fermé” du type “à prendre ou à laisser”. Ainsi, les chercheurs d’élite des pays ‘non hégémoniques’ sont de plus en plus invités à faire partie des consortia internationaux, mais les conditions d’accès sont de plus en plus strictes et les marges de négociation restreintes tendent à zéro. Pour illustrer cette configuration, nous allons présenter trois cas différents de l’Argentine : la recherche sur l’environnement dans la Patagonie, la recherche en biologie moléculaire sur la maladie de Chagas, et la physique du plasma à l’Université du Centre de la Province de Buenos Aires. L’Argentine est un bon exemple du problème considéré, dans la mesure où elle compte (comme le Brésil et le Mexique) une élite scientifique qui a des liens très forts avec les programmes de recherche de l’Europe et des États-Unis. En outre, les sujets choisis sont à la fois des sujets “de pointe” dans la science internationale et permettent aussi de mettre en lumière les usages locaux des connaissances.

Étienne Gérard (IRD, Ceped) (gerardeti@yahoo.fr)

Quelles circulations pour quels savoirs? Une analyse de la circulation des savoirs de la nature à travers la circulation de leur “porteurs” mexicains.

Dans le cadre de ce séminaire, nous aborderons la question de l’internationalisation du système d’enseignement supérieur et de recherche dans le cas du Mexique et sur la base de trois points : les dimensions de la mobilité étudiante depuis les années 1970 jusqu’à ce jour, la constitution et la structuration du système scientifique à l’aune de ces mobilités étudiantes, enfin celui de légitimation de trajectoires universitaires et, conjointement, le processus de circulations des savoirs. Ces éléments seront explorés par exploitation de la base curriculaire du Système national des chercheurs (SNI), auquel appartiennent 16 000 chercheurs membres de ce qui est qualifié d’“élite scientifique”. L’exploitation de cette base conduira à traiter de l’internationalisation à travers des notions comme celles de « pôles de mobilité, de « pôles de savoirs », mais aussi de « chaînes de savoirs ». Elle permettra aussi d’envisager les liens entre internationalisation et processus de légitimation de savoirs, voire d’“écoles de pensée”, et d’aborder la complexité des processus de construction et de structuration du champ scientifique au Mexique.

Dominique Vinck (Université de Lausanne) (dominique.vinck@unil.ch)

Agents médiateurs de connaissances et mobilisation locale/globale des connaissances

La communication explore le rôle potentiellement médiateur des groupes de recherche basés au sein d'Universités colombiennes (notion d'agent médiateur des connaissances) à la fois en matière de production et circulation des connaissances sur le plan local (entre institutions scientifiques du pays) et mondial ainsi qu'au sein de processus d'invention (dépôt de brevets). La recherche s'appuie sur l'étude de groupes de recherche à la fois très compétitifs sur le plan local et parmi les plus visibles sur le plan international. Le travail tente notamment de caractériser le rôle médiateur des chercheurs dans le dépôt de brevets au sein de processus collaboratifs selon qu'il y a ou pas co-production et co-localisation du flux de connaissances. Il montre que certains groupes de recherche identifiés voient leurs publications scientifiques citées dans les bases de brevets US, européennes et japonaises. L'enquête indique toutefois que les citations reçues dans les brevets n’ont pas de lien avec l’implication des chercheurs colombiens dans le processus de dépôt de brevet. Elle montre aussi que la production scientifique locale est rarement considérée localement comme source d’innovation. La notion de connaissance échangeable non échangée localement se réfère aux productions académiques sous évaluées localement, alors qu’elles sont valorisées ailleurs. La communication tente donc d'apporter un éclairage encore exploratoire concernant certains mécanismes à l'oeuvre dans les échanges de savoirs entre l'Amérique Latine et le reste du monde.

Lieux

  • 175 rue du Chevaleret (Institut des Amériques, salon des Amériques) et 27 rue Saint-Guillaume (IHEAL)
    Paris, France
  • 175 rue du Chevaleret (Institut des Amériques, salon des Amériques) et 27 rue Saint-Guillaume (IHEAL)
    Paris, France

Dates

  • vendredi 30 mars 2012
  • vendredi 06 avril 2012
  • vendredi 11 mai 2012

Mots-clés

  • histoire des sciences, dialogue de savoirs, voyages, naturalistes, Amérique latine

Contacts

  • david dumoulin kervran
    courriel : david [dot] dumoulin [at] univ-paris3 [dot] fr
  • Mina Kleiche-Dray
    courriel : minakleiche [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • david dumoulin kervran
    courriel : david [dot] dumoulin [at] univ-paris3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Circulation et échanges de savoirs de la nature sur l’Amérique latine », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 26 mars 2012, http://calenda.org/207859